Rached Ghannouchi (), de son vrai nom Rached Kheriji (), né le à El Hamma, est un homme d'État tunisien.

Islamiste et anciennement lié au khomeinisme révolutionnaire : .Son engagement révolutionnaire est illustré matériellement par l'escalade politico-diplomatique de 1987 faisant suite à la répression du Mouvement de la tendance islamique, parti dont Ghannouchi est le chef, et aboutissant à la rupture par le gouvernement tunisien des relations diplomatiques avec l'Iran, le . Ghannouchi est jugé et condamné sous l'accusation principale de « collusion avec un État étranger, tentative de renversement du régime, appel à la sédition et diffamation du chef de l'État » selon .Idéologiquement, Rached Ghannouchi a produit des articles pro-Khomeini, rassemblés dans le livre Le mouvement de l'Imam Khomeiny et la résurrection de l'Islam, publié en persan par la maison d'édition Etelaat en 1993., il est le chef d'Ennahdha, parti politique tunisien et organisation islamiste proche des Frères musulmans, il vit en exil à Londres du début des années 1990 jusqu'à son retour en Tunisie à la suite de la révolution tunisienne en 2011, événement qui marque la légalisation du parti. En 2019, il est élu président de l'Assemblée des représentants du peuple.

Dans un contexte répressif aggravé...., il est condamné à un total de quatre ans et trois mois de prison dans plusieurs affaires et incarcéré en . Le , il est condamné à 22 ans de prison pour . La peine est alourdie en appel en , ce qui porte la condamnation totale à plus de 40 ans de prison.

Biographie Formation Ghannouchi, né Rached Kheriji., commence une instruction religieuse en apprenant le Coran et les bases du fiqh. Une fois le Coran appris en entier, il suit son instruction primaire à El Hamma dans une école du type kabbenite. Cette école enseigne les langues arabe et française ainsi que les bases des sciences dures.. En découvrant que son fils Rached, à peine douze ans, commence à oublier le Coran, son père interrompt sa scolarité et le fait travailler dans les champs. Faute de moyen pour l'autoriser à reprendre ses études dans une école conforme à ses exigences, celui-ci attend que ses fils aînés terminent leurs études à la Zitouna et commencent à travailler. Après l'obtention d'un poste de juge par son aîné, le père de Rached peut enfin l'envoyer dans cette école. Il s'installe à Tunis, en 1956, où il poursuit ses études à la Zitouna, jusqu'à l'obtention d'un diplôme en théologie, le tahsil, en 1962... Ce brevet lui permet d'exercer comme instituteur d'arabe dans les écoles primaires.

Avec seulement le tahsil, cycle qui clôt quatre années d'études après un cycle primaire nommé taahil (), l'université tunisienne lui est interdite ; il envisage alors de partir à l'étranger pour poursuivre ses études. Il entame, pendant un an, des études de langue allemande au centre culturel allemand, en espérant que cela lui ouvre une porte vers l'Europe, mais en vain. Il devient, ensuite, instituteur à El Ksar. et y enseigne pendant un an. Il obtient un passeport et part pour l'Égypte en 1964, via la Libye, envisageant de poursuivre une formation à la faculté d'agriculture de l'université du Caire, d'autant plus qu'il est alors un admirateur du nassérisme. Mais, après plus de quatre mois de tentatives quotidiennes pour s'inscrire auprès de la faculté, il ne parvient pas à valider son inscription. Ghannouchi accuse Habib Bourguiba, via l'ambassade de Tunisie au Caire, d'être derrière ces refus. Toutefois, conséquence du conflit politique entre Bourguiba et Salah Ben Youssef, l'ambassade interdit aux étudiants tunisiens de rester en Égypte ; Ghannouchi se rend alors à Damas, où il peut bénéficier d'une bourse d'études accordée aux étudiants par Bourguiba« Lorsque Bourguiba fit son célèbre voyage au Machreq après qu'eut lieu la réconciliation, nous sommes allés le rencontrer à Beyrouth. Les non boursiers lui ont demandé l'attribution d'une bourse pour tous, qu'il leur a accordée de fait lors de son célèbre discours d'Ariha. On a donc tous bénéficié de la bourse tunisienne un certain temps » selon .. Il entame des études de philosophie, qu'il interrompt quelques mois plus tard à la suite de la suspension de sa bourse.. Faute d'argent, il part pour un voyage de six mois en Europe, visitant la Turquie, la Bulgarie, la Yougoslavie, l'Autriche, l'Allemagne et la France, vivant de petits boulots à chaque étape. Rached Ghannouchi considère cette expérience, dans un entretien avec François Burgat, comme un autre élément qui l'a . Puis il retourne à Damas, où il décroche un diplôme de philosophie..

C'est en 1967, au moment de la Guerre des Six Jours, que alors que, selon ses mots, sa . Il se solidarise alors avec des islamistes, rencontre les Frères musulmans, lit . En 1968, Ghannouchi se rend en France dans le but de poursuivre ses études à la Sorbonne. Il commence par des cours gratuits de perfectionnement de la langue française pour les étrangers à l'Alliance française. Là, il commence à militer parmi les étudiants arabes et musulmans et rejoint la Jamaat Tabligh. Il est alors actif dans les activités de prédication de l'organisation dans les quartiers peuplés d'immigrés nord-africains.

Il rentre au pays en 1969 et obtient un poste de professeur dans le secondaire, pour enseigner l'instruction civique et religieuse, sachant qu'à l'époque le diplôme du baccalauréat n'est pas indispensable pour cette matière et que cette fonction est souvent accordée aux anciens de la Zitouna. Plus tard, il devient enseignant de philosophie islamique, en langue arabe, dans un lycée du petit village de Mansoura, proche d'Essouassi. ; il exerce cette profession pendant dix ans..

Militantisme islamiste

vignette|Rached Ghannouchi en 1967.

Ghannouchi rentre en Tunisie où le président Bourguiba a pris des mesures tendant à la laïcisation de la société. Mais déjà, une nouvelle importance est accordée à l'instruction religieuse par Bourguiba, dans l'intention de contrer l'orientation marxisante du mouvement syndical et universitaire, après que .« En Tunisie, également, le pouvoir modernisateur et laïcisant utilisa l'islamisme émergent pour contrer la gauche marxiste » selon .. Le apparaît, dans ce contexte de progressive participation sociopolitique, l'Association pour la sauvegarde du Coran, créée par la direction du culte ; se retrouvent dans des locaux prêtés par le PSD les islamo-destouriens et les futurs dirigeants du parti islamiste, dont les principales figures sont Ghannouchi, Abdelfattah Mourou et Hmida Ennaifer. Mourou et Ghannouchi commencent alors à prêcher dans les écoles secondaires, les universités et les mosquées avec un groupe de jeunes dont Habib Mokni, Salah Karker, Fadhel Beldi et . qui vont former la Jamâa Al-Islamiya (« Groupe islamique »).

Cette association commence par organiser son congrès constitutif en , dans une ferme de Mornag, bourgade située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Tunis.. Une quarantaine de militants prennent part à ce conclave clandestin, dans le but d'une participation politique plus combative, formant le cercle islamiste qui sera à la base de la formation, au début des années 1980, du Mouvement de la tendance islamique (MTI).

Les intellectuels du groupe commencent à s'exprimer publiquement dans les pages du mensuel Al-Maarifa dont le premier numéro paraît en 1974. Le journal augmente son tirage jusqu'à en 1979 et, par ce biais, Ghannouchi accuse Bourguiba d'avoir fait le choix de la laïcité dans le seul but de s'opposer à l'islam. Cet accroissement des polémiques s'explique aussi par la conjoncture internationale et l'affaiblissent du système du parti unique bourguibien, sur fond d'agitation syndicale et ouvrière après la chute politique du socialiste Ahmed Ben Salah. Rached Ghannouchi et les islamistes de Jamâa Al-Islamiya peuvent alors s'appuyer sur le discours du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi qui appelle à l'unité arabe, soutenu en Tunisie par Mohamed Masmoudi et le réfugié palestinien Abou Iyad., et critiquer le retrait de Bourguiba des accords de Djerba, signés le , conduisant à une première interdiction du journal Al-Maarifa.. Toutefois Ghannouchi et ses alliés islamistes s'éloignent de la doctrine panarabe kadhafiste du moment que Kadhafi, comme déjà le président égyptien Nasser, est hostile aux Frères musulmans.

En 1977 intervient la première scission au sein de la Jamâa Al-Islamiya. Slaheddine Jourchi, l'un des fondateurs, représentant l'aile dite de « la gauche islamiste » quitte le mouvement. Ces islamistes modérés remettent en cause la doctrine rigide de Sayyid Qutb et Hassan el-Banna et par conséquent le projet entier des Frères musulmans comme solution pour la société tunisienne. Jourchi fonde plus tard, avec Hmida Ennaifer, autre dissident de la mouvance islamiste, le mouvement des islamistes progressistes.

Dans les colonnes des journaux Al-Moujtamaa et Al-Habib, qu'ils parviennent aussi à contrôler dès 1978, les intellectuels islamistes commencent à aborder ouvertement la question de l'instauration d'un « État islamique ». Créée au même moment par l'un des piliers du mouvement, Habib Mokni, la maison d'édition Dar al-Raya, basée dans la médina de Tunis, aide à diffuser l'idéologie des Frères musulmans parmi les lecteurs tunisiens. Entretemps, les heurts sur les campus universitaires se multiplient : .

Roland Jacquard fait de Rached Ghannouchi un « inspirateur » d'actes violents commis au nom de l'islamisme qui refuse de se déclarer ouvertement : ..

Conflits avec le pouvoir

vignette|Rached Ghannouchi lors d'un meeting.

À cause de son implication dans la violence et le terrorismeLe terrorisme du Mouvement de la tendance islamique, dont Rached Ghannouchi est le président, est condamné dans le : ., comme l'incendie d'institutions éducatives dans le but de paralyser l'université et de la prendre en otage (rapporté par la Ligue tunisienne des droits de l'homme), actes de vitriolage contre l'imam de la mosquée du Kram et contre un gardien de la paix de la région de Jendouba, le mouvement est rapidement la cible de la répression et Ghannouchi est conduit à plusieurs reprises devant les tribunaux. Condamné à onze ans de prison (trois ans purgés) en 1981, amnistié en et retourné ensuite à la lutte intestine, il est à nouveau condamné aux travaux forcés à perpétuité le .. Néanmoins, cette condamnation n'est pas considérée comme suffisante par le président Bourguiba qui ordonne un nouveau procès destiné à obtenir la peine de mort. Il n'a pas lieu en raison de la destitution de Bourguiba, Ghannouchi étant gracié par le nouveau président Zine el-Abidine Ben Ali le .. En remerciement, il lui exprime sa confiance dans une interview publiée le par le journal Assabah.. Par ailleurs, il rejette la violence, promet que les islamistes ne s'infiltreront plus dans l'armée et la police et reconnaît le Code du statut personnel comme étant « dans l'ensemble [...] un cadre propre à organiser les relations familiales ».. En effet, Salah Karker, l'un des hauts dirigeants d'Ennahdha, a reconnu que l'organisation avait commandé un coup d'État pour le en infiltrant l'armée : Les sympathisants du MTI au sein de l'armée préparaient un coup d'État, prévu pour le suivant. Cette décision a été adoptée par le bureau politique du mouvement islamiste [...] Nous n'avions pas d'autre issue [...] le régime nous avait déclaré la guerre..

En 1994, Ghannouchi explique cette tentative de coup d'État de la manière suivante : Quant à la tentative [de coup d'État] militaire, elle n'était qu'une initiative pour faire face à un régime qui avait déclaré qu'il voulait éradiquer le mouvement [...] Ce plan [de tentative de coup d'État] s'est mis en route en dehors du mouvement et en l'absence de la plupart de ses institutions, bien que certains éléments de la direction y aient pris partAl-Insan, février 1994, ..