Dans la mythologie grecque, le Minotaure est un monstre fabuleux au corps d'un homme et à tête d'un taureau ou mi-homme et mi-taureausemibovumque virem; semivirumque bovem, selon Ovide, Ars Amatoria 2.24.
Né des amours adultères de Pasiphaé (épouse du roi Minos) et d'un taureau blanc envoyé par Poséidon, il est enfermé par Minos dans le labyrinthe. Situé au centre de la Crète, le labyrinthe est construit spécialement par Dédale afin que le Minotaure ne puisse s'en échapper et que nul ne découvre son existence. Tous les neuf ans, Égée, roi d'Athènes, est contraint de livrer sept garçons et sept filles au Minotaure qui se nourrit de cette chair humaine. Thésée, fils d’Égée, est volontaire pour aller dans le labyrinthe et le tuer.
Minos était devenu roi grâce à Poséidon en échange du sacrifice d'un superbe taureau tout blanc. Mais Minos avait sacrifié une autre bête. Vexé, Poséidon rendit la femme de Minos amoureuse du taureau. Le Minotaure est tué grâce à l'aide d'Ariane, qui rêvait d'épouser Thésée, lui donnant une pelote de fil afin qu'il retrouve son chemin dans le labyrinthe. Une fois le Minotaure tué, Thésée oublie aussitôt Ariane.
Dans les textes anciens, le minotaure porte aussi le nom d’Astérios, ou Astérion, du nom du roi de Crète Astérion à qui Zeus avait confié Minos, fruit de son union avec Europe.
Au niveau symbolique, le minotaure représente l'homme dominé par ses pulsions instinctivesIsabelle Ohman, Animaux et rites initiatiques, Revue Acropolis (article en ligne). C'est une figure très connue du bestiaire thérianthropique grec, qui a été reprise dans de très nombreuses œuvres, à la fois dans l'art, la littérature, le cinéma, le jeu de rôle et le jeu vidéo.
Étymologie Le mot est issu du grec ancien , qui signifie « le taureau de Minos ». Ce mot est formé étymologiquement de et du nom , « taureau ». Le taureau était connu en Crète sous le nom d'« Astérion », un nom qu'il partage avec Astérion, le père nourricier de MinosLe Catalogue des femmes d'Hésiode dit, à propos de l'établissement d'Europe en Crète par Zeus : .
Mythe Le mythe du Minotaure est rapporté par les auteurs gréco-romains : Apollodore et Hygin détaillent la conception du monstre et sa mort. Virgile et Ovide évoquent le mythe brièvement.
Naissance vignette|redresse=1|Le palais de Cnossos pourrait être à l'origine du mythe du labyrinthe selon certains archéologues.. vignette|redresse=1|Pasiphaé et le Minotaure. Kylix attique à figures rouges, 340-320 av. J.-C., Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France.
Le pseudo-Apollodore raconte dans sa Bibliothèque la conception du monstre :
L'essence du mythe de la naissance du minotaure a été exprimée de manière très succincte dans les Héroïdes attribuées à Ovide, où la fille de Pasiphaé se plaint de la malédiction de l'amour non partagé de sa mère : Walter Burkert note que dans le fragment d'Euripide Les Crétois(C. Austin, 78-82), c'est la version « faisant autorité » pour les Hellènes..
Selon certaines interprétations, la version plus connue du mythe aurait peut-être été intentionnellement créée pour occulter l'aspect d'un mariage mystique entre la reine et un dieu à forme de taureauVoir R. F. Willetts, Cretan Cults and Festivals, Londres, 1962 ; F. B. Jevons note que dans le mythe d'Europe comme dans celui de Pasiphaé, l'élément central est l'union de l'esprit de la lune (sous forme humaine) avec un taureau, et que les deux mythes évoquent un mariage sacré ( F. B. Jevons, Report on Greek Mythology, dans Folklore 2.2 (Juin 1891 :220-241, 226.).
Le minotaure, tel que les anciens Grecs l'imaginaient, avait le corps d'un homme avec la tête d'un taureauL'une des apparences prises par le dieu fleuve Achéloos pour courtiser Déjanire est celle d'un homme à tête de taureau, d'après Sophocle, Les Trachiniennes, Paris, Garnier Frères, 1964, . Pasiphaé s'en occupa alors qu'il était petit, mais il grandit vite et devint féroce. Minos, après avoir demandé conseil à l'oracle de Delphes, ordonna à Dédale la construction du gigantesque labyrinthe pour l'enfermer.
Combat avec Thésée vignette|redresse=1|Thésée affrontant le Minotaure, d'après une sculpture de Jules Ramey, marbre, 1826, exposée au jardin des Tuileries, à Paris.
Le combat de Thésée contre le Minotaure reflète la quête du héros pour dépasser ses pulsions inférieures. Il doit parcourir le labyrinthe de son inconscient pour vaincre à l'intérieur de lui-même sa nature animale.
Le combat du Minotaure avec Thésée est détaillé par Apollodore :
Autres mentions du mythe Virgile, dans l’Énéide, évoque rapidement le mythe :
Hygin, dans ses Fables, reprend aussi les épisodes de la légende, la conception du Minotaure par Pasiphaé et sa mort de la main de Thésée ().
Les Métamorphoses d'Ovide comprennent également un bref récit de ce mythe (, 152-182).
Point de vue étrusque Le mythe du Minotaure est vu d'un point de vue essentiellement athénien comme l'antagoniste de Thésée et les sources littéraires sont biaisées puisqu'elles sont toutes en faveur des perspectives d'Athènes. Les Étrusques ont une version différente du mythe puisqu'ils font d'Ariane l'épouse de Dionysos. Thésée, lui se contente d'épouser Phèdre, sa sœur, et de déposer Ariane sur l'île de Dia, soit de son propre chef, soit avec son assentimentLes Dionysiaques (400 ap JC) disent que Thésée était marié à Ariane ()....
Le point de vue étrusque offre une alternative au mythe du Minotaure, jamais vue dans l'art grec : sur une tasse de vin à figures datée du début du , Pasiphaé enserre tendrement le Minotaure enfant sur ses genouxLa tasse de vin est illustrée dans l'ouvrage de Larissa Bonfante et Judith Swaddling, Etruscan Mythology (Série The Legendary Past, British Museum/University of Texas) 2006, fig. 29 p. 44 (early fourth century) (on-line voir l'illustration).
Symbolique et origine vignette|redresse=0.85|Thésée tuant le Minotaure, par Barye.
Selon Jorge Luis Borges, la figure du Minotaure est née du culte du taureau et de la double hache (labrys, qui aurait donné le mot labyrinthe) qui était fréquent dans la religion préhellénique qui célébrait aussi des tauromachies sacrées. Des peintures murales représentant des hommes à tête de taureau ont été retrouvées, et cette créature aurait pu faire partie de la démonologie crétoise. L'histoire du minotaure serait alors une version de mythes beaucoup plus anciens et de . L'image du minotaure est presque indissociable de celle du labyrinthe, toujours selon l'interprétation de Borges, parce que l'idée d'une maison bâtie pour que les gens s'y perdent est aussi étrange que celle d'un homme à tête de taureau, et qu'il est normal qu'au centre d'une maison monstrueuse vive un habitant monstrueux. Ainsi, pour Vincent Message,
La lutte entre Thésée et le Minotaure a souvent été représentée dans l'art grec. Un didrachme cnossien présente sur une face le labyrinthe, sur l'autre le minotaure entouré d'un demi-cercle avec de petites billes figurant probablement des étoiles, sans doute en relation avec l'autre nom du Minotaure, Astérion, qui signifie « petite étoile » (de l'étymon aster signifiant , associé au suffixe -ion, qui en fait un diminutif).
Les ruines du palais minoen de Cnossos, avec son nombre très élevé de chambres, d'escaliers et de couloirs, a amené certains archéologues à croire que le palais lui-même était à l'origine du mythe du labyrinthe ; d'autres localisations ont aussi été proposées : à Gortyne., à Skotinou et à Agía Iríni..
modernes voient le Minotaure comme une personnification solaire et une adaptation minoenne du Baal-Moloch des Phéniciens. Le meurtre du Minotaure par Thésée, dans ce cas, indique la rupture des relations athéniennes avec la Crète minoenne.
Selon Arthur Bernard Cook, Minos et le Minotaure ne sont que deux formes différentes du même personnage représentant le dieu-soleil des Crétois, où le soleil apparaît comme un taureau. James George Frazer et lui expliquent l'union de Pasiphaé avec le taureau comme une cérémonie sacrée lors de laquelle la reine de Cnossos était mariée à un dieu de forme taurine, tout comme l'épouse du tyran d'Athènes était mariée à Dionysos. E. Pottier, qui ne conteste pas la personnalité historique de Minos, compte tenu de l'histoire de Phalaris, estime qu'il est probable qu'en Crète (où un culte du taureau pourrait avoir existé à côté de celui de la labrys), les victimes étaient tourmentées en étant enfermées dans le ventre d'un taureau d'airain. L'histoire de Talos, l'homme crétois de bronze, qui se chauffait à vif et serrait les étrangers dans ses bras dès qu'ils débarquaient sur l'île, est probablement de la même origine.
Une explication historique du mythe serait une illustration de la relation de dépendance de la Grèce continentale par rapport à la Crète minoenne au cours du deuxième millénaire av. J.-C.
Évocations artistiques Littérature vignette|redresse|Couverture du livre Thésée d'Alekseï Ryabinin, figurant le Minotaure et Thésée.
La littérature s'est emparé du sujet, faisant de la recherche du Minotaure au fond du labyrinthe une épreuve initiatique visant à détruire le monstre bestial qui se cache en chacun de nous. Dante, dans son Enfer, imagina le minotaure avec un corps de taureau et une tête d'hommeDante, Enfer, , 1-30., probablement parce qu'il connaissait les anciens textes, mais pas leurs représentations artistiques.
Jorge Luis Borges, dans sa nouvelle La Demeure d'Astérion (dans L'Aleph), réécrit le mythe en faisant du Minotaure un être innocent quoique apparaissant quelque peu monstrueux et se laissant tuer par un Thésée relégué au rang de personnage secondaire, décrit dans le monologue du Minotaure comme un sauveur venu le délivrer.
Friedrich Dürrenmatt a lui aussi réécrit le mythe du Minotaure, en en faisant une parodie, dans la Ballade du Minotaure. Dürrenmatt a inversé les caractères des personnages, faisant de Thésée un assassin et décrivant le Minotaure comme un être doux, solitaire et sensible.
Dans la nouvelle « Le Minotaure de Fort Bull » (insérée dans le recueil La Chasse Sauvage du colonel Rels), Armand Cabasson met en scène une version métaphorique du mythe du Minotaure durant la Guerre de Sécession.
Dans La maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, paru en 2000, un des narrateurs, Zampanò, élabore une théorie dite du Minotaure selon laquelle la maison dont il est question dans le roman serait une sorte de labyrinthe abritant un monstre. Ces passages apparaissent rayés, Zampanò les ayant lui-même supprimés.
Alors que le Minotaure n'a longtemps été qu'un faire-valoir du héros, il se trouve ainsi revalorisé à partir du .
De 2008 à 2010, l’écrivaine américaine Suzanne Collins rédige une trilogie de romans de science-fiction intitulée Hunger Games, qui s’inspire librement du mythe du Minotaure.. Elle imagine un univers futuriste constitué de différents districts. Ces derniers sont contraints par un pouvoir oppressif d'envoyer chaque année un jeune garçon et une jeune fille afin qu’ils aillent se battre dans une immense arène et s'entre-tuent jusqu'au dernier survivant. Le rôle de Thésée est alors repris sous les traits d’une jeune femme, nommée Katniss Everdeen..
Art antique, arts plastiques et peinture La bataille entre Thésée et le Minotaure est un sujet fréquent dans l'art antique, particulièrement sur la céramique, mais aussi dans la statuaire avec le groupe de Thésée combattant le Minotaure dû à Myron. Les arts plastiques occidentaux s'en sont aussi fait l'écho, notamment : Rodin, Minotaure ; Picasso, Thésée tuant le Minotaure, La Minotauromachie, la Suite Vollard ; René Iché, Minotaure ou Thésée tuant le Minotaure.
Dans la culture