Jean Allemane, né le à Sauveterre-de-Comminges (Haute-Garonne) et mort le à Herblay (Seine-et-Oise), est un typographe, journaliste, syndicaliste et homme politique socialiste français.

Ouvrier typographe et syndicaliste sous le Second Empire, il participe à la Commune de Paris avant d'être envoyé au bagne de Nouvelle-Calédonie. De retour en France, il fonde le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) qui représente le courant dit « allemaniste » du socialisme français, et devient par la suite un important dirigeant socialiste de la SFIO aux côtés de Jean Jaurès, Jules Guesde et Édouard Vaillant. Après avoir quitté la SFIO en 1914 pour fonder son propre parti, le Parti ouvrier (PO), il rallie l'Union sacrée durant la Première Guerre mondiale.

Biographie Syndicalisme sous le Second Empire et Commune de Paris Originaire de Haute-Garonne, Jean Allemane vient à Paris en 1853 avec ses parents, qui y ouvrent un commerce de vins. Embauché dans une imprimerie, il est emprisonné dès 1862, à , pour avoir pris part à la première grève des ouvriers typographes de la capitale, ce mode d'action étant alors illégalLe droit de grève sera reconnu deux ans plus tard, en 1864, par le pouvoir impérial.. Ce combat marque le réveil du mouvement ouvrier sous le Second Empire. Peu après, Allemane devient un des organisateurs de la chambre syndicale des typographes parisiens.

Caporal de la Garde nationale parisienne en 1870, il participe, dès le début des évènements à la Commune de Paris durant laquelle, officier fédéré, il combat notamment au Quartier latin, du jusqu'à la Semaine sanglante. Caché à Belleville mais rapidement dénoncé et arrêté, Allemane est condamné en 1872 aux travaux forcés à perpétuité pour être ensuite déporté au bagne de Nouvelle-CalédonieS’il est incontestablement un combattant de la Commune, il n'est pas pour autant un militant de premier plan. Gaston Da Costa dans son livre publié en 1905 cite Allemane comme un des nombreux insurgés condamnés parmi d'autres aux travaux forcés et déportés à l’île Nou. Sous le numéro 4486, il indique : Son frère, François, est quant à lui déporté sur la presqu'île Ducos..

Il y subit des conditions de détention particulièrement difficiles, surtout après l'échec d’une tentative d'évasion en 1876 et, plus encore, du fait de ses positions tranchées. Ainsi, en 1878, il refuse — ce que ne feront pas tous les communards emprisonnés avec lui — de participer à la répression armée contre les insurgés canaques. Pour autant, comme tous ses compagnons, il est amnistié en 1880, ce qui lui permet de rentrer en métropole. Débarqué à Brest le , il arrive le lendemain par le train à Paris.

De retour en France : le militant socialiste Brièvement typographe dans l'imprimerie de L'Intransigeant, journal fondé en 1880 par Henri Rochefort, qui y engage nombre d'anciens déportés, Allemane adhère ensuite au Parti ouvrier français, fondé la même année par Jules Guesde. Comme beaucoup de militants, il épouse ensuite par ses choix l'émiettement du mouvement ouvrier français en émergence. Il suit ainsi, avec Jean Baptiste Clément, les « Possibilistes » de Paul Brousse lors du congrès de Saint-Étienne qui voit la rupture avec les guesdistes d’obédience marxisteBrousse préconise la participation active aux élections municipales, premier pas vers la conquête du pouvoir, abandonnant selon leur expression La première municipalité emportée par les socialistes à partir de cette stratégie sera Commentry, ville minière de l'Allier, gagnée en juin 1882.. À cet instant, Allemane incarne la lutte active contre le boulangisme (1886–1889), stratégie qui le rapproche du parti républicain alors au pouvoir, notamment dans la direction du journal qu'il fonde alors, Le Parti ouvrier.

En 1890, lors du congrès de Châtellerault, Allemane, exclu du parti avec ses partisans, part fonder son propre mouvement, le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) qui préconise la grève générale comme moyen d'action révolutionnaire. Sur le plan syndical sinon politique, les « allemanistes » sont proches des anarchistes (antiparlementaristes, ils sont partisans de la grève générale et adeptes de l'action directe) mais dans les faits restent marqués par la recherche de l'unité du socialisme et un pragmatisme qui les pousse à accepter le jeu électoral « bourgeois » qui leur permet de représenter avantageusement les prolétairesComme le dit alors le député « allemaniste » Toussaint, élu à Paris en 1893 dans le arrondissement, dans sa profession de foi au nom du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire : .

En 1895, il participe à Limoges au congrès constitutif de la Confédération générale du travail (CGT).. vignette|321x321px|Jean Allemane en 1903 dans son imprimerie. En dépit de la méfiance de ses militants envers le carriérisme des parlementaires, le parti ouvrier envoie déjà des députés à l'Assemblée. Ces élus « allemanistes » sont soumis, non sans difficultés, à un contrôle très strict du partiEn 1896, Dejeante, le député de Paris, ( arrondissement — la Seine compte alors issus du POSR sur , point haut électoral jamais retrouvé) — rompt avec le . Ce dernier ayant voulu lui imposer une retenue de sur ses émoluments, il démissionne, puis se fait réélire sous une autre étiquette.. Jean Allemane, dreyfusard déclaréSur son engagement dans l'affaire Dreyfus, voir sa notice du Dictionnaire biographique et géographique de l'affaire Dreyfus., sera ainsi député de 1901 à 1902, puis encore de 1906 à 1910, pour le arrondissement de Paris. Lors de ce deuxième mandat, il représente la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), dans laquelle s'est fondu le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire en 1905.

Par ailleurs, Allemane reste attaché à sa profession, y compris lorsqu’il est élu à la Chambre. Fondateur d'une imprimerie socialiste, « la Productrice », il la transforme rapidement en coopérative ouvrière. Au sein de la SFIO, il aura un rôle effacé, sauf dans les années qui précèdent la guerre, où il mène une opposition fractionnelle, marquée par l'action syndicale et l’antimilitarisme.

Il publie, en 1906, ses Mémoires d’un communard qui sont moins une reconstitution historique — il y égratigne à peu près tous les leaders de la Commune et décrit plus le bagne que les évènements parisiens — qu’un discours militant mis au service de ses convictions politiques du moment.

Il rompt avec son parti en 1914 pour cofonder le Parti ouvrier (PO). gauche|vignette|303x303px|Jean Allemane en 1908 caricaturé par Aristide Delannoy dans Les Hommes du jour.

Durant la Première guerre Mondiale Pour autant, comme beaucoup, au début du conflit mondial, en , il approuve la participation des partis ouvriers à la défense nationale.

À l'issue de la guerre, Allemane, après le congrès de Tours, suit la majorité communiste, dont la radicalité lui plaît, sans pour autant devenir membre de la nouvelle Section française de l'Internationale communiste.

Franc-maçon actif, Jean Allemane fut initié à la loge Les Rénovateurs de Clichy, loge du Grand Orient de France dont fut membre également Jean Baptiste Clément, auteur de la chanson Le Temps des cerisesDaniel Ligou, Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Paris : Presses universitaires de France, , 1991, ..

Un des derniers survivants de la Commune, Allemane meurt en 1935 à Herblay en Seine-et-Oise. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ().

Un neveu, Gaston Allemane (1903–1989) sera député SFIO lors du Front populaire.vignette|Tombe restaurée de Jean Allemane, avec une gerbe déposée par le Grand Orient de France.|305x305px Pensée politique Personnage singulier, dans l'ombre de Jean Jaurès et de Jules Guesde, sans jamais atteindre la renommée et l'influence de ces deux leaders qui furent souvent ses rivaux, Jean Allemane incarne un mouvement syndical et politique original, non marxiste, qui a joué un rôle dans la genèse du mouvement socialiste français. Souvent critique, peu apte à la soumission, libre-penseur absoluJean Allemane avec Paul Brousse, Ferdinand Buisson, Marcel Sembat ou Gustave Hervé, participe en septembre 1905 au palais du Trocadéro au Congrès international de la Libre Pensée., ce dirigeant ouvrier fut un authentique plébéien.

Défendant avec ardeur la prise du pouvoir comme un but en soi, son mouvement en envisageait la mise en œuvre par tous les moyens possibles. L'originalité de cette position en fait à la fois sa richesse et sa faiblesse. Ne refusant pas la coopération avec les partis bourgeois, voire la participation au gouvernement pour faire avancer leurs idées ou — ainsi l'affaire boulangiste — conforter la République, les allemanistes prônaient tout autant l’action directe et en premier lieu une grève générale, proprement révolutionnaire, qui ne vit jamais le jour en France en dépit de leurs efforts.

Publication Mémoires d'un communard : des barricades au bagne, Librairie socialiste J. Allemane, 1906Voir sur gallica.bnf.fr.Distinguer de Mémoires d'un communard : 18 mars–28 mai 1871 : la Commune vécue, de Gaston Da Costa. ; réédition en 1981, Paris, Éditions Maspero, puis en 2001, Paris, La Découverte.

Hommages De nombreuses villes ont rendu hommage à Jean Allemane en donnant son nom à l'une de leurs voies ou places ou squares, par exemple : Argenteuil, Bezons, Champigny-sur-Marne, Châtenay-Malabry, Herblay, Houilles, Nanterre, Paris (le square Jean-Allemane) , Rosny-sous-Bois, Saint-Étienne, Savigny-sur-Orge et Villetaneuse.

Le un hommage spécial fut rendu au cimetière du Père Lachaise à Paris par le Grand Orient de France et d'autres loges maçonniques pour honorer diverses personnalités dont Jean Allemane..

Notes et références

Annexes

Bibliographie Didier Bigorgne : « L’allemanisme 1890–1905 », mémoire de DEA, Reims, 1990 « Les allemanistes (1882-1905). Itinéraires, place et rôle dans le mouvement socialiste français », thèse d'histoire, université Paris 13, 2001 Siân Reynolds : « La vie de Jean Allemane (1843-1935) », thèse de Doctorat de d'histoire, Paris, Université Paris 7, 1981 « Allemane, the Allemanists and Le Parti Ouvrier : the problems of a socialist newspaper 1888–1900 », European history quarterly, vol. 15, 1985, Michel Winock, « La naissance du parti allemaniste (1890–1891) », in Le Mouvement social, , avril–

Jean Allemane dans le Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social

Articles connexes Gabrielle Petit Mouvement ouvrier français face à la Première Guerre mondiale

Liens externes

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