La guerre de l'Ogaden est une guerre qui oppose l'Éthiopie (Derg) et la Somalie entre le et le . Le conflit débute avec l'invasion de l'Ogaden par les troupes de Siad Barre (armée nationale somalienne) afin de constituer la Grande Somalie. Après une première phase du conflit favorable à l'armée somalienne, la situation se renverse en et la guerre s'achève par une victoire éthiopienne. Se déroulant durant la guerre froide, ce conflit entraîne l'intervention des deux blocs.
Contexte L'Ogaden, de la fin du à 1964 thumb|left|250px|L'Ogaden, territoire éthiopien depuis 1894 est revendiqué par la Somalie. L'Ogaden est un territoire éthiopien depuis la fin du ; il est conquis par le ras Mekonnen Welde Mikaél entre 1887 et 1894., dans le cadre des campagnes de Menelik II. Après 1941, à la suite de la libération de l'Éthiopie, les Britanniques occupent l'Ogaden, une « zone réservée » (Reserved Area) proche de l'ex-Somalie italienne, alors aussi sous administration britannique. Un accord est signé entre Londres et Addis Abeba le , qui permet de poursuivre légalement cette occupation.. Un nouvel accord, signé le , n'amène pas les Britanniques à évacuer l'Ogaden..
Le , le secrétaire aux Affaires étrangères britannique, Ernest Bevin, dévoile devant la Chambre des communes un plan nommé « Grande Somalie » (Greater Somalia) prévoyant l'amputation de l'Ogaden et son intégration dans une vaste entité comprenant le Somaliland et la Somalie italienne. et regroupant tous les peuples somalis. Ce territoire resterait toutefois sous occupation britannique.. Le projet suscite une vive polémique, l'Éthiopie, la France, l'Italie, l'URSS ainsi que les pays africains récemment indépendants rejettent la proposition. En 1948, après des pressions de , l'Éthiopie récupère l'Ogaden mais les Britanniques restent dans l'Haud, une région aux terres fertiles, qu'ils quittent à partir de 1953 et définitivement en 1956.
Ainsi, de 1942 à 1952, les Britanniques ont occupé tous les territoires peuplés de Somalis à l'exception du sud de Djibouti. Durant cette décennie, ils favorisent la création du , devenu plus tard la . Les divers chefs de clans aussi bien du Somaliland, du Kenya, mais également d'Éthiopie s'y rencontrent et discutent. Dès 1940, la classe politique demande l'unification des peuples somalis. ; cet « irrédentisme somali » provoque des tensions en Éthiopie et au Kenya. À long terme, le nationalisme somali, soutenu par les Britanniques, et la volonté de réunir tous les peuples demeurent intacts. Ainsi, le , lorsque la Somalie déclare son indépendance, elle arbore son drapeau, adopté en 1954. Il constitue un véritable « défi » d'après Harold G. Marcus puisqu'une des branches représente l'Ogaden., un territoire qui devra, selon Mogadiscio, se joindre à l'État somalien. Ce n'est que trois années plus tard que les premiers troubles apparaissent dans les régions somalies d'Éthiopie. En , une , soutenue par la Somalie, éclate dans l'Ogaden. À partir de , la participation de Mogadiscio est active et ouverte.. Sous le commandement du général Aman Andom, l'Éthiopie met fin à la révolte en 1964 et un cessez-le-feu est signé le . Malgré la victoire éthiopienne, ces revendications inquiètent le gouvernement d'Addis Abeba.
Situation en Somalie
thumb|230px|right|La Grande Somalie, projet d'unification des peuples somalis en un unique État, menace l'intégrité du territoire éthiopien. Durant les années 1960-1970, la Somalie s'affirme clairement comme un pays socialiste, proche de Moscou. Le , un coup d'État porte Siad Barré au pouvoir.. En , lors du premier anniversaire de son accession au pouvoir, il adopte le . ayant pour but le « déchaînement des forces de production ». L'Union soviétique, présente dans la Corne de l'Afrique depuis le début des années 1960 se rapproche du nouveau régime auquel elle apporte un soutien .
Siad Barré commence la construction d'une société et d'une économie d'inspiration marxiste-léniniste et soviétique. En , les deux pays signent un traité d'amitié et de coopération et en trois ans, jusqu'en 1977, Moscou livre des armes pour un montant estimé à 300 millions de dollars américains à la Somalie. Cette alliance avec l'URSS permet à Moscou de contrebalancer les bonnes relations des États-Unis avec l'Éthiopie et le Kenya. Moscou utilise par ailleurs le port de Berbera comme base navale.
Vers le milieu des années 1970, malgré la volonté de réforme et de modernisation, le pays est en pleine stagnation. Face à ces difficultés, Siad Barré change de discours, ceux-ci prennent des accents plus nationalistes délaissant progressivement les questions de développement économique et social. En 1974, la Somalie adhère à la Ligue arabe et intensifie son aide envers les mouvements de l'Ogaden et de l'Érythrée. En 1975 et en 1976, elle soutient respectivement la fondation de deux mouvements : le Front de libération de la Somalie occidentale (FLSO), un mouvement déjà existant de façon précaire et et le Front de libération Somali Abo (FLSA). Le premier groupe est actif dans l'Ogaden, qu'il veut rattacher à la Somalie, le deuxième représente la à la séparation de l'Éthiopie et un rattachement à la « Grande Somalie ». En clair, il s'agit pour Mogadiscio de déstabiliser l'Est éthiopien afin de faciliter l'invasion. C'est dans cette perspective que la Somalie prépare son armée qui a fortement bénéficié de l'aide soviétique depuis le milieu des années 1960.. Si la population somalienne ne représente pas un huitième de celle de l'Éthiopie, son armée représente la moitié des forces d'Addis-Abeba. Pour l'aviation, les chars et de nombreux autres équipements, les deux armées sont à parité. La Somalie a suffisamment de matériels et d'approvisionnements pour mener une guerre de six mois. : hommes de l'armée nationale somalienne et du FLSO ; chars disposant de canon de ; véhicules de transport de troupes ; pièces d'artillerie mobile ; chasseurs Mig ; escadron de bombardiers Il-28.
Situation en Éthiopie
thumb|right|230px|En 1977, Mengistu Haile Mariam, dirigeant du Derg est en pleine consolidation du pouvoir. En Éthiopie, la monarchie est renversée lors de la révolution de 1974. Une junte militaire, le Derg, prend le pouvoir, rapidement dominée par Mengistu Haile Mariam. L'armée est confrontée à plusieurs fronts internes : en Érythrée où la lutte pour l'indépendance dure depuis 1962 ; contre les mouvements étudiants, autour du EPRP, dont la résistance armée entretient l'insécurité dans les villes Lefort (René) , Éthiopie, la révolution hérétique, Paris, Maspero, Cahiers Libres 362, 420 p. : la Terreur Rouge ; dans d'autres provinces périphériques (Tigré, Balé, Awsa, etc.), où des maquis tentent de résister au nouveau pouvoir . Mengistu retire alors les forces de commandement du Sud éthiopien afin de renforcer les garnisons encerclées à Asmera, Asseb et Mitsiwa.
À ces difficultés viennent s'ajouter les deux mouvements soutenus par la Somalie : Front de libération de la Somalie occidentale (FLSO), recréé en 1975 et le Front de libération Somali Abo (FLSA), fondé en 1976. Le premier mouvement est « piloté à distance » depuis Mogadiscio dès les années 1960, lorsque son existence est . Quant au FLSA, il est censé mobiliser les populations oromos. En raison de la rivalité historique entre les deux peuples, les Oromos sont peu enclins à soutenir les mouvements somalis.. Les programmes des deux fronts restent néanmoins essentiellement nationalistes, sans véritable préoccupation pour des projets économiques ou sociaux. Le contrôle du Derg sur le sud-est semble se relâcher et seule une minorité d'Éthiopiens oromos entre en contact avec les agents somalis. Vers la fin de l'année 1976, des agents du FLSO et FLSA sont actifs dans l'Ogaden et le Balé. Si l'on ne connaît pas de véritables rébellions, contrairement au nord, on perçoit des tensions et un « bouillonnement » dans le sud-est de l'Éthiopie. Durant l'hiver 1976-1977, les deux fronts infiltrent des armes par la frontière avec la Somalie.
Face à ces , Siad Barré perçoit la supériorité militaire évidente laissée aux mouvements somalis dans le sud-est. Dans ces conditions, la planification de l'invasion de l'Ogaden débute. Le plan de Siad Barré aurait été de provoquer progressivement une insurrection des deux fronts en profitant de la situation politique trouble. En fait, la guerre est précédée d'une période de pré-conflit pendant laquelle le FLSO et le FLSA tentent de déstabiliser l'autorité gouvernementale dans le sud-est.. En , le chemin de fer Addis Abeba - Djibouti est coupé par des maquisards somalis, ils touchent à une voie économique et symbolique du pays. Face à l', Barré ne peut résister et décide d'entrer en guerre.
Un conflit dans le cadre de la guerre froide
Bien que les causes profondes et premières de ce conflit soient historiques, le rôle des puissances de la guerre froide permet de comprendre l'aboutissement de ce conflit. La Somalie alliée de l'URSS, a par conséquent un armement essentiellement soviétique ; à l'opposé, le matériel éthiopien, du moins au début de la guerre, vient des États-Unis en raison des bonnes relations sous le régime de Haïlé Sélassié I. Toutefois, avec l'arrivée au pouvoir du Derg, ces rapports vont évoluer.
En effet, Mengistu, qui reçoit toujours du matériel des États-Unis en accord avec des traités signés sous Haïlé Sélassié, est sur le point de rompre diplomatiquement avec Washington. Malgré la du Derg vis-à-vis des États-Unis, ceux-ci maintiennent l'aide militaire jusqu'en 1977, un soutien que de nombreux responsables éthiopiens veulent maintenir face aux livraisons soviétiques à la Somalie. Dans le même temps, Mengistu ne dissimule pas sa volonté d'entrer en contact avec l'URSS. Il est alors secrètement invité à Moscou où il signe le un accord d'assistance militaire.. À long terme, les Soviétiques souhaitent, via l'Éthiopie, établir une hégémonie sur la Corne de l'Afrique. Toutefois, Moscou se trouve et tente de résoudre le différend pacifiquement. L'Union soviétique soutient le plan de Fidel Castro d'une fédération socialiste incluant l'Éthiopie, la Somalie et le Yémen-sud. D'après Harold G. Marcus, ce plan dévoile la mais également, et surtout, ..
En parallèle, les relations se dégradent à la suite des pressions de la nouvelle administration Carter sur les droits de l'homme.. En , , la base militaire américaine, ainsi que sa mission militaire sont fermées. Il s'agit plus pour Mengistu de feindre un outrage que d'un véritable choix puisque la fermeture a déjà été annoncée sous Haïlé Sélassié.. Au début de 1977, les États-Unis reçoivent des messages confidentiels de Siad Barre. Celui-ci semble prêt à rompre les liens avec Moscou si Washington le soutient, un projet que l'Arabie saoudite souhaite appuyer financièrement. Vers , les Somaliens tentent de faire croire à Carter que l'Éthiopie est sur le point de l'envahir.. Les États-Unis, bien informés, ne prennent pas position pour la Somalie, ni avant, ni lors de l'invasion.
Déroulement de la guerre La grande offensive somalienne : à
Le , l'armée somalienne traverse officiellement la frontière avec l'Éthiopie et envahit l'Ogaden, dont les positions faiblement protégées, tombent rapidement. Dans l'avant-garde, on trouve des troupes régulières somaliennes . Les quelques soldats éthiopiens se trouvant dans les garnisons dispersées résistent difficilement et en à peine une semaine, les villes stratégiques de l'Ogaden, dont la base aérienne de Gode sont sous contrôle somalien.
En , les Somaliens contrôlent de vastes parties du sud-est de l'Éthiopie. Ils décident de progresser vers les hauts plateaux, habités par les Oromos. Contrairement aux attentes de Siad Barre et du Front Somali Abo, les Oromos se rallient en majorité à la cause éthiopienne.