Sabri Khalil al-Banna (en ), connu sous le nom d’Abou Nidal (en , en ), né en à Jaffa et mort le à Bagdad, est le fondateur du Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR), un mouvement palestinien dissident plus connu sous la dénomination d’Organisation Abou Nidal.. Au faîte de sa puissance, dans les années 1970-1980, cette organisation extrémiste en conflit ouvert avec Yasser Arafat s'est spécialisée dans l'assassinat des dirigeants palestiniens modérés, défenseurs d'un dialogue avec la gauche israélienne, et dans les opérations anti-juives.....
Abou Nidal a créé le Fatah-CR en , à la suite d’une scission avec le Fatah de Yasser Arafat au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP)... Agissant sous sa propre bannière, Abu Nidal aurait ordonné des attentats dans , tuant plus de et en blessant plus de ... Le groupe a en particulier perpétré les attentats des aéroports de Rome et de Vienne le , au cours desquels des hommes armés ont, simultanément dans les deux aéroports, ouvert le feu sur des passagers aux comptoirs d’El Al, tuant . Le groupe périclite dans les années 1990.
Selon Robert Fisk l'organisation Abou Nidal fonctionnait aussi comme un groupe mercenaire. Certains États arabes, tout particulièrement l'Irak, l'utilisait ponctuellement pour des missions à l'étranger. Patrick Seale, qui a consacré une biographie à Abou Nidal, révèle que celui-ci aurait même travaillé pendant un certain temps pour le Mossad israélien.
Abou Nidal est mort des suites d’un (ou de) tir(s) d’arme(s) à feu dans sa maison de Bagdad en . Des sources palestiniennes ont affirmé qu’il a été tué sur ordre de Saddam Hussein, alors que les autorités irakiennes ont soutenu qu’il s’était suicidé au cours d’un interrogatoire... Après l'invasion américaine de l'Irak des documents révélés dans la presse montrent que les services de sécurité irakiens pensaient qu'Abou Nidal travaillait pour les États-Unis.
Jeunesse Famille et scolarité vignette|alt=Jaffa|Abou Nidal est né à Jaffa, où il a grandi dans une grande maison en pierre près de la plage. Abou Nidal est né en à Jaffa, sur la côte méditerranéenne de ce qui était alors la Palestine sous mandat britannique. Son père, Hajj Khalil al-Banna, possédait d’orangeraies entre Jaffa et Majdal (aujourd’hui Ashkelon en Israël) (), (). La famille vivait luxueusement dans une maison en pierre de trois étages près de la plage, devenue plus tard un tribunal militaire israélien ().
Muhammad Khalil al-Banna, le frère d’Abou Nidal, a raconté à :
La prospérité de Khalil al-Banna lui permit d’avoir plusieurs épouses. Dans une interview accordée à Der Spiegel, Abou Nidal a indiqué que son père avait 13 épousesLes sources ne s'accordent pas sur le nombre d'épouses qui va de 2 à 13 en passant par 8., 17 fils et 8 filles. Yossi Melman écrit que la mère d’Abou Nidal fut sa huitième épouse (). D’autres sources indiquent qu’elle fut la seconde épouse. Elle avait été l’une des servantes de la famille, une jeune-fille alaouite de 16 ans, mais aurait été en réalité une danseuse de cabaret devenu servante pour approcher le père. La famille désapprouvait ce mariage, selon Patrick Seale, et en conséquence Abou Nidal fut méprisé par les aînés de sa fratrie. Par la suite, leurs relations se sont arrangées ().
En 1944 ou 1945, son père l’a placé au , un établissement scolaire français des Frères des écoles chrétiennes où il étudia une année (). Son père est décédé en 1945 quand Abou Nidal avait sept ans et la famille chassa sa mère de la maison (). Ses frères lui firent quitter le Collège des Frères et l’inscrivirent dans une prestigieuse école musulmane privée de Jérusalem, aujourd’hui connue sous le nom d’. Il y étudia pendant deux ans ().
Guerre de Palestine de 1948
Le , l’ONU a approuvé la résolution 181 validant le plan de partage de la Palestine en un état arabe et un état juif, Jérusalem étant placé sous contrôle international. Des combats éclatèrent immédiatement et l’interruption de l’agrumiculture affecta les revenus de la famille (). À Jaffa, il y eut une pénurie alimentaire, des explosions de camions piégés et un bombardement au mortier par l’Irgoun. Yossi Melman écrit que la famille al-Banna avait eu de bonnes relations avec la communauté juive, mais c’était la guerre et les relations ne les aidèrent pas (). Le frère d’Abou Nidal raconta à Yossi Melman :
Juste avant que les troupes israéliennes ne conquièrent Jaffa en , la famille s’était réfugiée dans sa maison près de Majdal. Mais les milices juives conquirent également cette ville et la famille dut à nouveau s’enfuir. Cette fois, elle s'installa au camp de réfugiés de Bureij dans la bande de Gaza, alors sous contrôle égyptien. Yossi Melman écrit que la famille y a passé neuf mois, vivant sous des tentes, dépendant de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) pour des rations d’huile, de riz et de pommes de terre (). Cette expérience eut un profond impact sur Abou Nidal (), ().
Installation à Naplouse puis en Arabie saoudite L’expérience commerciale de la famille al-Banna et l’argent qu’ils avaient réussi à emporter avec eux, leur permirent de se relancer dans les affaires, écrit Yossi Melman (). Ils avaient toutefois perdu leurs orangeraies, qui faisaient désormais partie du nouvel état d’Israël qui avait déclaré son indépendance en . La famille déménagea à Naplouse en Cisjordanie, à l’époque sous contrôle jordanien (). Abou Nidal y acheva ses études secondaires en 1955 et adhéra au parti nationaliste arabe Baas (). Il aurait exercé le métier d'enseignant pendant un temps. Et il commença des études supérieures d’ingénieur à l’université du Caire, mais les interrompit au bout de deux ans, sans avoir obtenu de diplôme ().
En 1960 il partit pour l’Arabie saoudite, où il s’installa comme peintre et électricien, et travailla comme intérimaire pour l’Aramco (), (). Il resta proche de sa mère et lui rendit visite chaque année, à Naplouse depuis l’Arabie saoudite, comme l’a raconté son frère à Yossi Melman. C’est en 1962, lors d’une de ces visites, qu’il rencontra son épouse, dont la famille s’était également enfuie de Jaffa. Le couple eut un fils et deux filles ().
Personnalité Abou Nidal n’était pas souvent en bonne santé, si l’on en croit Patrick Seale, et il avait tendance à porter des blousons à fermeture éclair et de vieux pantalons, et buvait du whisky chaque soir vers la fin de sa vie. Il devint, toujours selon Patrick Seale, « maître en dissimulation et subterfuge, n’accordant sa confiance à personne, solitaire et sur la défensive, [vivant] comme une taupe, à l’abri des regards » (). Ses connaissances disaient qu’il était capable de travailler dur et avait le sens des affaires (). Salah Khalaf (Abou Iyad), le numéro deux du Fatah, qui sera assassiné par l’Organisation Abou Nidal en 1991, le connaissait bien à la fin des années 1960, quand il le prit sous son aile. Il a raconté à Patrick Seale :
Patrick Seale suggère que l’enfance d’Abou Nidal expliquerait sa personnalité, qualifiée de chaotique par Abou Iyad et de psychopathique par , le chirurgien cardiaque dont l’assassinat au Portugal en 1983 a été revendiqué par l’Organisation Abou Nidal (), (). Le mépris de sa fratrie, le décès de son père et l’expulsion de sa mère de la maison familiale quand il avait sept ans, puis la perte de son domicile et de son statut social durant le conflit avec Israël, a suscité chez lui une vision complotiste du monde, qui s’est reflétée dans sa direction tyrannique de son organisation. Les épouses des membres (le groupe n’était constitué que d’hommes) n’étaient pas autorisées à se fréquenter et l’épouse d’Abou Nidal était supposée vivre isolée, sans amis ().
Vie politique Impex, Septembre noir vignette|alt=photographie|Le roi Hussein de Jordanie en 1997. vignette|alt=video|1970 – Film montage sur la situation en Jordanie. En Arabie saoudite, Abou Nidal participe à la création d’un petit groupe de jeunes palestiniens qui se fait appeler l’Organisation palestinienne secrète. Cet activisme lui coûte son emploi et sa maison : l’Aramco le licencie et le gouvernement saoudien l’emprisonne puis l’expulse.
Il retourne à Naplouse avec son épouse et sa famille et rejoint les rangs du Fatah de Yasser Arafat au sein de l’OLP. Employé à des petits boulots, il est engagé dans la politique palestinienne sans être particulièrement actif. Son activisme s'intensifie nettement à la suite de la guerre des Six Jours en 1967 et la victoire d’Israël qui annexe le plateau du Golan, la Cisjordanie et la bande de Gaza. Yossi Melman écrit que « l’entrée des tanks de Tsahal dans Naplouse fut pour lui une expérience traumatisante. La conquête le poussa à l’action » ().
Il déménage à Amman en Jordanie, y créant une société d’import-export nommée Impex (). Le Fatah lui demande de se choisir un nom de guerre et il opte pour Abou Nidal (« père de la lutte ») en référence à son fils Nidal (de sorte que son nom de guerre est également un authentique kunya, les hommes ayant pour habitude dans le monde arabe de se faire appeler « père de… » en référence au prénom de leur fils aîné). Il a été décrit par ceux qui l’ont côtoyé à l’époque comme un dirigeant bien organisé, pas un guérillero ; pendant les combats entre les fédayins palestiniens et les troupes du roi Hussein de Jordanie, il reste à son bureau (), ().
Impex sert de façade pour le Fatah, comme lieu de réunion et comme circuit de financement. Cela devient le fil conducteur de la carrière d’Abou Nidal. Les entreprises contrôlées par l’Organisation Abou Nidal, aux activités légales, font de lui un homme riche, en même temps qu’elles servent de couverture pour des ventes d’armes et des activités mercenaires ().
Abou Iyad nomme Abou Nidal en 1968 comme représentant du Fatah à Khartoum au Soudan, puis (sur l’insistance d’Abou Nidal) au même poste à Bagdad en , deux mois avant les événements de Septembre noir, quand, après plus de 10 jours de combats et la perte de milliers de vie, l’armée du roi Hussein chasse les fédayins palestiniens de Jordanie. Patrick Seale écrit que l’absence d’Abou Nidal de Jordanie à cette époque, quand il était devenu clair que le roi Hussein allait passer à l’action contre les Palestiniens, a fait naître dans le mouvement le soupçon qu’il ne pensait qu’à sa propre survie ().
Première opération Peu après les événements de Septembre noir, Abou Nidal commence à accuser l’OLP de couardise sur les ondes de sa station radio en Irak, la « Voix de la Palestine » (sans rapport avec la radio ), et ce pour avoir accepté un cessez-le-feu avec le roi Hussein (). Au cours du troisième congrès du Fatah en 1971 à Damas, Abou Nidal se joint à l’écrivain et militant palestinien Naji Alloush et à Abou Daoud (dirigeant de l’organisation Septembre noir, responsable du massacre de Munich en 1972), pour appeler à plus de démocratie au sein du Fatah et à la vengeance contre le roi Hussein ().
vignette|alt=photograph|Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, en 2014. En , Abou Daoud est arrêté en Jordanie pour une tentative d’assassinat du roi Hussein. Cela conduit Abou Nidal à mener sa première opération, nommée « Al-‘Iqab » (« le châtiment ») : le , cinq hommes armés entren dans l’ambassade d’Arabie saoudite à Paris, prennent quinze personnes en otage et menacent de faire exploser le bâtiment si Abou Daoud n'est pas libéré (), (). Deux jours plus tard, les preneurs d’otage s'envolent vers le Koweit sur un avion de la Syrianair, retenant toujours cinq personnes en otage, puis vers Riyad, menaçant de jeter les otages en l’air depuis l’avion. Le , ils se rendirent et libérèrent les otages. Abou Daoud fut relâché deux semaines plus tard ; Patrick Seale raconte que le gouvernement koweitien a versé 12 millions de dollars au roi Hussein pour cette libération ().