L'histoire du français québécois retrace l'évolution de la langue française en territoire québécois depuis l'établissement des premiers colons français au jusqu'à l'époque contemporaine. Elle s'inscrit dans plusieurs périodes charnières qui correspondent aux grandes étapes de l'histoire du Québec : le régime français, le régime britannique, la période post-confédération et l'époque contemporaine depuis la Révolution tranquille.

Le français s'implante de façon permanente en Amérique du Nord avec la fondation de Québec par Samuel de Champlain en 1608. Les colons, issus principalement des provinces du nord-ouest de la France (Normandie, Aunis, Perche, Poitou, Île-de-France), développent un parler relativement homogène dont les observateurs de l'époque soulignent la pureté. Des témoignages contemporains, dont ceux de Bacqueville de la Potherie (1722), Thomas Jefferys (1760) et Pehr Kalm (1749), attestent que les Canadiens parlent un français pur et sans accent régional. Le seul document lexicographique à consigner le français parlé en Nouvelle-France est le lexique du père Pierre-Philippe Potier, qui recense plus de mots et expressions entre 1743 et 1758.

Après la Conquête de 1760, la langue française perd son statut de lingua franca dans le commerce et l'administration, et la population francophone, privée de son élite dirigeante retournée en France, doit composer avec la nouvelle réalité anglophone.

Sous le régime français Compagnies à charte Implantation des colons La langue française s'établit de façon permanente en sol nord-américain avec la fondation de Québec par Samuel de Champlain en 1608. Bien que la vallée du fleuve Saint-Laurent ait été explorée par Jacques Cartier dès 1534, ce n'est qu'avec la construction de l'habitation de Québec par Champlain que la France parvient à implanter une population française sur le territoire.

La fondation de la Compagnie de la Nouvelle-France par Richelieu en 1627 se traduit par l'arrivée de plusieurs vagues de colons. Entre 1627 et 1663, quelques milliers de Français débarquèrent en Nouvelle-France, soit à Québec, au Canada français. Les provinces françaises les mieux représentées lors de ces migrations sont celles du nord-ouest, soit la Normandie, l'Aunis, le Perche, la Bretagne, Paris et l'Île-de-France, le Poitou, le Maine, la Saintonge et l'Anjou. Quelque immigrants s'installeront durant cet intervalle de 35 ans..

Assimilation des Autochtones Le colonisateur français désire l'intégration des Autochtones qu'il nomme « sauvages ». En 1618, Champlain dit aux chefs hurons: « Nos jeunes hommes marieront vos filles et nous ne formerons plus qu'un peuple. »

Vers 1680, le gouvernement de Versailles autorise une dépense de livres, soit 60 dots de 50 livres, pour chaque Autochtone qui épousera un Français. Il y eut 120 unions officielles. On envoya aussi plusieurs Autochtones pour les éduquer en France, croyant qu'à leur retour parmi les leurs, ils auraient une grande influence sur la communauté tout entière.

En 1673, Frontenac, s'exprime ainsi devant les représentants des tribus iroquoises à Cataracoui :

Mais, comme le dira mère Marie de l'Incarnation, fondatrice des Ursulines et responsable de l'éducation des filles dans la colonie : « On fait plus facilement un Sauvage avec un Français qu'un Français avec un Sauvage. ». Cette phrase souvent citée, témoigne du peu d'attrait qu'exerce le mode de vie et la culture française sur les Autochtones comparativement à l'attrait fort et bien senti, durant toute l'histoire de la Nouvelle-France, du mode de vie autochtone, synonyme de liberté et d'aventure, sur les Français et plus tard les Canadiens français. L'intendant Jean Talon dira même : « Les petits enfants ne pensent qu'à devenir un jour coureur des bois. »

Plusieurs facteurs, dont l'infériorité numérique des colons, le fait que l'on dépende d'une alliance intime avec les Autochtones pour la défense des colonies contre la puissance britannique, amèneront les Français à prendre le chemin de l'école des langues et des coutumes autochtones. Assez tôt dans l'histoire, les « truchements » (interprètes) de la Nouvelle-France deviennent indispensables au progrès de la colonie laurentienne. De plus, le principal commerce du pays, la traite des fourrures, ne peut se faire sans la participation des autochtones.

Province royale Croissance démographique Il faudra en réalité attendre l'élévation de la Nouvelle-France au statut de province royale en 1663 et la venue de l'intendant Jean Talon pour que la Nouvelle-France soit dotée d'une véritable politique de population. Toutefois, ce dernier, ne recevant pas le nombre d'immigrants qu'il demande à Versailles pour le développement du Canada français et de l'Acadie, se résout à élaborer des politiques visant à favoriser la rétention des arrivants, qui ont tendance à retourner en France ou à quitter le Québec pour les Antilles, et à favoriser la natalité de la population déjà établie, qui se chiffre alors à pour le Canada français.

D'après l'étude exhaustive effectué par le Programme de recherche en démographie historique (PRDH) de l'Université de Montréal, les immigrants fondateurs du Canada français comptent personnes, dont (90 %) sont originaires de France. Les autres viennent de Belgique, d'Allemagne, de Suisse, d'Italie et même d'Irlande.

Durant la période de 1730 à 1750, on note une diversification des immigrants. On compte des colons du sud de la France, 500 huguenots, quelque fugitifs de la Nouvelle-Angleterre et 300 esclaves noirs. Alors que la Nouvelle-France est perpétuellement menacée par les colonies britanniques qui sont plus peuplées, plus développées et puissantes, celles-ci reçoivent également une immigration de huguenots Français persécutés en raison de leur religion.

Ainsi, à la veille de la guerre de Sept Ans, on compte environ 70 000 colons au Canada français et 12 000 Acadiens.

Commentaires d'observateurs sur la langue parlée Claude-Charles Bacqueville de La Potherie, auteur d'une Histoire de l'Amérique septentrionale (1722)Bacqueville de La Potherie, Claude-Charles (1722). Histoire de l'Amérique septentrionale. Paris: Jean-Luc Nion & François Didot., commente la vie coloniale. Dans la dixième lettre de son Histoire, intitulée Gouvernement de Quebec, ville Capitale de la Nouvelle-France. Idée du Commerce. Caractere des Canadiens, & la maniere dont ils font leur établissement par les Castors, il écrit :

Thomas Jefferys, géographe et cartographe (en 1760):

Le naturaliste suédois, Pehr Kalm, qui séjourne au Canada français en 1749, écrit :

Le lexique du père Potier Né le à Blandain, en Belgique, Pierre-Philippe Potier entre au noviciat de Tournai en 1729. Doué pour les langues, il est destiné à l'oeuvre missionnaire. À la suite de ses derniers voeux en 1743, il s'embarque pour la Nouvelle-France, arrivant à Québec le octobre de la même année. Après un séjour de six mois à la mission de Lorette pour apprendre la langue huronne, il rejoint la mission huronne de l'île aux Bois-Blancs à l'embouchure de la rivière Détroit en juin 1744..

De 1743 à 1758, Potier consigne dans un petit calepin intitulé Façons de parler proverbiales, triviales, figurées, etc., des Canadiens au plus de mots et expressions du français parlé en Nouvelle-France. Environ un tiers des mots sont notés lors de son séjour à Lorette et les deux tiers proviennent de la région du Détroit, à la fois poste militaire, centre de colonisation et étape vers l'intérieur du continent. Surnommé par ses confrères jésuites, Potier note avec objectivité le vocabulaire de toutes les couches de la société, des militaires et gouvernants aux paysans et engagés. Ce lexique constitue le seul document à consigner le français parlé par les colons en Nouvelle-France.

Le lexique comprend du vocabulaire spécialisé de la frontière (praline pour , coulée pour ), des archaïsmes et régionalismes (drès pour , fêtard pour ), des emprunts aux langues amérindiennes (ouararon pour , sagamité pour ) et des créations lexicales proprement canadiennes (mouillasser pour , bredasser pour ). On y trouve pas moins de 130 premières attestations en français écrit, dont soue (1744, attesté ailleurs seulement en 1823), tapager (1745, attesté en 1844) et couette au sens de (1746, attesté en 1856).

Le manuscrit est porté à l'attention du public en 1904-1906 quand la Société du parler français en Nouvelle-France en publie des extraits dans son BulletinBulletin du parler français au Canada, t. III, 1904-1905, p. 213-220, 252-255, 291-293; t. IV, 1905-1906, p. 29-30, 63-65, 103-104, 146-149, 224-226, 264-267.. La première édition intégrale est publiée par Peter W. Halford en 1994 (Le français des Canadiens à la veille de la Conquête), suivie des Écrits de Pierre Potier par Robert Toupin en 1996. En 2008, Marcel Bénéteau et Peter W. Halford publient Mots choisis, un lexique documentant plus de mots et expressions relevés des deux côtés du Détroit entre 1701 et 2001.

Après la Conquête, Potier étend son ministère aux colons canadiens-français de la rive sud de la rivière Détroit. En 1767, la mission devient officiellement la paroisse de l'Assomption, la plus ancienne de la province d'Ontario actuelle. Potier y demeure curé jusqu'à sa mort en 1781.

Il émerge de ces constatations le tableau d'un français parlé assez homogène qui n'a pas pu changer beaucoup depuis quant à sa structure grammaticale de base. Cependant, la nature anecdotique de ces commentaires fait en sorte qu'il est impossible d'en tirer des conclusions sur la variété de français parlée ou le niveau de langue observé (acrolecte ou basilecte), ou de savoir quelles sont les caractéristiques morphologiques et syntaxiques de ce français parlé par la majorité des colons installés dans la colonie.

Genèse linguistique du français québécois

Deux hypothèses s'opposent quant au français qui était parlé au début de la Nouvelle-France. La première correspond au choc des patois. Les premiers colons arrivés en trois grands centres auraient parlé patois et l'amalgame de ces patois aurait formé le français québécois de la Nouvelle-France. La deuxième théorie est celle de Mougeon et Béniak, qui dit que les colons auraient parlé un mélange de français parisien et de français de la Cour, ainsi le français québécois serait né d'un français populaire de France.

Le nombre et l'origine des colons arrivés pendant le régime français sont connus de façon assez détaillée au moins depuis Godbout (1946) et le tableau qui en résultait a été perfectionné énormément avec les travaux de Charbonneau et al. (1987) et Charbonneau & Guillemette (1994). Les données démographiques qui peuvent en être tirées montrent une grande hétérogénéité d'origines des colons. Parallèlement, le Rapport Grégoire est le premier témoin de la diversité linguistique qui prévalait en France à la fin de l'Ancien Régime, soit à une époque où l'unification linguistique de la Nouvelle-France semble être acquise si on prête foi aux commentaires de voyageurs tels que Bacqueville de La Potherie, Thomas Jefferys et Pehr Kalmcités plus haut dans cet article. S'appuyant pour l'essentiel sur les mêmes données démographiques, Philippe Barbaud et Henri Wittmann, ont élaboré des hypothèses contradictoires sur la genèse linguistique du français québécois, situant le choc des patois qui y précède soit avant ou après le peuplement de la Nouvelle-FranceVoir l'article Choc des patois..

Des études plus récentes, par contre, suggèrent une provenance beaucoup plus localisée des migrants. Il s'agit du Poitou et de la Normandie..

Sous le régime britannique

Le , Québec, capitale politique de la Nouvelle-France, donc du Canada, est prise par l'armée britannique. Les conséquences de cet événement transformeront la situation linguistique du Canada de façon draconienne.