thumb|250px|Mariage de le Bel et de Marie de Luxembourg.La succession de fut un grave problème dynastique concernant la couronne de France, qui servit de prétexte au déclenchement de la guerre de Cent Ans.
La fin du « miracle capétien » En vertu de la primogéniture masculine, les femmes étaient écartées de la succession au trône de France. On disait alors que « les lys ne filent pas la laine », ou encore : « la couronne de France ne saurait tomber en quenouille » (entre les mains d'une femme).
À la mort de en 1316, c'est la première fois depuis le début de la dynastie capétienne que le roi défunt n'a aucun héritier mâle direct. Sa femme Clémence de Hongrie met au monde un garçon, , qui meurt au bout de quelques jours. Le trône est alors confié à son frère, , qui était déjà régent depuis la mort de Louis X. En 1322, meurt, après un règne de six ans. Il ne laisse que des filles. C'est donc sans heurts et tout à fait normalement que son frère cadet, Charles de la Marche, devient roi, sous le nom de .
Malgré deux mariages successifs, avec Marie de Luxembourg puis Jeanne d'Évreux, , tout comme son frère , ne laissa que des filles lorsqu'il trouva la mort en 1328. Ainsi, en moins de douze ans, les trois fils de , , et , sont morts. Cependant, comme son frère , laissait sa femme enceinte . Avant de mourir, celui-ci avait désigné comme régent du royaume son cousin germain, Philippe de Valois, le fils aîné de Charles de Valois, lui-même frère cadet de . La reine Jeanne d'Évreux accoucha quelques mois plus tard d'une petite fille prénommée Blanche.
thumb|Testament de Charles IV le Bel et son codicille 1 et 2 - Archives Nationales
Qui deviendra roi de France ? Le roi , sans descendance mâle, est le dernier fils de . La situation en 1328 n'est pas celle de 1316. En 1316, un fils de roi était en compétition avec un frère plus jeune et une enfant. En 1328, Philippe de Valois n'est ni le plus proche sur l'arbre généalogique (c'est Isabelle de France, reine d'Angleterre), ni le plus direct, car les derniers Capétiens ont laissé des filles qui ont maintenant des époux. Mais le comte de Valois est le plus proche parent mâle, et il a 35 ans. Il est l'aîné des hommes de la famille. Deux hommes peuvent ainsi prétendre à la couronne. Philippe, comte de Valois : neveu de , cousin germain des trois derniers rois, régent du royaume par la volonté de . Il est en position de force : il est populaire auprès de la noblesse et appuyé par des personnages influents tels que Robert d'Artois, son beau-frère. Par les mâles, il est le plus proche du sceptre. Philippe, comte d'Évreux : également un neveu de Philippe (il est le fils de Louis d'Évreux, demi-frère cadet de Philippe et de Charles de Valois). Philippe d'Évreux est donc lui aussi cousin germain des trois derniers rois. De plus, il avait amélioré sa position en épousant la fille de , Jeanne de France.
Alors que le conseil des pairs de France délibère pour savoir lequel de ces deux puissants seigneurs va monter sur le trône, une missive arrive d'Outre-Manche. Dans cette lettre, Isabelle y expose les droits de son jeune fils, , roi d'Angleterre, à la couronne de France, et qu'il faut le considérer comme le troisième prétendant : , roi d'Angleterre et duc de Guyenne : petit-fils de par sa mère Isabelle, sœur des rois , et . Il est donc le neveu des trois derniers rois de France. En 1328, il n'a que 16 ans et est encore sous la tutelle de sa mère. En outre, c'est un prince étranger, de la dynastie des Plantagenêts.
Le conseil des pairs et ses juristes examinent alors une question de droit fondamentale : Isabelle de France peut-elle transmettre un droit qu'elle ne possède pas elle-même ? Son fils Édouard est-il fondé à revendiquer la couronne des Capétiens ?
Plusieurs considérations pèsent défavorablement sur cette prétention. Isabelle de France jouit à cette époque d'une réputation profondément compromise. Connue a posteriori sous le surnom de « Louve de France », elle s'est coalisée avec une partie de la noblesse anglaise contre son époux, le roi Édouard II, qu'elle a contribué à vaincre et à capturer. Après avoir ordonné la mise à mort de ce dernier, elle vit publiquement avec son amant Roger Mortimer, impliqué dans ce régicide. Ces événements sont parfaitement connus en France.
À ces considérations de nature morale s'ajoutent des arguments politiques. Édouard III est, du point de vue français, un prince étranger, issu de la maison Plantagenêt. Sa candidature fait resurgir précisément le scénario redouté dès 1316 : celui d'un souverain étranger accédant au trône de France. Les pairs du royaume se montrent résolument opposés à une telle éventualité.
Si en tant que femme, Isabelle pouvait transmettre ce droit à la couronne bien qu'elle ne puisse en disposer pour elle-même, alors les filles de , et pouvaient également transmettre ce droit, comme Jeanne de Bourgogne, la fille aînée de , à son fils Philippe de Bourgogne alors âgé de cinq ans, ce d'autant plus que la légitimité de Jeanne de Bourgogne pouvait difficilement être mise en cause, puisqu'elle était née le , soit 3 ans avant le début de l'affaire de la tour de Nesle (1311-1314), avant l'achat même de cette tour par le roi , le . Le jeune Philippe de Bourgogne était certes le petit-fils d'un ancien roi mais il était surtout alors le petit-neveu du dernier roi. Isabelle considérait à juste titre que son fils était le plus proche parent mâle du dernier roi, étant le neveu de celui-ci.
Isabelle de France fondait les droits de son fils sur le principe de la succession par proximité de sang, qui était la règle de succession suivie par de nombreux fiefs au Moyen Âge et notamment par le duché de Bourgogne. C'était la règle de succession qui fut appliquée pour le trône d'Angleterre à la mort de Richard Cœur de Lion en 1199 et pour le trône de Castille à la mort d'Alphonse X en 1284. Personne ne songea à proposer la candidature d'une des filles des trois derniers rois. Reconnaître le droit des femmes à transmettre le trône, c'eût été considérer de facto que les règnes de et de n'étaient rien d'autre qu'une usurpation au détriment de Jeanne de France, fille de . Les pairs ne voulaient pas prendre le risque de donner le trône à une possible bâtarde, dont la paternité était douteuse. Et, au lieu de proposer une des filles de ou de , afin d'éviter des querelles de droit interminables, ils décidèrent que les femmes devaient être exclues de la succession. La fameuse loi salique ne sera évoquée qu'en 1358, pour défendre les droits des Valois face aux prétentions du roi d'Angleterre. Ainsi, quelle que soit la tournure juridique, les droits d' étaient très contestables.
Arbre généalogique à la mort de
« Le roi trouvé »
Au lendemain des obsèques de , les grands se réunissent. Philippe de Valois a déjà pris le titre de régent, et en usait déjà alors que son cousin agonisait. L'assemblée ne peut que s'incliner devant les faits. Après avoir un moment reposé la question de la légitimité de l'exclusion des femmes de la succession, la volonté d'écarter l'Anglais fut plus forte : « Il n'avait jamais été vu ni su que le royaume de France eût été soumis au gouvernement du roi d'Angleterre. » fut donc évincé de la compétition, mais il restait deux prétendants au trône, Philippe de Valois et Philippe d'Évreux. Un accord fut conclu afin de satisfaire tout le monde. Philippe d'Évreux et sa femme, Jeanne, reçurent le royaume de Navarre et diverses compensations territoriales, en échange de quoi ils reconnaissaient Philippe de Valois comme roi de France.
Le royaume de Navarre appartenait au roi de France depuis le mariage de et de . l'avait hérité de sa mère et, en 1328, on reconnaissait enfin le titre de reine de Navarre à sa fille Jeanne, malgré les soupçons de bâtardise (cette restitution tardive n'avait pas le moins du monde empêché et de s'intituler officiellement roi de France et de Navarre). De plus, Philippe de Valois, n'étant pas lui-même descendant et héritier des rois de Navarre comme l'étaient ses prédécesseurs, restitua sans regret le royaume de Navarre à Jeanne, l'héritière légitime, en échange de sa renonciation à la couronne de France. Le titre de roi de Navarre ne reviendra aux rois de France qu'au moment, bien plus tard, où Henri de Navarre, futur , accédera au trône de France, instaurant ainsi la dynastie des Bourbons. Dès lors, les souverains français porteront à nouveau le titre de « roi de France et de Navarre » (il s'agit de la Basse Navarre, petit territoire navarrais au nord des Pyrénées, la Haute Navarre étant depuis Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon, annexée à la couronne de Castille).
Peu après, Philippe de Valois est proclamé roi de France sous le nom de par les Pairs du royaume. La branche des Valois prenait le pouvoir à la suite des Capétiens directs. Le surnom de « roi trouvé » lui fut donné peu après son couronnement, lors de la bataille de Cassel du , par les Flamands, qui, avant la bataille, s'étaient moqués du roi de France en peignant un coq sur leur étendard avec cette inscription : Quand ce cocq icy chantera, le Roy trouvé cy entreraAntonin Roche, Histoire de France, 1867, 351.
Conséquences La dernière élection royale remontait à , en 1223. Le pouvoir royal en sortait fragilisé et la légitimité du comte de Valois n'était pas aussi inattaquable que celle de ses prédécesseurs sur le trône. On attendait de grandes largesses, de grands cadeaux de la part du nouveau roi. vint rendre hommage au « roi trouvé », espérant lui aussi quelques compensations territoriales. ne comprit pas le danger qui le menaçait et ne fit rien pour s'en prémunir.
La succession de , décidée en faveur de , servit de leitmotiv à un avide de conquêtes. Moins d'une décennie après la mort du dernier Capétien direct, éclatait la calamiteuse guerre de Cent Ans.
Bibliographie Ouvrages modernes : Béatrice Leroy, « À propos de la succession de 1328 en Navarre », Annales du Midi, , , 1970, Jean Favier, La Guerre de Cent Ans : Le Seuil, 1980. Claude Gauvard, , Presses universitaires de France, « Une histoire personnelle de la France », 2013
Notes et références
Catégorie:Événement de la guerre de Cent Ans Catégorie:Dynastie capétienne Catégorie:1328 Catégorie:Succession au trône Catégorie:Charles IV le Bel