thumb|Produits alimentaires, pour la plupart ultra transformés, présentés dans les linéaires d'un supermarché (Portland, États-Unis, 2004).Photographe : Andreas Gursky.
Le concept de « société de consommation », répandu surtout à partir de la seconde moitié du , désigne un système économique et social fondé sur la création et la stimulation systématique d'un désir de profiter de biens de consommation et de services dans des proportions toujours plus importantes.
Les techniques du marketing et de la publicité sont utilisées par les cadres d'entreprise afin d'inciter leur clientèle à acheter au-delà de leurs besoins, tandis que les biens sont conçus pour avoir une courte durée de vie par le biais à la fois de l'obsolescence programmée et de l'innovation. Il s'agit de pousser à la consommation, ce qui stimule la production, toutes les mesures étant prises pour que le désir de consommer l'emporte sur toute considération éthique. Le concept de « société de consommation » est ordinairement associé à une conception du monde décrite comme matérialiste, individualiste, marchande et adepte du progrès technique privilégiant les intérêts à court terme et les plaisirs éphémères au détriment du développement durable, de l'écologie et des relations sociales. Dans une société de consommation, la croissance économique constitue l'objectif des milieux politiques et économiques (patronat et syndicats confondus). Dès lors, l'augmentation du pouvoir d'achat et le partage de la valeur ajoutée deviennent les principaux motifs de contestation des individus.
vignette|Mondialisation des fast-foods (Shenzhen, Chine, 2008).
Ayant été surtout utilisée pour critiquer le mode de vie occidental et le capitalisme, l'expression a évolué vers une critique plus large du productivisme depuis la fin de la guerre froide et la chute de l'URSS, c'est-à-dire depuis que le capitalisme n'est plus une idéologie concurrencée par un bloc adverse et qu'il s'est généralisé à l'ensemble de la planète. En outre, si le modèle de société de consommation est principalement répandu dans les pays occidentaux, qui en sont les précurseurs, dans le cadre de la mondialisation, les pays émergents l'ont également progressivement adopté ce qui a permis de stimuler leur croissance économique.
Cependant, un pan croissant de scientifiques affirme qu'une forte réduction de notre consommation est nécessaire, pour faire face à l'extinction de l'Holocène et au réchauffement climatique. Ils remettent à nouveau en cause ce modèle de société, avec pour objectif d'en sortir. Ces mêmes scientifiques proposent ainsi diverses solutions afin de créer les conditions d'une société à la fois soutenable et épanouissante.
Contexte thumb|left|Un des tout premiers supermarchés aux États-Unis, le Piggly Wiggly de Memphis en 1917|alt=Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis participent à la reconstruction des pays d'Europe au moyen du plan Marshall. Par ce biais, ils y introduisent leur style de vie, lAmerican Way of Life, dont l'un des principaux symboles depuis les années 1920 est le supermarché, un établissement de grandes surfaces pratiquant la vente au détail en libre-service de produits alimentaires et de la vie quotidienne (produits d'entretien, appareils électroménagers).
En France, on appelle « Trente Glorieuses » (1945-1975), l'époque qui caractérise l'avènement de cette société de consommation, et de ce nouveau mode de vie (qui suscita par ailleurs des contestations et remises en question, notamment de la part de la jeunesse lors des manifestations de Mai 68).
thumb|Vitrine d'un magasin d'appareils électroménagers à Saint-Gall en Suisse en 2005. On voit au visage émerveillé de « la ménagère », au premier plan, la différence entre d'une part, la réclame d'autrefois et, d'autre part, la publicité : la première se contentait de vanter des produits, la seconde fait l'apologie d'un style de vie.
Ces nouveaux lieux de commerce répondent à un désir de confort qui est lui-même entretenu artificiellement par les entreprises au moyen des techniques de publicité et de marketing : on ne se contente pas de promouvoir des produits et des services, mais un style de vie qui découle de l'acquisition de ces derniers, en se basant sur leur renouvellement continu. Ces techniques servent également à conférer une certaine dignité aux entreprises multinationales et aux politiciens qui promeuvent ce style de vie. Il ne s'agit plus seulement de toucher les consommateurs, mais plutôt l'ensemble de l'opinion publique, de sorte à entretenir le désir d'ascension sociale, de moyennisation, et à propager l'idée que le fait de posséder des biens matériels, de surcroît des biens matériels du « dernier cri »Sylvain Besson, « La mort du progrès nous laisse vides et angoissés », Le Temps, 27.12.2018., est un signe de distinction sociale. Edward Bernays, un Autrichien exilé aux États-Unis, neveu du fondateur de la psychanalyse Sigmund Freud, est l'un des pionniers de ce nouveau type de propagande qu'il a nommé relations publiques, un terme moins connoté négativement. Il a notamment accordé ses services à l'industrie du tabac.
L'ensemble de ce processus a été critiqué notamment par différents sociologues et philosophes dans la seconde moitié du Thierry Paquot, « De la « société de consommation » et de ses détracteurs », Mouvements, 54, 2008, p. 54-64.Voir aussi « Bibliographie chronologique » en fin d'article.. Mais leurs analyses n'ont pas contribué à influer sur le cours des choses : à la fin du siècle, les supermarchés ont été dépassés par les hypermarchés dans les périphéries urbaines, tandis que les centres commerciaux fleurissent au cœur des grandes villes. Depuis l'avènement d'internet (qui se répand dans la population durant les années 1990) et du commerce en ligne, l'activité marchande se joue au sein même des foyers. Par ailleurs, la politique menée sur le plan international par l'Organisation mondiale du commerce, avec l'aval des gouvernements des pays industrialisés (toutes tendances partisanes confondues) s'opère dans le sens d'une marchandisation croissante de l'ensemble des secteurs d'activité.
Genèse du concept thumb|left|redresse|Henri Lefebvre. thumb|redresse|Jean Baudrillard. Les premiers à construire cette réflexion autour de la place croissante de la consommation dans la société sont précisément des sociologues américains dans les années 1950. L'un d'entre eux est David Riesman, auteur en 1950 d'un livre qui sera abondamment commenté dans son pays, , mais qui ne sera traduit en France qu'en 1964 : La Foule solitaire.
L'expression « société de consommation » est la simplification de la formule « société bureaucratique de consommation dirigée », définie dans les années 1950 par Henri Lefebvre comme étant l'état du capitalisme d'après 1945. Selon d'autres, cette expression daterait du tout début des années 1960 et serait de Jean-Marie Domenach, directeur de la revue EspritMais dans leur numéro de juillet-août 1960 déjà, les Cahiers Reconstruction se réfèrent à de Galbraith, non encore traduit en français, et ajoutent : « titre que l'on pourrait traduire : "La Société d'Abondance" ou "La Société de Consommation" ».. On doit au philosophe Jean Baudrillard de l'avoir popularisée en 1970Jean Baudrillard, La société de consommation : ses mythes, ses structures, Paris, Denoël, 2014 (1970), 317 p..
Description du concept Concept général vignette|Foule dans un centre commercial lors d'un (Toronto, Canada, 2007). Est qualifiée de « société de consommation » une société dans laquelle l'achat de biens de consommation est à la fois le principe et la finalité de cette société. Dans celle-ci, le niveau moyen de revenu élevé satisfait non seulement les besoins considérés comme essentiels (alimentation, logement, éducation, santé) mais permet aussi d'accumuler des biens (par plaisir, pression sociale ou publicitaire) et de les utiliser ou simplement de les montrer (pour des raisons esthétiques, ostentatoire, ou autres). Son symbole est l'objet « consommable » qui s'use et qu'il faut renouveler, voire l'objet jetable. S'il est possible de produire des objets plus résistants, cela augmenterait leur coût et leur durée de vie, ce qui nuirait alors à la consommation ancrée comme principe moteur et fondateur de la société, d'un point de vue économique, politique et social. La société de consommation s'appuie notamment sur les techniques de communication que sont la publicité et le marketing qui créent en permanence des désirs. En outre, au sein de ces modèles sociétaux, une norme de consommation doit être acquise, et est obligatoire à une parfaite intégration sociale.
vignette|Un centre commercial (Lisbonne, Portugal, 2008).|gauche
Certains auteurs (André Voisin puis Louis Pinto) ont voulu éviter l'alternative consistant à prendre position sur la réalité de la société de consommation et à se déclarer pour (comme les penseurs « critiques » qui mettent en avant une aliénation générique des consommateurs) ou contre (comme les auteurs libéraux qui, en réaction aux précédents, mettent en avant leur « souveraineté »). Il s'agit pour eux de comprendre les conditions sociales d'apparition de la notion, de saisir contre quelles notions concurrentes elle s'est imposée, quels sont ses présupposés, ses effets, ses différentes versions. La politique libérale de la consommation élaborée depuis les années 1970 (à la suite de la contestation de Mai 1968) a permis de procurer une vraisemblance au moins relative à la liberté du consommateur à travers des dispositifs, notamment juridiques (droit de la consommation) ou commerciaux (formation des vendeurs).
Des défenseurs de la société de consommation affirment que celle-ci est une bonne chose notamment car elle a accru le « niveau de vie », à savoir qu'elle a augmenté l'accès à des biens et services en volume et en diversité à un grand nombre d'êtres humains. Mais pour les opposants à cette société de consommation, celle-ci doit être combattue. Ils avancent ainsi plusieurs arguments pour justifier cette conviction. Leur argumentaire peut se diviser en plusieurs domaines de critiques : philosophique (à propos d'esthétique, de sens de la vie, de morale), écologique, psychologique, social, économique et politique. À noter que ces parties forment un tout cohérent et qu'elles peuvent être liées.
Humainement