Barthélemy Boganda, né le à Bobangui. et mort le , est un homme politique centrafricain et français, connu pour ses desseins panafricains concernant l'Afrique centrale. En République centrafricaine, Boganda a été érigé en « père fondateur ». de la nation lors de l'indépendance en 1960 à laquelle il contribue en tant qu'éphémère premier président (1958-1959). En 1958, sous son impulsion le territoire français de l'Oubangui-Chari est transformé en un État baptisé « République centrafricaine », qu'il dote d'un drapeau, d'une devise et d'un hymne conçus originellement pour l'Afrique-Équatoriale française (AEF).

Orphelin recueilli par les missionnaires, Barthélemy Boganda est en 1938 le premier prêtre indigène ordonné d'Oubangui-Chari. En 1946, alors que les instances métropolitaines françaises souhaitent la représentation des colonies au Parlement dans le cadre de l'Union française, Boganda se fait élire député au palais Bourbon avec le soutien du diocèse de Bangui sous l’étiquette MRP. En Oubangui, il crée son propre parti en 1949, le MESAN à consonance messianique dont le credo est « nourrir, vêtir, guérir, instruire, loger » les Africains sur le modèle de l'Occident chrétien anticommuniste. Rapidement Boganda gêne et inquiète l'ordre colonial établi : en 1950 il renonce à l'état ecclésiastique en épousant une Française, rompt avec le MRP, délaisse la métropole pour l'Oubangui-Chari où il s’impose comme un tribun autochtone de premier plan.

En 1955, le processus d’émancipation des colonies apparaît comme inéluctable. La forte audience territoriale du MESAN fait de Boganda un personnage-clé pour l'Oubangui. Les colons de Bangui menés par Roger Guérillot, jusqu'alors hostiles à Boganda, cofondent avec le MESAN l'Intergroupe libéral oubanguien (ILO). Boganda dispose ainsi de leur soutien dans la conquête de la mairie de Bangui en 1956 et lors des élections territoriales de où le MESAN remporte la totalité des 50 sièges à pourvoir. L'enjeu de ces élections est particulièrement important, car conformément à la loi-cadre Defferre, elles conduisent à la nomination du premier gouvernement local. Peu intéressé par les besognes prosaïques qu'implique la gestion quotidienne des affaires, Boganda délègue beaucoup, notamment à des métropolitains, se faisant un adepte de la coopération. Il n'entre donc pas dans le gouvernement de la loi-cadre, se contente de nommer les ministres et insiste pour que la fonction publique soit réservée aux sympathisants du MESAN ou aux apolitiques.

En 1957, tentant vainement d’obtenir l’adhésion du MESAN à leur mouvement politique inter-continental, le Rassemblement démocratique africain de l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny offre à Boganda la présidence du Grand Conseil de l'Afrique-Équatoriale française (AEF). Ce poste honorifique permet à Boganda d’acquérir une certaine audience à l'échelle régionale. Boganda rallie dans ce contexte les thèses panafricaines et s'érige en défenseur de l'AEF, appelée à devenir la « République centrafricaine ». Plus audacieux, il imagine les États-Unis de l'Afrique latine, au-delà de l'AEF, incluant l'Angola ou le Congo belge. Ses idées suscitent peu d'enthousiasme, Boganda doit proclamer la création de la République centrafricaine pour le seul territoire de l’Oubangui-Chari, espérant encore pouvoir convaincre les dirigeants de l'Afrique centrale. Le sort de l'AEF est pourtant scellé, et Boganda meurt dans un accident d'avion trois jours avant sa dissolution pure et simple. Sa disparition, à la veille des indépendances, crée un vide politique considérable en République centrafricaine, au point que Boganda est toujours un référent obligé pour tout homme politique centrafricain.

De l’orphelinat au sacerdoce Enfance meurtrie vignette|upright=1.3|L'Oubangui-Chari en 1910. Le territoire ne correspond qu’à la partie sud-est de l’actuelle République centrafricaine.

Selon sa biographie officielle, Barthélemy Boganda naît le à Bobangui., un village de la Lobaye rattachée au Moyen-Congo.. L'état civil n’existant pas chez les Mbaka auxquels il est apparenté, cette date lui aurait été attribuée au début de ses études, avant d'être homologuée par un jugement supplétif en 1950.. En fait, il paraît plus probable que Boganda soit né en 1912.. Le choix de l'année a une importante symbolique car, le , la Lobaye est donnée à l’empire colonial allemand à la suite de la crise d'Agadir.. Elle reste à l'Allemagne jusqu’à sa réoccupation par les Français au mois d’. Afin de naître sujet français, Boganda se serait apparemment vieilli volontairement..

À l’origine, Barthélemy Boganda se nomme simplement Gboganda.Jean-Dominique Pénel remarque qu'au niveau de la graphie pour Boganda « on trouvait autrefois Boccanda (cf. Marchés tropicaux, 16 novembre 1946, ), aujourd’hui certains écrivent Gboganda, plus conforme à la langue et d’ailleurs selon l’orthographe de son acte de baptême, mais non imposé par l’usage. » ., ce qui signifie « je suis ailleurs, je ne suis nulle part ». Issu de la famille Bonzo-Mongo du clan Mombangui, il est l’avant-dernier des douze enfants de Swalakpé, un sorcier. pratiquant des rites anthropomorphiques., propriétaire de vastes palmeraies, et époux de cinq femmes (peut-être sept.). Sa naissance intervient à une époque où les sociétés concessionnaires françaises sont maîtresses de la région.. Avec la complaisance de l’administration, elles recourent au travail forcé des autochtones pour la collecte du caoutchouc. C’est dans ce contexte que Gboganda devient orphelin. Son père aurait été tué au cours d’une opération militaire menée contre son village. Sa mère, Siribé (ou Sirilié), est battue à mort par un milicien de la Compagnie forestière Sangha-Oubangui (CFSO) pour n’avoir pas apporté assez de caoutchoucSelon Pierre Kalck, la famille de Gboganda continue d’être décimée les années suivantes. Confié à un proche, son tuteur meurt à la bataille de Verdun. En 1927, son oncle maternel, le chef local Mindogon N'gboundoulou, père de Jean-Bédel Bokassa, est exécuté devant la préfecture de la Lobaye pour avoir libéré des habitants de son village jetés en prison..

En 1920, le jeune Gboganda, atteint de la variole, est transporté chez un de ses oncles par son demi-frère aîné, Norbert Yangongo. Au cours du trajet, les deux frères rencontrent une patrouille. Pris de panique, Norbert Yangongo s'enfuit, laissant son frère seul sur le chemin. Le lieutenant Meyer, visiblement sensible à son état, le recueille et le confie à l’orphelinat de Mbaïki.

Premier bachelier autochtone de la centrafrique Quelques mois plus tard, le père spiritain Gabriel Herriau décide de prendre Gboganda avec lui à l’internat de la mission Saint-Jean-Baptiste de Bétou. Le jeune orphelin se révèle doué : il est alphabétisé en lingala en quelques semaines.. La mission de Bétou ferme en et il est transféré à Saint-Paul-des-Rapides de Bangui.. Les quatre années qu'il passe dans cette institution ont un impact considérable dans la construction de sa personnalité. Il devient chrétien le sous le prénom de Barthélemy, en mémoire de l’apôtre qui aurait été le premier à prêcher l’Évangile sur le continent africain.. Il fait la rencontre de Jean-René Calloc'h qui lui apprend à lire le français deux heures par jour et l’initie le reste du temps aux travaux manuels. Boganda l'érige en modèle..

À l'orphelinat, il se découvre une vocation sacerdotaleSon certificat d'études primaires en poche en 1924, il est envoyé en novembre au petit séminaire de Maydi à Kisantu tenu par les jésuites belges. Boganda supporte mal l’ambiance régnante.. Faute de pouvoir l’envoyer en France, les missionnaires le placent en au petit séminaire de BrazzavilleCôme Kinata note qu'au petit séminaire de Brazzaville, Boganda suit sa troisième et sa seconde en compagnie d'Auguste Roch Nkounkou et d'Eugène Nkakou, les deux premiers prêtres indigènes du vicariat apostolique de Brazzaville.. C’est à cette époque qu’éclate en Oubangui-Chari la guerre du Kongo-wara (1928-1931) menée par Karnou. Ce dernier se déclare investi d’une mission divine pour libérer son peuple de la servitude et de la misère dans lesquelles l’auraient placé les hommes blancs.. Boganda aurait été marqué par cette personnalité.

En 1930, le nouveau vicaire apostolique de Bangui, Marcel Grandin, séduit par le tempérament de Boganda, décide de le retenir à Saint-Paul pour s’occuper personnellement de lui enseigner le programme de classe. Premier Oubanguien à avoir eu accès aux études secondaires, il devient également le premier à atteindre l’enseignement supérieur. avec son admission en au grand séminaire Saint-Laurent de Mvolye à Yaoundé.. Il y reçoit les différentes étapes de l’ordinationBoganda reçoit la tonsure le 5 octobre 1934, les premiers ordres mineurs à Pâques 1935, les derniers ordres mineurs à Pâques 1936, le sous-diaconat le 29 mars 1937 et le diaconat le 10 août 1937.. Il rencontre dans cette institution le futur Premier ministre camerounais André-Marie Mbida et le futur président de la République congolaise Fulbert Youlou., élèves comme lui. En , Marcel Grandin l'honore en lui confiant l’encadrement du nouveau petit séminaire Saint-Marcel à Bangui.

Premier prêtre du clergé indigène d’Oubangui-Chari vignette|droite|Le général de Gaulle à Bangui en 1940.

Le , trois mille fidèles viennent assister en la cathédrale Notre-Dame de Bangui à l’ordination du premier prêtre du clergé indigène d’Oubangui-Chari, Barthélemy Boganda. Le lendemain, Boganda prononce sa première messe à Saint-Paul-des-Rapides où est fixé son sacerdoceCôme Kinata note qu'en plus d’assurer les messes, les prédications et les confessions, il est nommé directeur du petit séminaire Saint-Marcel et reçoit la mission d’évangéliser Zongo, une localité située en face de Bangui sur la rive belge, où il construit une chapelle.. En 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate. Il songe à s'engager dans l'armée française, premier pas selon lui dans la reconnaissance de l’égalité des droits., mais son évêque l’en dissuade, le nombre de missionnaires ayant été réduit par les effets de la mobilisation.

En , il est affecté à la mission Saint-Joseph de Bambari avec la charge de christianiser la population banda.. Il se voit pour cela confier la jeunesse des écoles et l’action pastorale dans la subdivision. Contrairement à ses supérieurs, pour qui la priorité est le catéchisme, Boganda conçoit son action religieuse comme inséparable de son action sociale : « l’Évangile pour l’école, l’Évangile par l’école ».. À cette époque, le taux de scolarisation en Oubangui-Chari est de 1,5 %.. À Grimari, poste secondaire où toute mission spiritaine a jusque-là échoué, il prend toute la mesure du rôle départi à l’œuvre éducative. Malgré de faibles moyens, il met en pratique ses préceptes. Les résultats sont plutôt concluants : l'église est pleine les dimanches et jours de fête, une économie embryonnaire se développe avec les plantations de maniocs et de bananes, et des ateliers de fabrication de meubles en rotin produisent régulièrement..

Ce volontarisme ne plaît pas à tout le monde. Son comportement très ferme vis-à-vis des familles restées attachées aux « traditions » se heurte à l’administration qui, par le biais du chef de subdivision M. Dieu, soutient les pratiques de mariage forcé et de polygamie au nom de la coutume banda.Côme Kinata note par ailleurs que Boganda s’aliène le père procureur des spiritains en exigeant la restitution de l'argent gagné grâce aux entreprises autonomes de Grimari, après que ce dernier lui a adressé une fin de non-recevoir à sa liste de besoins.. Des divergences de vue avec ses supérieurs provoquent sa mutation en à la mission Saint-Pierre-Claver de Bangassou.. Ce transfert-sanction, décidé par les pères Hemme et Morandeau (proches des milieux coloniaux), marque le début de sa rupture avec les spiritains installés en Oubangui.

Parlementaire et tribun local charismatique Émancipation des Africains comme combat politique