Le musée national des Arts et Traditions populaires (MNATP) est un musée national français créé par le décret du , sur la base des collections du département des arts et traditions populaires, institué en 1937 au sein du musée de l'Homme. Situé depuis 1972 dans le bois de Boulogne ( de Paris), ce musée d'ethnologie présentait une vision synthétique de la société française traditionnelle, rurale et artisanale pour l'essentiel, depuis le jusqu'aux années 1960.

Après plus de d'existence, il a fermé ses portes au public en 2005. Ses collections constituent le fonds majeur du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM) qui a ouvert le à Marseille.

L'une de ses grandes originalités fut de se constituer en musée-laboratoire, selon la formule retenue par son fondateur Georges Henri Rivière, associant conservateurs et chercheurs. La vocation scientifique de l'établissement était ainsi mise en avant avec le Centre d'ethnologie française, rattaché au Centre national de la recherche scientifique sous la forme d'une unité mixte de recherche (UMR).

Histoire Le prédécesseur du MNATP, le « musée de folklore français » – le mot folklore étant alors entendu comme l'étude du peuple – est né en même temps que le musée d'ethnographie du Trocadéro, créé pour recueillir et exposer les collections issues des missions dans les pays du monde colonial et extra colonial français – présentés notamment dans les grandes expositions –, qui s'ouvre sous la direction du docteur Hamy, dans un palais bâti pour l'Exposition universelle de 1878. En 1884, est inaugurée la « Salle de France », qui, à côté des salles d'Afrique et d'Asie, présente des collections françaises. Le musée a notamment pour objectif de fournir une source d'inspiration pour l'industrie nationaleAnne-Marie Thiesse, La création des identités nationales, Seuil, Points H296, rééd. 2001, p. 215..

Si, à ses débuts, le musée trouve son public, il va beaucoup souffrir de la première guerre mondiale ; la salle de France est fermée en 1928. Travaillant aux côtés du docteur Paul Rivet (alors directeur du musée d'ethnographie du Trocadéro) pour l'aménagement du musée de l'Homme (ouvert en 1937), le muséographe Georges Henri Rivière observe que la France est le seul pays européen à ne pas disposer d'un musée de folklore. Le Front populaire, au pouvoir en 1936, va témoigner d'un grand intérêt pour la démocratisation culturelle, notamment sous l'impulsion de Jean Zay, ministre de l'éducation nationale et directeur des Beaux-Arts. À l'occasion de l'Exposition universelle de 1937 et grâce à la ténacité de Georges Henri Rivière, les prémices de ce que sera le musée des ATP voient le jour à partir des collections de la section française du musée d'ethnographie du Trocadéro.

Le premier musée consacré à la France « populaire », essentiellement rurale, est donc créé en 1941, sous la direction de Georges Henri Rivière. Il consiste d'abord en un « département des Arts et Traditions populaires » (crée en 1937) lié aux musées nationaux et installé dans le Palais du Trocadéro (qui deviendra le Palais de Chaillot).. Ainsi, le domaine des arts et traditions populaires se constitue en véritable objet scientifique. Des équipes d'enquêteurs sont constituées pour sillonner le monde rural et collecter des objets, témoins de la culture matérielle. Georges Henri Rivière marque sa différence avec le musée de l'Homme : alors que ce dernier est rattaché institutionnellement au Muséum national d'histoire naturelle, les ATP dépendent de la section des Beaux-Arts du ministère de l'Éducation nationale, embryon du ministère de la Culture créé par André Malraux. Le musée des ATP s'installe dans le sous-sol du Musée des monuments français, mais les collections s'agrandissant, Georges Henri Rivière, après la guerre, imagine un musée en plein air dans divers endroits de Paris.

vignette|gauche|Le bâtiment moderne du musée national des Arts et Traditions populaires inauguré en 1972. Après de nombreuses difficultés, le musée se voit attribuer un emplacement dans le Jardin d'acclimatation au Bois de Boulogne. Georges Henri Rivière travaille avec les architectes Michel Jausserand et Jean Dubuisson, qui élaborent un bâtiment alors très moderne pour abriter les collections et les équipes du musée-laboratoire. Les premières esquisses du bâtiment sont élaborées en 1953, et l'ouverture opérée finalement en 1972.. Les enquêtes et les collectes se multiplient, et celui qu'on a surnommé « Le Louvre du peuple » présente ses collections d'une double manière : dans la Galerie d'étude, ouverte en 1972, qui aborde les aspects les plus technologiques de la culture, et dans la Galerie culturelle, ouverte en 1975, qui présente dans un programme inspiré par Claude Lévi-Strauss la plupart des facettes de la vie en société de la paysannerie et de l'artisanat français. Ces présentations muséologiques, qui mettent au second plan l'environnement pour laisser l'objet seul parler, furent alors saluées comme des réalisations esthétiques remarquables, et Georges Henri Rivière fut surnommé le « magicien des vitrines ».

Si les deux galeries ne changent pas après leur installation, restant exclusivement consacrées à la France agricole traditionnelle, une série d'expositions temporaires concernera les cultures contemporaines, qu'il s'agisse des fêtes populaires, ou des pratiques urbaines comme le skate-board par exemple.

Cependant, la muséographie totalement figée, équipée d’appareils modernes (en 1970) mais vite rendus obsolètes et irréparables (Carrousel de Kodak, magnétophones Revox, l’absence d’espace d’exposition temporaire (jugé inutile par Georges Henri Rivière) ont fini par lasser le public, même les scolaires. Une refonte majeure s’imposait, pour laquelle les idées qui avaient présidé à la conception du musée – présentation intégrale et permanente des collections, rendant inutiles les réserves et les expositions temporaires… – devaient être abandonnées.

Ainsi, les années 1980 marquent un déclin de la fréquentation du musée par le public, qui conduit à une restructuration. Le comité interministériel d'Aménagement durable du territoire (CIADT) confirme en 2000 la délocalisation du MNATP-CEF et sa transformation en musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM). « Réinventer un musée, le musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée » est en 2002 le premier projet scientifique et culturel du nouveau musée ; l'installation d'une antenne du musée à Marseille, permet de nouer des partenariats locaux et d'organiser les expositions à venir. Marseille accueille le MuCEM et le Centre de conservation et de ressources documentaires (CCR).

Le MNATP devient officiellement musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée le (date du décret). En , le site parisien ferme au public, tandis que les travaux des chercheurs et des muséographes se poursuit ; le MuCEM ouvre ses portes aux visiteurs en ..

Directeurs successifs du MNATP puis du MUCEM Georges Henri Rivière, de 1937 à 1966 Jean Cuisenier, de 1966 à 1988 , de 1988 à 1992 , de 1992 à 1996 , de 1996 à 2009

Les travaux de recherche et les enquêtes de terrain depuis 1937 Dès la création du MNATP, sont engagées des missions, animées par l'équipe des conservateurs et des chercheurs.

Des séries d'enquêtes sont réalisées, notamment des enquêtes de terrain, qui permettent également de collecter des objets liés aux recherches (mobilier, textiles, ustensiles domestiques) ; les documents résultants de ces enquêtes (notes, carnets de croquis, photographies, enregistrements sonoresBlima-Barru, M. S. & Riviale, P. (2016). Les sources ethnomusicologiques des Arts et Traditions Populaires aux Archives nationales, valorisation numérique d’un patrimoine unique. Port Acadie, (30), 77–89. https://doi.org/10.7202/1056921ar) entrent dans l'« Office de documentation folklorique » (qui deviendra plus tard le service des archives et de la documentation photographique).

Parmi les enquêtes réalisées entre 1937 et 1972, plusieurs sont notables, dont : l'« enquête de Sologne » (concernant une étude des fermes, de l'artisanat, des pèlerinages et dévotions, réalisée en 1937), la « mission de folklore musical en Basse-Bretagne » (été 1939), les enquêtes faisant partie des « Chantiers intellectuels » (faites dans le Service des chantiers intellectuels du Commissariat à la Lutte contre le Chômage de la Délégation Générale à l'Équipement National ; parmi celles-ci : l'« Enquête sur l'architecture rurale » (1941-1946), l'« Enquête sur le mobilier traditionnel » (1941-1946), l'« enquête sur les techniques artisanales » (1942-1946)), l'enquête sur le patrimoine du théâtre de marionnettes français menée par Pierre Soulier en 1947 (et ayant permis au musée d'acquérir des théâtres, décors et photographies de milliers de marionnettes).

Entre 1964 et 1968, deux enquêtes sont organisées par le CNRS avec la participation du MNATP : elles sont faites au sein des Recherches coopératives sur programme (RCP) et ont consisté en une étude pluridisciplinaire de deux régions françaises : l'Aubrac et le Châtillonnais. Ces enquêtes ont là encore permis de collecter des objets locaux, ainsi que faire une reconstitution d'un « buron de l'Aubrac », une ferme où était fabriqué le fromage. Cette dernière, présentée dans le MNATP, sera un élément important de la galerie culturelle.

À partir de 1966, la recherche au sein du MNATP évolue et devient institutionnelle avec une convention entre le CNRS et la Direction des musées de France : le Centre d'ethnologie française (CEF)Martine Segalen, « Un regard sur le Centre d’ethnologie française », La revue pour l’histoire du CNRS [En ligne], 13 | 2005, mis en ligne le 03 novembre 2007, consulté le 05 janvier 2023. URL : http://journals.openedition.org/histoire-cnrs/1683 ; DOI : https://doi.org/10.4000/histoire-cnrs.1683, laboratoire associé au musée, est alors créé. Celui-ci continuera à apporter de quoi enrichir les collections du musée. Des campagnes de fouilles et d'acquisitions, financées par le CNRS et l'EHESS, dirigées par le groupe d'archéologie médiévale du MNATP, débutent à partir de 1969 ; en plus de l'acquisition de savoirs, elles permettront également un enrichissement des collections du musée par des poteries carolingiennes, des céramiques du Beauvaisis et des objets issus du village médiéval de Dracy en Côte-d'Or.

Les thématiques des enquêtes-collectes s'ouvrent plus largement à partir de 1970 ; parmi celles-ci : les enquêtes sur le cirque et la fête foraine (Zeev Gourarier, Jacqueline Christophe), sur le sida (Françoise Loux), sur le Hip-Hop et le graffiti (Claire Calogirou), sur les musiques amplifiées (Marc Touché). Là encore, les collections du musée se trouvent enrichies.

Les collections françaises d'ethnographie

Dès son ouverture en 1937, le MNATP compte dans ses collections les objets issus des collections du musée d'ethnographie du Trocadéro. Les enquêtes de terrain réalisées pour la recherche permettent la collecte d'objets, qui enrichissent les collections du musée. En 1968, l'inventaire des collections compte objets, phonogrammes, livres, périodiques, document photographiques, et des centaines de milliers de pièces d'archives documentaires et scientifiques. ; ces nombres augmenteront encore les années suivantes.

Si Georges Henri Rivière peut installer au sein des locaux du musée dans le Palais de Chaillot des expositions temporaires (entre 1951 et 1963), l'espace ne permet pas l'existence d'une exposition permanente des collections. C'est en 1975 que l'ouverture de la « galerie culturelle » dans le nouveau bâtiment sis au bois de Boulogne depuis 1972 permet d'exposer au public des collections de façon permanente et dans des locaux spécialement étudiés pour cela. Des expositions temporaires ont également lieu.