L’Afrique, ou Afrique proconsulaire, est une ancienne province romaine située sur la côte méditerranéenne de l'Afrique. Son territoire comprend le nord et le sud-est de l'actuelle Tunisie, le nord-est de l'Algérie et le nord-ouest de la Libye.
La province d'Afrique est créée en , après la destruction de Carthage, au terme de la troisième guerre punique ; ayant Utique pour capitale, elle est séparée du royaume de Numidie par une ligne de démarcation, la Fossa regia. En , Rome annexe la Numidie avec le nom de () pour la distinguer de la première (). Vers 40-, les deux provinces sont réunies dans la province appelée d'Afrique proconsulaire ; ayant Carthage pour capitale, elle s'étend, d'ouest en est, de l'embouchure de l' (aujourd'hui l'Oued-el-Kebir, en Algérie) au promontoire de l'autel des frères Philènes (aujourd'hui Ras el-Ali, en Libye). En , celle-ci est divisée par Dioclétien en trois provinces : la Tripolitaine, la Byzacène et l'Afrique proconsulaire résiduelle, aussi appelée ZeugitaneAbdelhamid Hénia, Être notable au Maghreb : dynamique des configurations notabiliaires, éd. Maisonneuve et Larose, Paris, 2006, .
Histoire Conquête par Rome vignette|gauche|Tridrachme en électrum de Carthage frappé à Zeugitane. vignette|Étendue de la province d'Afrique vers 120. vignette|Villes de l'Empire romain vers 125. vignette|Carte du golfe de Tunis où est situé Carthage.
La province d’Afrique fut conquise en lors de la troisième guerre punique, qui opposait les cités de Carthage et de Rome. En , le consul Scipion Émilien débarqua dans le territoire de Carthage et prit la ville après un siège de trois ans.
Après cette victoire, la ville de Carthage fut détruite et son site voué aux dieux infernaux par une cérémonie d’execratio. Le territoire (chôra) de la cité fut annexée à l’ager publicus, le domaine public de la ville de Rome, formant ainsi une nouvelle province. Sept cités qui ont pris le parti de Rome pendant la guerre conservent leur liberté et ne sont donc pas annexées à l’ager publicus : Utique, Hadrumète, Leptis Minor, Thapsus, Acholla, Usula et Theudalis.
Période de la République Projets de colonisation Le territoire de la nouvelle province était assez important, de à Mélanges d'archéologie et d'histoire, vol. 80, éd. Thorin, Paris, 1968, p. 223, mais peu densément peuplé, au maximum avant la conquête romaine, et surtout extrêmement fertile. Il constituait donc un territoire de colonisation rêvé pour le parti des populares tentant de résoudre les crises économique et sociale frappant la plèbe romaine par la redistribution de terres de l’ager publicus aux paysans appauvris. En une épidémie ravagea l’Afrique, libérant de nouvelles terres pour une éventuelle colonisation. Ce phénomène ne doit pas être assimilé à la colonisation européenne de l’époque moderne et contemporaine ; pendant l’Antiquité, coloniser c’est fonder une colonie, une cité dépendant de la métropole et bénéficiant de ses lois et de sa protection. En le tribun de la plèbe C. Sempronius Gracchus, chef du parti des populares, fonda une colonie sur le territoire de l’ancienne Carthage : la colonia Iunonia KarthagoRico Christian, Sicile antique : Pyrrhus en Occident, éd. Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 2009, . Cette colonie était alors la seule existante en dehors de l’Italie. Les terres distribuées aux colons représentaient , ce qui sous-entend une dispersion des colons dans la province. En , Gracchus fut assassiné et le parti des populares remplacé par celui des optimates, représentants de l’aristocratie romaine ; le mouvement de colonisation subit alors un coup d’arrêtMarie-Pierre Arnaud-Lindet, Histoire et politique à Rome : les historiens romains. -, éd. Bréal, Paris, 2001, . vignette|Théâtre de la ville de Leptis Magna.
Relations avec les royaumes voisins La province d’Afrique était bordée à l’ouest et au sud par le royaume numide, organisée après la deuxième guerre punique par le roi massyle Massinissa, allié de Scipion l'Africain. À la mort de Micipsa, fils de Massinissa, une querelle sur sa succession opposa ses fils Adherbal et Hiempsal et son neveu Jugurtha. Cette querelle déboucha sur une guerre dans laquelle Rome dut intervenir contre Jugurtha. En une première campagne menée par le consul L. Calpurnius Bestia n’eut que peu d’effet ; ce dernier finit d'ailleurs par conclure un armistice avec JugurthaRonald Syme et Pierre Robin, Salluste, vol. 282 à 284, éd. Presses universitaires de Franche-Comté, Besançon, 1982, p. 122. Il fallut en mener une nouvelle campagne contre le roi Numide. C'est le consul Marius et son second Sylla qui, grâce à l’alliance du roi maure Bocchus, réussirent à capturer Jugurtha en . La Numidie ne fut pas annexée entièrement à la province. Seul l'est et le sud du royaume, son débouché sur les plaines de la Medjerda et le golfe de la petite Syrte, furent rattachés à l’ager publicus. La ville de Leptis Magna, située dans cette région, reçut elle le privilège de liberté pour s’être rangée du côté de Rome dans le conflit.
Le Royaume numide proprement dit fut donné à un demi-frère de Jugurtha, Gauda, qui le divisa plus tard entre ses deux fils. À partir de là, il ne fut guère plus qu’un protectorat romain.
Lutte entre Marius et Sylla (vers 80) Lors de la guerre menée contre Jugurtha le consul Marius, qui devint chef des populares à Rome, avait engagé dans son armée des « prolétaires », des paysans sans terre. Pour les récompenser de leur fidélité, il fit voter à Rome en une loi attribuant à chaque vétéran de terres. Les auxiliaires recrutés dans le peuple nomade des Gétules reçurent aussi ces dons en même temps que la citoyenneté romaine. Les implantations de ces vétérans se firent dans la région du royaume numide récemment annexée, ce qui permettait de consolider la frontière avec les territoires du roi Gauda. L'implantation fut importante, rassemblant de à . On ne peut toutefois pas y voir une colonisation au sens propre puisqu’aucune colonie ne fut fondée dans ce territoire. Lors de la guerre civile qui opposa les partisans de Marius et ceux de son ancien second Sylla entre et , l’Afrique constitua un bastion pour les marianistes, grâce notamment à la présence de ces vétérans de l’armée de Marius.
En , les marianistes d’Afrique détrônèrent le roi de Numidie orientale , fils de Gauda, partisan de Sylla. Ils furent vaincus par une alliance regroupant le roi maure Bocchus et le second de Sylla, Pompée et en Hiempsal fut restauré. Les syllaniens lui reconnurent même une juridiction sur les Gétules fait citoyens romains par Marius. En les populares empêchèrent le retour dans le giron numide des territoires annexés en , mais il fut reconnu à Hiempsal en l’indépendance de ses terres vis-à-vis de l’ager publicusClaude Nicolet, Rome et la conquête du monde méditerranéen : 264-27 avant J.-C., éd. Presses universitaires de France, Paris, 1978, .. Le roi numide est alors un allié des optimates et des pompéiens, successeurs dans une certaine mesure des syllaniens. La rivalité grandissante entre Jules César et Pompée ne manque pas d’avoir des répercussions sur le royaume numide. En , à la mort de Hiempsal, le tribun césarien Curion propose l’annexion de la Numidie orientaleMarcel Bénabou, La résistance africaine à la romanisation, éd. François Maspero, Paris, 1976, ., ce qui précipite le nouveau roi Juba dans le camp pompéien, qui contrôle alors toute la province.
Lutte entre César et Pompée (vers -48) En , une première expédition menée par Curion est défaite par les troupes numidesVincent Serralda et André Huard, Le Berbère : lumière de l'Occident, éd. Nouvelles Éditions latines, Paris, 1984, . Lors de la défaite pompéienne de Pharsale en , les dirigeants du parti pompéien se réfugient en Afrique, où ils forment avec les armées numides une force de plus de , dernier obstacle pour César. Ce dernier débarque en avec six légions. Il compte sur l’alliance du roi maure et celle des Gétules, soumis aux Numides depuis En , un Campanien exilé en Maurétanie, P. Sittius, réussit avec l’appui maure à vaincre le roi de Numidie occidentale, , engagé aux côtés de son cousin Juba. Les Numides et les pompéiens sont pris entre deux feux et vaincus dans la plaine de Thapsus. Le roi Juba se suicide, de même que Caton d'Utique, le leader pompéien. La victoire de César est donc totaleVincent Serralda et André Huard, op. cit., p. 40.
César réorganise l’Afrique romaine : le royaume de Numidie occidentale est pour moitié annexé par le royaume maure et pour moitié confié à P. Sittius ; le royaume de Numidie orientale est annexé à l’ager publicus et devient une nouvelle province : l’Africa nova ou Afrique nouvelle. Pour la différencier l’ancienne province d’Afrique prend alors le nom d’Africa vetus Afrique ancienne. Dans la droite ligne de la politique de Marius, César reprend la colonisation en Afrique en envoyant des vétérans italiens, mais aussi gaulois voire africains fonder des ports sur la côte africaine. Cette politique lui permet d’installer ses vétérans, mais aussi de contrôler les trajets de cabotage du blé africain, nécessaire au ravitaillement de Rome.
Prise en main de l’Afrique par Octave (44-36) vignette|190px|Aureus représentant Octave datant de 30 av. J.-C.
Cette nouvelle organisation est bouleversée par la troisième guerre civile, qui oppose entre 44 et les héritiers de César, Octave, Lépide et Marc Antoine, et ses assassins, Brutus et Cassius.
Le prince numide Arabion, fils du dernier roi de Numidie occidentale, tente de reconquérir son royaume sur Sittius en Au même moment le gouverneur de l’Afrique nouvelle, T. Sextius, partisan du triumvirat césarien, élimine son homologue d’Afrique ancienne, partisan du Sénat. En , il élimine Arabion et offre au triumvirat une Afrique unieEncyclopédie berbère, éd. Édisud, Aix-en-Provence, 1989, ..
Cette dernière est confiée en à LépideRomuald Szramkiewicz, Les Gouverneurs de province à l'époque augustéenne, tome 1, éd. Fernand Lanore, Paris, 1972, p. 140. Mais en ce dernier intrigue contre Octave, qui lui confisque ses possessions. Les deux provinces d’Afrique sont désormais gouvernées par un même magistrat, généralement ancien consul, qui porte le titre de proconsul, d’où le nom d’Afrique proconsulaire que l’on donne à la province unifiée en Christian Bonnet et Bertrand Lançon, L'Empire romain de 192 à 325 : du Haut-Empire à l'Antiquité tardive, éd. Ophrys, Paris, 1997, p. 85.
+Évolution de la province africaine Début de la conquête romaine Carthage Royaume de Numidie orientale (Massyles) Numidie occidentale (Massæsyles) Royaume de Maurétanie de Afrique NumidieMaurétanie de Africa (après annexion d'une partie de la Numidie) Numidie orientale Numidie occidentale Maurétanie de Africa Vetus Africa NovaColonia Cirta SittianorumMaurétanie orientale (La Numidie occidentale est rattachée à la Maurétanie)Maurétanie occidentale de Afrique ProconsulaireMaurétanie de 41 Afrique ProconsulaireMaurétanie césarienne Maurétanie tingitane de 193 Afrique ProconsulaireNumidie Maurétanie césarienne Maurétanie Tingitane Après la réforme de DioclétienTripolitaineBizacèneZeugitaneNumidie Maurétanie sétifienneMaurétanie césarienne Maurétanie Tingitane
Période du Haut-Empire Réorganisation d'Auguste : création d'une hiérarchie de cités Octave, qui porte à partir de le titre d’AugusteMarie-Pierre Arnaud-Lindet, Histoire et politique à Rome : les historiens romains. -, éd. Bréal, Paris, 2001, p. 174, qui devient le nom sous lequel il est principalement connu, reprend la politique de colonisation de Jules César, mise en sommeil par Lépide. La politique d'Auguste consiste à accentuer la romanisation de l’Afrique en structurant la province selon le modèle de la cité, avec une hiérarchie urbaine distinguant les colonies romaines, les municipes et les cités pérégrines.
vignette|Mausolée de Bès à Sabratha.