Léon Boutbien, né le à Paris et mort le à Lanloup, est un médecin, résistant et homme politique français.

Ancien déporté au camp de concentration de Natzweiler puis à Dachau, il est député SFIO de l'Indre de 1951 à 1955. Il préside ensuite le mouvement Présence socialiste, proche des gaullistes, et évolue vers la droite, militant au Rassemblement pour la République (RPR) de Jacques Chirac.

Biographie Jeunesse et études Né dans un milieu modeste, issu d'une famille bretonne, Léon Boutbien vit en Bretagne jusqu'à l'âge de six ans. Son père ayant été tué au combat en 1918, il est pupille de la Nation. À la fin de la Première Guerre mondiale, sa mère, qui l'avait élevé dans la religion catholique, se remarie avec un commis des postes, Émile Benigaud, franc-maçon aux fortes convictions républicaines, qui exerce une forte influence sur la formation et l'orientation du jeune Léon. De 1922 à 1926, il est confié à la famille de son beau-père à la Benisson-Dieu dans la Loire.

Léon Boutbien fréquente l'école primaire laïque dans la Loire, puis à Paris, sa mère tenant un étal de fruits et légumes aux Halles. Reçu au concours des bourses, il entre au lycée Montaigne puis au lycée Louis-le-Grand. Bachelier, il commence des études de médecine, tout en travaillant, comme manœuvre, puis comme « manipulant des postes », après avoir, adolescent, aidé sa mère dans son commerce.

Externe des Hôpitaux de Paris, il se spécialise dans la médecine du travail. Il ne peut passer le concours de l'internat car il est mobilisé comme médecin auxiliaire en .

Militant socialiste dans les années 1930 Son engagement politique est précoce. Dès l'âge de quinze ans, en 1930, alors qu'il habite Bondy avec ses parents, il adhère au Parti socialiste SFIO et fonde un groupe des Jeunesses socialistes. Il est administrateur du journal L'Étudiant socialiste, puis en 1934, secrétaire national des étudiants socialistes. Il approuve les thèses de Jean Zyromski, animateur de la Bataille socialiste, un des courants les plus radicaux de la SFIO. Il épouse en 1934 l'une des belles-filles de Zyromski, Raymonde Vaysset.

Membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, il se rapproche un moment des trotskystes et, en , il présente une motion demandant l'autonomie des Jeunesses socialistes par rapport au parti. Il demeure cependant à la SFIO après l'exclusion des trotskystes. Il renoue avec la Bataille socialiste et combat la politique de non-intervention en Espagne après la tentative de coup d'état en juillet 1936. Il est membre du Comité d'action socialiste pour l'Espagne, aux côtés de Zyromski, André Weil-Curiel, Marceau Pivert ou Édouard Labin. Il est le secrétaire de la section reconstituée de Montrouge en 1938 . Au début 1939, il sert comme médecin à la Centrale sanitaire internationale et participe à la retraite des armées républicaines en Catalogne. Il manifeste de la même manière son hostilité aux accords de Munich en 1938 et dénonce le pacifisme défaitiste qui gagne la majorité de la Fédération socialiste de la SeineNotice biographique sur le site de l'AN.. L'Humanité fait part en 1939 d'une lettre de soutien qu'il a adressée au journaliste communiste Lucien Sampaix, alors jugé pour avoir dénoncé les menées d'Otto Abetz en France .

Guerre et résistance En , Léon Boutbien se porte volontaire dans les corps francs. Il est médecin de bataillon au GRDI.

Démobilisé en , il n'accepte pas l'armistice. Il rejoint la zone libre, et après un bref séjour chez Jean Zyromski, déçu de ne voir aucune tentative de regroupement socialiste pour le combat, il regagne Paris. Il prend des fonctions d'interne à l'hôpital de Garches où il commence à mettre sur pied des éditions clandestines de tracts et de journaux, et contribue à établir les premières liaisons radio entre Paris et Londres. Après Garches, il exerce à l'hôpital de Montgeron, dans le département de l'Essonne. Membre du réseau du musée de l'Homme, il est arrêté le , mais relâché après une perquisition sans résultat. Il redouble d'action, notamment au sein du réseau Action.

En , il fonde un périodique clandestin, , avec des anciens de la Bataille socialiste, Notre révolution pour une libération idéologique et le triomphe des idées socialistes, qui prend le nom de Libertés en 1942.

Il édite deux journaux, Liberté et Socialismes et Libertés.

Capitaine des Forces françaises libres, il établit les plans de parachutage de la zone Nord. Le , il est arrêté à Draveil, en soignant des Francs-tireurs et partisans (FTP), et emprisonné. Il est déporté Nacht und Nebel le , au camp de concentration de Natzweiller. Il est ensuite transféré à Schömberg puis Erzingen, deux camp annexes de Natzweiler. Le , il est transféré à Dachau puis à Allach, où il soigne les malades du typhus. C'est dans ce camp qu'il est libéré le .

Il reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur, la Croix de guerre avec palme, la Médaille de la Résistance, la Médaille de la déportation et la médaille d'honneur des épidémies. À son retour de déportation, avec une santé compromise, il appartient un temps au Conseil national de la Résistance.

Ancien combattant de la Résistance Il milite ensuite dans les organisations des anciens combattants de la Résistance.

Vice-président de l'Amicale des anciens du Struthof, il témoigne au procès des gardiens du camp du Struhhof en 1954. Il est la même année vice-président de la Commission exécutive du Struthof, chargée de l'édification du Mémorial . Le général de Gaulle lui remet en 1960 les insignes de grand officier de la Légion d'honneur à l'occasion de l'inauguration du mémorial national de la déportation de Struthof.

Il est l'un des vice-présidents du Comité d'action de la Résistance, à partir au moins du début des années 1960 , notamment sous la présidence de Marie-Madeleine Fourcade, vice-présidente de l'Union internationale de la résistance et de la déportation (UIRD), , trimestre 1989. Il fait partie des membres fondateurs en 1992 de la Fondation de la Résistance .

Cet ancien résistant dénonce l'antisémitisme et soutient Israël dans les années 1960 et 1970, notamment à l'occasion de la guerre des six jours de 1967 .

Il est aussi vice-président du Comité d'action civique des anciens combattants, qui défend les valeurs de la République et de la démocratie représentative .

Il est vice-président de la section française de l'Union des résistants pour une Europe unie (URPE) puis président international de cette association fondée à Bruxelles en 1955, rassemblant des anciens déportés et résistants de plusieurs pays européens , . Il préside aussi l'Union internationale de la résistance et de la déportation (UIRD) , secondé par Simon Wiesenthal, vice-président. Cette association est issue du Comité d'action interallié de la résistance fondé à Bruxelles en 1953 et présidé par Daniel Mayer ; elle a pris le nom d'UIRD en 1961, à Turin. L'URPE et l'UIRD, qui rassemblent les mêmes personnalités et sont complémentaires, sont en fait des initiatives d'un activiste anticommuniste belge, Hubert Halin, mort en 1974 ; elles ont tenu un discours à la fois proeuropéen et anticommuniste sous ses auspicesPieter Lagrou, Mémoires patriotiques et occupation nazie: résistants, requis et déportés en Europe occidentale, 1945-1965, éditions Complexe, 2003, .

Il est président d'honneur de la Fédération nationale des déportés et internés de la Résistance (FNDIR, d'obédience gaulliste) lorsqu'il est promu grand-croix de la Légion d'honneur en 1996. Président d'honneur des médaillés de la Résistance, président de l'UIRD, alors âgé de , il défend Maurice Papon lors de son procès pour complicité de crime contre l'humanité en 1998. Il déclare ainsi : . Selon Léon Boutbien, Papon était placé par le général de Gaulle dans l'administration préfectorale pour limiter la présence communiste en France à la Libération.

Après-guerre : le militant et député socialiste

Il reprend après la guerre ses activités professionnelles et politiques. Médecin, il crée un service de médecine du travail aux Galeries Lafayette - son président, l'ancien résistant et ancien déporté Max Heilbronn est son ami - , puis à la Construction aéronautique du Bourget. Il est aussi médecin de la Fédération mutualiste de la Seine.

Il ne suit pas Jean Zyromski dans son adhésion au Parti communiste. Il est candidat de la SFIO en 1945, en banlieue parisienne . Critique vis-à-vis de la SFIO, il continue de militer dans ses rangs en défendant une politique de gauche. Il écrit dans plusieurs journaux : des quotidiens issus de la Résistance (Franc-Tireur - il est membre de son comité directeur en 1945 -, Combat) et des périodiques (Masses et Présence socialiste) qui revendiquent leur fidélité au marxisme. En , il soutient la motion Guy Mollet contre les perspectives révisionnistes ouvertes par Léon Blum et Daniel Mayer. À l'issue du congrès, il est élu membre du Comité directeur de la SFIO, à , et devient, quelques jours après, trésorier-adjoint. Jusqu'en 1951, Léon Boutbien est constamment réélu au Comité directeur et au bureau du parti. Il dénonce alors l'écart grandissant qui sépare le Parti socialiste et le Parti communiste. Il est alors l'un des porte-paroles de l'aide gauche de la SFIO, contestant Guy Mollet et la participation des socialistes aux gouvernements de la Troisième Force « complice de la réaction » .

Léon Boutbien est franc-maçon. Il a été initié après la guerreAndré Combes, La franc-maçonnerie sous l'Occupation : Persécution et Résistance (1939-1945), éditions du Rocher, 2001, .

Dès 1945, il demande que des négociations soient effectivement ouvertes en Indochine et dénonce l'engagement militaire de la France . En 1947, il figure à une réunion aux côtés de communistes pour exiger la fin de l'intervention américaine en Grèce . En 1948, il cosigne une pétition réclamant l'ouverture de négociations en Indochine et figure parmi les intellectuels, journalistes et militants politiques qui soutiennent la naissance du Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR) qui, à côté de Jean-Paul Sartre, compte parmi ses créateurs des dissidents trotskystes comme David Rousset et Jean Rous qu'il a connus aux Jeunesses socialistes. L'initiative est aussi soutenue par Franc-Tireur . Comme Rous, Boutbien est alors à la fois hostile au PCF et au Rassemblement du peuple français (RPF) du général de Gaulle, accusé de vouloir attenter au régime démocratique et parlementaireCollectif, De Gaulle et le RPF, 1947-1955, Armand Colin, 1998, .

En 1949, il se remarie avec Nelly Smadja, avocate, directrice des services juridiques de la Société nationale des entreprises de presse et chef de cabinet du socialiste Jean Pierre-Bloch. Il divorce en 1952.

En 1950, il devient conseiller de l'Union française et l'un des experts socialistes des questions internationales et voyage dans de nombreux pays. De retour d'une mission d'inspection en Indochine, il en revient convaincu de la gravité de la menace communiste et de la stalinisation du Việt Minh et son argumentation change radicalement ; il appelle à renforcer le corps expéditionnaire en Indochine, . Alors que les socialistes évoluent vers un refus de la guerre entre 1952 et 1954, Boutbien est l'un des rares à tenir encore un discours de guerre froidePaul-Marie de La Gorce, Apogée et mort de la République: 1952-1958, Grasset, 2014 ; Miles Kahler, , Princeton University Press, 2014, .

Au printemps 1951, la Fédération socialiste de l'Indre lui demande de conduire la liste SFIO aux élections du , après le refus de Max Hymans de se porter candidat . Combattant à la fois le RPF et le Parti communiste , bénéficiant de la nouvelle loi électorale permettant les apparentements entre les listes, il est élu député à . Léon Boutbien démissionne du comité directeur et du bureau du parti conformément aux règles de la SFIO.