, mort le , est comte d'Auvergne (1386-1404) et de Boulogne (1386-1404).

Biographie

Il est le fils de (mort en 1386), comte d'Auvergne et de Boulogne (1361-1386), et de Jeanne de Clermont (morte en 1383), dame de Saint-Just.

Son mariage avec Aliénor de Comminges vignette|Sa fille, . Détail de son portrait par Holbein. Le , il épouse Aliénor de Comminges (dates de vie non connues), fille de (mort vers 1376), comte de Comminges, et de Jeanne de Comminges (morte après 1398).

De cette union est issue : (1378-1424), morte sans postérité connue1°) De son propre chef : comtesse d'Auvergne (1404-1424) et comtesse de Boulogne (1404-1424)2°) Par son premier mariage avec : duchesse d'Auvergne et duchesse de Berry (1389-1416)3°) Par son second mariage avec Georges de la Trémoille (1382-1446) : comtesse de Guînes (1416-1424).

Un cas de saturnisme médiéval

En 1375, souffre pendant sept semaines d’un abcès à la tête qui lui a occasionné des fièvres continues et coupé l’appétit. Voué à , il se rétablit au cours du mois de septembre. On cria au miracle !

En conséquence le , son médecin, Pierre Talhan qui était aussi le chirurgien du duc de Bourbon, se rendit en pèlerinage de Saint-Pourçain à Saint-Victor de Marseille et déposa sur la tombe du pape une image d’argent d’un poids de dix marcsCe témoignage est contenu dans les Actes anciens et documents concernant le bienheureux pape, (J. H. Albanès et U. Chevalier, 1897, Paris)..

En 1384 il était à Avignon auprès de son cousin le pape . Ce fut alors que la rumeur publique accusa son beau-frère, Raymond de Turenne, de l’avoir empoisonné lors d’un banquet donné par le cardinal Hugues de Saint-MartialBaluze narre : Jean du nom, Comte d’Auvergne & de Boulogne, fut empoisonné à Avignon en 1384 & Raymond de Turenne, son beau-frère, fut accusé d’avoir fait ce crime. Le poison fut si violent, que les cheveux & les ongles tombèrent au malade & qu'il eut le cerveau fort affaibli. On assembla vingt-sept médecins, tant de Montpellier que d’Avignon, pour remédier à ce fâcheux accident. Ils firent sortir le poison ; mais le Comte d’Auvergne demeura fort incommodé tout le reste de sa vie..

La drogue aurait été si violente que ses ongles et ses cheveux tombèrent et qu'il demeura incommodé le reste de sa viePour le comte d’Auvergne, l’année 1384 est aussi importante que celle de 1375 puisque nous sommes en pleine catastrophe climatique. Les mauvaises vendanges avaient été traitées au plomb, un dangereux édulcorant, qui rendait les vins consommables. devait être imbibé de ces mixtures depuis plus de dix ans. Le repas prit chez le cardinal de Saint-Martial fut sans doute la goutte de vin qui fit déborder le vase.. Ces symptômes sont aujourd’hui considérés comme caractéristiques d’un empoisonnement au plomb contenu dans le vin était un gros buveur. Pierre Charbonnier, dans ses deux études L’alimentation d’un seigneur auvergnat au début du , et Une autre France. La seigneurie rurale en basse Auvergne du , a montré que l’approvisionnement en vin des comtes d’Auvergne représentait le poste budgétaire le plus important puisque la moitié de la dépense lui était consacrée. consommait tous les jours près de deux litres. Pour le saturnisme médiéval, Cf. Hugh Jonhson, Une histoire mondiale du vin, Éd. Hachette, Paris, 1989..

Le Mauvais Ménager spolié par le duc de Berry Devenu comte de Boulogne et d'Auvergne à la mort de son père en 1386, il entreprend aussitôt une campagne ruineuse en Catalogne pour secourir en vain le comte , alors dépossédé par , roi d’Aragon.

Plus tard, considéré comme un demi-fou et connu sous le nom de Mauvais Ménager, il fut spolié par le duc Jean de Berry lors de la sombre soirée du . Tombé sous la coupe du duc, qui l’effrayait, le pauvre comte lui céda tous ses fiefs.

Marcellin Bourdet, historien de l’Auvergne, a fait une description apocalyptique de cette extorsion :

Elle commence à Riom, le , dans le palais du duc, en sa présence ; le demi-fou, terrorisé par les menaces, se résout à céder ses deux comtés au prince et son pays de CombraillesDans cette affaire Jean de Berry spoliait le comte d’Auvergne mais aussi le vicomte de Turenne. Il faut savoir que le 28 octobre 1375, avait vendu pour 30 000 francs ses seigneuries de Combrailles à , comte de Beaufort, lors du mariage de son petit-fils , vicomte de Turenne, avec sa sœur Marie de Boulogne, auquel il les offrit. La baronnie de Combrailles fut revendiquée et retirée à , l’âme damnée du duc de Berri, par en 1400. au chancelier et chambellan . Elle se continue, en sortant du palais ducal, dans l’Hôtel d’Armand de Langeac, sénéchal d’Auvergne, gendre de , où on l’amène dîner, ahuri de ce qu’il vient de faire. On le conduit dans l’auberge de Hugues Bernard, où la bande se remet à table et achève de l’étourdir, de l’enivrer avec un mélange de boissons. Puis, toute la nuit jusqu’au matin, on lui fait signer une foule de donations et de ventes, portant quittance bien entendu. On lui fit vendre ainsi tout ce qui lui restait et tout quittancer sans versement de fonds ; puis on le laissa sur ce lit d’auberge, vidé, ruiné, inerte, à moitié mort.

Ainsi se fit le partage des dépouilles du comte d’Auvergne entre le duc de Berri et ses officiers. Et il n’y a pas à dire que le duc ne fut pas complice, car cette longue et ignoble scène de Riom se passait à deux pas du palais ; et il fut si bien averti que son neveu, le comte , alors son hôte dans ce palais, se rendit à l’hôtellerie Bernard pour arracher le comte d’Auvergne, son cousin, aux spoliateurs ; mais on refusa de le laisser entrer et il ne put que crier de la rue des injures et des menaces de mort. Jean de Berri ratifia tout, naturellementExtrait de Marcellin Bordet, Thomas de la Marche, Bâtard de France et ses aventures (1318 – 1361), Riom, 1900..

Marcellin Boudet ajoute : La spoliation du comte d’Auvergne et de Boulogne, le Mauvais Ménager, s’accomplit dans des circonstances tellement répugnantes que Baluze, qui a fort bien connu l’enquête où elles se trouvent étalées puisqu’il en a publié une partie, n’a pas osé les mettre entièrement au jourCf. Marcellin Bordet, Thomas de la Marche, Bâtard de France et ses aventures (1318 – 1361), Riom, 1900. Le passage dans lequel Baluze narre cet épisode se trouve dans, Histoire de la Maison d’Auvergne, , et passim. Boudet explique que si le savant historien fut si discret c’est qu’il se trouvait en présence des descendants des complices, parents et alliés des Bouillon qui payaient son livre..

La spoliation fut en quelque sorte entérinée en 1389 par le mariage du duc de Berry avec Jeanne d'Auvergne, fille unique et héritière de . quitta alors l’Auvergne pour aller mourir obscurément, en 1404, dans une hôtellerie du faubourg Saint-Marceau à Paris. On le considère parfois même comme mort dès 1394Un épisode des relations franco-aragonaises sous le règne de - La créance du comte , du duc et de la duchesse de Berri contre le comte d'Ampurias par Léon Mirot et Jeanne Vielliard, Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, , 1941-1943.

Une tentative de réhabilitation de la part des vicomtes de Turenne

Sa fille Jeanne étant morte sans enfant en dépit de ses deux mariages, ce furent les vicomtes de Turenne qui tentèrent de réhabiliter la mémoire de son pèreIl est à souligner que Jeanne, fille unique de et d’Aliénor de Comminges, était par de deux fois apparentée à la vicomtesse Antoinette de Turenne. D’abord par sa grand-mère, Aliénor de Comminges, dame de Meyrargues, dont elle était la petite cousine et par sa tante, Marie, épouse de , parents d'Antoinette.. La première tentative fut faite, en 1441, par Pierre, comte de Beaufort et vicomte de Turenne, contre , comte d’Auvergne et de BoulogneLes Armoires de Baluze (6720. , et 194) aux références 38 et 39 possèdent un mémoire présenté aux parlementaires, en 1441, auquel est joint un extrait des pétitoires et autres adressés au Parlement par Bertrand de la Tour d’Auvergne suivi d’un extrait des réponses de Pierre Roger de Beaufort..

L’affaire stagnant au Parlement de Paris ce fut sa fille Anne Roger de Beaufort, héritière de la vicomté de Turenne, peu après son mariage avec de la Tour d’Oliergues, qui présenta à nouveau, en 1444, un factum pour faire casser la destitution de de ses comtés d’Auvergne et de Boulogne.

Quarante ans plus tard (!), en 1484, le vicomte de Turenne reçut les attendus prononcés par les parlementaires qui justifiaient la spoliation décidée et organisée par Jean de Berry et lui servait sur un plateau la vraie coupable, une pauvre servante dénommée Blanchette de Polet (ou Blanche de Paulet), condamnée à chartre perpétuelle pour motif de sorcellerie par l’évêque de Clermont, entre 1382 et 1395Il est intéressant de souligner que l’évêque de Clermont entre 1376 et 1415 était Henri de la Tour d’Auvergne et que les parlementaires lièrent leur décision à l’habitude qu’avait le comte d’Auvergne d'être malade après avoir bu du vin : Item fut Monseigneur le comte, depuis ladite maladie, de faible complexion et de faible cerveau, et encore plus enclin à se laisser hébéter par le vin, et tellement que, lorsqu’il buvait un peu trop de forts vins sans eau, il était comme du tout abattu et sans entendement..

Notes

Bibliographie Étienne Baluze, Histoire de la Maison d’Auvergne, Paris, 1708.

À ne pas confondre avec duc d'Auvergne, beaucoup plus connu sous la dénomination (1381-1434), duc de Bourbon (1410-1434) et comte de Forez (1417-1434) et, par mariage avec , duc d'Auvergne (1416-1434) () et comte de Montpensier (1416-1434)

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