thumb|upright=1.3|Pyramide à degrés de la cité postclassique maya de Chichén Itzá. La civilisation maya est une ancienne civilisation de Mésoamérique principalement connue pour ses avancées dans les domaines de l'écriture, de l'art, de l'architecture, de l'agriculture, des mathématiques et de l'astronomie. C'est une des civilisations précolombiennes les plus étudiées avec celles des Aztèques et des Incas.
Elle occupait à l'époque précolombienne un territoire centré sur la péninsule du Yucatán, correspondant actuellement à une partie du sud du Mexique, au Belize, au Guatemala, au Honduras et au Salvador.
C'est une des plus anciennes civilisations d'Amérique : ses origines remontent à la préhistoire. La sédentarisation de populations est attestée, dans l'aire maya, à l'époque archaïque, entre le et le , les villages les plus anciens ayant été retrouvés sur les côtes de la mer des Caraïbes et de l'océan Pacifique.. Les premiers indices de stratification sociale remontent à l'époque préclassique ancienne, au , et se multiplient à l'époque préclassique moyenne, entre 1000 et 400 av. J.-C., avant l'émergence progressive d'États au préclassique récent. D'importantes cités-États mayas des Basses-Terres du sud, telles que Copán, Tikal ou Palenque, connurent leur niveau de développement le plus élevé à la période classique, entre le et le de notre ère, avant d’être rapidement abandonnées entre la fin du et du .
D'autres cités subsistèrent ou se développèrent alors dans les Basses-Terres du nord ainsi que dans les Hautes-Terres du sud, avant d'entrer en déclin, puis d'être quasiment toutes abandonnées, ou refondées par les Espagnols, peu après la conquête de l'Amérique au . Les spécificités culturelles mayas ont alors été profondément modifiées par la colonisation espagnole, aboutissant à la culture maya moderne, caractérisée par un fort syncrétisme (religieux, notamment).
Les Mayas sont demeurés ignorés des chercheurs jusqu'au début du . La forêt avait repris ses droits sur la plupart de leurs cités, et, peu après la conquête espagnole, aux , certains prêtres espagnols ont commis un crime contre la culture maya et ont brûlé la quasi-totalité des livres (codex) en écorce de figuier, laissés par les Mayas ; seuls quatre codex ont été retrouvés.
Les premiers explorateurs à approcher les vestiges de la civilisation maya au ont contribué à lui forger une image romantique, mais bien différente de la réalité : .
Dans les décennies récentes, les travaux des chercheurs modernes ont permis de renverser cette vision simpliste et sans nuance. Car, si les anciens Mayas étaient des bâtisseurs, de grands artistes et des savants, ils n’en étaient pas moins résolument guerriers. Du fait de leur organisation politique en cités rivales, la comparaison des Mayas classiques avec les cités grecques de l’époque classique ou avec les cités italiennes de la Renaissance peut être fondée.
Sources vignette|Les rares codex mayas qui ont survécu à la conquête espagnole sont emblématiques de l'art maya. Pour des raisons à la fois environnementales et historiques, la connaissance et la compréhension de cette civilisation sont encore très fragmentaires. De larges zones d’ombre subsistent toujours malgré les efforts entrepris depuis sa redécouverte au .
Épigraphie
Les épigraphistes mayanistes n'ont pas fini de déchiffrer l'ensemble des inscriptions en écriture maya sculptées sur les monuments et les artefacts découverts sur les différents sites mayas.
En effet, de nombreux et précieux témoignages ont été irrémédiablement perdus lors de la conquête espagnole. Suivant les conquistadors et cautionnant ainsi leur action, les missionnaires chrétiens ont œuvré à éradiquer toute trace de culte païen parmi les autochtones d'Amérique. Les archives mayas, les fameux codex, recelant des données inestimables concernant l’histoire et la science de la civilisation maya, ont été détruites lors d’autodafés comme celui de Maní en 1562.
Différents matériaux étaient utilisés comme support par les Mayas : la pierre : le calcaire est la pierre la plus fréquemment employée. Facile à travailler à l'extraction, elle se durcit ensuite. À Calakmul, le calcaire employé était de mauvaise qualité et les inscriptions, victimes de l'érosion, sont maintenant pratiquement illisibles ; la céramique : généralement des vases dont le texte nous renseigne sur l'artiste, le propriétaire du vase ou encore son contenu ; le bois : ce matériau étant extrêmement périssable, il n'en reste que de rarissimes exemplaires en bois de sapotillier dont les plus connus sont des linteaux provenant de Tikal ; la paroi rupestre : les fouilles ont livré des spécimens d'inscriptions, peintes ou gravées, dans 25 grottes du Yucatán. La plus connue est celle de Naj Tunich ; le papier : les glyphes étaient peints sur des feuilles de papier «amatl», larges d’une vingtaine de centimètres et longues de plusieurs mètres. Le manuscrit était replié en accordéon, chaque pli déterminant une «page» large d’environ 15 centimètres et écrite des deux côtés. Les codex de l'Époque classique ont tous disparu, victimes du climat chaud et humide et des insectes. Seuls quatre codex, authentifiés de l'Époque postclassique, ont survécu à l'autodafé ordonné par Diego de Landa, le () : Le Codex dit de Dresde, car conservé à la Bibliothèque d'État de Saxe ; Le Codex Tro-Cortesianus, conservé au Musée de l'Amérique à Madrid ; Le Codex dit de Paris, car conservé à la Bibliothèque nationale de France ; Le Codex Grolier, fragmentaire, conservé au Musée national d'Anthropologie de Mexico.
Après des années de recherche, le déchiffrement s'accélère et actuellement environ 80 % des glyphes mayas ont été déchiffrés.
Archéologie vignette|upright=1.3|Principaux sites mayas.
L’étendue géographique de la civilisation maya recouvre dans sa plus grande partie des terres situées en milieu tropical (les Basses-Terres du sud). Cet environnement sauvage et peu hospitalier n’a pas aidé à la conservation des ruines léguées par les anciens Mayas. Bien au contraire, la jungle envahissante a systématiquement repris possession des espaces dégagés. Les racines s’immisçant entre les blocs, la poussée végétale a fait exploser les bâtiments, réduisant souvent temples et palais en amoncellements de pierres. Les Hautes-Terres et les Basses-Terres du nord ont globalement été plus épargnées par ce phénomène.
De surcroît, le climat chaud et humide a semblablement contribué à faire disparaître les constructions en matériaux organiques et autres objets périssables qui auraient pu considérablement nous renseigner.
Les fouilles archéologiques de la civilisation maya ont débuté au cours du XIXe siècle, principalement à la suite des explorations menées par des voyageurs et des chercheurs européens et nord-américains dans les jungles d’Amérique centrale. L’un des premiers explorateurs européens à documenter des ruines mayas fut John Lloyd Stephens, un écrivain et explorateur américain, et son illustrateur, Frederick Catherwood. Ils ont exploré et documenté de nombreux sites mayas au Mexique, au Guatemala, au Honduras et au Belize dans les années 1830.
Ces derniers ont découvert et étudié de nombreux sites majeurs de la civilisation maya, tels que Tikal, Palenque, Copán, Chichén Itzá, Uxmal, Calakmul, etc. Ces sites ont révélé des pyramides imposantes, des temples, des palais, des terrains de jeu de balle et d’autres structures qui fournissent des indices sur la vie quotidienne et les réalisations architecturales des Mayas.
La recherche a permis le déchiffrement de l’écriture maya, une écriture logographique complexe basée sur des glyphes. Les chercheurs se sont exercés pendant plusieurs années à décoder ces symboles et ont fait des progrès significatifs dans la compréhension de cette écriture, ce qui a permis de traduire des textes sur des stèles, des céramiques et des codex, fournissant des informations précieuses sur l’histoire, la religion et la société des Mayas.
Les chercheurs ont également étudié les calendriers mayas, y compris le Tzolk'in, le Haab' et le Compte Long, afin de comprendre leur système de mesure du temps et son importance dans la vie quotidienne et religieuse des Mayas. Ces recherches ont permis de mieux comprendre les cycles astronomiques et les rituels liés au calendrier sacré.
Les archéologues ont étudié les techniques agricoles des Mayas, notamment leur utilisation de systèmes d’irrigation et de cultures en terrasses, pour comprendre comment ils ont réussi à soutenir une population dense dans des environnements souvent difficiles. Des études environnementales ont aussi été menées pour évaluer l’impact de l’agriculture intensive sur les paysages et les écosystèmes.
Les chercheurs ont examiné les pratiques religieuses des Mayas, y compris les rituels, les sacrifices, les cérémonies et les temples, afin de comprendre leur cosmologie, leur spiritualité et leur relation avec le divin.
Pendant longtemps et jusqu’à l’actualité la plus récente, le pays maya a aussi été secoué par des guerres ou troubles politiques, qui ont régulièrement perturbé et ralenti le travail des archéologues. L’histoire agitée de l’Amérique latine dans la deuxième moitié du a eu des répercussions dans le pays maya. La guérilla marxiste et les revendications des peuples mayas contemporains n’ont pas facilité l’exploration et la fouille des sites archéologiques.
Toutefois, la remise du prix Nobel de la paix à Rigoberta Menchú en 1992 a relancé les espoirs de paix. Le Mexique réhabilite maintenant son héritage précolombien et deux musées ont été créés, qui se consacrent à la civilisation maya, un à Chetumal () et l'autre à Mérida (El Gran Museo del Mundo Maya).
En septembre 2018, une équipe internationale de chercheurs a mis au jour, grâce à la technologie du lidar, près de vestiges mayas, sur un territoire d'une superficie de kilomètres carrés, à cheval entre le Guatemala, le Belize et le Mexique. Ils ont conclu dans la revue Science que le territoire maya était plus densément peuplé qu'imaginé jusqu'alors, avec une densité de 80 à 120 habitants au km² ; ils estiment alors que l'ensemble de la population maya comprenait, à son apogée, entre 7 et 11 millions d'habitantsAncient lowland Maya complexity as revealed by airborne laser scanning of northern Guatemala, 28 septembre 2018. Toutefois, en 2024, à la suite de la découverte d'autres réseaux de villes mayas auparavant inconnues, en particulier dans des zones marécageuses que la plupart des archéologues pensaient inhabitables, certains chercheurs, comme l’archéologue Marcello Canuto, ont revu ces estimations à la hausse, entre 10 à 15 millions de personnes« Les royaumes mayas monde réinventé-grâce-au-lidar » sur nationalgeographic.fr.
Aire culturelle maya
L’aire culturelle maya antique doit être distinguée de la zone de peuplement maya actuelle. Elle se définit comme étant le territoire couvert par les anciennes cités mayas, soit une surface globale d’environ km² (approximativement la superficie de l’Allemagne).
Elle comprend : le sud-est du Mexique (États du Tabasco, Chiapas, Campêche, Yucatán et Quintana Roo) le Belize le Guatemala l’extrémité ouest du Honduras l’extrémité ouest du Salvador
On la divise traditionnellement en trois grandes régions, selon des critères climatiques et géologiques : la côte Pacifique les Hautes-Terres les Basses-Terres (du nord et du sud)
Ces zones écologiques correspondent grosso modo à des zones culturelles. Jusqu'il y a peu on considérait que le centre de gravité de la culture maya aurait suivi un déplacement géographique, du littoral Pacifique et Hautes-Terres du sud (Époque préclassique) vers les Basses-Terres du sud (Époque classique) puis les Basses-Terres du nord (Époque postclassique). Il serait néanmoins hâtif de céder à la tentation du déterminisme géographique, car chacune de ces zones a participé à sa manière au développement de la civilisation maya.