thumb|Les états de la péninsule ibérique en 1483, dont les souverains sont les suivants :

Ferdinand II d'Aragon, dit Ferdinand le Catholique (en castillan Fernando el Católico, en catalan Ferran el Catòlic), né le à Sos (Aragon) et mort le à Madrigalejo (Estrémadure), fils du roi d'Aragon , est par héritage roi d'Aragon, de Valence, de Majorque, de Sardaigne et de Sicile, ainsi que comte de Barcelone, de 1479 à 1516, comte de Roussillon et comte de Cerdagne de 1493 à 1516 ; par conquête roi de Naples de 1503 à 1516 ; par son mariage avec roi de Castille et de León de 1474 à 1504 sous le nom de Ferdinand V.

Il forme avec Isabelle de Castille le couple des Rois catholiques d'Espagne, titre qui leur est attribué en 1496 par le pape valencien Borgia.

Leurs règnes sont marqués par deux événements majeurs de l'histoire de l'Europe : la conquête du royaume de Grenade achevée en , qui marque la fin de la Reconquista, commencée au ; l'arrivée des Espagnols dans le Nouveau Monde, à la suite du voyage de Christophe Colomb jusqu'aux Caraïbes en .

Origines familiales et formation (1452-1469)

Ferdinand est le fils du roi (1398-1479) et de sa deuxième épouse Jeanne Enríquez (1425-1468).

Il a un demi-frère beaucoup plus âgé, Charles d'Aragon (1421-1461), fils de et de la reine de Navarre (1387-1441), prince de Viane et héritier du royaume de Navarre, qui s'est rebellé contre . Ferdinand devient héritier présomptif des possessions de la couronne d'Aragon à la mort de Charles.

Il atteint l'âge de la majorité en 1466.

En 1468, son père , affaibli par l’âge et la perte de la vue, le fit reconnaître par le parlement de Cervera , vice-roi d’Aragon, de Valence, de Majorque, de Catalogne, de Sardaigne et de Corse et roi de Sicile.

En 1469, Ferdinand, âgé de dix-sept ans, a une maîtresse en titre qui lui a donné un enfant.

Le mariage avec Isabelle de Castille (1469) Le , Ferdinand épouse à Valladolid l'infante Isabelle (1451-1504), demi-sœur du roi de Castille . Mais ce mariage a lieu très discrètement, étant conclu contre la volonté d'Henri. Il doit être replacé dans le cadre du conflit entre le roi de Castille et une partie de sa noblesse, qui peut prendre l'aspect d'une guerre.

Les problèmes dynastiques du roi de Castille la fille de , Jeanne, considérée par les ennemis du roi comme issue d'un adultère de la reine ; mais soutient ses droits opposition d'une fraction de la noblesse castillane, qui soutient les droits du demi-frère de , Alphonse (1453-1468), frère d'Isabelle deuxième bataille d'Olmedo (), remportée par le roi (la première en 1445 date du règne de Jean II) mort d'Alphonse en 1468 : cela rapproche Isabelle du trône, mais son mariage entraîne un revirement des rebelles.

L'opposition du roi de Castille à Ferdinand est depuis le début de son règne (1454) partisan d'un mariage d'Isabelle avec le demi-frère de Ferdinand, Charles d'Aragon.

Ce dernier étant mort prématurément, Ferdinand devient héritier présomptif de la couronne d'Aragon, ainsi que de la couronne de Sicile. Mais cela n'en fait pas le parti le plus intéressant aux yeux d' : l'Aragon est un royaume plus petit et moins peuplé que la Castille ; le Roussillon a été livré en gage à ; les sujets catalans du royaume sont entrés en révolte contre .

D'autres prétendants aspirent à la main d'Isabelle : le duc de Berry, frère de que celui-ci souhaite éloigner ; le frère du roi d'Angleterre ; le roi de Portugal , candidat encore plus sérieux. Une alliance de la Castille avec le Portugal, qui a commencé son expansion coloniale le long des côtes d'Afrique, paraît très intéressante.

Le choix de Ferdinand par Isabelle Pourquoi Isabelle choisit-elle Ferdinand ? Malgré la mort de son frère cadet en 1468, elle n'est pas héritière présomptive de Castille car Henri IV a une fille, Jeanne.

Mais celle-ci est discréditée aux yeux d'Isabelle et de beaucoup de membres de la noblesse, car sa naissance est supposée illégitime. En revanche, elle est soutenue par la couronne portugaise, étant la fille de Jeanne de Portugal.

, qui sont cousins au troisième degré, étant tous deux arrière-petits-enfants de , n'obtiennent pas la dispense nécessaire de , pape depuis 1464, qui est favorable à et ne répond pas aux demandes des ambassadeurs aragonais.

Ils sont obligés de recourir à une fausse bulle attribuée au prédécesseur de , , fabriquée dès 1464 par le père de Ferdinand. aurait autorisé le jeune homme à épouser la jeune fille de son choix, laissant en blanc le nom de la fiancée.

Le mariage

En dehors de la famille de Ferdinand, de l'archevêque de Tolède, Alfonso Carrillo de Acuña, et de l', et de nobles de moins haut rang sont présents aux cérémonies. .

Ce mariage politique s'avérera heureux, malgré les infidélités de Ferdinand, tolérées par Isabelle. Contrairement aux couples princiers de cette époque, Isabelle et Ferdinand passeront beaucoup de temps ensemble et gouverneront ensemble.

Conséquences (1469-1474) Sur le plan politique, ce mariage est jugé défavorablement : désapprouvé par le roi de Castille, il suscite l'inquiétude des Grands des deux royaumes, attachés à leur indépendance et à leur privilèges.

En ce qui concerne les Grands de Castille, alors que jusque là, ils se sont opposés à au nom du frère cadet d'Isabelle, AlphonsePage anglaise : Alfonso, Prince of Asturias (1453–1468) (né en 1453), mais qui est mort en 1468. Privés de leur candidat, ils ne veulent pas soutenir les droits d'Isabelle dès lors qu'elle est mariée à un infant d'Aragon et se rallient à Henri IV et à sa fille Jeanne, qu'ils reconnaissent comme héritière présomptive.

En ce qui concerne le roi, à cette époque, se marier sans l'accord de son seigneur équivaut à une trahison. C'est ce qu'exprime Henri IV dans une lettre adressé à Isabelle en : elle s'est mise en état de rébellion et sera traitée comme telle.

Pendant quatre ans, le couple erre de place forte en place forte. Il manque d'argent et de soutien, hormis celui de l'archevêque de Tolède. Mais la mort du pape () et l'avènement de , qui est influencé par le vice-chancelier d'origine aragonaiseLa famille Borja (Borgia en Italie) vient précisément du royaume de Valence. Rodrigo Borgia, futur pape Alexandre VI, marquent un tournant : le couple est absous d'un acte qui aurait pu entraîner leur excommunication.

Avant de mourir, Henri IV confirme sa fille Jeanne comme héritière (il aurait même rédigé un testament en ce sens, ).

La période des avènements (1474-1479) vignette|gauche|Les rois catholiques.

L'avènement d'Isabelle (1474) En 1474, Isabelle monte sur le trône de Castille. Elle se proclame reine de Castille juste après les obsèques de son demi-frère (le ), alors que Ferdinand est à Saragosse. Elle n'a pas jugé bon de le rappeler. Elle ne lui envoie d'ailleurs un message que trois jours plus tard. Cette force de caractère et cet esprit d'indépendance ulcèrent le jeune homme. Comme tous les hommes de son époque, il ne considère pas qu'une femme puisse régner. Étant lui-même issu de la branche des Trastamare, il réclame donc pour son compte le trône de Castille. Il n'a donc pas du tout l'intention de respecter les conventions jurées lors de son mariage. Il quitte Saragosse et entre à Ségovie le . Isabelle reste intraitable, ce qui provoque la colère de Ferdinand qui menace de partir. Elle explique que l'exclusion des femmes entraînera forcément celle de leur petite fille, Isabelle, née en 1471. Sous l'arbitrage du cardinal de Mendoza et de l'archevêque de Tolède qui soutiennent la jeune femme, Ferdinand se laisse donc fléchir.

Un compromis est trouvé : Ferdinand est désigné roi de Castille, mais c'est Isabelle qui exerce la réalité du pouvoir sur ses terres. Bien que Ferdinand réside en Castille, il ne peut procéder à aucune nomination civile ou militaire, ne donner aucun bénéfice ecclésiastique sans l'accord de sa femme. Il s'engage en outre à respecter les coutumes de la Castille.

La guerre de Succession de Castille (1476-1479) Les partisans de Jeanne, notamment le Portugal et la France, interviennent en sa faveur.

Ferdinand mène avec son épouse une guerre visant à déposséder la nièce de cette dernière, Jeanne la Beltraneja (1462-1530), fille du défunt roi , mais dont la légitimité est contestée. Les contemporains pensent en effet que le roi était impuissant et que Jeanne est la fille illégitime de son favori, Beltrán de la Cueva (d'où son nom). Celle-ci a le soutien de son oncle, de Portugal, qui a décidé de l'épouser.

Le génie politique de Ferdinand et d'Isabelle fut capable de transformerL’historien français Yves Renouard : , in Orestes Ferrara, « L'avènement d'Isabelle la Catholique », Bulletin hispanique, volume 62, numéro 1, , Faculté des Lettres de l’université de Bordeaux-III, 1960.L’historien français Philippe Erlanger : in Isabelle la Catholique dame de fer in Historama, nr 40, . la bataille indécise de Toro (1476)Heinrich Schaeffer : in Histoire de Portugal, traduit de l’allemand en français par H. Soulange-Bodin, Adolphe Delahays, libraire-éditeur, Paris, 1858, . en victoire politiqueL’historien espagnol Ignacio Olagüe : in Histoire d’Espagne, Éditions de Paris, 1958, .L’historien britannique Townsend Miller : , in The battle of Toro, 1476, in History Today, volume 14, 1964, . garantissant le trône de Castille à Isabelle au détriment de Jeanne qui est enfermée dans un couvent.

L'avènement de Ferdinand (1479) Cinq ans plus tard, à la mort de Jean II, Ferdinand accède au trône de la couronne d'Aragon. Les deux monarques règnent ensemble, même si les deux couronnes restent séparées. La concorde de Ségovie précise les droits respectifs des époux.

En 1479, il hérite donc des États de son père, et réunit ainsi sous son autorité presque toute l'Espagne.

Le règne des Rois catholiques

vignette|Portrait de mariage de Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille

La conquête du royaume de Grenade (1482-1492) L'idéal de croisade est très fort dans la péninsule ibérique depuis le .

En 1482, débute une guerre entre la Castille et l'Aragon d'une part, contre le royaume de Grenade, dernier pays musulman dans la péninsule Ibérique. Cette guerre assez difficile se conclut le par la prise de Grenade, dernier acte de la Reconquista.

Le pape leur décerne le titre de « Rois Catholiques ».

Politique religieuse Ferdinand et Isabelle mènent une politique religieuse coercitive en réorganisant en 1481 le Tribunal du Saint-Office de l'Inquisition.

Ils décident l'expulsion, en 1492, des Juifs non convertis vers l'Empire ottoman.

Cette politique religieuse agressive est motivée par une piété sincère mais permet aux Rois Catholiques d'asseoir leur pouvoir (l'Inquisition relève de leur autorité et non de celle du pape) et remplit les caisses de l'État. En effet, l'Inquisition spolie les biens de ceux qu'elle condamne.

La découverte du nouveau monde

Les négociations avec Christophe Colomb (1486-1492) Durant cette période, Ferdinand est très occupé par la guerre de Grenade, et les relations avec Christophe Colomb sont dévolues en priorité à Isabelle.

Ferdinand assiste cependant à la première audience royale du navigateur en .

Il joue aussi un rôle notable au moment de la préparation des capitulations de Santa Fe, signées en , quatre mois et demi après la prise de Grenade.

Les voyages de Colomb et la colonisation d'Hispaniola (1492-1510) Après le premier voyage de Colomb (-), qui atteint quelques-unes des îles des Caraïbes, notamment HispaniolaHispaniola (en castillan : La Espanola) ou Saint-Domingue est l'île où se trouvent actuellement la république d'Haïti et la République dominicaine. (Saint-Domingue), cette île devient le pôle de la colonisation espagnole, avec les problèmes qu'elle génère, notamment celui des relations avec les habitants, des Arawaks.