Le libre accès. ou accès ouvert. () est la mise à disposition en ligne de contenus numériques qui peuvent eux-mêmes être soit libres, soit sous un des régimes de propriété intellectuelle.
Le libre accès est principalement utilisé pour les articles de revues de recherche universitaires sélectionnés par des pairs. On devrait, en réalité, distinguer le libre accès et l'accès ouvert (anglais : ), afin de distinguer plus nettement ce qui est, respectivement, en accès gratuit et libre, parce que soumis à une licence libre, et ce qui est « simplement » en accès gratuit pour l'internaute. Le libre accès peut, en théorie, inclure l'accès aux données afin de permettre l'exploration de données, mais ce n'est en général pas le cas..
Le concept de libre accès vise à construire des barrières majeures qui entravent l’accès, le partage et la réutilisation des avancées de la recherche scientifique. Son objectif est de simplifier le processus de recherche en assurant une diffusion rapide et étendue des résultats scientifiques, permettant ainsi à toutes les communautés d’en tirer l'inspiration et de participer aux débats scientifiques..
Cette tendance a pris de l'ampleur ces dernières années grâce à la mise en place de politiques d’accès libre par des organismes de financement et des institutions, ainsi qu’à l’émergence de nouvelles plateformes en ligne qui facilitent la publication de contenu en libre accès à faible coût, voire gratuitement. En 2018, une étude a révélé que 28 % de la littérature de recherche était déjà disponible en libre accès.. Une étude publiée en 2019 démontre que 31 % des d’articles publiés entre 1950 et étaient en libre accès. Les auteurs prédisent que 44 % de tous les articles seront en libre accès en 2025.. Trois ans plus tard, en 2022, une autre étude a été menée, portant sur un total de répertoriées dans le entre 2015 et 2019, représentant ainsi la littérature plus contemporaine. Cette étude a révélé que près de la moitié de ces publications (42,9 %) étaient disponibles en ligne gratuitement.. Naturellement, ces pourcentages varient considérablement en fonction des domaines de recherche et des nations..
Définitions Malgré la vaste littérature sur l’accès libre, le terme lui-même reste relativement vague, ce qui rend difficile l’établissement d’une définition autoritaire. La définition la plus influente du libre accès provient de Budapest Open Access Initiative (BOAI), l’initiative pour l’accès libre de BudapestPage d'accueil sur le site internet de la Budapest Open Access Initiative. de 2002. Cette déclaration contient l’une des premières définitions du libre accès, qui reste l’une des plus couramment employées. Cette définition fut révisée ultérieurement, une décennie après sa première parution : En pratique, on peut considérer que la définition de BOAI est à peu près synonyme de la licence « creative commons - CC-BY ».
Or, il existe d'autres définitions plus récentes, telle que celle de Peter Suber, proposée en 2016 dans Qu'est-ce que l'accès ouvert ? : Une autre définition couramment employée par les chercheurs dans le domaine de la science ouverte est celle proposée par Heather Piwowar et son équipe, en 2018 : [Traduction libre] Il existe au moins trois types de libre accès (à ne pas confondre avec l'accès libre) dites voie verte, voie dorée et voie diamant, avec de nombreuses variations. Dernièrement, la littérature scientifique concernant ce sujet a été enrichie par l'introduction des voies hybride et bronze.
La voie verte La voie verte du libre accès concerne le libre accès par auto-archivage. Ici ce sont les auteurs qui déposent eux-mêmes des copies de leurs articles sur une archive ouverte. Un des principaux partisans de la voie verte est Stevan Harnad, et cela depuis 1994.
Ces archives électroniques peuvent être thématiques (arXiv, BioR-xiv, PubMed Central), institutionnelles comme le Digital Access to Scholarship at Harvard(Page des archives DASH sur le site inrenet de l'Université Harvard. (DASH) de l'université Harvard, PapyrusPage dédiée à l'archive Papyrus sur le site de l'Université de Montréal. de l'Université de Montréal) ou individuelles (site web personnel). En , le Directory of Open Access Repositories(Page dédiée à l'OpenDOAR sur le site du JISC. (OpenDOAR) recensait , tandis que le Registry of Open Access RepositoryPage d'accueil sur le site du ROAR (ROAR) en comptait . Selon les politiques d’autoarchivage des éditeurs, plus de 80 % de l'ensemble de la production scientifique devrait être disponibles en libre accès. Toutefois, d'autres études ont avancé que la proportion actuelle d’articles disponibles en libre accès par voie verte se situe à 33,8 %.
La voie dorée La voie dorée du libre accès (anglais : ) implique les revues éditrices qui rendent leurs articles directement et immédiatement accessibles au public. Ces publications s'appellent des « revues en accès ouvert » (anglais : « »). Ainsi, ces revues se consacrent expressément à la promotion du libre accès, offrant aux utilisateurs la possibilité de consulter gratuitement leurs articles via leur site web. Elles ont la possibilité de percevoir ou non des frais de traitement des articles (en anglais : Articles processing charges – APC) pour générer des revenus. En général, les revues en libre accès sont identifiées par leur présence dans le répertoire des revues en libre accès (DOAJ). Depuis le début des années 2000, le nombre de revues en accès ouvert doré répertorié par le DOAJ a connu une croissance exponentielle, passant d'une vingtaine en 2002 à en 2021. De plus, en 2014, 17 % des articles scientifiques (y compris de sciences humaines) publiés dans le monde l'étaient selon ce modèle (la proportion n'était que de 14 % en 2012). Un exemple de publication en libre accès est la revue Public Library of Science, qui utilise le modèle de financement dit « auteur-payeur » c'est-à-dire que l'article est certes gratuit pour le lecteur mais sa parution a été payante pour l'auteur (ou son institution).
La voie hybride Le libre accès hybride concerne les articles publiés dans des revues à abonnement qui offrent la possibilité de rendre l'article disponible gratuitement et immédiatement pour tous les lecteurs si l'auteur de l'article paie un frais de traitement (APC). Les éditeurs sont ainsi payés deux fois pour le même article. Pour cette raison, la voie hybride est généralement critiquée par la communauté scientifique.
La voie Bronze Le modèle de libre accès Bronze a été récemment introduit par Heather Piwowar et son équipe et se réfère aux publications qui sont librement accessibles sur le site web de l’éditeur de la revue, mais qui n’ont pas de licence libre identifiable. Cette voie partage donc à la fois les attributs du libre accès doré et ceux de l'hybride, puisque les articles sont hébergés par l’éditeur dans tous les cas. Or, contrairement à l’accès libre doré, les articles de la voie bronze ne sont pas publiés dans des revues considérées comme étant en accès libre dans le DOAJ, car l’absence de licence les rend incompatibles avec les critères d’admissibilité de cette base de données. De plus, sans licence identifiable, les articles sont libres de lectures mais ne permettent pas d’étendre les droits de réutilisation au-delà de la lecture. Il est intéressant de noter que la majorité des articles en libre accès sont hébergés par la voie Bronze sur les sites web des éditeurs, soit sans licence du tout, soit sans licence ouverte, selon une étude menée en 2018.
La voie diamantée
vignette|Diagramme de Venn présentant les différentes voies d'édition scientifique en libre accès (Open access). La voie diamantée, aussi appelée accès diamant ou voie platine, est présentée comme une variante de la voie dorée où des organisations et associations non-commerciales et sans but lucratif publient du matériel rendu disponible en ligne et sous forme numérique, gratuit autant pour l'auteur que pour le lecteur et qui ne permet pas une réutilisation commerciale ou générant un profit. Les auteurs conservent donc leurs droits d'auteurs, et le matériel publié est diffusé par défaut en licence libre Creative Commons. Les revues appliquant le modèle diamant peuvent être subventionnées, directement ou indirectement, par des institutions reliées à la production des savoirs, ou générer leur revenu par des services auxiliaires ou de la publicité. Elles s'appuient sur le fait que l'essentiel du travail intellectuel qu'implique une publication scientifique est réalisée bénévolement par les chercheurs, quel que soit le modèle.
Ce modèle est soutenu par . En 2021, on estime qu'entre scientifiques reposent sur un modèle de libre accès diamanté. Elles représentent 73 %. des revues enregistrées dans le Directory of Open Access Journals mais seulement 44 % des articles publiés, car leur production moyenne (nombre de textes publiés) est inférieure à celle des revues commerciales. Le modèle diamanté a connu un succès particulier dans les revues basées en Amérique latine (95 % des revues OA) à la suite de l'émergence de grandes plateformes soutenues par l'État, telles que SciELO et Redalyc.
En 2022, de nouvelles politiques nationales et internationales, telles que la recommandation de l'UNESCO sur la science ouverte, et en Europe le Plan d'action pour le libre accès diamanté promu par la cOAlition S visent à soutenir le développement de formes d'édition en libre accès non commerciales ou promues par la communauté.. En le premier s'est tenu à Toluca, au Mexique.
Historique Le mouvement moderne des archives ouvertes est né avec le potentiel dégagé par l'arrivée d'Internet. Le coût fixe de production de l'article peut alors être clairement séparé du coût marginal de distribution en ligne. Ces nouvelles possibilités ont émergé à un moment où le système traditionnel, basé sur l'impression papier des revues scientifiques, était en crise. De fait, le nombre de journaux et d'articles produits a augmenté à un taux dépassant celui de l'inflation alors que les budgets des bibliothèques universitaires ont stagné. Ainsi, aux États-Unis, et selon l', les dépenses en matière de périodiques ont augmenté de 402 % entre 1986 et 2011, contre 71 % pour les monographiesMonographs & serial costs, , cité par Philippe Minard, in « Les revues à l’âge numérique : au péril de l’idéologie », Revue d'histoire moderne et contemporaine, 5/2015 ( bis), , .
Au moment même où la technologie rendait possible, pour la première fois, un accès presque illimité aux revues scientifiques, cet accès devait se voir limité au sein des universités pour des raisons budgétaires. Face à ce constat, les bibliothécaires ont joué un rôle important dans le mouvement des archives ouvertes, d'abord en alertant le corps enseignant et les administrateurs sur la crise provoquée par le coût croissant des abonnements aux revues savantes. En 1997, l'association des bibliothèques de recherche a créé la coalition SPARC qui regroupe des bibliothèques universitaires et de recherche ainsi que d'autres organismes pour faire face à la crise et développer des solutions de rechange, telles que le libre accès et les archives ouvertes.
La première archive scientifique disponible en ligne fut arXiv. Lancée en 1991, c'était au début un service de prépublication de documents de travail pour des physiciens. L'existence antérieure d'une culture de diffusion des documents de travail, en physique des particules notamment, serait une des raisons principales pour expliquer la réussite d'arXiv. Aujourd'hui, l'auto-archivage est devenu la norme en physique, avec quelques sous-domaines de la physique, tels que la physique des particules, ayant un taux approchant 100 % d'auto-archivage.