vignette|500px|Vue panoramique sur Downtown Chicago depuis le lac Michigan.

Cet article relate l'histoire et divers aspects de l'architecture de Chicago, la troisième plus grande ville des États-Unis. L'architecture de cette ville a reflété et influencé pendant longtemps l'architecture américaine. La ville de Chicago comprend certains des premiers bâtiments réalisés par des architectes aujourd'hui mondialement reconnus. Comme la plupart des bâtiments du centre-ville ont été détruits par le Grand incendie de 1871, ils sont plutôt réputés pour leur originalité que pour leur ancienneté. À la suite de cet événement qui marqua définitivement l'histoire de la ville, Chicago devient un laboratoire d'expériences architecturales où se côtoient une multitude de styles et de mouvements allant de la fin du jusqu'à nos jours. Chicago est mondialement célèbre pour sa pléthore de styles architecturaux uniques.

Historique vignette|La Chicago Water Tower et la Pumping Station en 1886. À la différence de New York, Chicago n'émergea comme grande métropole qu'au milieu du en passant d'un village d'environ en 1830 à une ville de en 1850 puis de en 1870. Chicago devint le principal nœud ferroviaire et commercial de la région du Midwest, alors en pleine expansion. En 1858, les premières usines sidérurgiques ouvrirent, et en 1865 furent inaugurés les grands abattoirs des Union Stock Yards . La ville se considérait comme différente des cités de la côte est des États-Unis et était particulièrement fière de son statut de centre dynamique en plein essor. Dans les années 1870, Chicago dominait trois pôles économiques majeurs : la région industrielle de la Manufacturing Belt (« ceinture des usines »), la région agricole de la Corn Belt (« ceinture de maïs »), et la voie de transport fluvial des Grands Lacs.

En , un incendie ravagea une grande partie de son centre-ville dont les bâtiments sont principalement construits en bois. La ville de Chicago fut reconstruite selon un plan hippodamien (plan urbanistique orthogonal selon lequel les rues sont rectilignes et se croisent à angle droit, créant des îlots de forme carrée ou rectangulaire) et les bâtiments en bois furent interdits. Ces facteurs encouragèrent la construction d'immeubles plus grands aux caractéristiques innovantes qui, comme à New York, étaient destinés à accueillir diverses activités commerciales au sein du même bâtiment. Le développement de bâtiments de plus grande hauteur durant les années 1870 fut limité par la crise bancaire de 1873 et la dépression qui suivit. Les constructions ralentirent et la valeur des propriétés s'effondra. Le marasme s'estompa à partir de 1880 et le rythme de construction à Chicago revint à son niveau de 1871 tandis qu'avec le retour de la croissance, la construction d'immeubles de grande taille redevint rentable.

Le code postal 60602 (correspondant au secteur financier du Loop) a été désigné par le magazine Forbes comme étant l'adresse la plus charismatique du pays. Il comprend dans ses limites de nombreux bâtiments historiques classés dans les prestigieuses listes des lieux et édifices protégés comme les Chicago Landmarks (au niveau municipal), ainsi que sur le Registre national des lieux historiques et les National Historic Landmarks (au niveau fédéral). Des immeubles tels que l'Auditorium Building (1889), le Rookery Building (1888), le Symphony Center (1904), le Second Leiter Building (1891), le Railway Exchange Building (1904), le Chicago Cultural Center (1897), le Blackstone Hotel (1910), le Chicago Savings Bank Building (1905), le Fine Arts Building (1884) ou encore le Chicago Board of Trade Building (1930) y sont classés. De nombreux bâtiments historiques sont situés en bordure du lac Michigan et de la rivière Chicago.

Le Grand incendie de 1871

vignette|Photographie du Grand Pacific Hotel, totalement ravagé par le Grand incendie de Chicago en octobre 1871. Au cours de son passage dans le quartier des affaires (Downtown Chicago), le feu détruisit des bureaux administratifs, l'hôtel de ville de Chicago, l'opéra, des grands magasins, des théâtres, des hôtels, des églises, des imprimeries et une partie des collections de la Chicago Historical Society (actuel musée d'histoire de Chicago).. Le feu continua sa progression vers le nord, entraînant les habitants le long des ponts enjambant la rivière Chicago. Les étincelles passèrent au-dessus de la branche nord de la rivière et mirent le feu aux bâtiments situés en face, de l'autre côté de la rivehttps://interactive.wttw.com/chicago-stories/chicago-fire/the-city-on-fire. L'incendie commença à se propager à travers les maisons et villas de la partie nord de la ville. Des habitants finirent par atteindre Lincoln Park, un vaste parc situé dans le quartier éponyme, d'autres gagnèrent les berges du lac Michigan, où des milliers d'entre eux trouvèrent refuge.

Le feu finit par s'éteindre, aidé en cela par la disparition des vents et une fine pluie qui finit par tomber tard dans la nuit de lundiZukowsky John (dir.), Chicago. Naissance d’une métropole, 1872-1922, Paris, 1987, .. L'incendie a brûlé pratiquement 48 blocs, de son point de départ de la maison des O'Leary (au 137 DeKoven Street) jusqu'à Fullerton Avenue au nord, détruisant environ et réduisant en cendres une surface de () par (3/4 miles), soit environ (). Dans le centre-ville et les quartiers alentour, il ne reste pratiquement plus de bâtiments qui datent d'avant le Grand incendie. La Chicago Water Tower et la Pumping Station, toutes deux conçues en pierre par l'architecte William W. Boyington en 1869, figurent parmi les rares bâtiments, avec l'église de la Sainte-Famille et l'église Saint-Michel notamment, à avoir survécu à la catastropheA.T. Andreas (1885), History of Chicago, Vol. 2, pp. 752 (picture of E.B. McCagg's Greenhouse), 759 (discussing survival of the Lind Block and 2 houses), Chicago: A.T. Andreas Co.Cf. The Couch Tomb. .

Après l'incendie, 125 corps furent retrouvés. Les estimations définitives vont de 200 à 300 morts. On dénombra également au moins sans-abri.. Les autorités municipales ne déterminèrent pas les causes exactes de l'incendie. Bien que l'événement soit une des plus grandes catastrophes survenues au aux États-Unis, la reconstruction qui commença immédiatement après permit à Chicago de mieux se développer d'un point de vue économique, architectural et urbanistique, et de devenir une des villes les plus modernes d'Amérique du Nord. La ville fut entièrement reconstruite selon une règle stricte : interdiction formelle d'utiliser le bois. Les architectes durent innover, adopter de nouvelles techniques et commencèrent ainsi à employer l'acier pour les structures de la plupart des bâtiments. Avant l'incendie, le centre-ville de Chicago se composait essentiellement de rangées d'immeubles à quelques étages, semblable à une ville européenne. L'aspect de Chicago changea fondamentalement. Le Grand incendie de 1871 permit aux urbanistes de penser la reconstruction de la ville selon des critères de rentabilité maximisés, et parallèlement de salubrité publique. Les immeubles se construisirent toujours plus en hauteur, comprenant des armatures en acier, des ascenseurs, des fondations de conceptions nouvelles et une architecture de plus en plus raffinée.

L'émergence des gratte-ciel

vignette|gauche|upright|Avant l'incendie de 1871, le centre-ville de Chicago se composait essentiellement de petits bâtiments et d'immeubles à quelques étages (1858). Traditionnellement, Chicago et les autres villes américaines se constituèrent de bâtiments à quelques étages, mais la forte croissance économique après la guerre de Sécession et le manque de terrains constructibles encouragèrent le développement d'immeubles plus grands à partir des années 1870. Les progrès technologiques du milieu du permirent la construction d'immeubles dotés de structures métalliques ignifugées avec de profondes fondations et jouissant des inventions les plus récentes comme l'ascenseur et l'éclairage électrique. Ces évolutions rendirent techniquement réalisable et financièrement rentable la construction d'une nouvelle catégorie de grands immeubles. Les premiers exemples de ce type furent le Home Insurance Building () construit entre 1884 et 1885, le Rookery Building () construit entre 1885 et 1888, et le Monadnock Building () construit entre 1889 et 1893. Le nombre de ces édifices augmenta rapidement et ils furent appelés « gratte-ciel » (ou égratigne-ciel) à partir de 1888. Ils devinrent une destination attractive pour les touristes car ils offrirent une vue imprenable sur le panorama de la ville.

Construit entre 1882 et 1885 par l'architecte William W. Boyington, le Old Chicago Board of Trade Building devint à son achèvement le premier bâtiment de Chicago à être alimenté en électricité et devint également l'édifice le plus haut de la ville avec une hauteur de pour 10 étagesZaloom, p. 26. Cependant, le Old Chicago Board of Trade Building n'eut pas les caractéristiques requises pour être considéré comme un gratte-ciel, en effet il fut surmonté d'un beffroi.

À la suite de la construction du Home Insurance Building, du Rookery Building et du Montauk Building dans les années 1880, Chicago fut alors à la pointe de ce mouvement architectural et de nombreux gratte-ciel furent construits dans le secteur du Loop au début des années 1890. En 1893, Chicago compta 12 immeubles de plus de 16 étages dans le quartier d'affaires. À cette époque, les constructions furent néanmoins entravées par les limites contemporaines des structures métalliques et par le sous-sol instable de la ville qui empêchèrent la plupart des bâtiments de dépasser 20 étages. Souvent rattachés à l'École de Chicago, la plupart de ces immeubles essayèrent d'associer des considérations esthétiques traditionnelles et pratiques. Ils abritèrent des magasins et des restaurants dans les étages inférieurs et des bureaux dans les étages supérieurs de leur large structure de plan carré de style néo-classique. Aussi, privilégiaient-ils assez souvent l'emploi d'ornements recherchés dans les halls et au niveau des rez-de-chaussée. À l'inverse, les gratte-ciel new-yorkais furent fréquemment des tours étroites dont le style plus éclectique fut souvent critiqué pour son manque d'élégance. Après qu'un décret du conseil municipal de Chicago eut interdit la construction de nouveaux immeubles de plus de (), la construction de bâtiments plus hauts se concentra dans la ville de New York. vignette|upright|Le Home Insurance Building est considéré comme étant le premier gratte-ciel de l'histoire de l'architecture (1885).

Les spécialistes sont en désaccord sur l'identité du bâtiment qui devrait être considéré comme le premier « » (gratte-ciel), en effet il est difficile de dire quel est le premier gratte-ciel de l'histoire de l'architecture. Les New-Yorkais affirment qu'il s'agit du New York Tribune Building (1873, ), dessiné par Richard Morris Hunt, d'autres considèrent que c'est le Home Insurance Building (1884-1885) à Chicago édifié par les membres de l'École de Chicago : Louis Sullivan, William Le Baron Jenney, Daniel Burnham, William Holabird et Martin Roche. Ces architectes militent pour un style simple et utilitaire ; certains considèrent qu'ils préfigurent le mouvement rationaliste. Le terme « » était utilisé initialement dans les années 1780 pour désigner un cheval particulièrement grand avant d'être appliqué à la voile située au sommet du mât d'un navire, aux chapeaux et aux hommes de grande taille, et à une balle envoyée très haut dans les airs. Il commença à être appliqué aux bâtiments dans les années 1880 d'abord pour les grands monuments puis en 1889 pour les hauts ensembles de bureaux qui apparurent dans la décennie suivante. L'identification du premier véritable gratte-ciel n'est pas évidente et divers candidats furent proposés suivant le critère utilisé.