César Franck, né le à Liège et mort le à Paris, est un organiste et compositeur belge, naturalisé français en 1870..
César Franck est l'une des grandes figures de la vie musicale française de la seconde partie du . Sa musique incarne un fort renouveau harmonique au service de mélodies souvent très expressives s'épanouissant dans des structures formelles ambitieuses comme en témoigne sa Symphonie en ré mineur.
Biographie Origines et formations (1822-1842) vignette|gauche|L'hôtel de Grady (à gauche sur la photo), maison natale de César-Auguste Franck, construite de 1780 à 1785, située au de la rue Saint-Pierre à Liège.Fils de Nicolas-Joseph, un employé de banque né à Gemmenich près de l'actuelle frontière germano-néerlandaise et de Marie-Catherine-Barbe Frings, née à Aix-la-Chapelle, César Franck naît en plein centre de la ville de Liège à l'hôtel de Grady situé rue Saint-Pierre, le . César-Auguste est le deuxième enfant du couple, mais son frère ainé, César-Hubert, est mort en bas âge quelques mois après sa naissance.
Doué pour le dessin, le jeune César désire faire une carrière dans les Beaux-Arts, mais son père préfère l'inscrire en 1830 au Conservatoire de Liège : César y étudie le piano et son frère cadet Joseph le violon., tous deux les seuls des cinq enfants de Nicolas-Joseph Franck non morts en bas âge.
Particulièrement brillant, César est déjà à onze ans en classe d'harmonie, et remporte l'année suivante, en 1834, les grands prix de solfège et de piano. La même année il se produit à Bruxelles au Palais royal devant Léopold au cours d'une tournée organisée par son père en Allemagne et en Belgique. De 1833 à 1835, il fait des études d'harmonie chez Joseph Daussoigne-Méhul, un neveu d'Étienne Nicolas Méhul, qui a enseigné au Conservatoire de Paris. Encouragé par ses succès musicaux, son père organise, au printemps 1835, une série de concerts à Liège, à Bruxelles et à Aix-la-Chapelle. Il remporte alors qu'il a douze ans le premier prix du conservatoire de Liège, ..
La même année, la famille quitte le royaume de Belgique, créé en 1831, pour s’installer à Paris, rue de Montholon Un parcours autour des lieux fréquentés par César Franck à Paris. Mais, le Conservatoire de Paris ne prenant pas d'élèves étrangers, son directeur Cherubini refuse l'entrée du jeune César, alors qu'il a accepté celle du Prussien Offenbach dans la classe de violoncelle un an plus tôt. Une demande de naturalisation est alors déposée pour le père de César Franck au ministère de l'Intérieur.
En attendant, César Franck prend des cours particuliers de piano avec Pierre-Joseph-Guillaume Zimmerman et de contrepoint avec Antoine Reicha, qui avait été notamment le professeur de Berlioz, Liszt et Gounod. Le , il donne un concert au Gymnase musical, concert dont aucun critique ne parlera, malgré l'annonce publicitaire publiée par son père : « [...] Les premiers artistes de Paris s'accordent dans l'éloge qu'ils font de ce talent précoce, et nous pensons que le jeune César Franck est destiné à se faire avant peu un nom dans le monde musical [...] »
En , César Franck se produit dans les salons du facteur de piano Pape, en première partie des célébrités Alkan et Liszt. En novembre, son père reçoit sa naturalisation, ce qui permet à César Franck d'entrer au Conservatoire de Paris, élève de Zimmermann pour le piano, et d'Aimé Leborne pour la fugue et le contrepoint.
Il y remporte d’abord, en 1838, le premier prix de piano de manière extraordinaire, comme le relate la presse de l’époque : . César Franck avait superbement joué le difficile concerto en si mineur de Hummel, mais avait surtout transposé à vue le morceau imposé de si bémol à do..
En , Franck est invité à jouer ses premières compositions, dont le premier Trio, dans le salon privé du célèbre facteur de piano Erard, et en , il interprète son nouveau Trio en fa dièse mineur (dédié à Liszt) dans les salons de Pape : César y est au piano, son frère Joseph au violon et François-Émile Rignault au violoncelle.
Le jeune César Franck obtient le premier prix de contrepoint en , et en octobre il s'inscrit dans la classe d'orgue de François Benoist selon les conseils de son père désireux de lui assurer une sécurité financière dans une paroisse. Mais en 1841, il n'y remporte que le second prix et seulement après que son professeur est intervenu auprès du jury qui, n'ayant pas compris grand chose à l'improvisation complexe de César Franck, avait choisi de ne pas le récompenser.
Son père étant désireux de le voir embrasser une carrière de pianiste virtuose, il doit quitter contre son gré le conservatoire en 1842, sans avoir eu l'occasion de participer au prestigieux prix de Rome.
Début de carrière (1843-1857) De retour à Liège, Franck se consacre à la composition. Son père fait publier ses trios op. 1 en 1843 chez Schlésinger à Leipzig. En compagnie de son frère Joseph, César Franck donne aussi une série de concerts en Belgique, en Allemagne et en France, assistés par leur père qui fait également office d’impresario. Après une tournée dans son pays natal, Franck retourne à Paris où il donne des leçons de piano, contrepoint, harmonie et fugue. Sous la pression de son père, il commence aussi la rédaction de son oratorio Ruth qu'il interprète chez Érard devant une assistance choisie à grands frais de relations publiques : Meyerbeer, Moscheles, Spontini, Pixis et Liszt. Enthousiasmé, Franz Liszt propose son aide à Franck pour lui faire rejouer la pièce dans la grande salle des concerts du Conservatoire, devant un public conquis.
vignette| Desmousseaux. En 1844, César Franck donne chez elle des leçons de chant à Madame Desmousseaux, sociétaire de la Comédie-Française, et commence l'éducation musicale de sa fille Eugénie Félicité Caroline pour laquelle il écrit, en cachette, la mélodie L'ange et l'enfant. Mais, cela ne plaît guère à son père qui préférerait le voir écrire des oratorios pour se faire connaître auprès du public parisien. Après une violente dispute entre le père et le fils, Desmousseaux propose à César Franck de composer chez elle à sa guise. Il rompt définitivement avec son père quand ce dernier s'oppose à son projet de mariage avec Félicité, refusant de voir son fils épouser « une fille de saltimbanque ». L'union sera pourtant célébrée à Paris le , alors que débute la révolution, et en novembre naîtra Georges-César, premier des quatre enfants du couple et futur agrégé de lettres, lequel sera surnommé « Barricade » en souvenir des événements de sa conception.
En 1845, le jeune homme compose un poème symphonique, Ce qu'on entend sur la montagne, et travaille à un opéra, Le Valet de la ferme. thumb|gauche|Salle de l'Institut à Orléans. De 1845 à 1863, il participe à tous les concerts de musique de chambre de l'Institut musical d'Orléans en tant que pianiste accompagnateurLire en ligne l'article consacré à la réputation locale de C. Franck par le Journal du Loiret : .. Une plaque le relate dans le hall de la salle de l'Institut, au bas du conservatoire à rayonnement départemental d'Orléans.
En 1853, après un passage à l'église Notre-Dame-de-Lorette, il devient organiste à l’église Saint-Jean-Saint-François du Marais où l'abbé qui avait célébré son mariage vient d'être nommé curé de la paroisse. L'église possède un orgue moderne conçu par un jeune facteur d'orgue de Montpellier Aristide Cavaillé-Coll. Avec ses registres rappelant des instruments tel le cor anglais, la clarinette, le hautbois, Franck en dira : « C'est un orchestre. ».
Inspiré par le jeu de Jacques-Nicolas Lemmens, il perfectionne son jeu au pédalier et développe ses techniques d'improvisation.vignette|César Franck à l'orgue de Sainte-Clotilde.En 1858, César Franck devient l'organiste de la nouvelle église Sainte-Clotilde où il inaugure un autre instrument de Cavaillé-Coll. Il en restera le titulaire jusqu'à sa mort. Ses talents d'improvisateur et d'interprète des pièces d'orgue de Bach lui assurent une reconnaissance comme un maître d'exception. Cependant, ses œuvres de cette époque, telles la Messe en la pour orgue, soprano, ténor et basse avec accompagnement de harpe et de violoncelle, ainsi que ses accompagnements de cantiques sonnent démodés.
Les œuvres de maturité (1862-1888) En 1862, encouragé par les six préludes et fugues publiés par son frère Joseph, César Franck trouve enfin sa voie avec ses six pièces pour grand orgue dont les timbres, les thèmes, les harmonies et les fugues feront dire à Liszt que Franck « est l'égal de leur maître à tous, le grand Jean-Sébastien Bach ». Cette reconnaissance permet à César Franck de devenir « l'inaugurateur » attitré de chaque nouvel orgue des paroisses parisiennes.
Durant le siège de 1870, César Franck accueille chez lui amis et élèves et compose une Ode à Paris. Sous la Commune de 1871, il prépare la Société nationale de musique chargée de mettre en place le renouveau de l'art français. Franck en sera président en 1886 jusqu'à sa mort.
En , Franck fait jouer son oratorio Ruth dans un concert de charité au bénéfice des sinistrés d'un quartier incendié de Saint-Cloud : la critique reconnaît alors un chef-d'œuvre composé il y a vingt-cinq ans par un compositeur hors du commun. Par ailleurs, la renommée de ses six pièces pour orgue lui permettent de décrocher le poste de professeur d'orgue au Conservatoire de Paris en remplacement de François Benoist qui y officie depuis cinquante ans. Pour l'obtenir, il doit d'abord devenir citoyen français. Il prend officiellement possession de sa classe en , un mois après la mort de son père. Il comptera parmi ses nombreux élèves Castillon, Duparc, Fumet, Bréville, Bordes, Vincent d'Indy, son futur biographe, ou encore la compositrice Marie Renaud-Maury, première femme lauréate du premier prix des classes de composition du Conservatoire de Paris en 1876.. Nombreux sont les élèves qui quittent les classes de Guiraud, Thomas, Delibes ou Massenet pour rejoindre celle de Franck où ils ont la liberté de « faire de la musique, même dans les devoirs de classe » et où leur professeur ponctue ses corrections orales d'un « Au Conservatoire, on ne se permet pas cela, mais moi j'aime bien ! ».
En 1878, César Franck se fait applaudir à l'orgue Cavaillé-Coll du palais du Trocadéro, construit pour l'Exposition universelle : à côté de pièces improvisées, il y joue ses Trois pièces pour grand orgue composées pour cette occasion.
vignette|La couverture de la partition du Quintette dédié à Saint-Saëns. En 1879, il termine son oratorio Les Béatitudes sur lequel il travaille depuis une dizaine d'années. L'œuvre, sur un livre de Mme Colomb, apporte des nouveautés par l'utilisation d'un thème cyclique constamment transformé par l'harmonie, la mélodie et le rythme. La même année, il compose le Quintette pour piano et cordes en fa mineur qui est créé le lors d'une soirée de la Société nationale de musique à la salle Gaveau : la pièce est chaleureusement applaudie par le public qui la redemande, alors que son dédicataire, Saint-Saëns, quitte jalousement la pièce en laissant la partition manuscrite en évidence sur le pupitre. Le Quintette est rejoué le suivant devant de mêmes spectateurs enthousiastes, mais aussi de détracteurs comme Ambroise Thomas, auxquels Chabrier rétorque : « qu'à côté du Quintette, leur musique n'est que de la sous-merde... ».
Au début de l'année 1881, César Franck finit de composer l'oratorio Rebecca, pour solistes, chœur et orchestre, très applaudi lors de la création le . À la fin de l'année, il est lauréat du prix Chartier de l'Institut pour sa production de musique de chambre., et il termine le poème symphonique Le Chasseur maudit qui sera créé à la Société nationale le .