Louis Marie Stanislas Fréron, né le à Paris et mort le () aux Cayes à Saint-Domingue (en actuel Haïti), est un journaliste et conventionnel français.

Tour à tour montagnard, puis anti-jacobin réactionnaire, et finalement républicain modéré, il est notamment l'instigateur de la répression de Toulon de fin 1793.

Biographie Jeunesse Baptisé dans la paroisse de Saint Sulpice, Louis-Marie-Stanislas Fréron est le fils d'Élie Fréron., le propriétaire de L'Année littéraire qui a été la cible d'épigrammes de Voltaire, et le neveu de l'abbé Royou. Condisciple de Camille Desmoulins (avec lequel il fréquente le Palais-Royal) et de Maximilien Robespierre au collège Louis-le-Grand, il occupe, à la mort de son père, la direction de la feuille paternelle, dont il défend la mémoire, toujours attaquée.. Pour faire face au déclin de cette feuille, il s’adjoint l’abbé Royou et Geoffroy, avant de se charger, à partir de 1779, de la rédaction, avec les seuls Salaün et Clément.

En 1781, le journal est suspendu, après que Salün a critiqué le comédien Desessarts. Malgré toutes ses démarches, le privilège de l’Année littéraire ne lui est pas rendu, mais accordé à sa belle-mère. Il est aussitôt débarqué sans ménagement et collaborera seulement à quelques numéros après un contrat avec cette dernière, avant de quitter définitivement le journal. Jeté de l’entreprise familiale, il survit grâce à une pension que lui verse son beau-frère. Il fréquente alors le financier Bertin, et s’adonne aux mêmes plaisirs que son protecteur.

La Révolution Le journaliste d'extrême-gauche En 1789, il embrasse la cause de la Révolution. En 1790, il fonde L'Orateur du Peuple, organe de diffusion de nombreux articles de Jean-Paul Marat, et d'attaques injurieuses contre Marie-Antoinette. Il le fait imprimer par Anne Félicité Colombe « Anne Félicité Colombe », in: Dominique Godineau, The Women of Paris and their French Revolution, Berkeley, UCP, 1998, — sur Google Livres.. Le de la même année, il rejoint Desmoulins à la rédaction des Révolutions de France et de Brabant. Il fréquente parallèlement à son activité de journaliste le club des Jacobins.

L'un des auteurs de la pétition du club des Cordeliers déposée au Champ-de-Mars, il est arrêté le , trois jours après le massacre des pétitionnaires par les hommes de La Fayette et de Bailly. Il avait en effet demandé l'exécution de Louis XVI et de Marie-Antoinette, .

En , il est élu président du Club des Cordeliers, puis tente avec Desmoulins de fonder un nouveau journal, La Tribune des Patriotes. Faute de fonds, cette nouvelle feuille disparait au bout de quatre numéros seulement.

Le , Fréron participe à l’attaque du palais des Tuileries. Dans des articles vengeurs, il appelle la population à des exécutions sommaires de prisonniers, jouant ainsi un rôle dans les massacres de Septembre. Fin août il est envoyé à Metz afin d'informer la population sur les événements récents.

Député de Paris En , Fréron est élu député du département de la Seine, le seizième sur vingt-quatre à la Convention nationale.

Il siège sur les bancs de la Montagne. Lors du procès de Louis XVI, il vote la mort « dans les vingt-quatre heures », et rejette l'appel au peuple et le sursis à l'exécution. En avril et en , il est absent lors du scrutin sur la mise en accusation de Jean-Paul Marat et lors du scrutin sur le rétablissement de la Commission des Douze.

En effet, dès le , Fréron, aux côtés de Jean François Ricord (député du Var), est envoyé auprès de la section du Marais. Le lendemain, il est envoyé en mission, aux côtés de Paul Barras (député du Var), dans les départements des Hautes-Alpes et des Basses-Alpes afin d'y accélérer la levée en masse, décrétée en février.

Le premier proconsulat : Toulon et Marseille En , Fréron part en mission « pacificatrice » dans le Midi. C'est là qu'il acquiert le titre de « Missionnaire de la Terreur ».

Il réprime avec Barras les insurrections fédéralistes de Marseille et Toulon. À Marseille, Fréron et Barras substituent au Tribunal révolutionnaire de la ville, la Commission Brutus, qui, sur 219 prévenus en condamne 123 à la guillotine. Les biens des victimes sont confisqués tandis que quelques bâtiments publics sont rasés par les deux proconsuls. Fréron et Barras prennent un arrêté pour changer le nom de Marseille en « Ville-sans-Nom », mais le Comité de salut public ne suivra pas ses représentants dans cette décision. Ses relations avec le capitaine Napoléon Bonaparte sont très mauvaises. Celles avec les chefs jacobins locaux Giraud et Maillet sont difficiles. Il les envoie finalement devant le Tribunal révolutionnaire à Paris, mais celui-ci les acquitte.

Le , les troupes françaises reprennent Toulon. Fréron se charge de la répression qui est terrible : on estime que 700 à 800 personnes sont fusillées sommairement. Il écrit : « Nous avons requis douze mille maçons pour raser la ville. Tous les jours, depuis notre entrée, il y a deux cents Toulonnais de fusillés. Il y en a déjà huit cents de fusillés, la mortalité est parmi les amis de Louis XVII, et sans la crainte de faire périr d’innocentes victimes, telles que les patriotes détenus, tout était passé au fil de l’épée [...]Dictionnaire des personnages de la Révolution, p. 288 »

La commission révolutionnaire condamne quant à elle 290 Toulonnais à l'échafaud. Mais, devenus suspects aux yeux du Comité de salut public, Barras et Fréron sont remplacés en pluviôse an II par le robespierriste Maignet.

Thermidor Ennemi de Robespierre, qui suivait avec dégoût ses agissements sanglants, Fréron est rappelé à Paris en . Avec Barras, il est incapable de rendre les livres que leur avait confiés la Convention, les ayant peut-être détournés à leur profit.

Choqué par l'exécution de son ami Desmoulins, Fréron se fait discret pendant trois mois, se sachant menacé par Robespierre. Avec Fouché, Tallien et Rovère, il fait sans nul doute partie des députés que Robespierre souhaitait voir éliminer.

Fréron complote donc contre l'Incorruptible et prend part au 9 thermidor. « Ah ! qu'un tyran est dur à abattre ! » déclare-t-il à la tribune, impatient de voir tomber la tête de son ennemi. Dès lors, il rejoint franchement le camp de la réaction.

Fréron et la Réaction thermidorienne La Jeunesse dorée Membre du bureau de la Convention le , sous la présidence de Merlin de Douai, Fréron soutient le démantèlement du gouvernement révolutionnaire et inspire les attaques de Lecointre contre les membres des comités de l'an II.

Le , il produit un grand discours défendant la liberté illimitée de la presse.

Le , il est exclu du club des Jacobins avec Tallien et Lecointre, à la demande de Carrier. Quelques jours plus tard, le , il fait reparaître l'Orateur du Peuple qu'il transforme en organe de la propagande réactionnaire et où il fait preuve d'un antijacobinisme virulent.

Par ailleurs il organise avec Tallien des bandes de à jeunes muscadins ou « collets noirs » — suspects sortis de prisons, insoumis, journalistes, artistes, clercs, courtiers, petits commerçants — (vêtus d'un habit étriqué « couleur de crottin » au col de velours noir, les basques taillées en queue de morue et la culotte serrée sous le genou), dénommées « Jeunesse dorée de Fréron », qui rossent les « passants ayant mauvaise figure », en réalité les Jacobins, notamment le au Palais-Égalité. Fréron recrute les membres de cette jeunesse dans divers endroits de la capitale comme le Café de Chartres. Parmi ses lieutenants, on retrouve Garat, Pitou, Saint-Huruge, Jean Elleviou et Langlois. Son aura est telle en cet automne 1794 que le vocable « Fréronistes » désigne les thermidoriens réacteurs, dont il est le chef avec Tallien.

La guerre contre les Jacobins L'Orateur du peuple devient le porte-voix des attaques contre les principaux jacobins. Fréron s'en prend à Barère, Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, Vadier ou encore Carrier. Le journal devient très populaire et est bientôt rejoint par L'Ami des citoyens de Tallien et une multitude d'autres feuilles réactionnaires. Toutefois, il subit avec Barras l'attaque des députés montagnards marseillais qui les accusent de prévarication. Il réplique en dénonçant lui-même ses opposants Moyse Bayle, Granet et Escudier, les représentant comme de nouveaux Robespierre, et obtient quitus de la part de la Convention.

En Fréron accentue encore sa campagne anti-Jacobins. Le , il organise le saccage du Club par sa jeunesse dorée, puis joue un grand rôle dans la fermeture de celui-ci. Il soutient ensuite la condamnation à mort de Carrier.

Toutefois, Fréron commence à prendre ses distances avec la droite au début de 1795. En janvier il est ainsi choqué par la destruction du buste de son ami Marat par les muscadins. Fréron condamne ce vandalisme mais la Convention, de plus en plus influencée par les royalistes, le déborde sur sa droite en ordonnant le retrait des cendres de Marat du Panthéon. Désormais les muscadins n'obéissent plus à leur inspirateur et se tournent très franchement vers le royalisme.

Germinal et prairial L'insurrection du 12 germinal () permet toutefois à Fréron de reprendre sa campagne contre les derniers Montagnards. À la tête de la Garde nationale, il fait évacuer avec Barras la Convention envahie par des manifestants sans-culottes. Puis l'assemblée décrète la déportation de Billaud, Barère, Collot et Vadier. Fréron participe ensuite à la mise en accusation des députés compromis avec les insurgés, notamment Léonard Bourdon, Duhem et surtout Moyse Bayle. Cette insurrection ratée lui permet donc de se débarrasser de quelques-uns de ses ennemis.

Si le sang n'avait pas coulé le 12 germinal, l'insurrection du () est beaucoup plus violente. Les manifestants, réclamant du pain et la Constitution de 1793, envahissent la Convention et assassinent le député Féraud, peut-être confondu avec Fréron. La répression organisée par la Convention est très sévère. Le 4 prairial (), Fréron est envoyé avec le général Menou négocier la reddition du faubourg Saint-Antoine, mission qu'il remplit avec succès. À la tribune, il demande et obtient la condamnation à mort des meurtriers de Féraud.

Perte d'influence L'été 1795 est marqué par la montée en puissance de la droite royaliste à la Convention. Fréron, qui a abandonné la direction de son journal à Jean Joseph Dussault, travaille désormais à l'installation d'une république modérée symbolisée par la Constitution de l'an III. Toutefois son influence politique commence à sérieusement décliner. À cause de ses revirements successifs, Fréron s'est aliéné tous les partis. Les jacobins le haïssent tel un renégat tandis que les réactionnaires ne voient plus en lui que le représentant en mission de l'an II. Voici ce que disait de lui Isnard : « Il sue le crime, il est couvert de la lèpre du crime. Il se faisait un jeu du crime, du parjure, du scandale : tout lui était bon, pourvu que ce ne fût pas la vertu. »

Aux élections d'octobre 1795, il ne se trouve aucun département pour élire Fréron aux nouveaux Conseils. Toutefois l'amitié de Barras, élu directeur, lui permet de ne pas sombrer dans l'anonymat.

Le second proconsulat à Marseille et liaison avec Pauline Bonaparte Grâce à l'influence de Barras, Fréron est envoyé en mission dans le Midi de la France en , en compagnie d'Alexandre Méchin. Son objectif est d'arrêter les massacreurs royalistes (107 militants révolutionnaires massacrés par les Compagnies du Soleil à la prison du fort Saint-Jean, à Marseille, le , 30 à Aix-en-Provence le , etc.). Une fois arrivé il destitue le la municipalité de Marseille et épure les autorités départementales réactionnaires. Fréron favorise au cours de ce proconsulat la réapparition des mouvements jacobins locaux qu'il conchiait six mois auparavant.

Finalement, il est rappelé le par le Directoire qui, à présent, le soupçonne de jacobinisme.