La guerre de la Ligue d'Augsbourg, également appelée guerre de Neuf Ans, guerre de la Succession palatine ou guerre de la Grande Alliance, a lieu de 1688 à 1697. D'anciens textes peuvent faire référence à la guerre de Succession d'Angleterre. En Amérique du Nord, cette guerre engendre la première guerre intercoloniale (1688–1697), appelée par l'historiographie anglaise la guerre du roi Guillaume, « ». Ces nombreuses dénominations reflètent les points de vue nationaux des historiens contemporains ou anciens sur ce conflit.

Elle opposa le roi de France , allié à l'Empire ottoman et aux jacobites irlandais et écossais, à une large coalition européenne, la ligue d'Augsbourg menée par l'Anglo-Néerlandais , l'empereur du Saint-Empire romain germanique Léopold , le roi d'Espagne , Victor-Amédée II de Savoie et de nombreux princes du Saint-Empire romain germanique. Ce conflit se déroula principalement en Europe continentale et dans les mers voisines, mais on y rattache le théâtre irlandais, où et se disputèrent le contrôle des îles Britanniques, et une campagne limitée entre les colonies anglaises et françaises et leurs alliés autochtones en Amérique du Nord. Cette guerre fut la deuxième des trois grandes guerres de Louis XIV.

À la suite de la guerre de Hollande de 1678, Louis XIV, devenu le souverain le plus puissant d'Europe, avait agrandi le territoire du royaume, mais le Roi Soleil restait insatisfait. En usant d'une combinaison d'agressions, d'annexions et de moyens quasi légaux, dont le paroxysme fut la brève guerre des Réunions (1683–1684) lui donnant entre autres la Franche-Comté, Louis XIV chercha immédiatement à étendre ses gains pour stabiliser et renforcer les frontières du royaume. La trêve de Ratisbonne qui en résulta garantissait l'extension des frontières de la France pour . Toutefois les actions de Louis XIV, en particulier la révocation de l'édit de Nantes en 1685 et ses tentatives d'expansion au-delà du Rhin, entraînèrent une détérioration de sa domination militaire et politique. La décision royale de franchir le Rhin et d'assiéger Philippsbourg en était destinée à empêcher une attaque contre la France par l'empereur Léopold et à forcer le Saint-Empire romain germanique à accepter les revendications françaises. Cependant, l'empereur et les princes allemands étaient déterminés à résister, et après que le Parlement néerlandais et Guillaume III d'Orange-Nassau eurent déclaré la guerre à la France Louis XIV devait faire face à une puissante coalition résolue à contenir et restreindre ses ambitions.

Les combats principaux eurent lieu aux frontières françaises : dans les Pays-Bas espagnols, la Rhénanie, le duché de Savoie et la Catalogne. Le conflit fut dominé par des batailles de siège comme à Mons, Namur, Charleroi et Barcelone, tandis que les batailles rangées comme à Fleurus ou à La Marsaille furent plus rares. Ces engagements tournèrent souvent à l'avantage des armées françaises, mais à partir de 1696 la France dut faire face à une grave crise économique. Les puissances maritimes (Angleterre et Provinces-Unies) étaient également ruinées ; lorsque la Savoie quitta l'Alliance, toutes les parties furent d'accord pour trouver un compromis. D'après les termes du traité de Ryswick (1697), Louis XIV conservait toute l'Alsace, mais devait rendre la Lorraine et ses gains sur la rive droite du Rhin, et reconnaissait Guillaume III d'Orange-Nassau comme le roi légitime du royaume d'Angleterre. Cependant, la mort prochaine du roi Charles II d'Espagne et la question de sa succession allaient entraîner la France et la Grande Alliance dans un nouveau conflit, la guerre de Succession d'Espagne.

Contexte (1678–1687) Dans les années suivant la guerre de Hollande (1672–1678), le roi , alors au sommet de sa puissance, entreprit d'imposer une unité religieuse à la France et d'étendre ses frontières. Pour autant, il ne souhaitait plus mener une politique militariste flexible du type qu'il avait utilisé en 1672, et compta sur la réelle supériorité militaire française pour réaliser ses desseins politiques. Proclamé le « roi Soleil », Louis XIV, conscient qu'il n'avait pas réussi à réaliser ses objectifs stratégiques contre les Néerlandais, décida de privilégier les menaces à la guerre ouverte pour intimider ses voisins et parvenir à ses fins..

Son secrétaire d'État de la Guerre, Louvois, son ministre des Affaires étrangères, Colbert de Croissy, et son stratège militaire Vauban développaient la politique défensive de la France.. Vauban avait prévu la mise en place d'un réseau de puissantes forteresses aux frontières permettant de bloquer les ennemis de Louis XIV. Pour mettre en place un système efficace, il fallait cependant conquérir une frontière linéaire. Cette rationalisation des frontières rendrait la France plus facilement défendable, tout en renforçant une véritable unité nationale. Néanmoins, l'usage de la force pour mener une telle politique défensive constituait le principal paradoxe de cette politique. Il parvint à conquérir les territoires nécessaires à travers la politique des Réunions, combinant l'arrogance, les menaces et les moyens légaux..

Les Réunions vignette|170px|gauche|Portrait équestre de (1638–1715). Le « Roi-Soleil » était alors le souverain le plus puissant d'Europe. vignette|170px|gauche|L'empereur Léopold (1640–1705) du Saint-Empire romain germanique par Benjamin Block.

Les traités de Nimègue et de Westphalie fournissaient à Louis XIV une argumentaire juridique à sa politique des Réunions. Ces traités accordaient de nouveaux territoires à la France, mais leurs formulations ambigües les rendaient imprécis, contradictoires, ne spécifiant jamais précisément l'emplacement de la frontière entre le royaume de France et l'Empire. Cette imprécision mena à des interprétations multiples des traités, causes de querelles interminables dans les zones frontalières. La machinerie nécessaire à la résolution de ces ambiguïtés territoriales existait déjà par l'intermédiaire des Parlements de Metz (techniquement la seule chambre de réunion), de Besançon et une cour supérieure à Brisach, respectivement chargés de la Lorraine, de la Franche-Comté et de l'Alsace. Bien que ne constituant pas un fief mouvant du royaume de France, la Lorraine avait été intégrée au royaume après son occupation en 1670.. Sans surprise, ces cours tranchaient souvent en faveur de Louis XIV.. En 1680 le disputé comté de Montbéliard avait été séparé du duché de Wurtemberg, et en août Louis XIV contrôlait toute l'Alsace à l'exception de Strasbourg. La chambre des réunions de Metz avait émis des revendications sur les terres autour des Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun et sur une grande partie du duché de Luxembourg alors sous contrôle espagnol. La forteresse de Luxembourg était d'ailleurs mise sous blocus, et l'objectif était d'en faire un maillon du réseau défensif français..

Le les troupes françaises s'emparent de Strasbourg et de son avant-poste sur la rive droite du Rhin, Kehl, utilisée par les unités impériales lors des dernières phases de la guerre de Hollande. Le même jour, les unités françaises avancent sur Casale Monferrato dans le Nord de l'Italie. Cette forteresse ne fut pas prise par le processus des Réunions mais avait été achetée auparavant par Charles III Ferdinand de Mantoue. Cette ville, avec Pignerol (occupé depuis la guerre de Succession de Mantoue), permettait à la France de contrôler Victor-Amédée II, le duc de Savoie et de menacer le duché de Milan sous contrôle espagnolLe Piémont était également corseté par les deux puissantes citadelles de Casale et de Pignerol.. Toutes les revendications et les annexions des Réunions étaient d'importants points stratégiques de circulation entre la France et ses voisins, et ils furent tous immédiatement fortifiés par Vauban et incorporés dans son système de forteresses..

Ainsi, les Réunions découpaient des morceaux du territoire allemand, tandis que les annexions établissaient la puissance française en Italie. En cherchant à construire une frontière infranchissable, Louis XIV inquiétait tellement les autres nations européennes que la guerre qu'il souhaitait éviter devenait inévitable.. Seuls deux hommes d'État avaient assez de puissance pour pouvoir s'opposer à Louis XIV : Guillaume III d'Orange, stathouder des Provinces-Unies et chef naturel de l'opposition protestante, et l'empereur du Saint-Empire romain germanique, chef évident des forces anti-françaises en Allemagne et des catholiques.. Mais si Guillaume et Léopold voulaient intervenir, toute réelle opposition conjointe en 1681 – 1682 était impossible : la bourgeoisie d'Amsterdam refusait tout nouveau conflit avec la France. Ils étaient également pleinement conscients de la faiblesse actuelle, non seulement de l'Espagne mais également de l'Empire, dont un certain nombre de princes importants : de Mayence, de Trèves, de Cologne, de Saxe et de Bavière, ainsi que l'influent Frédéric-Guillaume de Brandebourg restaient favorables à la France..

Combattre sur deux fronts

Depuis l'intervention de Léopold dans la guerre de Hollande, le roi de France considère l'empereur comme un dangereux ennemi ; pourtant Louis XIV avait peu de raisons de le craindre : Léopold était faible en Allemagne et était menacé par l'Empire ottoman aux portes de la Hongrie royale. Louis XIV avait soutenu les Ottomans dans leur avancée sur les terres de la maison des Habsbourg et avait assuré à la Sublime Porte qu'il ne soutiendrait pas l'empereur. Il avait également demandé (sans succès) au roi de Pologne de ne pas se joindre à Léopold , et encouragea les princes de Transylvanie et de Hongrie à rejoindre les forces ottomanes pour se libérer du pouvoir des Habsbourg.. Lorsque les Turcs assiégèrent Vienne au printemps 1683, Louis XIV ne fit rien pour soutenir les défenseurs. Pour l'historien John Baptist Wolf, la détermination de Louis XIV à briser le pouvoir de Léopold était le signe que le souverain français visait l'hégémonie européenne. Avec la défaite des Habsbourg, la France serait la seule puissance capable de libérer les princes allemands de l'occupation ottomane, qui en remerciement pourraient l'élire lui ou l'un de ses enfants au titre d'empereur du Saint-Empire. Pour l'historien John A. Lynn, c'est un argument convaincant mais non définitif : détourner l'attention des Autrichiens en soutenant les Turcs était un vieux stratagème français et ne prouve pas la tentation de Louis XIV pour l'hégémonie universelle..

Prenant avantage de la menace ottomane à l'est, Louis XIV envahit les Pays-Bas espagnols le , et relança le siège de Luxembourg qu'il avait abandonné l'année précédente. Les Français demandaient à l'empereur et à Charles II d'Espagne de reconnaître la légalité des récentes Réunions, mais les Espagnols refusèrent de voir une autre de leurs possessions tomber entre les mains françaises.. Les options militaires de l'Espagne étaient limités, mais la défaite des Ottomans devant Vienne le l'encouragea. Dans l'espoir que Léopold pourrait faire la paix avec les Turcs et venir à son aide, Charles II déclare la guerre à la France le . Cependant l'empereur a décidé de poursuivre la guerre contre les Ottomans dans les Balkans et arrive à un compromis à l'ouest. Léopold ne souhaitant pas combattre sur deux fronts, un fort mouvement neutre dans les Provinces-Unies liant les mains de Guillaume, et l'électeur de Brandebourg étant obstinément attaché à son alliance avec Louis XIV, une victoire française totale était inévitable..