vignette|Célèbre « Frise à la laiterie » montrant la façade du temple de la Déesse-Mère Ninhursag à Tell al-Ubaid, vers -2600 – -2800, représentant la fabrication de produits laitiers de vache dans les étables du complexe, avec la traite à droite et, à gauche, le décantage et le barattage dans de grands récipients pour obtenir également de la crème, du beurre et du fromage, Musée national d'IrakPhilippe Gouin: "Bovins et laitages en Mésopotamie méridionale au 3ème Millénaire : quelques commentaires sur la "frise à la laiterie" de El Obeid", Iraq, British Institute for the Study of Iraq, vol. 55 (1993), pp. 135-145 L'agriculture est l'activité économique principale de la Mésopotamie antique. Soumis à des contraintes fortes, notamment l'aridité et des sols pauvres, les paysans mésopotamiens ont développé des stratégies efficaces permettant de soutenir le développement des premiers États, des premières villes puis des premiers empires connus, sous l'égide des institutions dominant l'économie, à savoir les palais royaux et provinciaux, les temples et les domaines des élites. Elle repose avant tout sur la culture des céréales (l'orge surtout) et l'élevage ovin, mais aussi les légumineuses ou encore le palmier-dattier au sud et la vigne au nord.

Il faut en réalité distinguer deux agricultures mésopotamiennes, correspondant à deux grands domaines écologiques, que recouvrent largement des oppositions culturelles. D'abord l'agriculture du Sud mésopotamien (ou Basse Mésopotamie), les pays de Sumer et d'Akkad qui plus tard deviennent la Babylonie, soumise aux plus fortes contraintes en raison de précipitations quasi inexistantes, qui repose sur une agriculture irriguée à grande échelle, les domaines des temples, et a réussi à atteindre des rendements élevés. L'agriculture du Nord mésopotamien (ou Haute Mésopotamie), les pays intégrés dans l'Assyrie à l'époque récente, disposant de précipitations suffisantes pour pratiquer une agriculture sèche la plupart du temps, se caractérise par un poids moins important de l'irrigation et des grands domaines institutionnels, et des rendements généralement plus faibles.

En l'absence de fouilles en milieu rural, notre connaissance de l'agriculture de la Mésopotamie antique repose essentiellement sur les textes anciens, notamment les nombreux actes de la pratique concernant des ventes de champs, des contrats d'exploitation ou des prêts à destination d'agriculteurs, ainsi que l'abondante documentation retrouvée dans les bâtiments administratifs des palais et temples des cités mésopotamiennes. L'organisation économique de cette activité est donc abondamment documentée, de même que les pratiques culturales et l'élevage, mais de nombreuses incertitudes demeurent encore.

Paysages et aménagements agricoles

La Mésopotamie est un espace peu propice au développement d'une agriculture prospère, en particulier sa moitié sud qui est un espace très aride aux sols pauvres. Mais les aménagements humains, tirant profit des quelques potentialités de ce milieu (présence de grands fleuves et relief bas et plat) ont renversé ces contraintes et fait de la Basse Mésopotamie un des espaces agricoles les plus productifs du monde antique, tandis qu'au nord les incertitudes de la production étaient plus importantes en raison de conditions climatiques très fluctuantes d'une année sur l'autre. Il en a donc résulté plusieurs grands ensembles de paysages agraires reflétant la diversité de l'agriculture de la Mésopotamie antique.

Conditions naturelles thumb|left|upright=1.2|Les ensembles régionaux de l'agriculture mésopotamienne antique. thumb|Le Tigre coulant dans les plateaux de la région de Mossoul de nos jours, en Haute Mésopotamie. thumb|left|Palmeraie dans la basse vallée de l'Euphrate de nos jours.

Le milieu naturel de la Mésopotamie antique était peu différent des conditions observables de nos jours dans cette région.

Ce n'était cependant pas le cas auparavant, le Sud mésopotamien ayant vu son environnement considérablement changer durant les derniers millénaires de la Préhistoire : avec la fin de la dernière période glaciaire le niveau du rivage a remonté considérablement et submergé des espaces dans l'actuel Golfe persique, jusqu'alors probablement occupés par des communautés humaines, tandis que les fleuves ont charrié de nombreux limons qui ont continuellement modifié la topographie de la région. L'environnement de l'extrême-sud mésopotamien était probablement plus humide durant les dernières phases de la Préhistoire (période d'Obeid et période d'Uruk), avec une économie de subsistance bien différente de celle qui est connue pour les périodes historiques, reposant sans doute bien plus sur l'exploitation des marécages que par la suite, et sans que l'irrigation ne soit nécessaire. Durant ces époques se mettrait progressivement en place le climat aride (et l'agriculture irriguée) caractérisant cette région dans l'Antiquité et jusqu'à nos jours, processus achevé au plus tard au début du J. R. Pournelle, « Physical Geography », dans H. Crawford (dir.), The Sumerian World, Londres et New York, 2013, p. 13-32. T. J. Wilkinson, « Hydraulic landscapes and irrigation systems », dans Ibid., p. 38.. Par la suite la Mésopotamie connaît différentes fluctuations climatiques, notamment des épisodes d'aridité, dont l'impact historique est discuté (en particulier durant les derniers siècles du ).

Il apparaît que bien qu'elles aient développé une agriculture parmi les plus prospères des sociétés antiques, les sociétés de la Mésopotamie antique ont dû faire face à de lourdes contraintes : des rivières au régime peu en accord avec le cycle végétatif des céréales domestiques, un climat chaud et sec aux variations interannuelles brutales, des sols généralement minces et salins. Les conditions sont a priori plus favorables au nord qu'au sud, car le premier a des sols plus fertiles et une pluviométrie permettant une agriculture non irriguée. Mais l'importance des fleuves dans le sud, le relief plat facilitant le creusement des canaux et la mise en culture de vastes surfaces étaient des avantages indéniables pour le développement d'une riche agriculture irriguée, au prix de travaux constants.

S'il est souvent estimé que l'agriculture du Sud est plus performante que celle du Nord, il faut sans doute relativiser cela car les terroirs du Nord disposent également d'atouts et ont souvent constitué à l'époque moderne les greniers à blé de la région.

Cours d'eau

Les deux cours d'eau principaux de la Mésopotamie, auxquels la région doit son nom, sont l'Euphrate et le Tigre, deux fleuves qui naissent en Anatolie - F. Joannès, « Tigre », dans - F. Joannès, « Euphrate », dans . Le premier a un cours d'environ , et le second . Leur régime est de type pluvio-nival, les hautes eaux ayant lieu au printemps à la suite de la fonte des neiges et aux pluies qui tombent en Haute Mésopotamie. Cela est plus accentué pour le Tigre, qui reçoit des affluents provenant du Zagros durant la seconde partie de son cours tandis qu'en Haute Mésopotamie l'Euphrate n'a que des affluents au débit faible. Son débit est donc moindre, d'autant plus qu'il traverse des régions plus plates et forme un coude en Syrie qui ralentit son cours. Leurs crues ont donc lieu au printemps, en avril pour le Tigre et en mai pour l'Euphrate (donc à peine après les moissons ou en même temps), et leur étiage a lieu en été au moment des plus fortes chaleurs, surtout dans le sud où l'évapotranspiration est très forte. Leur module connaît donc de grandes variations durant l'année, qui vont de 1 à 4. Le débit de l'Euphrate et ses crues étant plus faibles que ceux du Tigre, c'est sur son cours que se sont fixées de façon privilégiée les communautés agricoles du sud mésopotamien. Dans cette région, la pente est très faible, favorisant les diffluences qui créent des bras isolés des fleuves et des zones marécageuses, et également les changements de cours de fleuves (défluviations) qui ont eu lieu à plusieurs reprises durant l'Antiquité. Ces fleuves charrient des limons qui les surélèvent par rapport au niveau de la plaine, créant des levées de terres qui sont les espaces les plus intensément exploités dans la Mésopotamie antique. L'irrigation de la plaine est techniquement aisée, par simple percement de ces levées de terre. Les crues sont néanmoins potentiellement violentes et peuvent couvrir une vaste surface en raison de la platitude du relief. Le relief plat de cette région implique également la proximité entre la nappe phréatique et le lit des fleuves, ce qui favorise les remontées des eaux en période de crues. De nos jours, le Tigre et l'Euphrate se rejoignent pour former le Chatt-el-Arab avant de se jeter dans le golfe Persique. Dans l'Antiquité, leur delta était moins étendu vers le sud, et la ligne de rivage était située plus haut que de nos jours : la transgression marine postglaciaire (remontée des eaux marines à la suite de la fonte des glaces de la fin de la dernière ère glaciaire) a provoqué une remontée du Golfe à la fin de la préhistoire, puis les alluvions déposés par les fleuves ont étendu progressivement la plaine aux dépens de la mer aux époques historiquesP. Sanlaville, « Considérations sur l'évolution de la Basse Mésopotamie au cours des derniers millénaires », dans Paléorient 15/2, 1989, - P. Sanlaville et R. Dalongeville, « L'évolution des espaces littoraux du golfe Persique et du golfe d'Oman depuis la phase finale de la transgression post-glaciaire », dans Paléorient 31/1, 2005, .

D'autres cours d'eau coulaient en Mésopotamie, des rivières qui se jettent dans le Tigre et l'Euphrate. Les affluents du premier sont issus du Zagros : du nord au sud le Grand Zab, le Petit Zab et la Diyala. Leurs cours ont un débit rapide en raison des reliefs accidentés et des gorges qu'ils traversent ainsi que de la fonte des neiges en hiver qui provoque de fortes crues en avril/mai. Ils transportent une charge alluviale forte qui se retrouve dans le Tigre. L'Euphrate a quant à lui deux affluents qui le rejoignent en Basse Djézireh, le Balikh et le Khabur, dont le débit est faible (surtout celui du premier qui est souvent à sec en été), eux-mêmes alimentés temporairement par de nombreux wadis.

Topographie

La Mésopotamie est un espace majoritairement plat, constitué de plaines et plateaux. Elle est bordée par de hautes montagnes à l'est, la chaîne du Zagros, percée de vallées profondes et étroites d'orientation nord-ouest/sud-est (Grand Zab, Petit Zab, Diyala), et de petites montagnes et volcans se trouvent en Haute Mésopotamie ou à ses extrémités (Kaukab, Tur Abdin, Djébel Abd-el-Aziz, Djébel Sindjar, Montagne de Kirkuk). La Haute Mésopotamie est essentiellement constituée de plateaux doucement inclinés vers l'est, élevés de 200 à d'altitude, que l'on appelle de nos jours la Djézireh (de l'arabe al-jazayra, « l'île »). Les fleuves y coulent donc dans des vallées encaissées qui mesurent de 1 à 10 kilomètres de large. La moitié sud de la Mésopotamie, qui du point de vue géophysique est la Mésopotamie à proprement parler, là où le Tigre et l'Euphrate sont proches, est une vaste plaine de 150 à 200 kilomètres de large à pente extrêmement faible, qui se réduit plus on va vers le sud au point de devenir quasiment inexistante, ce qui favorise le développement des bras des fleuves, les changements de cours, et la constitution de zones marécageuses. Elle peut être subdivisée en trois zones, du nord au sud : la plaine de rivière (alluviale), au nord de l'ancienne Nippur ; la plaine de delta (deltaïque) en aval, là où la pente est très faible et où les alluvions apportés par les fleuves crée des levées basses et fragiles, dont les brèches (surtout en période de crue) aboutissent à la constitution d'écoulements importants, de marécages et de lacs saisonniers ; les marais de la zone côtière, grande zone entre terre et mer, située dans l'Antiquité bien plus au nord qu'à l'époque moderne (après l'apparition du Chatt-el-Arab).

Climat