vignette|Chronologie de la vie de Démosthène Démosthène (en grec ancien / ), né à Athènes en , mort à Calaurie en , est un homme d'État athénien. Grand adversaire du roi de Macédoine Philippe II, au travers notamment de ses quatre Philippiques, il est considéré comme l'un des plus grands orateurs de l'Antiquité.

Ses problèmes d'élocution lui valent le surnom de « bègue », défaut qui selon la légende l'a contraint à s'entraîner à parler avec des cailloux dans la bouche. Toutefois, il s’est amélioré, se hissant même dans le classement des dix meilleurs orateurs grecs selon le Canon alexandrin.

Biographie Jeunesse Démosthène naît dans une famille athénienne riche et commerçante, ce qui lui vaut le mépris des vieilles familles aristocratiques ; son père, Démosthène de Péanie, possède une manufacture d'épées.Pour une biographie de Démosthène voir : .. Sa mère, Cléoboulè, aurait été d'origine scytheEschine le lui reprochera plus tard., mais ce ne fut jamais attesté et resta une accusation calomnieuse et polémique de la part de ses adversaires lors des tensions avec la Macédoine de Philippe II (si ce fait avait été avéré, cela lui aurait ôté ses droits de citoyen). À sept ans, il devient orphelin. Son père, par testament, l'a confié à trois tuteurs : deux de ses neveux, donc les cousins de Démosthène, Aphobos et Démophon, et un certain Thérippide (à ne pas confondre avec l'envoyé de Sparte en Eubée). Ses tuteurs dilapident sa fortune, par erreur de gestion ou par intention malhonnête. Le jeune homme se retrouve sérieusement appauvri.

Formations Il est d'abord élève de PlatonAulu-Gelle, Les Nuits attiques, , 13 : .. À seize ans, il assiste au procès intenté à Callistratos, en 367, et devient son élève.. Fasciné par le talent de l'orateur, il décide d'apprendre la rhétorique et devient l'élève d'Isée, un autre orateur attique qui s'était spécialisé dans les affaires de succession. Selon Plutarque, lors de son premier discours en public, l'assistance se moque de son problème d'élocution et de ses gestes maladroits.

Démosthène s'efforce alors de rectifier ces défauts, allant jusqu'à s'entraîner à parler avec de petits galets dans la bouche (anecdote remise en cause par Patrice Brun.), ou même en s'exerçant à dominer de la voix le bruit d'une mer furieuse. Il s'enferme régulièrement chez lui pour étudier le style de Thucydide. À cause de toutes ces préparations, et de sa réticence à improviser, les autres orateurs lui reprochent souvent de « sentir la lampe » et de n'avoir aucun don naturel.

Le fait est que pendant la suite de sa carrière, Démosthène accorde toujours beaucoup d'importance à la forme du discours. Plutarque rapporte ainsi :

Procès et carrière de logographe À l’âge de , Démosthène intente une série de procès contre ses anciens tuteurs, avec son premier discours judiciaire, Contre Aphobos, suivi du Contre Onètor. Pourparlers et discussions durent trois années au bout desquelles il gagne enfin sa cause en 363 av. J.-C., mais il ne peut recouvrer qu'une partie de son héritage initial, estimé à 14 talents (une fortune considérable pour l’époque). Il obtient un préjudice de 10 talents, remportant donc son procès.

Démosthène se lance ensuite dans la carrière de son maître Isée, devenant ainsi logographe. En effet, il se consacre en premier lieu à la rédaction de discours pour des procès privés. Il la mène avec un certain succès puisqu'il a comme clients certains des plus riches Athéniens, comme Phormion, pour lequel il écrit le Pour Phormion. L'affaire porte sur la somme considérable de 20 talents.

Contre Philippe II vignette|Statue représentant Démosthène, copie romaine d'un original grec.

À , Démosthène fait de nouveau une apparition publique avec deux discours politiques. Les deux, Contre Leptine et Contre les immunités, sont dirigés contre une proposition de loi interdisant d'excepter aucun citoyen des liturgies, sauf les descendants d'Harmodios et d'Aristogiton, les tyrannoctones, assassins du tyran Hipparque.

Philippe en Thessalie (352-346) À partir de 351 av. J.-C., Démosthène s'attaque à un défi d'une toute autre ampleur : il s'efforce de combattre le pouvoir grandissant du roi de Macédoine dont le royaume, jusque-là périphérique, est devenu la puissance majeure du monde égéen. Le Macédonien vient d'intervenir en Thrace, menaçant ainsi les clérouquies d'Athènes et ses routes d'approvisionnement en blé. Les Athéniens sont démoralisés et enclins au défaitisme.

C'est alors que Démosthène prononce sa première Philippique. Il commence par montrer à ses concitoyens que la situation n'est mauvaise qu'en raison de leur inactivité, et qu'inversement un sursaut d'énergie peut renverser les choses. En pratique, il propose d'envoyer un corps expéditionnaire en Macédoine même. Démosthène s'oppose donc, par son volontarisme, à la politique défensive prônée par l'orateur Euboulos. La majorité du peuple suit ce dernier.

L’appel d’Olynthe Parallèlement, la cité d'Olynthe, alliée d’Athènes, s'inquiète elle aussi de l'accroissement du pouvoir du roi macédonien. Elle a commencé à se rapprocher d'Athènes et a même signé une paix séparée pendant l'hiver 352/351. En 349, Philippe exige d'Olynthe qu'elle lui remette deux réfugiés politiques macédoniens. Devant le refus de la cité, il envahit la Chalcidique. Olynthe appelle aussitôt Athènes à l'aide.

Dans sa première Olynthienne, Démosthène soutient la requête d'Olynthe tout en dénonçant l'inaction de ses concitoyens. Il y expose un plan en deux volets : envoyer un contingent au secours d'Olynthe et attaquer directement le royaume de Philippe. Si les Athéniens concluent bien un traité d'alliance avec Olynthe, ils rechignent à expédier des troupes, effrayés par la perspective d'une guerre avec Philippe. Pour achever d'emporter leur assentiment, Démosthène prononce sa seconde Olynthienne, dans laquelle il entend démontrer la fragilité de la puissance de Philippe : ses alliés se retourneront contre lui, promet-il, au premier échec. Ce second discours n'est suivi d'aucune mesure effective, aussi Démosthène compose-t-il sa troisième Olynthienne, attaquant la loi d'Euboulos : cette loi imposait de transférer les excédents du / (sorte de budget de la cité) au fonds des spectacles, le / theôrikón, alors que depuis Thémistocle ils étaient affectés aux dépenses militaires de la cité. Les Athéniens refusent d'abroger cette loi, mais votent l'envoi de secours — si faibles qu'ils n'empêchent pas Olynthe de capituler. Qui plus est l’attention des Athéniens est détournée par la révolte d’Eubée, l’un de leurs alliés. Cette rébellion est poussée par le roi macédonien.

Avant même la chute d'Olynthe, Philippe a proposé la paix à Athènes, sans doute parce qu'il préfère se consacrer à l'expansion vers le sud et l'est. En réponse, l'orateur Philocrate fait voter un décret autorisant le Macédonien à envoyer des hérauts. Démosthène est associé depuis le début aux entreprises de Philocrate. Il ne s'agit pas d'une volte-face : l'orateur entend profiter de ce répit pour renforcer les défenses d'Athènes. Parallèlement, Athènes approche les cités grecques, en leur proposant un sursaut panhellénique anti-macédonien. Cette initiative connaît l'échec, dans une relative indifférence athénienne. En effet, la cité a désormais le regard tourné vers les protagonistes de la troisième guerre sacrée.

Implication dans la troisième guerre sacrée Pour empêcher une intervention macédonienne, les Phocidiens confient la garde du défilé des Thermopyles aux Spartiates et aux Athéniens. La menace directe sur la Grèce centrale et le Péloponnèse semble écartée. De nouveau, Athènes envoie des ambassades pour fédérer les cités grecques, que ce soit pour la guerre ou pour la paix. Un retournement de situation survient alors : un nouveau coup d'État provoque un revirement des Phocidiens en faveur de Philippe. Les contingents spartiate et athénien se voient interdire l'accès aux Thermopyles. Une ambassade comprenant Démosthène et Eschine est envoyée d'urgence à Philippe, dans l'espoir de conclure une paix. Eschine prétendra que Sur l'ambassade, 34-35.. Démosthène doit donc de nouveau consentir une paix temporaire, compte tenu de la faiblesse dans laquelle se trouve Athènes.

Dès 344, la deuxième et la troisième (341) Philippique exhortent de nouveau les Grecs à réagir :

La bataille de Chéronée et ses conséquences La bataille de Chéronée est un évènement qui suit la fin de la Quatrième guerre sacrée. Cette dernière s’achève par la prise d’Amphissa par Philippe II au printemps, conformément aux ordres du conseil amphictyonique de Delphes. Philippe II mène de nouvelles expéditions à l’Est et tente de s'emparer des Thermopyles, lors de la Troisième guerre sacrée (356-346). Cette attitude provoque le mécontentement de Thèbes, pourtant son ancienne alliée. La bataille de Chéronée représente des enjeux importants, car elle transforme profondément l'équilibre du monde égéen. Face à la menace macédonienne, Athènes scelle une alliance avec Thèbes. Malgré cette coalition, Athènes et les cités grecques subissent une défaite décisive dans la plaine béotienne à Chéronée 338. Démosthène redoute alors un siège en Attique, craignant que Philippe II n'inflige à Athènes le même châtiment sévère que ses troupes macédoniennes ont fait subir à Thèbes. Contre toute attente, Philippe II épargne Athènes et propose aux cités de se réunir à Corinthe (traité de Corinthe).

À la suite de cette défaite, Démosthène continue à plaider en faveur de la résistance aux Macédoniens, par exemple dans son Oraison funèbre des morts de la guerre. Nommé commissaire chargé de la surveillance des travaux de reconstruction des fortifications, Démosthène y contribue sur sa propre fortune. En 337, son allié Ctésiphon propose que, pour récompenser Démosthène, la cité décerne à ce dernier une couronne d'or, lors des Grandes Dionysies. Eschine, un autre des orateurs attiques, attaque le projet comme illégal dans son Contre Ctésiphon : Démosthène n'a en effet pas rendu de comptes à l'issue de son mandat. Si Eschine a raison d'un point de vue juridique, de toute évidence, il s'agit pour lui d'attaquer Démosthène sur ses idées politiques. Démosthène écrit lui-même le discours de son admirateur : c'est le Sur la couronne (336-330), probablement son chef-d'œuvre. Eschine, désavoué, doit s'exiler pour ne pas subir une lourde peine.

Démosthène face au règne d’Alexandre le Grand

À la mort de Philippe II, Démosthène se réjouit, bien qu’ayant perdu sa fille la même année (-336). « Ce n’était que le septième jour après la mort de sa fille, et même si les cérémonies de deuil n’étaient pas terminées, il a mis une couronne sur sa tête et des robes blanches sur son corps, et s’est tenu là, faisant des offrandes en action de grâce, violant toute décence. »

Selon EschinesIl pense que c’est la fin de l’hégémonie macédonienne et il incite les Athéniens à porter des couronnes. Pourtant, Alexandre s’impose et se fait approuver par les différentes cités et conseils : Démosthène faisait partie de l’ambassade athénienne envoyée au nouveau roi, mais s’en dissocie au cours du voyage. Afin de s’opposer, il se serait rapproché d’un homme de la cour macédonienne : Attale, père de Cléopâtre, une des épouses de Philippe II. Selon Diodore de Sicile : la cité d’Athènes et Attale auraient conclu un accord de coopération par le biais de Démosthène. Parallèlement, tente de soulever les Grecs contre Alexandre pour arrêter le projet de conquête d’Asie. Il propose à Athènes 300 talents, ce que la cité refuse, mais une partie aurait été versée à Démosthène qui aurait alors mené plusieurs liturgies. Il incite également les Thébains à se révolter contre la garnison macédonienne installée dans la cité. Il tente de convaincre les Athéniens avec un témoin oculaire de la mort du roi à la frontière illyrienne en 305. Mais Alexandre arrive en Grèce et écrase les insurgés. Démosthène adopte alors une politique plus prudente.