On connaît sous le nom de Massacre de Tamines les exécutions en masse de civils perpétrés les 21, 22 et à Tamines, dans la province de Namur en Belgique, au début de la Première Guerre mondiale par les troupes allemandes.

Événements de Liège à la Sambre Le au matin, la cavalerie allemande pénètre dans le territoire belge. Le plan de campagne des Allemands, établi en 1905 par le général von Schlieffen (Plan Schlieffen) — et modifié par son successeur von Moltke — prévoit la traversée de la Belgique pour attaquer la France par le nord. Cette traversée doit être rapide. Pour cela, il faut écraser l’armée belge.

La neutralité de la Belgique, consacrée dès 1831 dans le protocole de la Conférence de Londres (Traité des XVIII articles), est donc bafouée par l’intrusion de troupes allemandes sur le sol national ; l’état de guerre est déclaré. Le Roi Albert prend le commandement de l’armée comme le prévoit la constitution. La Belgique entre en guerre pour la première fois de son histoire.

Les et armées allemandes foncent, dès le , sur la ville de Liège dont elles doivent s’emparer. C’est chose faite le , date à laquelle la ville tombe officiellement entre les mains des Allemands. L’armée belge oppose cependant une résistance supérieure à ce que les stratèges allemands ont prévu. La résistance des forts, nombreux autour de Liège, freine l’avancée allemande, leur prise entraînant la mort d’environ soldats allemands. La ville de Liège tombée, seul barrage important sur la route de l’invasion, la armée allemande peut se diriger vers Bruxelles, tandis que le général von Bülow, à la tête de la armée, poursuit sa route vers la Basse-Sambre, en direction de Namur et Charleroi.

Il arrive le à Huy dont une brigade belge s’est repliée sur Andenne après avoir fait sauter les passages sur la Meuse. Le , sur ordre du général von Bülow, une colonne allemande fusille à Andenne plus de deux cents civilsPIRENNE, H., Histoire de Belgique des origines à nos jours, t. V, [s.l], 1975, . La armée allemande poursuit son chemin dans la vallée de la Meuse, atteint la Sambre à Namur et arrive à proximité de Tamines, entre Namur et Charleroi, le . Face à elle, la d'infanterie du corps d’armée français ; ces troupes françaises sont secondées par un détachement peu important de gardes civiques belges, soit dix-neuf artilleurs de Charleroi commandés par le capitaine GillieauxArchives de l’évêché de Namur. Fonds Schmitz et Nieuland. L’invasion allemande t.3 : Tamines et la bataille de la Sambre. Récits des événements de Tamines. Témoignage du Bourgmestre Duculot du 29/11/1915.

Arrivée des Allemands Le vendredi , vers 6 heures du matin, une patrouille composée de cinq uhlans allemands descend la route de Ligny, venant de Velaine-sur-Sambre. Ils atteignent à peine l’hôtel de ville qu’une trentaine de soldats français et quelques artilleurs de la garde civique de Charleroi ouvrent le feu et blessent un des cavaliers. Les quatre autres foncent chercher du renfort en direction du bois de Velaine. Le soldat blessé est fait prisonnier par la garde civique et soigné par le docteur ScohyIbidem, Témoignage du Bourgmestre Duculot du 29/11/1915.

Une heure plus tard, environ trente uhlans accompagnés de cyclistes se présentent à l’entrée du village, par la route de Ligny. Ils essuient, au même endroit, les coups de feu des soldats postés près de l’hôtel de ville. Mais entre-temps, des détachements entiers d’Allemands ont investi le quartier de la Praile, situé à l’entrée du village. Les soldats établissent, chez M. Mouffe, conseiller communal, un poste de la Croix-Rouge et y rassemblent une cinquantaine de civils, en majorité des hommes, qu’ils ont arrêtés sur leur cheminIbidem, Témoignage du chanoine Crousse du 25/02/1915. La tension est déjà vive puisque des soldats menacent de fusiller les prisonniers, qu’ils accusent d’avoir tiré sur leurs compagnons d’armes. Vers 8 heures, un officier ordonne à cinq prisonniers d’aller ramasser le cycliste blessé une heure avant. Ces civils servent de bouclier au groupe de soldats qui, tout le long du chemin, tirent sporadiquement sur les maisons et dans la rue. Sur le chemin du retour, alors que le blessé est transporté par les civils, les soldats français visent l’escorte allemande qui immédiatement riposte. C’est alors que, lors du retour vers le poste de la Croix-Rouge, des soldats allemands tuent, sans raison, à l’intersection du Baty Sainte-Barbe et de la rue de Velaine, une fillette de huit ans, Céline Huybrecht, et blessent un homme et une jeune filleIbidem, Témoignage anonyme . [s.d.] & Témoignage de M. Seron du 1/11/1915. Ces mêmes hommes incendient et saccagent également quelques maisons du quartier de la Praile.

De retour à la Croix-Rouge, où les Allemands détiennent toujours cinquante civils, le commandant allemand ordonne à une femme d’aller chercher le bourgmestre de Tamines ainsi qu’un médecin. Or M. Guiot, le bourgmestre faisant fonction, a quitté son domicile le matin, pour aller prévenir les Français, de l'autre côté de la Sambre (rive droite) de l'avance des Allemands. Elle se rend alors au domicile d’Émile Duculot, conseiller communal au moment des faits, afin de le mettre au courant des événements. Ce dernier raconte : Entre-temps, car il y avait urgence, j’entre chez Lalieu, médecin libéral et en même temps échevin et le mets au courant de la situation. Lalieu répond qu’il est trop vieux et demande qu’on aille chez le docteur Scohy. Celui-ci refuse également, c’est alors que le docteur Defossé et M. Férange, chef de la Croix-Rouge locale, accompagnés de cinq brancardiers arrivent à la rencontre d’Emile Duculot. Une fois les nouveaux venus mis au fait, ils se rendent chez Mouffe où l’officier allemand les attend au milieu du chemin. Le docteur Defossé entre immédiatement soigner le blessé tandis que M. Duculot est rappelé par l’officier. Monsieur Duculot lui expose alors la fuite du bourgmestre faisant fonction et se propose de le remplacer officieusement pour le moment.

Après avoir accepté, l’officier lui dit : « On a tiré sur nous !(…) J’ai déjà trois revolvers ! »

Émile Duculot répond : « Monsieur, ce n’est pas possible ! On ne peut absolument pas avoir tiré ici ! La preuve en est qu’on a soigneusement repris toutes les armes ; il est strictement interdit de tirer. Personne n’y a d’ailleurs songé »Ibidem, Témoignage anonyme . [s.d.] & du chanoine Crousse du 25/02/1915 & Témoignage du bourgmestre Duculot et 3 [s.d.] et du 29/11/1915

L’officier change alors de sujet de conversation et demande au témoin jusqu’où ses hommes et lui peuvent avancer, sans danger, dans le village. Émile Duculot dit à son interlocuteur qu’il lui est impossible de répondre à cette question. L’officier lui intime alors l’ordre de se rendre avec d’autres civils, placés en tête des troupes, jusqu’à l’église des Alloux, afin d’y ôter le drapeau national fixé au clocherArchives de l’évêché de Namur. Fonds Schmitz et Nieuland. L’invasion allemande t.3 : Tamines et la bataille de la Sambre. Récits des événements de Tamines. Témoignage anonyme . [s.d.] & du Vicaire Gilon du 22/04/1915 & Témoignage du Bourgmestre Duculot et 3 [s.d.] et du 29/11/1915. Il accompagne son ordre de la menace de détruire le clocher au canon puis relâche tous les otages. Émile Duculot, avant de regagner son domicile, signale aux troupes françaises l'importance et la position des troupes allemandes.

La bataille Alors que le nouveau bourgmestre de Tamines rentre chez lui, vers 13 heures, la bataille fait rage au départ de Velaine, d’Auvelais, d’Arsimont. À ce moment, l’essentiel du combat entre Français et Allemands consiste en un duel d’artillerie. Les canons allemands sont disposés du côté de Velaine et de l’église des Alloux, tandis que les canons français sont, eux, situés de l’autre côté de la Sambre, entre Tamines et Arsimont. L’armée française, confrontée à une armée qui lui est supérieure en nombre, opte pour une stratégie de ralentissement de la progression allemande. Elle laisse donc, sur les ponts de la Sambre, des troupes peu nombreuses, à Tamines, Auvelais et Farciennes, ravitaillées depuis la gare de Tamines et renforcées par un détachement d’artilleurs de la garde civique de Charleroi. Dès le jeudi au matin, un maximum de soldats français se replient, laissant un nombre suffisant de soldats pour garder chaque pont et donc entraver la marche des Allemands tout en sacrifiant le moins de vies possible. Vers 13 heures, alors que le combat augmente en intensité, un groupe de cavaliers allemands descend vers l’église des Alloux. Trois soldats français embusqués derrière un mur en abattent deux, provoquant la fuite des autres. Peu de temps après, des fantassins allemands descendus de Moignelée attaquent les soldats français, au pont de chemin de fer et à l’écluse, les obligeant à se replier complètement de l’autre côté de la Sambre.

Les troupes allemandes investissent le centre du village et arrivent par la rue de la Station, fusil baissé. C’est l’attaque du pontArchives de l’évêché de Namur. Fonds Schmitz et Nieuland. L’invasion allemande t.3 : Tamines et la bataille de la Sambre. Récits des événements de Tamines. Témoignage du Frère Guillaume Plum [s.d.] & du chanoine Crousse du 25/02/1915. Il est environ 16 heures, les soldats poussent devant eux des civils qu’ils obligent à dégager le pont obstrué par des véhicules, des sacs, etc.

Le pont dégagé, les fantassins allemands peuvent alors s’élancer en direction des positions françaises. Un témoin décrit la scène :Lorsque les Allemands se trouvèrent en face des Français, ceux-ci les accueillirent par une grêle de balles, lancées par des fusils et des mitrailleuses, tant des maisons de la rue de Falisolles (rue située face au pont) que de la Tienne d’Amion. Ils furent littéralement fauchés. Il y eut là un affreux carnage de soldats allemands.Le combat d’une extrême violence cesse en début de soirée, avec le repli des troupes allemandes vers l’intérieur de Tamines. Pendant ce temps, de nouvelles troupes ne cessent d’affluer à l’intérieur du village, investissent la grande majorité des maisons et en incendient un grand nombre.

Mais, vers 2 heures du matin, les troupes allemandes s’élancent à nouveau en direction de l’armée française, de l’autre côté du pont. Le combat fait rage à nouveau, le son des canons français et allemands se fait à nouveau entendre. Cette bataille, faite d’avancées et de reculs, va se poursuivre toute la journée du samedi jusqu’aux alentours de quatorze heures. Un Frère des Écoles chrétiennes, obligé en pleine nuit de ramasser les blessés allemands sur le pont avec d’autres ambulanciers, décrit la scène :Je dus en pleine bataille traverser le pont non achevé. Les balles pleuvaient : on les aurait ramassées avec une pelle, sur ce pont.La plupart des habitants du quartier avoisinant le lieu des combats quittent leur maison et remontent vers l’école des Frères ou à l’église des Alloux. Le combat dure donc jusque 14 heures, moment où les Français, incapables de continuer à faire face aux vagues d’assaut allemandes, se voient contraints de se replier vers le Sud. Les pertes en vies humaines sont très lourdes dans les deux camps. Un officier allemand cite, devant le bourgmestre Duculot, le chiffre de 600 hommes mis hors de combat.

La population durant la bataille Dès leur arrivée dans le quartier de la Praile, au nord de Tamines, les soldats allemands incendient plusieurs maisons puis, au fur et à mesure de leur progression, allument d’autres foyers ici et làAprès examen de l’ensemble des témoignages, il semble bien que tous ces incendies allumés par les troupes allemandes dans la commune relèvent plutôt de l’acte gratuit que de la stratégie.