La mythomanie désigne un trouble pathologique caractérisé par une tendance au mensonge et la fabulation.
Étymologie
Le terme « mythomanie » provient des mots « mythe » et « manie » (terme médical signifiant anciennement « folie »). Bien que ces deux mots aient eux-mêmes des origines grecques (respectivement μῦθος, « récit, fable » et μανία, « folie »), le mot mythomanie est un néologisme n'ayant pas d'étymon grec. Attesté dès 1862 dans le sens de « recours systématique aux mythes »W. Burger, Nouvelles tendances de l’art dans Revue Germanique, volume 19, p. 71, 1862, le sens moderne est dû au psychiatre Ernest Dupré qui l'introduit en 1905<ref>La Mythomanie : Étude psychologique et médico-légale du mensonge et de la fabulation morbides, Ernest Dupré, 25 mars 1905</ref>.
Le mot mythomanie est probablement à l'origine du verbe « mythonner » signifiant « mentir »Site lerobert.com, définition du verbe « mythonner ».
Histoire Ce comportement a été décrit pour la première fois par le psychiatre en 1891. Le terme a été réutilisé en 1905 par l'aliéniste Ernest Dupré pour entre autres décrire un des traits de l'hystérie. Il désignait ainsi une « tendance constitutionnelle présentée par certains sujets à altérer la vérité, à mentir, à imaginer des histoires (fabulations) enfin à imiter des états organiques anormaux » qu'il voyait comme des simulations, d'où le lien à l'hystérie.
La mythomanie peut être décelée chez l'enfant, Ernest Dupré l'ayant décrite de manière détaillée, censée évoluer plus ou moins naturellement vers une meilleure appréhension de la réalité, alors que la mythomanie de l'adulte peut s'associer à l'hystérie, à d'autres névroses, aux perversions ou même aux psychoses. En psychiatrie, et à part pour Dupré, la mythomanie est rarement considérée comme un symptôme isolé, ce qui fait que le concept est la plupart du temps traité en association avec les autres troubles auxquels elle est associée.
Le terme n'est plus beaucoup utilisé en psychiatrie. Il n'existe pas dans les dernières classifications. Les recherches actuelles sur les syndromes de conversion montrent que cette pathologie fonctionnelle cérébrale est différente d'une simple simulationPatrik Vuilleumier « Mécanismes cérébraux des troubles moteurs psychogènes : hystérie et hypnose » Genève, Congrès français de psychiatrie, novembre 2012.
Prévalence Une étude démontre qu'un délinquant juvénile sur serait mythomane. L'âge d'apparition moyen est de 16 ans et ce trouble comportemental serait aussi bien répandu chez les hommes que chez les femmes. 40 % des cas rapportés proviendraient d'une anomalie du système nerveux (par exemple une épilepsie, un traumatisme crânien ou une infection du système nerveux).
Description Le mensonge désigne l'acte de donner intentionnellement une fausse information Lying. (n.d.). Dictionary.com Unabridged. Consulté le 26 septembre 2011, depuis Dictionary.com.. Certains individus le font même sans exprimer aucune crainte Rowe, D. (2010) , New York: HarperCollins.. Le mensonge pathologique peut avoir des effets néfastes (faux jugements notamment) dans la vie de l'individu et de son entourage. Le mensonge excessif est communément perçu chez les patients atteints de troubles mentaux. Les individus souffrant de trouble de la personnalité antisociale utilisent le mensonge dans le but de tirer profit de leur entourage. Certains individus souffrant de trouble de la personnalité borderline mentent pour attirer l'attention sur eux en clamant qu'ils sont délaissés ou maltraités. Le mensonge pathologique peut survenir parfois lorsqu'un individu ment sans pour autant tirer profit de ce mensonge Healy, M., & Healy, W. (2004) Pathological lying, Accusation And Swindling, Winnetka, Illinois : Kessinger Publishing..
Il existe de nombreuses conséquences chez les patients qui mentent d'une manière abusive. Étant donné la perte de confiance qu'entraînent les mensonges compulsifs, l'entourage du patient peut se défier de la personne, voire s'en détourner. Si le comportement maladif persiste, les conséquences du mensonge peuvent s'avérer catastrophiques voire criminelles. Certaines études suggèrent que certains individus auraient une .
Classifications psychiatriques Les classifications actuelles ne considèrent pas toutes la mythomanie comme une pathologie. La Classification Internationale des Maladies (CIM-10) la classe dans les autres troubles de la personnalité qui sont des caractéristiques propres à chaque individu qu'il garde tout au long de sa vie. Sa définition n'en est pas donnée dans la classification du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-).
Diagnostic différentiel La mythomanie est une attitude considérée comme volontaire (ou consciente) mais elle peut se confondre avec d'autres attitudes non volontaires (ou inconsciente) du patient et d'ordre psychiatrique, voire des troubles neurologiques : Trouble factice pathomimie ou simulation (autre appellation : syndrome de Münchhausen) ; Faux souvenirs induits, lorsqu'une personne se remémore un événement qui n'a pas eu lieu ; Syndrome de conversion (ou trouble dissociatif de conversion) ; Délire paranoïaque qui peuvent être d'ordre passionnel (érotomanie), d'interprétation (dit de Capgras) ou de relation des sensitifs (dit délire de relation des sensitifs de Kretschmer) ; Affabulations comme dans le syndrome de Korsakoff (liée à l'usage de l'alcool ou plus rarement à certaines formes sévères de malnutrition ; Anosognosie, lorsqu'une personne ne se rend pas compte de son état de santé ou de son handicap.
Prise en charge La psychothérapie semblerait être la seule méthode efficace pour remédier au mensonge pathologique. Aucune recherche n'a été menée concernant un éventuel traitement pharmaceutique.
Actuellement, il n'existe aucune étude sérieuse concernant un traitement efficace contre la mythomanie.
Personnalités Certaines personnalités notables ont été qualifiées de mythomanes : vignette|redresse|Münchhausen sur son boulet de canon, gravure d'August von Wille (1872). Karl Friedrich Hieronymus, baron de Münchhausen (1720-1797), Surnommé le « baron de Crac » (« baron du mensonge ») en raison de sa réputation d'affabulateur hors pair. Son nom est d'ailleurs à l'origine d'une maladie psychiatrique grave : le syndrome de Münchhausen qui décrit des personnes simulant tous les symptômes d'une maladie afin d'attirer sur elles l'attention des médecins, voire de leurs proches. Mary Baker (née Willcocks), dite « Princesse Caraboo » (1791-1864), mystificatrice anglaise qui s'est permis de tromper les membres de la haute société d'une petite ville britannique durant quelques mois (en se prétendant être une princesse royale venue d'un pays lointain) avant d'être démasquée par une de ses anciennes employeuses comme étant une femme de ménage de la régionOxford Dictionary of National Biographie de Mary Baker (née Willcocks), alias Princess Caraboo].. Sir (1873-1944)., baronet, dit « L'Ami des plus grands ». Blaise Cendrars, dénommé le « mythobiographe » dans un article du journal Le Monde allie dans ses récits autobiographiques, des faits réels et inventésSite lemonde.fr, article de Jean-Louis Jeannelle "Blaise Cendrars, « mythobiographe ».. André Malraux (1901-1976), écrivain et homme politiqueSite radiofrance.fr, article "André Malraux (1901-1976)".. Misha Defonseca, de son vrai nom Monique De Wael (née en 1937) déclarait à qui voulait l'entendre être une rescapée juive de la Shoah, ayant traversé l’Europe à pied et parcouru , à la recherche de ses parents, protégée par des loups alors qu'elle était une petite fille. Elle a réussi à abuser l'écrivain Elie Wiesel. Monique De Wael était en fait une jeune femme catholique et fille d'un employé communal d'une commune belge qui a dénoncé des résistants durant la Seconde Guerre mondiale. Stéphane Bourgoin (né en 1953), écrivain de faits divers, spécialiste autoproclamé des tueurs en série. Jean-Claude Romand (né en 1954), un homme pris dans l'engrenage du mensonge, qui a abattu sa famille en 1993. Son histoire est racontée par Emmanuel Carrère dans L'Adversaire (2000), reprise par un film de Nicole Garcia avec Daniel Auteuil dans le rôle principal. Philippe Berre (1954 - 2021) est un escroc, principalement connu pour s'être fait passer pendant près d'un mois pour un ingénieur chargé de coordonner des travaux de l'A28, à Saint-Marceau dans la Sarthe. Cette usurpation a librement inspiré le film À l'origine de Xavier Giannoli avec François Cluzet. Janet Cooke reçoit le prix Pulitzer pour un reportage bidonné relatant les aventures d'un jeune toxicomane de huit ans, prénommé Jimmy, pour The Washington Post. Elle se déclare elle-même diplômée maniant avec aisance l'espagnol et le français. Une enquête interne finit par mettre à jour son ignorance totale de ses deux langues, l'inexistence de ses diplômes et finalement l'invention du sujet du reportageSite liberation.fr, article de Guillaume Pajot "Le Washington Post le nez dans le bidon".. Xavier Dupont de Ligonnès (né en 1961) est quelquefois qualifié par la presse comme « mythomane » du fait de certaines déclarations à des témoins et quelques-uns de ses mails envoyés à ses proches (même si certains le contestent)Site europe1.fr article "Xavier Dupont de Ligonnès, un "mythomane".Site parismatch.com, article de Sophie Noachovitch, Arnaud Bizot "Xavier Dupont de Ligonnès : sur la piste du mystérieux « Jean »".Site ouest-france.fr, article de Vanessa Ripoche "Dupont de Ligonnès en vie dans un nouveau roman".. Frédéric Bourdin (né en 1974), surnommé « Le caméléon » qui a usurpé l'identité d'enfants disparus. Il réussit même quelque temps à passer pour un mineur alors qu'il était âgé de 30 ans. Son histoire est à l'origine du docufiction The Imposter, sorti en 2012. Brian Blackwell (né en 1986) est un meurtrier anglais qui a tué ses parents afin de profiter de leur argent et d'éblouir sa petite amie, une jeune étudiante du Liverpool College en s'attribuant un rôle de grande personnalité du sport roulant sur l'orL'affaire Brian Blackwell le 1er avril 2015 dans L'Heure du crime de Jacques Pradel, sur RTL. Alain Jollois (né en 1964) est un escroc multirécidiviste français connu sous les pseudonymes de « Daniel Goldenberg », « Andrew Alan Itzac Fraser of Lovat » ou encore « Alan Mac Gregor » et « Andrew Mac Gregor »podcast France Culture "Le Pique-assiette"..
Dans la culture populaire En langage populaire, le terme « mytho » (un apocope du mot mythomane) définit une personne qui a tendance à l'exagération, voire à propager de fausses informations. Le terme est devenu très courant dans la seconde moitié du Site lalanguefrancaise.com, fiche sur le mot Mytho..
Dans la littérature vignette|redresse|Couverture des Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon (1899) La mythomanie est un thème utilisé dans la littérature : Faux Jour, d'Henri Troyat qui narre la vie et la décadence d'un entrepreneur mythomane, paru en 1935. La Menteuse, Nelly, marquise de Fontranges décrite comme une « gentille et frivole femme » dans le roman de Jean GiraudouxSite grasset.fr, présentation du roman La Menteuse., paru en 1958 ; Tartarin de Tarascon, héros d'Alphonse Daudet (repris dans plusieurs fois au cinéma dont un film de Georges Méliès, en 1908, un film de Raymond Bernard en 1934 (avec Raimu) et un film de Francis Blanche (avec lui-même), en 1962 ; Journal d'un mythomane, volume 1 et volume 2 sont un ouvrage du metteur en scène et polémiste Nicolas Bedos, paru aux éditions éditions Robert Laffont en 2011 et 2012.
Dans la chanson Mythomane est une chanson de l'auteur-compositeur-interprète français Étienne Daho, présente dans son premier album paru en novembre 1981 et portant le même nom. Mytho est une chanson du duo Bigflo et Oli sortie en 2016 et présente sur l'album La Vraie Vie. "Mythos" est une chanson du groupe Raggasonic, sortie en 1995 sur leur album éponyme.
Au cinéma et à la télévision