Le Surcouf est un croiseur sous-marin français lancé en 1929 et ayant servi pendant la Seconde Guerre mondiale dans les Forces françaises libres. Il est perdu corps et biens dans la nuit du au dans la mer des Antilles soit à la suite d'un abordage accidentel avec un cargo américain soit, version plus probable, à cause d'un bombardement par méprise de la part d'un hydravion américain. C'était, en tonnage, le plus grand sous-marin militaire du monde de son époque jusqu'à ce qu’il soit surpassé par les sous-marins japonais de la classe I-400 en 1943.

Conception

Les performances des sous-marins en surface ne cessant de s’améliorer, la plupart des marines étudièrent sérieusement la possibilité de sous-marin canonnier ou de croiseur sous-marin pouvant opérer en escadre ce qui nécessitait une vitesse en surface de 20 nœuds pour pouvoir suivre les cuirassés. Au moment de l’armistice de 1918, plusieurs croiseurs sous-marins allemands se rendirent dans les ports britanniques. Parmi eux, deux furent livrés à la France, les U-136 et U-139 qui allaient grandement inspirer le projet Q de sous-marin canonnier.

Si dans un premier temps la priorité fut donné aux sous-marins de grande et de moyenne patrouille, le projet d’un sous-marin d'un déplacement important, capable d’accompagner une escadre, était dans l’air du temps. C'était une préoccupation partagée aussi bien par les marines japonaise, américaine, que française ou britannique.

Le , l’amiral Grasset demanda au STCAN d’étudier les plans d’un sous-marin d’escadre capable de filer à 25 nœuds en surface, avec un rayon d’action de 3000 à 4000 nautiques, à 10-12 nœuds, douze tubes lance torpilles avec douze torpilles de réserve et un canon de 100mm. Un projet modeste à comparer avec le projet Normand présenté le d’un sous-marin de armé de six canons de 305mm en deux tourelles triples ou de 240mm avec quatre hydravions.

Le projet fut lancé à l’automne 1921, deux études étant menées en parallèle : un sous-marin d’escadre de 25 nœuds et un sous-marin de bombardement. Cela aboutit en pratique à quatre projets immatriculés G ( 12 tubes lance-torpilles et 25 nœuds), H (un canon de 190mm), I (un canon de 240mm) et J (un canon de 305mm).

Parallèlement aux études, les militaires s’intéressèrent au futur emploi de ces navires dont le nombre oscilla entre huit et vingt, avant de stabiliser à stabiliser. Ils devaient principalement opérer dans l’Atlantique et dans l’Océan Indien pour notamment protéger les lignes de communication entre la Métropole et l’Empire.

En 1924, le nombre de croiseurs sous-marins ou de sous-marins de croisière tomba à six puis à quatre unités. Finalement, la réalisation d’un sous-marin d’escadre pouvant filer à 25 nœuds est provisoirement abandonnée faute de moteurs suffisamment puissants.

La genèse du Surcouf (projet Q) commença au printemps 1926 et le les spécifications du projet Q-5 sont transmis par le STCAN à l’état major de la Marine. Le projet est examiné par le Conseil Supérieur de la Marine le et approuvé à l’unanimité. Son financement est acquis dans la tranche 1926 votée le . Un deuxième sous-marin aurait dû être financé à la tranche 1927 : il fut finalement remplacé par cinq Pascal et un Saphir.

Plusieurs noms furent envisagés pour ce sous-marin canonnier : Le Tonnant, La Licorne et Le Dragon. En 1927, la France fêtait le centenaire de la mort de Robert Surcouf, le grand corsaire malouin ; aussi, Georges Leygues ministre de la marine baptisa le Q-5 : Surcouf.

Le traité de Washington de 1922 a instauré des limites strictes pour les déplacements et les calibres d'artillerie des bâtiments de ligne et des croiseurs. Aucun accord n'a été trouvé pour les bâtiments légers (torpilleurs, contre-torpilleurs ou destroyers, frégates) ni pour les sous-marins. Aussi, pour assurer sa sécurité et celle de son empire, la France a entrepris la construction d'une importante flotte sous-marine ( en 1939). Le Surcouf devait être le premier d'une série de trois croiseurs sous-marins : il n'en a été que l'unique exemplaire. En 1930, le traité de Londres autorisait la France à conserver le Surcouf (alors encore en essais). Les États parties au traité ne pouvaient ensuite construire de sous-marins dépassant avec des canons de 155 mm comme artillerie principale.

Ses missions sont : assurer le contact avec les colonies ; chercher et détruire les flottes ennemies en collaboration avec les escadres ; mener une guerre de course contre les convois ennemis.

Le Surcouf était armé d'une tourelle double de , calibre identique à celui de l'artillerie d'un croiseur lourd (c'est pourquoi il a été appelé « croiseur sous-marin »), approvisionnée à . Pour le réglage de ses tirs et l'observation, le Surcouf embarquait un hydravion Marcel Besson MB-411 rangé dans un hangar étanche formant la partie arrière du kiosque. L'hydravion ne pouvait être logé dans son hangar qu'après démontage des ailes et des flotteurs, diminuant son efficacité opérationnelle.. Son armement antiaérien était constitué par deux canons de . Il était équipé de lance-torpilles, dont quatre tubes de rechargeables à l'avant décalés de 2° sur l'axe - modèle 1917 additionné de 2 tourelles triples OSD 1925 situées à l'extérieur sur l'arrière du navire (composées chacune d'un tube de Ø et 2 tubes de Ø ) avec (huit de et quatre de ) de réserve..

Il transportait également un canot à moteur de , pour arraisonner les navires et disposait d'un poste d'équipage pouvant loger soit soit des prisonniers.

Sa profondeur maximale de sécurité était de . Il pouvait atteindre sans déformation notable de sa coque épaisse ; sa profondeur de flambement était estimée autour de , sa profondeur d'écrasement calculée pour .

Son premier commandant fut le capitaine de frégate Raymond de Belot.

Bâtiment exceptionnel pour son époque, le Surcouf a rencontré de nombreux problèmes de mise au point, notamment d'étanchéité de sa tourelle d'artillerie, de stabilité, ou souffrait encore de moteurs électriques défaillants. Il a coûté, au retour de la croisière de 1932, soit près du double du devis initial. Il a été contraint à une refonte à Brest en /.

Le Surcouf était un prototype ; c'était la première fois qu'un sous-marin était équipé d'une tourelle double de . Aussi, il souffrait de plusieurs handicaps dans l'utilisation de son artillerie, même si certains ont été corrigés au cours de sa courte carrière opérationnelle. Compte tenu de la hauteur de commandement du télémètre — c'est-à-dire sa hauteur au-dessus de l'eau —, la portée pratique de tir est de avec le télémètre, ou de avec l'observation avec le périscope de secours, nettement en deçà des possibilités des canons dont la portée maximale atteint .

L’utilisation de son artillerie par le Surcouf est en outre contrainte par d’autres inconvénients : la durée écoulée entre l'ordre d'émersion et le premier coup est de . Cette durée peut être plus longue si le navire doit tirer plein travers, car il lui faut attendre d'être en surface avant de pouvoir orienter sa tourelle ; il a l'obligation de tirer au passage, c'est-à-dire quand le navire passe à l'horizontale lors des mouvements de tangage et de roulis ; il lui est impossible de pointer latéralement la tourelle si le roulis dépasse 8° ; le Surcouf n'est pas équipé pour tirer de nuit et ne peut donc observer seul les résultats de son tir ; la disposition des soutes, des monte-charges et de la chambre de tir ne permettait pas l'approvisionnement en continu des gargousses et obus. Il fallait attendre que les en parc dans la tourelle aient été tirées pour réapprovisionner.

Pour remplacer son hydravion dont la mise en œuvre était très contraignante et l'emploi limité, le gyroplane Dorand G.20 aurait dû être embarqué à bord du Surcouf, mais le croiseur sous-marin fut perdu avant que cet appareil expérimental ait volé.

Apparence vignette|gauche|Le Surcouf vers 1935 peint couleur « bleu de Prusse foncé ». Le Surcouf n'a jamais été peint de couleur « vert olive », comme le montrent de nombreux dessins et maquettes dont la très officielle maquette du musée de la marine à Paris.

Du début de sa carrière jusqu'en 1932, il a été peint du même gris que les bâtiments de surface, puis en « bleu de Prusse foncé », couleur qu'il conservera jusqu'à la fin 1940 où il fut repeint en deux tons de gris lui servant de camouflage sur la coque et le kiosque. Il n'y a jamais eu de photo couleur authentique du navire, seulement un film de à Devonport colorisé d'une façon erronée (le bas de la tourelle de canons en blanc, ce qui serait un bien mauvais camouflage).

Même la très officielle maquette du musée national de la Marine à Paris, dont l'écorché illustre cet article, reproduit cette erreur. De plus, elle montre le Surcouf dans son état de 1932, arborant le pavillon de beaupré FNFL qui n'a été créé qu'en 1940. Les mâts de TSF sont relevés et sa « baignoire » (fosse de veille) dans son état d'origine. Celle-ci a été surélevée de et sa forme, modifiée. Ses mâts ont été débarqués lors du carénage de 1936-1937. Sur la maquette, la grue de mise à l'eau de l'hydravion est placée sur l'arrière de celui-ci, alors qu'en réalité elle se situe entre le hangar étanche et l'hydravion. Les quatre dessins suivants montrent bien les différents aspects du Surcouf, avec un mauvais placement des barres de plongée avant et un gris beaucoup trop clair.

Le gris sombre de la maquette télécommandée plus haut, avec la tourelle orientable, est davantage proche du ton déduit des seules photos noir et blanc existantes.

Histoire

Débuts Le Projet "Q5" est construit dans le cadre du programme 1926. Le Surcouf doit donc son nom à Robert Surcouf, ancien corsaire français. Le Surcouf est mis sur cale à l’Arsenal de Cherbourg (cale bassin Napoléon III) le .

Au moment de son lancement le , il était le plus grand sous-marin d'avant la Seconde Guerre mondiale. Il était propulsé soit par une paire de moteurs diesel Sulzer de ch soit par deux moteurs électriques et avait une autonomie de milles à dix nœuds. Il pouvait atteindre une vitesse de surface de dix-huit nœuds, 8,5 nœuds en plongée. Le Surcouf a été conçu pour être un croiseur lourd sous-marin, capable d'observer et d'engager des combats en surface. Il était armé de deux canons de 203 mm/50 Modèle 1924 du plus gros calibre fixé par le Traité de Washington et montés dans une seule tourelle étanche à la pression à l'avant de la tourelle de commandement. Ces canons étaient du même calibre que celui d'un croiseur lourd de surface, un armement redoutable pour un sous-marin. Peu de temps après le lancement de « Surcouf », le Traité naval de Londres a finalement imposé des restrictions dans la conception des sous-marins. Entre autres choses, chaque signataire (France incluse) était autorisé à posséder au maximum trois grands sous-marins, chacun n'excédant pas de déplacement standard, avec des canons n'excédant pas en calibre. Le Surcouf, qui dépassait ces limites, a été spécialement exempté de ces règles, après l'insistance du ministre de la Marine Georges Leygues/bat/surcouf/index.htm Croiseur sous-marin Surcouf, netmarine. De nouveaux sous-marins à « gros canons » de la classe de ce bateau ne pouvaient plus être construits..

Il y avait un logement spécial pour les membres d'équipage des navires coulés, faits prisonniers. L'artillerie du bateau était la priorité. Cela a favorisé à la fois un armement puissant et un long temps de mise en plongée du croiseur sous-marin (jusqu'à deux minutes).