Les Hammadides ou Hammadites (en ) sont une dynastie berbère sanhajienne du Maghreb central, qui dirige un État de 1007 à 1152, d'abord depuis la Qal'a des Beni Hammad puis depuis Béjaïa. Héritière des Zirides. La dynastie hammadide est fondée en 1007 par Hammad ibn Bologhine, second fils de Bologhine ibn Ziri, en conséquence d'une scission territoriale du royaume ziride à la suite d'un conflit de succession. Ils sont parfois désignés comme , pour souligner leur ascendance directe avec les Zirides dont ils sont l'une des branches.

Les Hammadides sont connus pour leur capitale fortifiée, la Kalâa des Beni Hammad, cité médiévale prestigieuse, dont les ruines sont classées au patrimoine mondial de l'Humanité de l'Unesco. Sous la pression des Hilaliens, ils vont chercher une nouvelle capitale et reconstruisent la ville de Béjaïa, l'antique (Algérie contemporaine), en 1067 sur la côte de Kabylie, sous le nom d'An-Nāṣīrīya (du nom du souverain An-Nasir). Sous leur impulsion, Béjaïa devient une grande capitale méditerranéenne, un foyer de culture majeur, et une place militaire d'où partent les expéditions maritimes vers le pays de « Rum » (principalement la Sicile).

Les deux villes sont alors reliées par un triq sultan, une route qui évite le plus possible une plaine devenue difficile à contrôler. Les incursions des nomades zénètes de l'ouest et du sud, et l'arrivée des Arabes hilaliens qui contrôlent les plaines font que l'arrière-pays échappe progressivement à leur autorité.

Fondation de la dynastie gauche|vignette|186x186px|Minaret de la Kalâa des Béni Hammad. En 972, alors que le Maghreb était sous domination fatimide, le calife Al-Muʿizz li-Dīn Allāh (953-975), quitta le Maghreb pour s'installer au Caire, sa capitale nouvellement fondée après la conquête de l'Égypte. L'autorité du Maghreb fut alors confiée à Bologhine ibn Ziri (972-984), chef de la tribu sanhajienne des Talkata. Il reçoit en don l'emplacement d'une ville forteresse, Achir dans le TitteriGilbert Meynier, « 2. Une relève chiite ? Des Fatimides à leurs remplaçants maghrébins () », dans : L'Algérie, cœur du Maghreb classique. De l'ouverture islamo-arabe au repli (698-1518), sous la direction de Meynier Gilbert. Paris, La Découverte, « Hors collection Sciences Humaines », 2010, p. 43-51. URL..

Cette transmission de pouvoir est accompagnée de crises et guerres civiles, provoquées par les tribus rivales, se considérant lésées par ce changement, telles que les tribus du Maghreb occidental qui s'allièrent à Cordoue. Le successeur de l'émir ziride Al Mansour, Badis Ibn Ziri (996/1016), doit gérer la dissidence armée (1014/1015) de son grand-oncle Hammad, nommé trois décennies plus tôt par son père Bologhin gouverneur d’Achir et de M’sila.

En 1004/1005, face à la famine et une épidémie de peste, l'émir ziride Badis tolère dans un premier temps un relâchement de son autorité sur son grand-oncle au Maghreb central, puis en 1004, il lui confie une expédition contre les Zénètes de l’ouest. Hammad obtient en retour de Badis la liberté d’édifier dans le Hodna la ville forteresse de Qalaa des Béni Hammad dont la construction commence en 1007/1008. Ashir n'est pas abandonnées par Hammad, mais il lui profère la Qalaa : chaque nouveau dynaste tient à démarquer sa capitale. Il fortifie la ville et la peuple avec les habitants de M'Sila et de Hamza. La ville devient rapidement prospère et bénéficia de l'arrivée de populations réfugiées d'Ifrikya.

Hammâd se révolte en 1014, lorsque Bâdîs lui enlève le gouvernement de plusieurs villes — dont Constantine. Dès lors, l'Ifriqiya et le Maghreb central relèvent de deux autorités distinctes. Les troupes hammadides avancent jusqu'à Béja, mais une contre-attaque ziride est lancée sur Achir, la cité tombe et Hammad est poursuivi jusqu’au Sersou.

Hammad est complètement défait et doit envoyer son fils El Caïd qui négocie un accord avec son cousin El Moëz (), au terme duquel les Hammadides reconnaissent la suzeraineté ziride. El Moez rédige un acte qui concède à El Caïd, héritier présomptif de Hammad, le titre de gouverneur de M'Sila, Tobna, Mers El Hadjadj, du pays des Zouaouas, de Magara, Dakkama, Belezma et Souk Hamza. El Moëz lui fait également don d'étendards et de tambours. Un mariage avec un autre fils de Hammad, un dénommé Abdallah est conclu, ce dernier épouse la sœur de l'émir El Moëz ce qui renforce l'entente dans la famille. La paix est donc conclue entre les deux branches zirides et l'accord approuvé par Hammad. Toutefois les luttes intestines entre les deux branches et une rupture franche entre les Beni Hammad et l'émir ziride Al Moez auront lieu en 1040.

Histoire vignette|Complexe palatin des rois Hammadides au sein de la Kalâa des Béni Hammad, dont on retrouvera des influences dans L'Alhambra|271x271px Entre 1041 et 1051, le souverain ziride reconnaît, la légitimité des califes Abbassides de Bagdad. Cela est considéré comme une trahison de la part des Fatimides qui décident d'envoyer des nomades arabes indésirables, les Hilaliens, au Maghreb vers 1049. Au même titre politique et symbolique, les Hammadides réintègrent alors, en symétrie opposée, l'obédience fatimide. La question religieuse est plutôt la conséquence de décisions d'ordre politique, qu'une cause de guerre.

Cette période coïncide avec l'apogée de la puissance hammadide. En effet, au départ, le pouvoir hammadide est peu touché par la migration hilâlienneGilbert Meynier, « 3. Les Banû Hilâl et l’évolution du Maghreb », dans : L'Algérie, cœur du Maghreb classique. De l'ouverture islamo-arabe au repli (698-1518), sous la direction de Meynier Gilbert. Paris, La Découverte, « Hors collection Sciences Humaines », 2010, p. 52-72. URL..

La première capitale hammadite est Al-Qalaa (Kalâa des Beni Hammad). L'arrivée des hilaliens pousse le sultan An-Nasir à fonder Béjaïa, ville côtière disposant de davantage de ressources et d'infrastructures (portuaires notamment). Il réorganise l'administration en chargeant ses deux fils et quatre de ses frères de gouverner les principales villes : Alger, Achir, Miliana, Suq Hamza, N'Gaous et Constantine. Il y fit construire des remparts et des portes autour de la ville afin de renforcer la sécurité de la cité. La ville connaîtra une grande prospérité économique, grâce aux richesses de l'agriculture, de la pêche et du commerce maritime mais, aussi une prospérité intellectuelle, avec le développement des sciences islamiques, mathématiques, l'art ou l'Histoire. Elle devient très vite une cité attrayante pour les voyageurs européens et andalous. Piri Reis disait de la ville : " Parmi toutes les villes du Maghreb, aucune n'offrirait un spectacle comparable à celle-ci ". Béjaïa était à cette époque une ville quatre fois plus grande qu'elle ne l'était en 1962. En essayant de retracer l'ancienne enceinte, l'on a constaté qu'une grande partie de l'ancienne ville s'étendait vers le côté nord et nord-est, aujourd'hui couvert de verdure, de buissons et d'arbres. alt=Vue sur une ville portuaire.|gauche|vignette|Béjaïa au 16e siècle, détruite en grande partie par les espagnols La Kalâa reste un centre commercial et intellectuel actif, mais décline progressivement. Al-Mansur ben al-Nasir, s'installe en 1090 définitivement à Béjaïa. Les Hammadides feront de la ville, l'une des cités les plus prospères qu'ait connu le Maghreb et la Méditerranée à cette époque.

L'arrivée des Hilaliens provoque un bouleversement dans les rapports d'autorité du territoire, mais la menace des tribus berbères rivales étaient d'avantages craintes. Cela favorisa l'expansion des hilaliens et affaiblissant les dynasties berbères musulmanes. Ainsi, déclarant un statu quo, les hammadites de Béjaia se sont alliés aux mercenaires hilalien afin de combattre et vaincre les Ifrenides de Tlemcen en 1058. Les Ifrenides garderont leur capitale Tlemcen mais perdront une grande partie de leur territoire.

L'affaiblissement des ifrenides aura pour conséquence l'émergence d'une nouvelle dynastie venue de Maurétanie, les Almoravides. Ceux-ci prennent Tlemcen aux Ifrenides mais sont arrêtés par le Sultan Hammadite, Al-Mansur ben al-Nasir, et ses alliés hilaliens, en 1102. Les Almoravides sont donc repoussés vers le Maghreb al-Aqsa (l'actuel Maroc).

Les Hammadites de Béjaïa, s'imposent donc, après le déclin de leur cousins Zirides, comme une grande puissance au Maghreb central. Ils réussissent à éliminer les Banou Khourassan de Tunis et repousser les Arabes du Hodna. Ils repoussent de nombreuses attaques maritimes, notamment celles des Génois en 1136. Les luttes contre les hilaliens redevenaient constantes et la cité fut de plus en plus affaiblie malgré sa prospérité économique et culturelle.La chute des Almoravides, remplacés par la dynastie commandée par Abd-Al Mumin, les Almohades, provoquera la fin de l'hégémonie Hammadite. Les Almohades prennent le Maghreb al Aqsa ainsi que le Maghreb central en 1151. Abd-Al Mumin entre en Kabylie vers 1152 où l'armée du roi Hammadide Yahya ibn Abd al-Aziz l'attendait dans la région d'Oumalou. Défait, Yahya se replia vers Annaba pour prendre la route de Constantine afin de s'y retrancher, toujours talonné par le calife Almohade. Assiégé de toute part, Yahya se rend et la ville est prise. Le dernier roi Hammadide est emmené par Abd-Al Mumin avec lui à Marrakech où il finira ses jours, traité comme un prince de haut rang où il s'était vu attribué de l'or et des palais. Les Almohades avaient fini entre-temps d’achever leur conquête du Maghreb en combattent les Hilaliens en continuant leur marche vers l'est. Cela marque donc la fin de la dynastie Hammadite, mais la cité de Bougie reste prospère, où elle fut de suite administrée par l'un des héritiers de Abd-Al Mumin, Muhammad et accueillera de nombreux savants. Le Sultan Almohade y battit une casbah et de nombreuses infrastructures. Quelques années plus tard, Abd-Al Mumin fit marier son fils et successeur au trone des Almohades Abu Yaqub Yusuf I à Meryem, une Sanhadja de la Kalâa, initialement prisonière, que le Calife avait fait libérer.

Culture et religion vignette|redresse|Mosquée de Sidi Soufi, un important soufi de Béjaïa.

Les territoires hammadides ont connu une grande prospérité économique. La ville de Béjaïa devient un centre d'enseignement et pôle intellectuel, et rayonne au-delà du Maghreb. Sa cité de la science (madînat al-‘ilm, au double sens profane et religieux) est renommée. En l'honneur d'un soufi local, An-Nasir crée un institut Sidi Touati où sont enseignées nombre de disciplines.

La ville est renommée comme centre de pensée et de science, elle attire de nombreux savants. Du fait de la Reconquista chrétienne, plusieurs proviennent de Sicile, et surtout d'al-Andalus, à côté d'érudits et fuqahā classiques venant de la Qalâa, de mystiques venus du Machrek, mais aussi des Européens du Sud. Une « maison de la sagesse » (bayt al-hikma), est le théâtre de controverses doctrinales. Comme à Tahert, ces débats sont organisés avec des adeptes d'autres madhâhib de l'islam sunnite, et même avec les tenants du mutazilisme rationalisant, qui prône le libre arbitre. Elle accueille également des dialogues entre musulmans et non-musulmans.

La spéculation religieuse fleurit à Béjaïa, comme à Qalâa, avec un accent sur la méditation mystique, le soufisme commence à se développer au Maghreb. Sur le plan doctrinal, les Hammadides ont été chiites, puis malikites, moins pour des raisons de conviction religieuse que pour celles politiques. Dans le sillage de ses fuqahā, Béjaïa reste attachées au malikisme.