Charles Fourier, né le à Besançon (Doubs) et mort le à Paris, est un philosophe français, fondateur du mouvement fouriériste et des phalanstères.
Il était considéré par Karl Marx et Friedrich Engels comme une figure du « socialisme critico-utopique », dont un autre représentant fut Robert Owen. Plusieurs communautés utopiques, indirectement inspirées de ses écrits, ont été créées depuis les .
Biographie vignette|gauche|Maison natale de Fourier à Besançon, dans la Grande-Rue, à l’angle sud de l’ancienne ruelle Baron (actuelle rue Moncey). Fils de Marie Muguet., femme pieuse et peu instruite, issue d’une famille de commerçants bisontins et d'un notable de Besançon, négociant aisé., possédant un magasin de draps ruelle Baron (actuelle rue Moncey)Actuellement à l’angle des rues Moncey et Grande-Rue à Besançon. Voir ., mort en 1781. Il fait de bonnes études jusqu’à l’âge de , chez les ecclésiastiques du collège de Besançon, montrant un grand goût pour la géographie, la floriculture et la musique.
Désirant intégrer l’École royale du génie de Mézières, il ne peut y parvenir, faute d’être noble. Il fait donc, dès 1791, son apprentissage dans le commerce, à Rouen puis à Lyon. Revenu à Besançon vers le commencement de 1793, il en part, après quelques mois, pour se rendre à Lyon, où il importera des denrées coloniales. Lors du siège de Lyon qui lui coûtera sa fortune, il combat avec les fédéralistes lyonnais, échappe à l’arrestation et revient à Besançon. gauche|vignette|Plaque commémorative au 2 rue Moncey à Besançon. Brièvement incarcéré, il est enrôlé, le , au moment de la levée en masse, dans le de chasseurs à cheval pour passer dix-huit mois dans le Palatinat avec l’armée du Rhin. Démobilisé le , il est obligé, malgré son aversion pour le commerce, de travailler comme commis-marchand ou commis-voyageur à Lyon sous le Consulat et l’Empire. Michelet a pu dire de lui : Cette affirmation se trouve exacte car c’est la ville où la misère ouvrière est la plus visible, et où l’on peut trouver une abondance de sociétés secrètes de réformateurs. Il a eu donc l’occasion d’observer cette réalité et de la détester..
Dans l’hiver de 1815-1816, il quitte Lyon pour se retirer dans le Bugey, chez ses nièces de Rubat, à Talissieu. Après s’être brouillé avec les Rubat, il résidera, de cette période jusqu’à 1820, chez une autre sœur, . Pendant ces quelques années, il mûrira sa découverte et élaborera les diverses branches de sa Théorie, la plupart de ses cahiers manuscrits ayant été rédigés dans cet intervalle de temps, aussi bien ceux restés inédits que ceux ayant servi à la composition du Traité de l'Association.
En 1808, il pose, dans son ouvrage Théorie des quatre mouvements et des destinées générales, qu’il poursuivit sous forme d’un grand traité dit de l’Association domestique et agricole, les bases d’une réflexion sur une société communautaire. Bien qu’inachevé, cet ouvrage monumental, auquel il avait consacré les six derniers mois de 1821 et les huit ou neuf premiers de 1822, est publié en 1822.
En , il se rend à Paris avec une partie de l’édition de son livre, afin d’en activer la vente et de se tenir à la disposition des personnes qui pourraient avoir l’intention de faire l’essai de sa théorie d’Association industrielle. Cependant, l’ouvrage ne se vendit pas et les journaux n’en voulurent seulement pas faire mention. Pour suppléer à leur silence, qu’il attribuait à l’influence de la cabale philosophique, il se contraint, dans le but d’être mieux compris, à rédiger un résumé de sa théorie, intitulé Le Nouveau Monde industriel et sociétaire, paru en 1829, où il s’attache d’abord à convaincre les différentes classes de l’immense intérêt qu’avait chacune d’elles à l’expérimentation de la Théorie sociétaire, dont il présentait çà et là les aperçus qui lui semblaient les plus propres à faire impression sur les esprits. Il signale ensuite les aberrations de la critique arbitraire, la nécessité de lui donner un contrepoids, d’établir contre elle une institution de garantie dans l’intérêt du public comme dans celui des auteurs.
Un petit groupe de Bisontins s’est constitué autour de lui : Just Muiron dès 1814, Désiré Ordinaire, Adrien Gréa, Aimée et Félix Beuque, Clarisse Vigoureux, Victor Considerant (à partir de 1825). Le groupe des disciples, qui étaient une dizaine à la fin de la Restauration, s’étoffe, sous la monarchie de Juillet, avec par exemple Jules Lechevalier ou Abel Transon, et d’autres transfuges du saint-simonisme. Cette école publie Le Phalanstère. en 1832. C’est alors qu’apparaissent les termes « fouriérisme » et « phalanstérien ».
En , employé comme commis chargé de la correspondance ou de la comptabilité, dans une maison de commerce américaine, temporairement établie en France, il prend la résolution d’habiter désormais la capitale, de préférence à toute autre ville, parce qu’il espère y rencontrer plus aisément des personnes en position d’essayer sa Théorie. En 1826 et 1827, il emploie le temps que lui laissent ses fonctions à écrire l'Abrégé de sa Doctrine, paru deux ans plus tard sous le titre de Nouveau Monde industriel. À l’automne 1827, il quitte sa place et tente, vers la fin de l’automne, l’importation à Paris de vins franc-comtois.
vignette|Portrait de Charles Fourier dessiné par Alexandre Baudet-Dulary, 1831. Dans les dernières années de sa vie, Fourier connaît un début de notoriété, mais il reste un homme solitaire. Il collabore cependant à la rédaction du journal Le Phalanstère (1832-1834), et, en , en réponse au premier écrit politique de Victor Hugo, Étude sur Mirabeau, il écrit : . Il publie en 1835 La Fausse Industrie.
De 1825 à 1835, Charles Fourier conviait tous les jeudis d'éventuels mécènes à dîner avec lui, pour leur exposer son projet de phalanstère et les convaincre de le financer. Une anecdote inventée ou propagée par Béranger dit qu'attendant désespérément un riche industriel aussi fortuné qu'enthousiaste, Fourier dîna finalement seul tous ces jeudis pendant dix ansLes Grands Économistes, Robert L. Heilbroner..
Charles Fourier meurt célibataire à Paris le et est inhumé au cimetière de Montmartre à Paris.
Lieux de vie Durant son séjour à Paris, de à fin , Charles Fourier loge d'abord 14, rue de Grenelle-Saint-Honoré, chez Monsieur Saussol, puis, en à l'hôtel Saint-Roch, rue Neuve-Saint-Roch. De retour de Lyon, le , il descend à l'hôtel de Hollande, 45, rue Richelieu où il reprendra un logement en mars ou . Au printemps de 1832, il emménage 5, rue Joquelet, où sont établis les bureaux du journal Le Phalanstère. À partir du mois d', il occupe le logement 9, rue Saint-Pierre-Montmartre, où il meurt en 1837.
Pensée
La quête de Fourier est celle d’une harmonie universelle. Il présente sa théorie comme résultant d'une découverte scientifique dans le domaine passionnel, parachevant la théorie de la gravitation d'Isaac Newton dans le domaine matériel. Dans le cadre de cette théorie dite de l’Attraction passionnée, l’univers serait en relation avec les passions humaines, qu’il reflèterait. Ainsi Charles Fourier déclare possible de s'informer sur les situations passionnelles humaines en observant notamment les animaux et les plantes terrestres, et en appliquant à ces observations un raisonnement analogique dont il donne quelques clés.
Dans le cycle de l’humanité de présenté par Charles Fourier, la huitième période qu’il considère comme la première phase d’Harmonie rompt avec le système de domination au profit d’un système d’association domestique et agricole.
Charles Fourier considère que l'attirance naturelle des humains pour l'activité et la vertu est totalement entravée et pervertie par le travail.. Il souhaite valoriser le travail et le rendre plus attractif. Il n’est en aucun cas opposé au travail en tant que tel, mais l’est au sens que lui donne la société qu’il critique.
Marx et Engels voient dans sa pensée utopique une critique radicale de la société de leur temps. Sa pensée réside d'abord dans une critique acerbe de la société industrielle qu'il qualifie d'anarchie industrielle, puis celle de la société commerçante : à Marseille, Charles Fourier avait été obligé par son patron de jeter des sacs de riz à la mer afin d'en maintenir le prix.
Charles Fourier promeut plusieurs idées très innovantes dont la création de crèches, l'une des premières tentatives de libération de la femme.
« Les progrès sociaux », écrit-il, « s’opèrent en raison des progrès des femmes vers la liberté et les décadences d’ordre social en raison du décroissement de la liberté des femmes.. ».
Par sa réflexion sur l’organisation du travail, sur les relations entre les sexes, entre l’individu et la société, il apparaît comme un précurseur et du socialisme et du féminisme français. Il est cité dans l'origine des termes féministe et féminisme.
En 1821, alors que le capitalisme fossile est naissant, Charles Fourier rédige un texte intitulé Détérioration matérielle de la planète, où il donne une dimension écologique à sa critique de « l’industrie civilisée », terme qui renvoie dans ses textes au capitalisme industriel. Dans ce texte, il accuse les philosophes prônant l'industrialisme, comme Saint-Simon, d'encourager l’« association » des « maîtres » au détriment des ouvriers et de l'harmonie de la planète, et d'ainsi conduire à un « faux progrès ». Il observe, parmi les premiers, et notamment à travers la déforestation, les prémices du dérèglement climatique. Fourier combine ainsi arguments écologiques et sociaux pour critiquer le capitalisme industriel, et identifie l'impossibilité de continuer sur cette voie sans détruire la planète.
Il crée le concept philosophique de la gastrosophie, une selon sa propre définition.
Il est aussi marqué par un certain antisémitisme, proposant par exemple de revenir sur l’émancipation des Juifs et de réglementer leur activité économiqueLaurent Joly, « Michel Dreyfus, L'antisémitisme à gauche. Histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours, Paris, La Découverte, rééd. augmentée 2011, »., , Revue d'histoire moderne et contemporaine, 2011/4 ()..
Théorie de l’attraction passionnée Il pose les premières bases d'une réflexion critique portant sur la société industrielle naissante et ses défauts les plus criants. Selon lui, pour faire cesser les vices de la société civilisée, il suffit de faire confiance aux indications données par l’attraction passionnée, cette impulsion donnée par la nature antérieurement à la réflexion et persistante malgré l’opposition du devoir, du préjugé
Charles Fourier estime que l’attraction passionnée s’exprime en chaque être humain par l’intermédiaire de douze aiguillons. Il appelle ces aiguillons les douze passions radicales. Le libre essor de celles-ci conduit à satisfaire le besoin d’unité, ou unitéisme, gage de l’harmonie universelle des humains entre eux et avec la nature. Il distingue ainsi :
cinq passions sensuelles, tendant à épanouir les cinq sens physiologiques ; quatre passions affectives, tendant à former spontanément des groupes : ambition, amitié, amour, famillisme ; trois passions organisatrices, tendant à harmoniser entre elles les neuf précédentes : cabaliste ou goût de l’intrigue et du calcul, papillonne ou goût du changement, composite ou goût pour l’assemblage des plaisirs des sens et de l’âme qui engendre l’exaltation.
Phalanstère Un phalanstèrePhalanstère, mot-valise créé par Charles Fourier, contraction de phalange et de monastère. est un ensemble de bâtiments à usage communautaire qui se forme par la libre association et par l'accord affectueux de leurs membres. Pour Charles Fourier, les phalanstères formeront le socle d'un nouvel État.
Dans sa théorie, , (les mineurs, pour Fourier, appartiennent à un troisième sexe, un sexe ).
Constitution