La cathédrale Notre-Dame de Noyon est une église catholique située au centre de la ville de Noyon, dans le département français de l'Oise en région Hauts-de-France.
Elle fut le siège de l'évêché de Noyon du milieu du jusque 1790, date à laquelle ce diocèse fut supprimé et son territoire incorporé au sein du diocèse de Beauvais. En 1851, le diocèse de Beauvais prit le nom de diocèse de Beauvais-Noyon.
La cathédrale Notre-Dame de Noyon, construite à partir de 1145, est l'un des premiers jalons de l'architecture gothique. Autour d'elle subsiste une partie du groupe épiscopal et du quartier canonial tel qu'il a évolué au fil du temps : les ruines de la chapelle de l'évêque, bâtie au ; un bâtiment ayant fait fonction de réfectoire des chanoines, puis de salle capitulaire, construit au , ainsi qu'un cloître de la même époque ; la bibliothèque du chapitre, qui date du ; le palais épiscopal du ; enfin les maisons des chanoines, réédifiées suivant les cas au ou au . L'ancienne ., dont les parties les plus anciennes remontent au , servait de paroisse à tous les habitants qui résidaient dans ce quartier.
Un trait spécifique de la cathédrale Notre-Dame de Noyon est son transept, dont chaque bras se termine par une abside. Ce choix architectural est une expérience sans lendemain des constructeurs de la première génération gothique, imitée seulement pour le bras sud de la cathédrale de Soissons. La cathédrale est aujourd'hui au centre de la paroisse Saint-Éloi de Noyon.
Histoire
Les premières cathédrales Les cathédrales mérovingiennes Une première cathédrale aurait été construite au début du haut Moyen Âge, peut-être lorsque l'évêque Médard déplaça le siège de son diocèse de Vermand (près de Saint-Quentin) à Noyon, ville entourée de remparts, en 531. Elle est attestée vers 658 ou 659 et semble avoir été alors en mauvais état.
Elle fut probablement détruite lors d'un incendie qui ravagea la ville en 676, malgré un récit de la vie de sainte Godeberthe qui raconte comment la sainte aurait miraculeusement protégé la cathédrale des flammes. La cathédrale fut probablement reconstruite après l'incendie de 676. Le nouvel édifice était sans doute celui qui accueillit le couronnement de Charlemagne en 768.
La cathédrale carolingienne En 859, une attaque des Normands, qui pillèrent la ville et massacrèrent les habitants, conduisit à une nouvelle destruction. La reconstruction eut lieu à une date inconnue : l'édifice est attesté en 932 dans les Annales de Flodoard, il devait alors occuper sensiblement le même espace qu'aujourd'hui. Aucun vestige de ces trois premiers édifices n'a pu être retrouvé lors des fouilles archéologiques de 1921-1923. Certains chercheurs, parmi lesquels Eugène Lefèvre-Pontalis, ont également envisagé l'existence d'une quatrième cathédrale avant celle que nous connaissons, dont la construction aurait eu lieu au , mais cette hypothèse est remise en cause aujourd'hui. L'église carolingienne aurait plutôt été restaurée et redécorée à la fin du .
La cathédrale gothique La construction de la cathédrale aux En 1131, un incendie détruisit la cathédrale et ravagea une bonne partie de la ville de NoyonCet événement est rapporté dans deux lettres, datées du 27 juin 1131, du pape Innocent II qui, chassé de Rome, se trouvait alors en exil à Crépy-en-Valois.. La question de la reconstruction se posa alors, mais la date précise du début du chantier est mal connue.
Le chantier de l'actuelle Notre-Dame de Noyon débuta par la construction des chapelles rayonnantes après 1150. Ce chantier fut lancé par l'évêque Baudouin II. Cependant, depuis 1146, le diocèse de Noyon était séparé de celui de Tournai, ce qui représentait une perte de revenu substantielle. La translation des reliques de saint Eloi en 1157 peut alors être interprétée comme un événement qui avait pour but de recueillir des fonds pour le chantier en cours : il s'agit très probablement des chapelles rayonnantes.
En 1167 eut lieu une nouvelle translation de reliques. Il s'agissait cette fois de celles de sainte Godeberthe. Là encore, le but était probablement la collecte de fonds pour le chantier. A cette époque, les bâtisseurs construisaient les parties basses du transept. Ce dernier fut peut-être achevé en 1183, date à laquelle se termina le chantier de la chapelle épiscopale Saint-Nicolas, qui y est relié : l'un et l'autre ont dû être construits à la même époque. En 1185, un règlement de l'évêque Renaud sur le rôle de deux sergents au service de l'église laisse entendre que le chevet, le transept et les travées orientales de la nef étaient achevés.
Enfin, en 1231, un acte indiquant que les marguilliers devaient faire sonner les grandes cloches nous apprend que la nef et la façade, notamment le beffroi de la tour nord, étaient terminésThiebaut Jacques, Les cathédrales gothiques en Picardie, CRDP d'Amiens, 1987 p. 39-40..
Ajouts et restaurations aux Les travaux se poursuivirent immédiatement avec la construction d'un cloître à trois galeries, qui donne à l'ouest sur la salle capitulaire, et à l'est sur la sacristie, construite au .
Le , un incendie endommagea la cathédrale surtout dans sa partie ouest. À la suite de ce sinistre, une restauration de la tour nord s'imposa. Les chapelles du bas-côté nord furent édifiées peu après, au début du , ainsi qu'une seule chapelle sur le bas-côté sud. La présence de trous d'évacuations bouchés à l'emplacement des arcs-boutants atteste de leur ajout ultérieurement, sans doute lié à l'incendie de 1293 qui affaiblit la structure et causé un écart de 30 centimètres entre la base et le sommet des piliersChristine Le Goff et Gary Glassman, Les cathédrales dévoilées, 2010, 90 min, voir arte.tv/cathedrales.
Dans la seconde moitié du eut lieu une campagne de restauration, qui employa les maîtres-maçons Florent Bleuet et Pierre Tarisel. Ils reprirent la tour nord du chevet, les piliers des travées droites de chœur et les voûtes de deux travées du bras sud du transept, et réparèrent plusieurs voûtes de la nef, la tour nord de la façade et quelques arcs-boutants.
Au , de nouveaux travaux modifièrent les tours du chevet. Une dernière campagne entre 1747 et 1753 modifia le chevet et l'abside.
Les restaurations du La cathédrale souffrit pendant la Révolution française, et, en 1840, elle fut classée sur la première liste des monuments historiques, qui regroupe des édifices qui avaient un besoin urgent de financement pour des travaux. Ces travaux commencèrent en 1843, puis une deuxième campagne eut lieu entre 1860 et 1872. Tout l'extérieur du chevet fut repris, et les fenêtres hautes furent modifiées. Une troisième série de travaux, à partir de 1884, transforma le bras sud du transept.
A leur tour, la salle capitulaire et le cloître furent classés en 1862, puis en 1889, la bibliothèque.
La cathédrale dévastée pendant la Grande Guerre Durant la Première Guerre mondiale où elle fut bombardée, la cathédrale subit des dommages considérables. La voûte de l'hémicycle s'effondra au sortir du conflit. Un important travail de reconstruction s’avéra indispensable. Il dura vingt années, jusqu'en 1938. Menés par , architecte en chef des monuments historiques pour l'Oise, ces travaux montrèrent un plus grand souci de respect des vestiges que ceux qui avaient été menés au ; ils étaient en outre documentés photographiquement, ce qui permit une meilleure analyse archéologique du bâtiment.
Retour à la tradition liturgique Depuis , la messe y est célébrée le dimanche soir à 18 heures suivant le rite tridentin (forme extraordinaire du rite romain), c'est-à-dire en latin et d'après les usages antérieurs à la réforme liturgique issue du II concile œcuménique du Vatican (Vatican II)..
Aperçu général Plan et élévation vignette|250px|Plan au sol.
La cathédrale de Noyon est bâtie sur un plan en croix latine.
Le chevet est composé de trois travées rectangulaires et d'un rond-point semi-circulaire. Il est entouré d'un bas-côté et d'un déambulatoire, autour desquels sont construits deux tours carrées, quatre chapelles rectangulaires et cinq chapelles rayonnantes semi-circulaires.
Les deux bras du transept se terminent en abside, ce qui constitue la principale originalité de l'édifice. Ils répètent le même modèle que le chevet, mais sans bas-côté, déambulatoire ni chapelles, ce qui donne au visiteur l'impression d'une version plus réduite.
Les bâtisseurs de la nef ont donné au vaisseau principal un système de voûtement assez particulier : au sol, les supports alternent pile forte et pile faible, ce qui semble appeler une voûte d'ogives sexpartites, comme à la cathédrale de Sens. Cependant, les maîtres maçons ont construit une voûte quadripartite, ce qui a intrigué les chercheurs.
La façade ouest comporte un porche à trois portes ajouté au , et deux tours qui n'ont jamais été terminées, leurs portions les plus hautes datant du ; ses motifs décoratifs ont été grandement abîmés.
L'élévation de la nef comme celle du chœur est à quatre niveaux : grandes arcades, tribunes, triforium qui prend la forme d'arcatures aveugles et fenêtres hautes. Ces arcatures aveugles qui composaient une couronne céleste autour du sanctuaire..
Sur les bas-côtés nord de la nef s'ouvrent six chapelles latérales, sur le bas-côté sud, elles sont au nombre de trois et beaucoup plus vastes. Les arcs-boutants de la cathédrale furent reconstruits au .
Dimensions
Longueur totale hors œuvre : Longueur dans œuvre : Longueur du transept : Largeur totale dans œuvre du sanctuaire, sans les chapelles latérales : . Largeur de la nef entre les axes des colonnes : Largeur de chaque collatéral : Largeur du transept dans œuvre : Hauteur des voûtes de la nef : Hauteur des voûtes des bas-côtés de la nef : Hauteur des voûtes du déambulatoire : Hauteur des voûtes des chapelles absidiales : Largeur de la façade occidentale : Hauteur de la tour nord : (à comparer à Notre-Dame de Paris : )
La tour nord a été remaniée à la suite du grand incendie du , son élévation est plus importante que celle de la tour sud, sa décoration est plus riche.Les flèches prévues initialement n'ont jamais été construites.
Matériaux de construction
La cathédrale est construite en pierre de taille issue des carrières situées sur les collines datant du Tertiaire non loin de la ville. Il s'agit essentiellement de calcaires du Lutétien, datant d'environ 45 Ma. Ils proviennent probablement du mont Saint-Siméon au nord-est de Noyon, car les différents calcaires repérés sur la cathédrale s'y trouvent. Les assises de soubassement sont cependant en grès éocène (Bartonien, environ 40 Ma), une pierre dure et étanche qui permet de protéger les murs des remontées d'humidité, ce grès provient de terrains d'un niveau supérieur aux calcaires lutétiens et donc un peu plus à l'estGuide de la géologie en France, éditions Belin, 2008, , page 589..
Description
Extérieur
La façade vignette|200px|Les tours de la cathédrale.
Le soubassement du massif occidental de la cathédrale de Noyon est bâti en pierre calcaire, et non pas en grès comme dans les autres parties de la cathédrale. L'ensemble est aussi large que la nef de la cathédrale, et occupe l'espace d'une travée. La façade est précédée vers le parvis d'un porche à trois arcades, fermé par un mur épais sur les côtés. Initialement, le mur occidental de ce porche était plat, mais deux contreforts ont été ajoutés, entre les arcades, au . Derrière ces arcades, trois portails subsistent à l'état de fragments. Ils ont été détériorés lors de la Révolution française. Un tapis de motifs floraux couvre les parties basses des ébrasements et des trumeaux, ainsi que les linteaux. Les statues d'ébrasement sont perdues. Le portail central représentait le Jugement dernier. L'ensemble était proche des portails de la cathédrale d'Amiens, réalisés vers 1225-1235. On peut en déduire une production dans les années 1230-1235.