La pierre runique de Kensington est une pierre plate rectangulaire en grauwacke couverte de runes sur sa face et son côté. Son origine et sa signification ont été contestées depuis sa « découverte » en 1898 à Solem Township près de la ville de Kensington dans le (comté de Douglas) dans le centre de l'État américain du Minnesota. Selon son texte, des explorateurs scandinaves auraient atteint le centre de l'Amérique du Nord au .

Les savants et historiens considèrent majoritairementJames Knirk at www.forskning.no: « Det finnes en liten klikk med amerikanere som sverger til at steinen er ekte. De er stort sett skandinaviskættede realister uten peiling på språk, og de har store skarer med tilhengere. » Traduction en anglais : There is a small clic of Americans who swear to the stone's authenticity. They are mainly natural scientists of Scandinavian descent with no knowledge of linguistics, and they have large numbers of adherents. The runestone has been analysed and dismissed repeatedly without local effect.

Voir : E. Wahlgren, The Kensington Stone: A Mystery Solved (Madison: University of Wisconsin Press) 1958 ; T. Blegen, The Kensington Runestone: New Light on an Old Riddle (St Paul: Minnesota Historical Society) 1968 ; R. Fridley, « The case of the Gran tapes », Minnesota History 45.4 (1976:152-56) ; B. Wallace, « Some points of controversy », in B. Ashe, ed. The Quest for America (New York: Praeger) 1971:154-74 ; E. Wahlgren, The Vikings and America (New York: Thames & Hudson) 1986. que c'est un canular. Il existe quelques personnes qui proposent des explications étranges ou farfelues pour défendre son authenticité.

Circonstances de la découverte et premières recherches Olof Öhman, un fermier d'origine américano-suédoise, déclare en 1898 avoir trouvé la pierre alors qu'il débarrassait sa terre d'arbres et de troncs afin de pouvoir la labourerChristophe Bord, « Kensington ou Tintin au pays des Runologues », Anglophonia Caliban/Sigma, 29 - 2011, mis en ligne le 15 mai 2015, consulté le 21 décembre 2025, doi.org/10.4000/caliban.926.. Elle a été trouvée sur un monticule ou un côté d'une colline, couchée face contre terre et enchevêtrée dans les racines d'un arbre supposé être âgé d'au moins une dizaine d'années. Aux dires de plusieurs témoins, quelques-unes de ces racines étaient aplaties et épousaient la forme de la pierre. Le fils d'Öhman, âgé d'une dizaine d'années, a alors remarqué des inscriptions et le fermier déclara qu'ils pensaient avoir trouvé un almanach indien. L'artefact a des dimensions de 76 × 41 × 15 cm et pèse environ .

En 1874, soit vingt-quatre ans avant la découverte d’Öhman, Rasmus Bjørn Anderson, originaire de Norvège et qui avait fondé le département d’études scandinaves de l’Université du Wisconsin à Madison, publie un ouvrage qui a connu plusieurs rééditions. Son titre est éloquent : America Not Discovered by Columbus: An Historical Sketch of the Discovery of America in the Tenth Century by the Norsemen (« L'Amérique non découverte par Christophe Colomb : un aperçu historique de la découverte de l'Amérique au Xe siècle par les Vikings »)(.

Au moment de la découverte, le séjour de Leif Erikson au Vinland (actuelle Terre-Neuve) était largement abordé et il en est résulté un regain d'intérêt pour l'âge des Vikings dans toute la Scandinavie. Cinq ans plus tard, un archéologue danois prouve qu'il était possible de naviguer jusqu'en Amérique du Nord à bord de bateaux de l'époque. Il y eut aussi des tensions entre la Suède et la Norvège, dues à leurs indépendances récentes : quelques Norvégiens prétendirent que la pierre était un canular suédois et des accusations du même type vinrent de Suède, s'appuyant sur le fait qu'il était fait référence sur la pierre à une expédition conjointe de Norvégiens et Suédois lorsqu'ils appartenaient au même royaume.

La pierre est exposée peu après dans une banque locale. Une copie de l'inscription fait son chemin jusqu'au département de langue grecque de l'université du Minnesota, puis à Olaus J. Breda, un professeur de littérature et de langues scandinaves de cette même université de 1884 à 1899, qui avait quelque intérêt dans la trouvaille. Il fait une traduction, déclara la pierre comme contrefaçon et en envoie des copies à des linguistes en Scandinavie. L'archéologue norvégien Oluf Rygh déclare aussi qu'il s'agit d'une contrefaçon, en se fondant sur une lettre de Breda. Les preuves archéologiques d'établissements vikings au Canada ne devant apparaître que 50 ans plus tard, l'idée de vikings errant à travers le Minnesota à cette époque semble alors impossible aux yeux de la plupart des universitaires.

La pierre est ensuite envoyée à l'université Northwestern de Chicago. Personne n'étant capable d'identifier le moindre contexte historique valable, la pierre est renvoyée à Öhman, qui l'aurait déposée face contre terre près de la porte de son grenier comme pierre pour nettoyer ses chaussures et enlever les clous (des années plus tard, son fils rapporta qu'il n'en était rien et qu'ils l'avaient en fait déposée dans un hangar adjacent). En 1907, la pierre est achetée, apparemment pour 10 dollars par Hjalmar Holand, un étudiant diplômé de l'université du Wisconsin. Holand ravive alors l'intérêt du public et d'autres études sont menées par le géologue Newton Horace Winchell (Minnesota Historical Society) et le linguiste George Flom (Philological Society de l'université de l'Illinois), qui publient tous deux leurs conclusions en 1910.

Si on se réfère à Winchell, le peuplier sous lequel la pierre fut trouvée avait été détruit mais plusieurs peupliers proches et de même taille ont été coupés et, en comptant leurs anneaux, il a été déterminé qu'ils étaient âgés de 40 ans. Comme la région en question n'a été colonisée qu'après 1858, il est apparu que la pierre ne pouvait être une contrefaçon. Winchell conclut aussi que l'aspect désagrégé de la pierre indiquait que l'inscription avait bien 500 ans.

Pendant ce temps-là, Flom trouve une nette divergence entre les runes utilisées dans l'inscription de Kensington et celles en usage au . De même, les formes linguistiques ne correspondent pas aux exemples de cette époque.

La plupart des controverses sur l'authenticité de la pierre de Kensington sont fondées sur un conflit entre les preuves linguistiques et physiques. Le fait que la pierre runique ait été découverte par un fermier suédois dans le Minnesota à une période où l'histoire viking et la culture scandinave étaient très populaires et la publication de plusieurs articles sujets à caution, font qu'un voile tenace de scepticisme en résultera pendant plus de 100 ans.

Support historique

En 1354, le roi de Norvège Magnus Smek accorda une lettre de protection à pour un voyage au Groenland. Les établissements à l'ouest du Groenland avaient été retrouvés abandonnés — seul du bétail y subsistait — quelques années plus tôt et il était supposé que la population avait rejeté l'Église (et sa mainmise sur les fermes locales, acquises progressivement comme paiements de taxes diverses), était retournée au paganisme et partie vers ce qui sera connu plus tard comme l'Amérique du Nord.

En 1887, l'historien Gustav Storm mentionne ce voyage, suggérant son retour vers 1363 ou 1364. Il semble qu'il s'agisse des premiers travaux publiés qui se réfèrent à un voyage vers l'Amérique du Nord, concordant avec la date inscrite sur la pierre. Cela a depuis été confirmé par une lettre écrite en 1577 par Gérard Mercator à John Dee. Cette lettre donne un extrait des travaux plus anciens de Jacobus Cnoyen (maintenant perdus) décrivant un voyage au-delà du Groenland dont le retour avec 8 hommes à bord date de 1364. Cnoyen mentionne également qu'un prêtre était du voyage et que celui-ci le décrivit dans un livre appelé Inventio Fortunate, livre qui est d'ailleurs cité dans nombre de documents du Moyen Âge ainsi que de la Renaissance, mais dont aucune copie ne subsiste.

L'Inventio est cité sur certaines cartes datant du comme étant leur source à propos de la description de l'Arctique. On ne sait pas si le voyage alla jusqu'à la baie d'Hudson mais quelques cartes montrent cette baie au moins 100 ans avant sa première exploration connue. Cela influence apparemment Christophe Colomb pour la planification de son voyage à travers l'Atlantique. Donc, même si un faussaire talentueux avait pu déduire la date à mettre sur la pierre en fonction des informations disponibles à cette époque, il semble qu'une expédition ait bien eu lieu à l'époque mentionnée sur la pierre.

Géographie

Kensington est situé près d'une route de communication terrestre entre la baie d'Hudson et les bassins de drainage du Mississippi. Une route naturelle de navigation dans le sens nord-sud s'étend de la baie d'Hudson vers la rivière Nelson, en passant par le lac Winnipeg, puis vers la Rivière Rouge du Nord par un canyon formé par le retrait du glacier du lac Agassiz. Cela s'arrête brutalement au bas de ce qui semble être le lit d'une ancienne rivière (un type de site caractérisé par une élévation du sol due au rebond isostatique), à l'ouest du lac Cormorant. On suppose ainsi que des explorateurs entrant en Amérique du Nord par le nord, cherchant une route vers le sud (potentiellement aidés par des Amérindiens, ceux-ci connaissant les voies navigables), seraient naturellement arrivés dans la zone de Kensington.

D'autres artefacts ?

La voie navigable peut également contenir des signes de la présence viking. Au lac Cormorant, dans le comté de Becker au Minnesota, il y a trois rochers avec des trous triangulaires similaires à ceux utilisés pour amarrer les bateaux le long de la côte norvégienne au . Holand a trouvé d'autres trous triangulaires dans des roches près du lieu où la pierre fut trouvée. Un morceau d'acier scandinave du servant à allumer des feux est également trouvé entre le lac Cormorant et Kensington, lieu où la pierre runique a été découverte.

D'autres artefacts vikings datés du ont été trouvés au Minnesota, mais apparemment aucun d'entre eux n'a été découvert sous contrôle archéologique, par conséquent il est impossible d'éliminer la possibilité qu'ils n'aient été apportés par des Européens que plusieurs siècles plus tard. De manière similaire, la datation de quelques trous d'amarrage à ressemblance viking reste évasive.

Débats D’une manière générale, les runologues et les scandinavistes ne croient pas à l’authenticité de l’inscription de Kensington et les personnes qui la défendent ne sont le plus souvent ni runologues, ni scandinavistes, ni même linguistes, mais, en revanche, dans leur grande majorité, « d’enthousiastes amateurs, tous ou presque d’origine scandinave. »

Holand apporte la pierre en Europe et, pendant que les journaux du Minnesota débattent de son authenticité, la pierre est rapidement écartée par des linguistes suédois.

Durant les 40 années qui suivent, Holand lutte pour intéresser les opinions publique et savante à la pierre, rédigeant des articles et plusieurs ouvrages. Il rencontra un bref succès en 1949 lorsque la pierre est exposée à la Smithsonian Institution, des savants tels que William Thalbitzer et S. R. Hagen publiant des articles défendant son authenticité. Cependant, et à peu près au même moment, les publications des linguistes scandinaves Sven B. F. Jansson, , Harry Anderson et K. M. Nielsen (parallèlement à un livre à succès d'Erik Wahlgren), jettent de nouveau le doute sur la provenance de la pierre runique.