L'histoire de la soie semble débuter, selon les découvertes récentes, en Chine entre 3000 et 2000 ans (le plus vieux fragment de soie découvert en Chine datant de Nicolas Constans, Les Dossiers de la Recherche, Hors Série N 44, août 2011, ). Elle se serait poursuivie ensuite avec trois millénaires d’exclusivité durant lesquels la Chine aurait fait commerce de ce tissu précieux sans jamais en transmettre le secret. L’art de fabriquer la soie se serait ensuite progressivement transmis aux autres civilisations par le biais d'espions de tous genres (moines, princesses…), de pillards et de marchands.
Cependant, des découvertes récentes dans la Vallée de l'Indus (à Harappa et à Chanhu Daro), entre l'Inde et le Pakistan actuels, laissent à penser que la civilisation qui y vivait (2800 à 1900 ) connaissait et maîtrisait déjà l'usage de la soie.
Arrivée en Europe occidentale à la fin du Moyen Âge, la production de soie parvient au stade de l'industrialisation à partir du . Puis, elle connaît un grave déclin lié à l’essor rapide de la fabrication dans certains pays d’Asie et aux épidémies qui touchent les vers à soie en France. Elle est finalement redevenue une production essentiellement asiatique.
Mythes et légendes de l’origine de la soie
La soie resta si longtemps un mystère que les nombreuses civilisations qui la découvrirent, notamment grâce aux routes de la soie qui parcourent l'Eurasie, inventèrent maintes légendes à son propos.
Les légendes persanes rendent compte de l'apparition du premier couple de vers à soie, éclos sur le corps de Job, alors attaqué par la vermine.
Par ailleurs, les écrits de Confucius et la tradition chinoiseSilk - its manufacture and its history » racontent qu'au un cocon de ver à soie serait tombé dans la tasse de thé de l’impératrice Leizu. Voulant l'extraire de sa boisson, la jeune fille de quatorze ans aurait commencé à dérouler le fil du cocon. Elle aurait alors eu l’idée de le tisser. Ayant ensuite observé la vie du bombyx du mûrier sur recommandation de son mari, l'Empereur Jaune Huangdi, elle aurait commencé à enseigner à son entourage l'art de son élevage, la sériciculture. Depuis, la jeune femme reste dans la mythologie chinoise comme déesse de la soie.
La soie aurait ensuite quitté la Chine vers l'Inde dans la chevelure d’une princesse promise à un prince de Khotan. Cette dernière, refusant de se priver de l’étoffe qu'elle adorait, aurait enfreint l'interdiction impériale d’exportation de vers à soie.
Si la soie est rapidement exportée vers des pays étrangers, la sériciculture demeure un secret soigneusement conservé par les Chinois. Les autres peuples inventent alors diverses origines à ce tissu merveilleux. Ainsi, plus tard dans l’Antiquité, les Romains, grands admirateurs du tissu, restaient persuadés que les Chinois récupéraient le fil sur les feuilles des arbresLire : Jean-Noël Robert, « Les relations entre le monde romain et la Chine : la tentation du Far East », Clio 2006., para. Les Sères, peuple inconnu d'un pays introuvable. C’est par exemple ce qu’affirmait Pline l'Ancien dans son Histoire naturelleLes Sères, célèbres par la laine de leurs forêts ; […] détachent le duvet blanc des feuilles, en l'arrosant d'eau; puis les femmes exécutent le double travail de dévider et de tisser (Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre VI, 20) ou Virgile dans les Georgiques.
L'exclusivité chinoise Apparition de la soie Il n’est pas possible de dater précisément l’apparition de ce tissu. Le plus vieux fragment de soie découvert en Chine date de -2570. D'autres fragments ont été retrouvés dans les tombes royales de la dynastie des Shang qui régnèrent du Charles Meyer, in Des mûriers dans le jardin du mandarin, Historia, , décembre 2000..
L'exclusivité chinoise de l'usage de la soie semble cependant toute relative. En effet, des découvertes récentes dans la Vallée de l'Indus (à Harappa et à Chanhu daro), entre l'Inde et le Pakistan actuels, laissent à penser que la civilisation qui y vivait (2800 à 1900 ) connaissait et maîtrisait déjà l'usage de la soie.
En Chine, l’usage quotidien de la soie ne semble réellement prendre son essor que sous la dynastie des Han, c’est-à-dire deux siècles avant notre ère. À cette époque, la Chine a déjà perdu son secret puisque les Coréens, les Japonais, et plus tard les Indiens, parvinrent à le découvrir. Des allusions au tissu dans l'Ancien Testament montrent qu’il était connu dans l'Ouest de l'Asie aux temps bibliques« Soie » (§2. Historique), Encyclopédie Encarta. Les spécialistes pensent que dès le , les Chinois avaient mis en place un réseau commercial visant à exporter la soie vers l'Occident. Elle était par exemple utilisée par la cour de Perse et son roi Darius III lorsqu'Alexandre le Grand fit la conquête de cet empire. Bien que la soie fût diffusée rapidement à travers l'Eurasie, sa production resta pendant trois millénaires l'exclusivité de la Chine (avec l'exception du Japon).
Usage de la soie dans la Chine antique et médiévale En Chine, pays qui concentre l’essentiel de l’usage et de la production, la culture du mûrier et l’élevage des vers à soie sont initialement destinés aux femmes. Des milliers d’entre elles s’y dédient. Bien que certains voient dans le développement du produit un luxe inutile, la soie suscite un réel engouement dans la haute société si bien que le Liji en réglemente l'usage vis-à-vis du protocole impérial. Les paysans n’eurent pas le droit de porter de la soie avant plusieurs siècles et la dynastie des Qing (1644-1911).
Le port de la soie devient exclusif à la famille impériale et aux plus hauts dignitaires pour environ un millénaire. Puis, progressivement, il s'étend à d'autres classes de la société chinoise. En plus d'être porté, le tissu est souvent destiné à des fins décoratives. Il est, de plus, assez rapidement utilisé dans une optique économique : dans certains instruments de musique, la pêche ou encore les arcs.
Le papier fut certainement l'une des grandes découvertes de la Chine. Dès le , on fabrique en Asie des papiers à toute petite échelle avec les matériaux les plus divers Histoire des techniques - Gille. Le papier à écorce de mûriers daterait du La soie, le bambou, le lin, la paille de riz ou de blé furent employés indifféremment. Le papier élaboré avec la soie devient ainsi le premier papier de luxe. On a retrouvé dans la tombe d’une marquise morte vers 168, à Mawangdui (Hunan), des preuves de l'écriture sur soie dès cette époque (voir ci-contre). Le matériau était certes plus onéreux, mais aussi plus pratique que le bambou. Nous avons ainsi découvert des traités portant sur de nombreuses sciences (météorologie, médecine, astrologie, divination…) ou même des cartes géographiques. dont le support était la soie.
Durant la dynastie des Han, la soie devient progressivement une valeur de luxe pour elle-même et non plus un simple matériau. On l'utilise comme monnaieA Rome, elle était équivalente à son poids en or. pour payer les fonctionnaires et récompenser les citoyens particulièrement méritants. Au même titre qu’on estime parfois le prix des produits selon un certain poids en or, la longueur de tissu devient un étalon monétaire en Chine. L'usage de la soie devient si important que « soie » (纟) constitua bientôt une des principales « clés » de l'alphabet chinois (230 des caractères les plus fréquents l’utilisent).
La richesse qu'apporte la soie à la Chine attise la convoitise des peuples voisins. À partir du , les Xiongnu, ancêtres des Huns, pillent régulièrement, et pendant environ deux siècles et demi, les provinces de l'empire des Han. La soie est alors souvent offerte par l'empereur à ces peuplades en échange de la paix. Pendant plus d'un millénaire, la soie reste le principal cadeau diplomatique de l'empereur de Chine à ses voisins ou à ses vassaux.
De façon générale, l’usage de la soie répond longtemps en Chine à un code très précis. Les empereurs Tang imposent par exemple aux mandarins l'usage d'une couleur particulière selon leurs différentes fonctions dans la société. Sous les Ming, la soie se décline dans toute une série d'accessoires : mouchoirs, porte-monnaie, ceintures ou encore port d'un morceau d'étoffe brodé renvoyant à l’un des douze animaux réels ou fabuleux. Ces accessoires de mode restent souvent associés à une position particulière ; il y a un bonnet pour le guerrier, un pour le juge, un pour les nobles, d'autres à usage religieux. Les femmes de la haute société chinoise respectent elles aussi des pratiques codifiées et font un usage très important de la soie dans leurs vêtements auxquels s’ajoutent d’innombrables motifs. On en a retrouvé des descriptions, comme dans le roman Jin Ping Mei dont l'intrigue est située au :
La soie chinoise et son commerce C'est sur l'île de Cos que l'art de façonner la soie a été inventée d'abord, et d’après Aristote, on en donne l'honneur à Pamphile, fille de Platès. Cette découverte ne fut pas longtemps inconnue aux Romains. On leur apportait la soie de Sérica [de Chine] qui était le lieu où on trouvait les vers qui la produisent. Mais ils étaient si éloignés de tirer avantage de cette découverte, qu'on ne put pas venir à bout de leur faire croire qu'un fil si beau était l'ouvrage d'un ver, et qu'ils formaient là-dessus mille conjectures chimériques. La soie est rapidement devenue une matière de luxe appréciée des pays étrangers comme l'attestent de nombreuses découvertes. Son commerce est largement antérieur à l'ouverture officielle des routes de la soie par les Chinois. Antériorité attestée par la découverte dans la Vallée des rois d'une momie égyptienne datée de 1070 av. J.-C. et accompagnée de soie History of Silk, Silk road Foundation.
Les Grecs puis les Romains commencent à parler des Seres (« soyeux ») à partir du pour désigner les habitants d’un royaume lointain, la Chine. D’après certains historiens, le premier contact des Romains avec la soie fut celui des légions du gouverneur de Syrie, Licinius Crassus. À la bataille de Carrhes, près de l'Euphrate, les légionnaires furent si surpris par la brillance des bannières de l’armée parthe qu’ils prirent la fuite .
La route de la soie vers l’Ouest est ouverte par les Chinois à partir du . La principale part de Pékin pour passer au Sud ou au Nord du désert du Taklamakan, l’un des plus arides du monde, avant de traverser le Pamir. Les caravanes qui empruntent cette voie pour échanger la soie contre d’autres marchandises sont généralement importantes, incluant de 100 à 500 personnes et des chameaux et yaks portant environ 140 kilogrammes de marchandises. Elles rejoignaient Antioche et les côtes de la Méditerranée au bout d’une année. Au Sud, une route secondaire passait par le Yunnan, la Birmanie, puis l'Inde avant de rejoindre celle du NordSources : « Histoire de la Route de la soie », Encyclopaedia Universalis Charles Meyer, « Les routes de la soie : 22 siècles d'aventure », Historia, décembre 2000..
Peu après la conquête de l'Égypte en 30 av. J.-C., se met en place un commerce régulier entre les Romains et l’Asie, marqué par l’appétit des Romains pour ce tissu venu d’Extrême-Orient qu’est la soie que leur revendent les Parthes. Cet appétit est si important que le sénat romain décide, en vain, de prohiber le port de la soie, autant pour des raisons économiques que morales. L’importation de la soie chinoise provoque d’importantes sorties d’or vers l’étranger, tandis que les vêtements en soie étaient perçus comme un signe de décadence et d’immoralité.
Cette critique n’empêche pas la soie de s’imposer à Rome. Vers 380, Ammien Marcellin nous rapporte que « l’usage de la soie, qui était jusqu’alors réservé à la noblesse, s’est étendu à toutes les classes sans distinction, même les plus humbles ».