Le est une philosophie politique qui est en faveur des valeurs traditionnelles et affirme le primat des structures sociales et de la culture sur la raison humaine. Le conservatisme prône la préservation d'une situation ou le retour à une situation passée dans les domaines social, politique, moral, culturel, religieux. En ce sens, il s'oppose au progressisme.

Pour les conservateurs, l'ordre social précède et conditionne la destinée des individus, qui doivent donc l'accepter. Ils tendent à situer l'ordre social hors d'atteinte des pouvoirs de transformation humains, par exemple en l'ancrant dans la religion. À l'inverse, les Lumières ont fait appel à la nature et au droit naturel universel contre la culture.

Pour Michael Freeden, le conservatisme croit seulement en un changement limité de ce qui est naturel ou organique. Pour les conservateurs, l'ordre social est indépendant de la volonté humaineVoir Ashworth, 6, Liberalism and the emergence of IR in Ashworth, 1999, "Creating International Studies".. Ainsi, le conservatisme s'oppose fortement au libéralisme à partir de ce qu'est ou doit être le droit ; les droits sont acquis et protégés par les institutions établies, et donc, ne sont pas innés ou attachés à l'individu.

La critique conservatrice s'applique en général au progressisme : l'État n'a pas de finalité éthique et ne peut améliorer la société ou les individus. Le conservatisme se divise, dans la réaction contre les Lumières (libéralisme, socialisme…), entre les aristotéliciens (et thomistes) et les pessimistes héritiers de l'augustinisme. C'est une critique de l'humanisme, maintenant au sein de l'ordre politique, l'idée de hiérarchie et de l'hétéronomie ; le pessimisme moral suppose juste, sans toutefois souscrire au jusnaturalisme, de souligner les dangers ou l'impossibilité de la liberté humaine, de l'autonomie et de l'émancipation.

Le terme vient de « conserver », du latin conservare « maintenir, observer (une loi, une coutume) », composé de servare « préserver, garder ». Bien que ce ne soit pas une idéologie en soi, le conservatisme est une philosophie politique dont les idées sont en grande partie liées à leur contexte d'existence. Il est défini en partie par l'accent mis sur la tradition comme source de sagesse, bien au-delà de ce qui peut être démontré ou explicitement établi. Il se fonde sur la conservation d'un ordre préétabli, selon les conventions, chacun à sa place.

Le conservatisme ne doit pas être confondu avec la réaction (d'où le terme « réactionnaire ») ou avec l'immobilisme.

En général, le conservatisme est classé à la droite du spectre politique, mais il n'est pas synonyme de celle-ci. Il existe également une gauche conservatrice qui allie des idées sociales sur le plan économique et le conservatisme sociétal.

Histoire La définition du conservatisme a souvent été l'objet d'un débat, marqué par l'association de nombreux (et souvent antinomiques) partis politiques et idéologies. Le chercheur R. J. White déclare ainsi :

La pensée politique contient de nombreux traits que l'on pourrait qualifier rétrospectivement de conservateurs. Beaucoup suggèrent une naissance plus précoce d'une disposition conservatrice, dans les suites de la Réforme, spécialement dans les œuvres du théologien anglican Richard Hooker promouvant la modération dans l'équilibre politique des intérêts vers les buts d'harmonie sociale et de bien commun. Mais, ce n'est qu'au siècle des Lumières, en particulier face aux évènements entourant la Révolution française de 1789, que le conservatisme commença à se révéler comme une attitude distincte ou une manière de penser et ce n'est qu'à partir de la polémique d'Edmund Burke — Réflexions sur la Révolution de France — que le conservatisme gagna une réelle influence.

thumb|left|160px|Edmund Burke (1729-1797).

L'homme d'État anglo-irlandais Edmund Burke, qui combattit la Révolution française, sympathise d'abord avec certaines revendications de la Révolution américaine. Cette tradition conservatrice insiste souvent sur le fait que le conservatisme n'a pas d'idéologie. Burke développe ses idées en réaction à l'idée « des Lumières » d'une société guidée par une raison abstraite. Même s'il n'a pas utilisé le terme, il anticipa la critique du modernisme, qui fut pour la première fois utilisée à la fin du par le religieux conservateur néerlandais Abraham Kuyper. Burke était en conflit avec les Lumières, et plaidait à la place pour les valeurs de la tradition.

Pour Burke, la mise en place d'un gouvernement ne peut s'appuyer sur des abstractions comme la « Raison », mais sur le développement historique de l'État et des autres institutions importantes de la société comme la famille ou l'Église.

Burke argumentait que la tradition est une base plus solide que les choses purement abstraites (comme la « Raison »). La tradition se forme avec la sagesse de plusieurs générations et les aléas du temps, alors que la « Raison » peut n'être que le masque des préférences d'un seul homme, et qu'elle représente au mieux la sagesse non testée d'une génération. Toute valeur ou institution existante qui est passée au travers de l'influence correctrice des expériences passées doit être respectée.

Cependant, les conservateurs ne rejettent pas le changement ; comme Burke l'a écrit, « Un État qui n'a pas les moyens d'effectuer des changements n'a pas les moyens de se maintenir »Réflexions sur la Révolution de France, Edmund Burke. Cependant, ils insistent pour que le changement soit organique, plutôt que révolutionnaire : une tentative de modifier la toile complexe des interactions humaines qui forme la société humaine, dans le but de mettre en pratique une doctrine ou une théorie, court le risque de se voir passer sous la dure loi de l'effet pervers. Burke recommanda la vigilance contre la possibilité d'aléas moraux. Pour les conservateurs, la société est quelque chose d'enraciné et d'organique : tenter de l'enlever ou de la modifier pour les plans d'un quelconque idéologue, c'est s'attirer de grands désastres non prédits.

Les conservateurs défendent aussi le droit à la propriété. Carl B. Cone, dans Burke and the Nature of Politics Carl B. Cone, Burke and the Nature of Politics, University of Kentucky Press, 1957 ASIN B0006AV4NG, souligna que ce point de vue, exprimé comme une philosophie, servait également les intérêts des gens impliqués :

thumb|right|160px|Benjamin Disraeli (1804-1881).

À la fin de la période napoléonienne, le congrès de Vienne marqua le début d'une réaction conservatrice en Europe pour contenir les forces libérales et nationalistes relâchées par la Révolution française. Les historiens Will et Ariel Durant décrivent la philosophie conservatrice de cette époque comme « defending the necessity of religion, the wisdom of tradition, the authority of the family, the advantages of legitimate monarchy, and the constant need to maintain political, moral, and economic dikes against the ever-swelling sea of popular ignorance, cupidity, violence, barbarism, and fertility. » Will et Ariel Durant, The Age of Napoleon, Simon et Schuster, 1975 . Le vicomte Louis de Bonald détermina les principes du conservatisme français dans la Théorie du pouvoir politique et religieux en 1796 : « absolute monarchy, hereditary aristocracy, patriarchal authority in the family, and the moral and religious sovereignty of the popes over all the kings of Christendom. » Ibid.. Avec Louis de Bonald, Joseph de Maistre fut le porte-parole le plus influent du conservatisme contre-révolutionnaire, avec une emphase sur la monarchie comme sauvegarde de l'ordre dans la société ; le mouvement légitimiste est l'incarnation politique de cette pensée conservatrice de l'époque.

En 1818, Chateaubriand participe à la fondation du journal Le Conservateur. Il écrit dans son journal : Guillaume Perrault, « Penser en liberté, premier acte de la conservation », Le Figaro Magazine, semaine du 2 décembre 2016, p. 56-57..

Benjamin Disraeli, lui-même un membre du Parti conservateur en Angleterre, écrivit en 1845 qu'« un gouvernement conservateur est une hypocrisie organisée »Speech in the House of Commons, 3 mars 1845. Il fit ce commentaire lorsque le Parti conservateur se fut divisé en deux groupes, selon que ses membres avaient ou non profité personnellement de l'abolition des Corn LawsSpeech on Agricultural Interests, March 17, 1845.

Aspects du conservatisme Comme toute philosophie politique, le conservatisme s'intéresse non seulement au fonctionnement des institutions politiques mais également à tous les autres aspects de la vie humaine.

Philosophie Le conservatisme se développe, sous l'influence du pessimisme, en réaction aux idées des Lumières. Tout d'abord, il y a, au sein du conservatisme, un rejet du contrat social ; ce dernier signifie alors que l'ordre social repose sur le consentement des individus à faire société. L'association politique est, pour les Lumières, possible grâce au triomphe de la raison sur l'arbitraire et la prédominance du droit. Pour le conservateur, la civilisation n'est pas au service d'un progrès perçu comme illusoire ; elle garantit juste la paix civile. Le conservatisme repose ainsi sur le réalisme politique et moral.

Politique Le conservatisme entend mettre en garde contre les utopies sociales et les conséquences perçues comme potentiellement néfastes du progressisme, en insistant sur le mauvais fond de la nature humaine qu'aucune structure sociale ne peut abolir ou réformer ; c'est notamment ce qu'enseignent les augustiniens et les moralistes du Grand Siècle. En effet, pour les Lumières, l'autonomie est le principe du Bien ; c'est justement cette idée que les conservateurs combattent. Il s'agit d'insister sur l'usage de la force et de l'autorité afin de préserver les institutions sociales, car les conservateurs mettent l'accent sur les passions humaines destructrices et antagonistes pouvant menacer l'ordre politique ; contrairement aux Lumières, ils refusent d'accorder du crédit à l'éducation, au droit et au progrès. De grandes figures, réputées pour leur forte adhésion au conservatisme, se sont reconnues dans le pessimisme augustinien du , et celui développé au par les romantiques allemands.

Culture

Le conservatisme culturel est une philosophie qui encourage la préservation de l'héritage d'une nation ou d'une culture. La culture en question peut être aussi large que les civilisations occidentale ou chinoise ou être restreinte comme celle du Tibet. Les conservateurs culturels essayent d'adapter des normes transmises par le passé. Les normes peuvent être romantiques, comme les mouvements contre le système métrique qui demandent la sauvegarde du système de poids et de mesures au Royaume-Uni ou au Canada. Elles peuvent être institutionnelles : en Occident, cela inclut aussi bien la chevalerie et le féodalisme que le capitalisme, la laïcité et l'État de droit.

Selon une branche du conservatisme culturel appelée conservatisme sociétal, les normes peuvent être également morales. Par exemple dans certaines cultures, des pratiques telles que l'homosexualité sont jugées mauvaises. Dans d'autres cultures, les femmes qui montrent leur visage ou leurs membres en public sont considérées comme immorales, et les conservateurs dans ces cultures soutiennent souvent des lois interdisant de telles pratiques. D'autres conservateurs tiennent une approche plus positive, en soutenant des lois du bon samaritain — des lois requérant de la charité — si leur culture considère ces actes comme moraux.