Pierre Frotier, baron de Preuilly (v.1390-1459), seigneur de Saint-Faziol en PouffondsDépartement des Deux-Sèvres. (), Melzéart en Paizay-le-Tort et de Miserit en Chail, baron de Preuilly et du Blanc, est écuyer du roi Charles VI en 1418, grand maître de l'écurie du roi Charles VII en 1422, puis sénéchal du Poitou en 1424. Éloigné de la cour en 1425 à la suite d'une révolution de palais dans laquelle il n'est pas impliqué, il est rétabli en 1444 en tant que chambellan et confident du roi Charles VII qui lui a conservé toute sa confiance. Le , il commande le défilé de la Libération de Rouen contre les Anglais, à la tête de d'armes, sous l'autorité du roi.
Origine Bernard Chérin (1718-1785)Bernard Chérin est nommé généalogiste, historiographe des ordres du roi et censeur royal en 1772. Il est qualifié pour homologuer les preuves de noblesse des familles françaises. Il est unanimement considéré comme un généalogiste scrupuleux et incorruptible. écrivait le , au sujet des honneurs de la cour accordés à cette famille :
Deux frères, Guillaume et Sicard Frotier prêtent serment au roi de France avec les chevaliers nobles de Cordes, en 1242. Bertrand Frotier est capitaine de la compagnie d'Arnaud de Béarn, comte de Foix, en 1379. Robert Frotier est capitaine du château de Paulin en Albigeois pour le roi de France en 1412La Messelière: Filiations Bretonnes.
. Un Pierre Frotier, originaire de Melle, est mentionné pour avoir accompagné Alphonse, comte de Poitiers afin de rejoindre en 1249 le roi Saint-Louis à la croisade entamée en 1248 Charte datée de Damiette de 1249 (La Noblesse de France aux croisades de Paul Roger, Derache, 1845, 399 p.). Ces personnages ne semblent pas rattachés directement à la famille de Pierre Frotier, fautes d'éléments probants..
Ces informations sur l'origine de la famille de Pierre Frotier ne sont toutefois pas consensuelles. Cette famille remonte sa filiation noble prouvée au Poitou au ou à la fin de ce siècle.
Pierre Frotier est le fils de Jean Frotier, dit le Jeune, seigneur de Saint-Faziol, Boivinet, Miserit, Melzéart, Puy-Bourassier
Jean Frotier avait reçu en don du roi Charles VI en 1383 une maison sise rue Saint-Martin à ParisBibliothèque nationale : pièce originale, tome 1255, f°28.102, . « Joannes Frotier primus summularius corporis domini comitis Valesjas donum sibi factum de quadam domo situata in vico Sancti Martini Parisiis, tenunte ex uno latere domui Roberti de Portu, in valore quinquagenta librarum turenensium, Regi deventa per confiscationum bonorum Jacobi Mocorps, per litteras Regis datas 16 junii 1383, in serico et cera viridi sigillatas, signatas per Regem, ad relationem Dominorum Ducum Bicturiensis et Burgundiae expeditas die et anno quo supra ». Il était premier écuyer et sommelier du duc Louis Ier d'Orléans, frère cadet du roi Charles VI, en 1393.
Jean Frotier est cité dans les aveux rendus à Melle par Jean de ClervauxBeauchet-Filleau, Dictionnaire historique des familles du Poitou., le et par Aimery de Cousdun, le . Il en fit lui-même aveu à Melle, pour ses fiefs de Melzéart et Miserit, le Beauchet-Filleau, ibid. Il est mort en 1416.
Jean Frotier avait épousé avant 1390, Jeanne Cléret, dame de Fontenille, fille de Jean Cléret, seigneur d'Ardilleux et d'Alix de Saint-Julien. Ils sont tous deux ancêtres des branches subsistantes de la famille FrotierHenri de La Messelière, État présent et origines des Frotier..., Saint-Brieuc, 1942, 198 pages.
Blason et devise de la famille Frotier Depuis le Moyen Âge, les armes de la famille Frotier portent d'argent à un pal de gueules accosté de 10 losanges du même, 5 à dextre et 5 à senestre posés 2-2-1.. Sa devise est Nul ne s'y frotteLa Messelière, Filiations bretonnes, tome 2, ..
Contexte historique La vie et la carrière de Pierre Frotier se situent dans un contexte historique violent et profondément agité.
L'action s'exerce en pleine guerre de succession entre le Royaume d'Angleterre et le Royaume de France, au cours de la guerre de Cent Ans, opposant de 1337 à 1453 la dynastie des Plantagenêts et celle des Valois. Cette guerre sera cruellement doublée d'une guerre civile, la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, qui s'achèvera par le traité d'Arras (1435).
On peut tenter de résumer la situation en indiquant que les Anglais envahissent la France en revendiquant la succession du roi de France, Charles VI. Le roi est incapable de régner, car il est atteint de démence par intermittence. Il est relayé par un conseil de régence auquel participent son frère cadet, le duc Louis d'Orléans, et son cousin , Jean sans Peur, duc de Bourgogne, futur allié des Anglais. Chacun de ces deux protagonistes revendique le pouvoir. Le frère du roi noue des intrigues, cependant que Jean sans Peur règne en maître à Paris où il entretient une nombreuse suite armée.
Louis d'Orléans, frère du roi, prend l'initiative d'évincer les Bourguignons du Conseil de Régence, dans le but d' éliminer son cousin des chemins du pouvoir. Jean sans Peur, voyant le pouvoir lui échapper, le fait assassiner dans la nuit du dans la rue Vieille du Temple à Paris. Identifié comme l'instigateur de l'attentat, il s'enfuit de Paris, mais il revient en revendiquant haut et fort la légitimité salutaire pour le royaume de l'assassinat de son cousinJean sans Peur n'imaginait pas que les descendants de sa victime régneraient un jour sur la France dans les Rameaux d'Orléans et d'Angoulême, en la personne du futur roi François Ier.. Cet attentat entraîne la guerre civile entre les Bourguignons et les partisans de feu le duc d'Orléans, fidèles à la monarchie de Valois, regroupés au sein du parti d'Armagnac, sous l'autorité du comte d'Armagnac.
Tant les Anglais, aux ordres du roi Henri V d'Angleterre, que les Bourguignons du duc Jean sans Peur, vont tenter de succéder au roi Charles VI défaillant, en éliminant par tous les moyens son fils, le Dauphin Charles, comte de Ponthieu et duc de Berry, dernier descendant mâle survivant de la dynastie de Valois. vignette|Portrait de Charles VII par Jean Fouquet. Dans la nuit du , les Bourguignons, aux ordres de Jean sans Peur, menés par le tueur Capeluche, envahissent Paris et tentent de capturer le jeune dauphin de France, qui réside dans une annexe de l'hôtel Saint-Pol, en plein quartier du Marais. Le futur roi Charles VII, alors âgé de quinze ans, réussit à s'enfuir de Paris et se réfugie à Bourges, fief de son duché de Berry, aidé par quelques officiers de la couronne, dont Pierre Frotier fait partie. Au cours de cette invasion, les Bourguignons massacrent plus de cinq cents Parisiens qualifiés d'ArmagnacsBernard VII d'Armagnac, chef de la coalition favorable au royaume de France, est martyrisé, puis assassiné par les Bourguignons lors de l'invasion de 1418.
Le , à l'initiative des Bourguignons, Charles, dauphin de France et Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, se réunissent à Pouilly-le-Fort pour ratifier un traité d'alliance contre les Anglais, connu sous le nom de traité du Ponceau. Ils se donnent rendez-vous à Montereau pour parfaire ce traité.
La deuxième rencontre entre les deux clans ennemis a lieu le sur le pont de Montereau. Les deux cousins ont limité, chacun leur assistance à dix hommes armés, et, selon les historiens, l'entrevue est très houleuse : le dauphin Charles reprocherait à son cousin de conserver son alliance avec l'ennemi anglais et de continuer les combats contre les Armagnacs, en dépit du traité provisoire signé le . Jean-sans-Peur répliquerait avec colère qu'« il n'avait fait autre chose que ce qu'il devait faire »Bordonove, . De part et d'autre, les deux camps brandissent leurs épées, le dauphin est écarté de la scène et cela aboutit à la mort brutale de Jean-sans-Peur, que les historiens qualifient d'assassinat. Il reste encore à savoir si cet acte était prémédité comme le fut 12 ans plus tôt l'assassinat de Louis d'Orléans par les séides de Jean-sans-Peur. Rien ne permet de départager les appréciations des chroniqueurs Armagnacs et BourguignonsLes historiens ne placent pas au même niveau politique le meurtre des deux cousins, ducs d'Orléans et de Bourgogne, survenus à douze ans de distance : Jean sans Peur avait réussi à justifier l'assassinat du duc d'Orléans auprès de la cour de France par l'entremise du théologien Jean Petit, alors que Charles VII a toujours contesté sa responsabilité dans le drame de Montereau. Il est patent, en outre, que Jean-sans-peur s'est défendu sur le pont de Montereau, l'épée à la main, et qu'il était protégé par ses chevaliers armés, contrairement au duc d'Orléans, assassiné en pleine nuit à Paris, alors qu'il traversait paisiblement la rue vieille-du-temple, à dos de mulet, sans aucun moyen de défense, ni de protection rapprochée ! .
Le père Anselme, dans son Histoire généalogique et chronologique de la Maison royale de France..., publiée à Paris en 1733Voir au chapitre Discussion un extrait de la généalogie Frotier du père Anselme, tome VII, chapitre 15, page 479 signale que Pierre Frotier avait participé au Traité du PonceauL'historien Georges Minois indique que la discussion est vive entre le dauphin Charles et Jean-sans-Peur. La Chronique du religieux de Saint-Denis parle d'« altercations » ! Alors que ses troupes envahissent de nombreuses villes, Jean-sans-Peur obtient de manière solennelle, sur les Évangiles et sur les reliques de la vraie croix, et en présence du légat du Pape, un traité de paix provisoire qui devra être confirmé à Montereau. Il exige que les conseillers du dauphin dont il connaît l'hostilité à son égard et dont il se méfie, prêtent serment sur les Évangiles et qu'ils signent le traité en conséquence. Parmi ces conseillers, on retient la signature de Pierre Frotier, ce qui recoupe les informations contenues dans les écrits du père Anselme, qu'il est présent à l'entrevue de Montereau et qu'il assiste ainsi à la fin tragique du duc de Bourgogne. Le procès qui fut intenté au dauphin Charles de Ponthieu et à ses conseillers, n'aboutit jamais et n'a pas permis, historiquement, d'établir la preuve d'une quelconque préméditation dans l'altercation qui aboutit à la mort de Jean sans Peur.
Biographie
Famille Pierre Frotier, né avant 1390, est le fils aîné du chevalier Jean Frotier (†1416), seigneur de Melzéart et de Jeanne Cléret, dame de Fontenille, fille de Jean Cléret d'Ardilleux, seigneur de Saint-Julien l'Ars et d'Alix de Saint-Julien.
Il épouse le , Marguerite de Preuilly, fille de Gilles, baron de Preuilly (†1412), et de Marguerite de Naillac du Blanc (1385-1421). Leur fils, Prégent Frotier (†1497), vicomte de Montbas, baron d'Azay-le-Ferron, baron du Blanc, seigneur de Melzéart, est l'auteur de la première branche aînée, éteinte en ligne masculine à la deuxième génération.
Le frère cadet de Pierre Frotier, Colin Frotier (†1459), épouse Isabeau Jeanne d'Usseau, héritière du fief de La Messelière. Leur postérité, toujours subsistante, est mentionnée à l'article de la famille Frotier.
Carrière Au service du roi Charles VI et du dauphin Charles de Ponthieu En succédant à son père, le chevalier Jean Frotier, Premier écuyer au service du duc Louis Ier d'Orléans assassiné en 1407 par Jean sans Peur, le chevalier Pierre Frotier prend résolument parti pour le clan d'Armagnac. Il passe au service du roi Charles VI, plus particulièrement chargé de la protection rapprochée du dauphin de France, Charles de Ponthieu, en qualité d'Écuyer. Il sera par la suite nommé maître de l'écurie du futur roi Charles VII à Bourges. (Charles Duplessis, L'Équitation en France, ses écoles et ses maîtres, depuis le jusqu'à nos jours, Berger-Levrault, Paris, 1892, )..