La musique médiévale concerne une période couvrant à peu près de l'histoire religieuse et profane, que l'on fait commencer avec les premières musiques chrétiennes d'avant la réforme grégorienne, jusqu'aux musiques du marquées par l'émergence de l'école franco-flamande avant l'invention de l'imprimerie.

La musique du Moyen Âge est représentée principalement par des compositions vocales, religieuses ou profanes, marquées dans les premiers siècles par la monodie, notamment représentée par le plain-chant religieux et dans le domaine profane par la lyrique courtoise des troubadours et des trouvères.

Au , la polyphonie, née à l'église, constitue une innovation qui devient majeure dans tout l'Occident. L'art musical polyphonique se caractérisa par l'apparition de formes qui découlèrent de cette superposition de voix différentes, le tout restant toujours lié au texte chanté. On trouve parmi ces formes : lorganum, le conduit, puis les différents types de motets et finalement de messes dont les principales prières chantées furent mises en polyphonie (d'abord en pièces séparées au , puis sous la forme de messes entières à partir du ), etc. La polyphonie se développa également dans le registre profane. Apparurent aussi des formes instrumentales, tout d'abord liées aux formes vocales (et procédant souvent de celles-ci). Les formes nées de la danse eurent elles aussi une importance non négligeable, notamment à travers les premières compositions instrumentales.

La période médiévale a également posé les bases pour les notations et la théorie qui façonneront la musique occidentale actuelle. La plus évidente de ces bases est le développement d'un système de notation complet ; cependant, les avancées théoriques, en particulier celles se rapportant au rythme et à la polyphonie, sont tout aussi importantes dans le développement de la musique occidentale.

Grandes périodes Premières formes de chant et chant grégorien

Le chant grégorien est une forme de chant monodique sacré, forme la plus ancienne connue de chant sacré chrétien restant en usage. La tradition juive de chants de psaumes eut une grande influence sur le chant chrétien.. En fait, durant les trois premiers siècles, auprès de l'Église d'Occident, seul le soliste exécutait, dans la messe notamment, le chant en prose, en grec et selon la psalmodie imitant la tradition juive.

Un bouleversement arriva au . Saint Ambroise de Milan importa le chant byzantin pour son diocèse. De sorte que les fidèles puissent chanter, la pièce en refrain fut adoptée tel l'hymne tandis que le texte fut traduit en latin. Les hymnes composées par cet évêque de Milan sont encore en usage aujourd'hui. Son objectif était essentiellement de lutter contre l'arianisme. Dès lors, le chant liturgique se développa en même temps dans différents centres européens, par exemple à Rome (chant vieux-romain), en Hispanie (chant mozarabe), en Gaule (chant gallican) et en Irlande (chant irlandais). Le diocèse de Milan aussi en était un centre (chant ambrosien). De là, on peut considérer que ces chants étaient assez raffinés. Ainsi, depuis 2018, l'Institut de recherche et d'histoire des textes propose l'origine hypothétique du chant grégorien dans ces divers chants, d'après ses dernières recherchesIRHT, 40 ans de recherche sur le chant grégorien à l'IRHT 2018 (voir la carte européenne).. Faute de notation, de nombreuses études sont encore nécessaires, malgré leur difficulté, pour identifier cette origine.

Le chant vieux-romain n'était autre que le chant officiel au Saint-Siège, à Rome et alentour, à savoir la liturgie locale. Toutefois, à la suite de la création des États pontificaux en Gaule en 758 par le pape Étienne II et par Pépin le Bref, ce chant y fut officiellement adopté.. Cet événement provoqua cependant un grand conflit entre les chantres carolingiens et ceux de Rome. Aussi le chant messin, hybridation entre le chant gallican et le vieux-romain, fut-il composé par les religieux carolingiens. Mais la qualité de ce chant, devenu chant grégorien, demeurait supérieure en raison de la renaissance carolingiennep. 20–21. soutenue par Charlemagne. Ce mouvement culturel donna également naissance à la notation musicale grégorienne. Entre les et siècles, le chant grégorien remplaça toutes les autres traditions de chant occidentales à l'exception du chant ambrosien à Milan. Finalement, au début du , le pape Innocent III décida de faire chanter ce chant au Vatican également, en renonçant au vieux-romain. En résumé, le chant grégorien fut le premier sommet de la musique occidentaleDaniel Saulnier, Session de chant grégorien 2004..

Premières chansons monodiques profanes (trouvères, troubadours, minnesänger et goliards)

Les chansons monodiques profanes sont des chansons populaires ou des danses instrumentales transmises oralement, interprétées dans les châteaux ou dans les villages, souvent à l'occasion de fêtes.

vignette|redresse|Codex Buranus (Carmina Burana).

Les Goliards étaient des poètes-musiciens itinérants d'Europe, actifs du au milieu du . Principalement des clercs, ils chantaient et écrivaient en latin. Bien que de nombreux poèmes aient survécu, ce n'est pas le cas de la musique. Ils ont sûrement exercé une grande influence — si ce n'est décisive — sur la tradition troubadour-trouvère qui suit. La plus grande partie des textes sont séculaires, et alors que certaines chansons célèbrent les idéaux religieux, d'autres sont franchement profanes, parlant d'ivrognerie, de débauche et de luxure. L'une des plus importantes sources existantes de chansons Goliards est Carmina Burana.

À partir du , des musiciens parcourent le pays. Ils portent différents noms selon les régions : les trouvères au nord de la Loire s'expriment en langue d'oïl. ; les troubadours au sud de la Loire s'expriment en langue d'oc.. Ils s'accompagnent de petits instruments faciles à transporter comme le luth, la flûte ou le tambourin.

Les thèmes les plus fréquents dans leurs chansons sont l'amour d'un seigneur pour une dame inaccessible ou les exploits guerriers.

Premières polyphonies (du à 1150)

Vers la fin du , les chanteurs dans les monastères comme l'abbaye de Saint-Gall en Suisse commencent à ajouter une nouvelle partie au plain-chant, généralement une voix en mouvement parallèle à la quarte ou à la quinte. Ce développement est appelé « organum » et correspond aux débuts de l'harmonie et par la suite du contrepoint. L'organum se développe de plusieurs façons.

Le développement le plus significatif est lOrganum fleuri vers 1100, aussi connu sous le nom d'École de Saint-Martial de Limoges (nommé d'après un monastère français qui détient un des manuscrits les mieux conservés de ce répertoire). En Organum fleuri, le chant principal est chanté en valeurs longues alors que la voix d'accompagnement chante plusieurs notes dans le même temps ; le rapport est d'une note — à la voix principale — contre plusieurs — à la voix organale, dont les valeurs courtes forment des « guirlandes ornementales » (vocalises). On constate l'apparition des tierces et des sixtes comme consonances imparfaites. Les développements ultérieurs de l'organum ont lieu en Angleterre où la tierce est privilégiée et où la voix organale est grandement improvisée, et à Notre-Dame à Paris qui est le centre de l'activité créatrice musicale tout au long du .

La plus grande partie de la musique de cette période est anonyme. Certains des auteurs ont pu être des poètes ou des paroliers et les airs accompagnant ces paroles ont pu être composés par d'autres personnes. L'attribution de la musique monophonique de la période médiévale n'est pas toujours fiable. De cette période ont survécu par exemple les manuscrits suivants : le Musica enchiriadis, le Codex Calixtinus de Saint-Jacques-de-Compostelle et les Tropaires de Winchester.

, saint Godric, Hildegarde de Bingen, Hucbald, Notker le Bègue, Odo d'Arezzo, Odon de Cluny, Tutilo et Adémar de Chabannes sont des compositeurs de cette période.

Ars antiqua et École de Notre-Dame de Paris (1150-1300)

Le développement de la polyphonie de l'école de Notre-Dame entre 1150 et 1250 correspond aux réalisations en architecture gothique : en effet, le centre de l'activité est la cathédrale de Notre-Dame elle-même. Parfois, la musique de cette époque est appelée musique de l'« école parisienne » ou « organum parisien » et représente les débuts de ce qui est conventionnellement appelé Ars antiqua. C'est durant cette période que la notation rythmique apparait pour la première fois dans la musique occidentale, principalement sous la forme des modes rythmiques.

C'est également la période durant laquelle se développent les formes musicales qui sont attentives à la proportion, au grain et à l'effet architectural. Les compositeurs de cette époque alternent lorganum déchant et fleuri et créent plusieurs formes musicales nouvelles : la clausule, qui est une extraction de la partie mélismatique de lorganum approfondi musicalement et avec un nouveau texte ; le conduit, qui est un chant pour une ou plusieurs voix chanté rythmiquement, probablement lors de processions ; et le trope, qui consiste en l'ajout de paroles sur les mélismes de certains chants de la liturgie de la messe. Tous ces genres sauf un sont basés sur le chant, c'est-à-dire qu'une des voix (parmi trois, parfois quatre), presque toujours la plus grave, chante la mélodie, mais avec des longueurs de notes libres, alors que les autres voix chantent lorganum. L'exception à cette méthode est le conduit, un chant à deux voix librement composé dans son intégralité.

Ars nova (1300-1380) L'époque de l'Ars nova couvre à peu près les années 1320 à 1380. Elle a pour centre Paris. Le nom donné à cette époque vient directement d'un traité théorique sur la musique attribué à Philippe de Vitry, intitulé « ars nova » ou « art nouveau », écrit vers 1320.. Homme de lettres et érudit, son traité atteindra une grande renommée. La musicologie moderne a donc attribué le terme ars nova à toute la production musicale du , tant française qu'italienne, et, par antithèse, a donné le nom d'''ars antiqua à la musique du siècle précédent.

L'Ars nova se développe à une époque de crises et de mutations qui marquent la fin du Moyen Âge et son système de représentation du monde. Le sacré perd de l'importance, tandis que la société s'ouvre à des idées nouvelles centrées sur l'Homme et la Nature, annonçant la Renaissance. En témoigne le plus grand nombre de compositions signées par leur auteur ou la préoccupation d'un compositeur comme Guillaume de Machaut à constituer un catalogue de ses œuvres pour la postérité.

Sur le plan musical, cela se traduira par un développement sans précédent de la musique profane tandis que la musique liturgique stagne ou se renouvelle peu (à l'exception de la messe de Notre-Dame de Guillaume de Machaut qui devance son siècle). Les lieux d'innovations musicales changent : des cathédrales ils se déplacent dans les cours des rois et des princes..

Le nouveau style n'est pas une révolution, mais tire profit des innovations effectuées en matière de notation musicale qui permettent une plus grande virtuosité et une recherche d'effets rythmiques.

Ars subtilior (1370-1440)

La locution « ars subtilior » a été inventée par la musicologue Ursula Günther en 1963 pour décrire une évolution de l'ars nova apparue après la mort de Guillaume de Machaut (1377).. Cette évolution est caractérisée par un extrême raffinement et une grande complexité rythmique (par l'emploi de valeurs ultra-courtes comme les semi-minimes et l'utilisation de rythmes conflictuels complexes)..

Instruments

Les instruments sont présents dans la musique profane, mais très peu dans la musique religieuse. On différencie les « hauts instruments », joués à l'extérieur, et les « bas instruments », joués à l'intérieur..