Tawfiq al-Hakim né Tawfiq Ismaël al-Hakim () le dans la banlieue d'Alexandrie, et mort le au Caire, est un écrivain, dramaturge et essayiste égyptien. Il est l'un des pionniers du roman et de l'écriture théâtrale arabe et un des grands noms dans l'histoire de la littérature arabe moderne.

Ses œuvres théâtrales furent très variées puisqu'il prendra comme source d'inspiration tantôt l'Égypte pharaonique, la Grèce antique, ou la religion musulmane. Il a écrit dans le théâtre de variété, le théâtre de boulevard, ou encore le théâtre de l'absurde. Il a été l'instaurateur d'un courant littéraire théâtral qu'il appellera « le théâtre mental ».

La réception critique et populaire de ses œuvres novatrices fut mitigée ; elles furent tour à tour portées aux nues et enterrées sous un échec écrasant. Il eut une forte influence sur la création littéraire arabe, inspirant à travers ses écrits des générations entières d'écrivains et lançant un nouveau mouvement littéraire théâtral avec sa pièce Les gens de la caverne (1933). Ce fut un événement important pour la dramaturgie arabe qui a vu l'émergence d'un courant connu comme étant celui du « théâtre mental ». En dépit de la production prolifique de Tawfiq al-Hakim, il n'y a que peu de pièces qui sont destinées à être portées à la scène. La plupart de ses œuvres théâtrales sont écrites exclusivement pour être lues. Le lecteur y découvre tout un monde de signes et de symboles correspondant à une critique assez virulente de la vie et de la société faisant preuve de profondeur et de conscience.

Al-Hakim a été le témoin des deux guerres mondiales en 1914 et en 1939. Il a été le contemporain des géants de la littérature contemporaine de cette période, comme Moustapha Sadek al-Rafi'i , Taha Hussein, Abbas Mahmoud Al-Akkad, Ahmed Amin et Salema Moussa. Il a vécu en même temps que des géants de la poésie comme Ahmad Shawqi et Hafez Ibrahim, des géants de la musique tels que Sayed Darwish, Zakaria Ahmed, Mohamed Abdel Wahab et Mohamed el-Qasabgi, et des géants du théâtre égyptien, tels que George Al Abiyadh et Youssef Wahbi. Il aussi vécu ce qu'il nomme « la période de déclin de la culture égyptienne » s'étendant de la Seconde Guerre mondiale à la révolution de . Cette ère a été décrite dans un de ses articles du journal Akhbar Al-Yawm comme étant « l'ère Shoukoukou », et cela en référence à Mahmoud Shoukoukou (acteur de monologues et marionnettiste, "aragouz" comme on dit en dialecte égyptien).

Biographie

Vie personnelle

Tawfiq Ismail al-Hakim est né à Alexandrie en 1897, d'un père égyptien d'origine rurale travaillant dans le système judiciaire dans la ville de Delengat, paysan riche de souche, et d'une mère faisant partie de l'aristocratie turque (fille d'un officier turc à la retraite).

Certains spécialistes proposent une autre date pour sa naissance, selon ce que rapportent le Ismail Ad'ham et le Ibrahim Naji dans leur étude de Tawfiq al-Hakim, il serait né en 1903 dans la banlieue de sable (Dhahiat Al-Raml) dans la ville d'Alexandrie. Le rang social de sa mère et sa vision aristocratique du monde édifiaient de fortes barrières entre Tawfiq al-Hakim et sa famille de paysans. C'est peut-être cette séparation des autres enfants et de ses pairs, qui avait aussi contribué à la création de l'univers mental de l'écrivain que personne n'hésite à décrire comme un homme enfermé dans sa tour d'ivoirevoir: De la tour d'ivoire Tawfiq Al-Hakim (1941). À l'âge de 7 ans, il a rejoint l'École de Damanhur jusqu'à la fin de ses études élémentaires en 1915, puis son père l'a placé dans une école publique du Gouvernorat de Beheira où il a terminé ses études primaires. Il est ensuite parti au Caire, chez ses oncles pour poursuivre ses études secondaires dans le lycée Muhammad Ali, en raison de l'absence d'une école secondaire dans son district. À cette période, il eut une brève idylle amoureuse avec sa voisine, la fin de celle-ci ne fut pas agréable. Vivre loin de sa famille lui a permis une sorte de liberté qu'il n'avait jamais eue auparavant à cause du caractère difficile de sa mère. Il s'est donc investi dans la musique et le théâtre en suivant des cours. Le groupe théâtral de George Al-Abiyadh a satisfait ses penchants artistiques pour le quatrième art.

En 1919, pendant la révolution égyptienne, il participe avec ses oncles aux manifestations. Il est alors arrêté avec eux et détenu à la prison de Al-Qalaa. Son père a été en mesure de le transférer à l'hôpital militaire jusqu'à sa libération. Ainsi, il peut retourner à ses études en 1920 et obtient son baccalauréat en 1921. Il a ensuite rejoint la Faculté de droit pour satisfaire le souhait de son père et obtient sa licence en 1924. Il a rejoint le bureau d'un avocat bien connu en tant qu'avocat stagiaire pour une courte période de temps jusqu'à ce que son père fasse jouer ses relations pour lui permettre de poursuivre des études supérieures à la Sorbonne afin d'obtenir un doctorat en droit pour enseigner ensuite en Egypte dans l'une des universités émergentes. Là, à partir de 1925 et pendant 3 années, Tawfīq al-Ḥakīm vit passionnément l'expérience scénique de Dada et des surréalistes. Il découvre de nouveaux horizons théâtraux et culturels. C'est ainsi qu'échouent les efforts de son père qui l'avait envoyé en France afin de l'éloigner du théâtre pour qu'il se consacre exclusivement à ses études de droit. Pendant la durée de son séjour à Paris, il a découvert d'autres aspects et d'autres facettes de l'art théâtral, notamment le fait que l'ensemble de la culture européenne est basée sur l'essence du théâtre grec. C'est alors qu'il s'est mis à étudier le théâtre grec antique et à s'informer sur les mythes et les légendes de la Grèce. Tawfiq abandonne ainsi ses études et fréquente les théâtres français et l'Opéra. Après trois ans passés en France, il revient en Égypte, sans doctorat.

En 1928, il devient fonctionnaire attaché au parquet des tribunaux mixtes et, en 1929, « substitut de campagne », puis fonctionnaire au ministère de l'Instruction publique (1933), directeur du Département de musique et théâtre en 1937, et enfin directeur du Département de l'orientation sociale (1939). Mais, en 1943, il démissionne de la fonction publique pour se consacrer à l'écriture. Il accepte toutefois, en 1951, la charge de conservateur général de la Bibliothèque nationale du Caire. La même année, il a été élu membre de l'Académie de la langue arabe et en 1956 a été nommé membre à temps plein du Conseil suprême pour la protection des arts et des lettres avec un poste de sous-secrétaire du ministère. Il est ensuite retourné au Caire au début de l'année 1960 à sa position au Conseil suprême des Arts. En 1960, il représenta son pays à l'Unesco à Paris. L'année suivante, il a reçu le prix d'État de la littérature. En 1971 il a travaillé dans le journal égyptien dAl-Ahram en tant que conseiller et membre du conseil d'administration.

Tawfiq Al-Hakim fut longtemps appelé « l'ennemi de la femme » à cause de ses écrits parfois misogynes et réducteurs à l'égard de celles-ci ; il se maria sur le tard après de longues années de célibat en 1946, et eut deux enfants. Il meurt le et seule sa fille lui survit, sa femme étant morte en 1977, suivie de près par son fils (1978) qui a perdu la vie dans un accident de voiture.

Production littéraire vignette|Tawfiq al-Hakim avec Naguib Mahfouz (Le Caire, 1982).

Théâtre Tawfiq Al-Hakim fut d'abord et avant tout, un homme de théâtre et un grand dramaturge. Aussi, la plupart de ses écrits sont des pièces de théâtre.

Inspirations et influences Les œuvres du dramaturge ont subi des influences assez variées. Hakim a été le premier auteur à s'être inspiré dans ses pièces de sujets liés au patrimoine égyptien à travers les âges et les civilisations par lesquels ce pays est passé, passant de l'ère pharaonique à l'ère romaine puis copte arrivant à l'ère islamique, mais certains critiques l'ont accusé d'avoir ce qu'ils ont appelé "des tendances pharaoniques", surtout après la parution de son roman le retour de l'esprit (1933). À son tour, " Tawfiq al-Hakim évoque cette influence, il se rattache au courant pharaonique contemporain et rejoint l'hypothèse de Taha Hussein, selon laquelle l'Égypte et la Grèce s'influencèrent l'une l'autre ou, plus exactement l'une après l'autre. L'importance de son inspiration mythologique ressort dans ses œuvres dont les titres eux-mêmes sont évocateurs (Pygmalion (1942), Œdipe roi (1949), Isis (1955)). Dans le même cadre, apparait une inspiration coranique ou religieuse dans des œuvres comme Ach'aab, Le songe de la caverne, Mohamed, etc. Une autre grande influence est celle du théâtre d'avant-garde et du théâtre de boulevard, deux courants majeurs qu'il a découverts lors de ses études en France et qui mèneront plus tard à la création de son « théâtre de la société » et de son théâtre mental et absurde. Le théâtre de boulevard se veut ici populaire et proche du vaudeville, ce qui le rapproche de l'œuvre d'Henry Bataille. Ce théâtre-là a mené Al-Hakim à la création d'une nouvelle façon de s'exprimer, ou ce qu'on appelle souvent « la troisième langue » : un mélange entre le dialecte égyptien et la langue arabe académique. Quant à ce courant absurde, Al-Hakim se défendra souvent en disant ne pas y adhérer totalement et en disant considérer plutôt son œuvre comme l'illustration de la déraison.

Le Théâtre de la Société Ce théâtre fut assemblé par l'auteur dans une même édition de 21 pièces qui sont inspirées :

de la morale de la société : En un jour et une nuit par la nature humaine : Je veux tuer par le mouvement féministe : La Représentante respectable de la vie conjugale : Les Détenteurs du bonheur conjugal par la guerre de Palestine : La Naissance d'un héros des hommes d'affaires et du conflit générationnel : Le Voleur par la liberté des femmes : Je veux cet homme du journalisme et de la politique : Il savait comment mourir par le cinéma et la religion : Le Réalisateur par l'éthique de la guerre : L'Immeuble de el-Miaallim Kunduz de l'amour et de l'argent : Le Trésor par les croyances populaires : La Maison des fourmis par la procédure gouvernementale : Métiers libres par des faits divers : Sorcière par des modèles humains : L'Amour platonique par la vie contemporaine : Les Affamés par la vie artistique : Le Nid tranquille par l'éthique et ambition aveugle : La Clé du succès par un courant de la société : L'Homme qui a résisté par la société et la science moderne : Si jeunesse savait !Le théâtre de la société est souvent un théâtre de boulevard, un théâtre populaire qui utilise le langage facile et léger qui caractérise ce genre (ici la troisième langue ou mélange entre dialecte et langue académique). Il a voulu faire de son théâtre un miroir de la société pour produire parfois, une réflexion si réaliste qu'elle veut provoquer délibérément « la rage de Caliban apercevant sa face dans un miroir ». C'est ainsi une satire et une critique de la société qu'offre Al-Hakim, tantôt sur un ton moqueur, tantôt sur un ton drôle et amusant, mais aussi parfois grave et dépité.

Le théâtre mental