La désinformation est un ensemble de pratiques et techniques de communication visant à influencer l'opinion publique en diffusant volontairement des informations fausses, faussées ou biaisées... Le terme est à distinguer de la mésinformation, qui consiste à diffuser une information fausse de manière involontaire. La désinformation est proche de diverses notions comme la propagande, le complotisme, la rumeur, ou l'infox (fake news).

Histoire Les premières techniques de désinformation sont décrites dans L'Art de la guerre du Chinois Sun Tzu ().

La manipulation de l'opinion publique a fait l'objet de recherches universitaires dès le début du . Le journaliste américain Walter Lippmann l'évoque dans son livre Public Opinion (1922)., ainsi qu'Edward Bernays dans Propaganda (1928)., qui décrit les méthodes de ce qui deviendra l'industrie moderne des Public Affairs.

Alors que Lippmann emploie l'expression fabrication du consentement, Bernays emploie le terme de propagande.

C'est au qu'elles seront systématisées à grande échelle, durant les deux guerres mondiales et la guerre froide notamment, avec la création de services spécialisés. Si les appareils de propagande des États autoritaires sont régulièrement dénoncés (Chine, Russie…), les régimes libéraux ont aussi recours à ces techniques..

C'est depuis l'apparition d'Internet, et surtout dans un contexte électoral (notamment dans le cadre des élections de Donald Trump et du Brexit), que le terme sera plus étroitement lié à la question de l'information numérique. Le scandale Cambridge Analytica est ainsi considéré comme un archétype des « attaques narratives » et de la désinformation à l'ère de l'émergence de l'intelligence artificielle générative. et l'opération Doppelgänger un exemple de désinformation entre États en temps de guerre..

Depuis les années 2020, la désinformation climatique se répend, en créant et diffusant délibérément des contenus faux, approximatifs ou insidieusement trompeurs concernant le changement climatique, ses origines anthropiques, ses conséquences et les possibilités de transition écologique.

Définitions Définitions académiques En 2017, Caroline Jack publie un « lexique de l'information problématique », listant les dénominations des divers types de désinformation (en anglais)., mais on trouve diverses nuances, chez les universitaires notamment, mentionnées ci-après. Chez Lippmann, la désinformation est un simple transfert d'information qui comporte en lui-même une transformation de l'information initiale. Kevin Bronstein donne une définition « faible » (générale) du concept : la désinformation consiste en une inversion du trajet de la communication défini par Adrian Mc Donough dans Information Economics. Ce trajet va de l'information factuelle ou observation, aux inférences tirées à partir des informations et enfin au jugement porté sur les inférences. La voie inverse consiste à partir d'un jugement a priori pour forger des inférences incorrectes à partir de faits manipulés. En 1997, dans Petite histoire de la désinformation, Vladimir Volkoff entreprend de donner une définition précise de la désinformation : Il la distingue de la manipulation des dirigeants considérant qu'elle relève plus de l'intoxication psychologique, et de la manipulation avec des moyens directs qu'il appelle plutôt propagande. Selon ces définitions, la publicité ne peut être de la désinformation puisqu'elle n'a pas de visée politique directe et qu'elle se pratique au grand jour (il est, à ce propos, intéressant de noter qu'Aggregate IQ, l'officine qui fut au cœur de la désinformation et de la propagande co-organisée avec Cambridge Analytica lors du scandale du même nom, dans les années 2010, s'est présenté sur son site internet, en 2018, avant de s'auto-dissoudre, comme ).. Dans son Dictionnaire de la désinformation (2011)., François Géré définit la désinformation dans sa dialectique avec l'information, comme "affrontement" entre Dans l'ouvrage Histoire du mensonge : histoire secrète de la désinformation., Roland Jacquard rappelle que l'Encyclopédie soviétique (1952) définissait la désinformation comme . Dirigée contre les nations occidentales, accusées de désinformation pour préparer la guerre contre une URSS "pacifiste", cette définition manifeste dès le départ la visée polémique du terme, qui est toujours opposé à l'adversaire idéologique. François-Bernard Huyghe (2001) donne une définition de la désinformation dans L'Ennemi à l'ère numérique.. Pour lui, . Selon le journaliste scientifique et essayiste Florian Gouthière, spécialisé dans le fact-checking, la désinformation désigne

Commission Bronner Le rapport de la Commission Bronner (institution de l'État français) sur la désinformation définit plusieurs termes pour distinguer les nuances en termes d’intentionnalité et d'effets....

La mésinformation (synonyme de « fausse information ») comme . Les infox ou « fake news » comme . La désinformation comme .

Mésinformation, malinformation, mal information vignette|redresse=1.6|Illustration proposant de placer le canular à mi-chemin entre la désinformation et la mésinformation. Florian Gouthière a proposé de désigner les situations dans lesquelles l'intention de tromper n'est pas présente par le mot « mésinformation ». A contrario, Claire Wardle désigne sous le nom de « malinformation » les informations exactes mais sélectionnées et communiquées dans l'intention de nuire.. François Heinderyckx parle aussi de la mal information dans un court essai dans lequel il entend ...

Autres approches Avec la théorie de la dissonance cognitive, Leon Festinger montre que la désinformation est un processus plus ou moins conscient de réduction de la contradiction entre les jugements et les faits (factualité).

Facteurs psychologiques De nombreux mécanismes psychologiques peuvent influencer la diffusion et la perception de la désinformation, dont les biais cognitifs. Ce type de processus mentaux sont souvent inconscients. Les psychologues ont reconnu près de 300 biais cognitifs depuis les années 1970 et ils ont également observé et étudié au sein des pratiques quotidiennes individuelles. Les biais comme l'effet de halo, le biais de confirmation ou le biais de négativité sont étroitement liés au phénomène de la désinformation, car ils sont susceptibles d'altérer le jugement de la fiabilité d'une source d'information sans que l'individu ne s'en rende compte.

Différentes formes de désinformation Propagande

En temps de crise et surtout de guerre, les belligérants (étatiques ou non-étatiques) usent souvent de propagande pour servir leurs intérêts. La création de fausses informations est relativement courante, l'un des exemples étant l'affaire des couveuses au Koweït où un faux témoignage devant une commission du Congrès des États-Unis organisé par une compagnie de relations publiques a contribué à ce que l'opinion publique internationale soutienne l'action des puissances occidentales Phillip Knightley, « The disinformation campaign », The Guardian, 4 octobre 2001, ..

« Faux »

L'utilisation de faux documents et/ou de faux témoignages, destinés à semer des doutes ou à accréditer une thèse, est l'une des méthodes de désinformation les plus répandues.

Au Moyen Âge, la fausse donation de Constantin a ainsi permis au pape Sylvestre de se prévaloir de territoires et de privilèges sur la base d'un document apocryphe. Pendant l'affaire Dreyfus, le colonel Henry falsifie des documents et en crée de toutes pièces, comme le fameux « faux Henry », pour accabler indûment Alfred Dreyfus.

Au début du , la propagande russe rédige puis publie les Protocoles des Sages de Sion pour prouver que les Juifs avaient mis au point un programme pour anéantir la chrétienté et dominer le monde. Ce texte est utilisé pour la propagande antisémite du Troisième Reich et l'est encore par des intégristes musulmans.. Dans la mesure où on a remplacé par le mot « juifs » l'expression « milieux financiers » de l'ouvrage de Maurice Joly Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu (les Protocoles n'en conservent que les tirades de Machiavel), il s'agit même d'une double désinformation.

La grande époque de la désinformation moderne commence après-guerre avec les agents d'influence et les campagnes médiatiques de la guerre froide, comme l'affaire Victor Kravtchenko et celles des époux Rosenberg, certains officiers traitants allant même jusqu'à fournir les brouillons d'articles aux journalistes ou écrivains, compagnons de route des partis communistes.

L'argumentaire de lancement de la seconde guerre du Golfe mentionnait des « preuves » de l'existence d'armes de destruction massive en Irak qu'on n'y trouva jamais.

Plus récemment, c'est un fichier bancaire falsifié qui est au centre de l'affaire Clearstream 2, destinée à mettre en cause des personnalités politiques françaises.

Des sites se présentant comme des agences de presse, tel AWD News, présentent des articles mensongers reliés par les réseaux sociaux dans un but de propagande ou de manipulation de particuliers et d’États..

Ces faux documents, présentés par leurs instigateurs comme authentiques, ont pour but de désinformer leur cible en s'appuyant sur des éléments fictifs ou sur des contrevérités.

Infox (fake news)

La notion de fake news, ou fausses nouvelles et infox en français — un néologisme apparu à l’ère d’Internet, des réseaux sociaux et de la surabondance informationnelle — reste encore polysémique et sujette à débat quant à son origine, son étymologie et sa définition. Les fake news sont performatives, leur intention est de manipuler, de tromper. Elles doivent paraître plausibles pour susciter l’adhésion, en ce sens elles imitent le style journalistiqueDauphin Florian, « Les Fake News au prisme des théories sur les rumeurs et la propagande ». Études de communication, Université de Lille n°53 2019. Une autre de leurs caractéristiques principales et qu’elles révèlent leur source afin d’éviter les démentis. Ainsi, elles semblent d'autant plus vraisemblables.

Sondages

Les limites méthodologiques des sondages pourraient être utilisées à des fins de désinformation : les biais d'échantillonnage, les « effets de halo », et effets de cadrage (formulation des questions), et l'impossibilité théorique de calculer une précision lorsque l'on ne dispose pas d'une base de recensement, rendent en effet leurs résultats imprécis.

Canulars informatiques

Ce sont de fausses nouvelles propagées sur Internet. Le phénomène est tellement important qu'il a permis le développement de sites de référence sur les rumeurs (HoaxBuster.com, etc.), dédiés à la classification des récits qui circulent sur internet et à la vérification de ces informations. Beaucoup de sites de référence ont aujourd'hui des audiences impressionnantesArticle : « La "rumeur sur Internet". Petite histoire des sites de référence », Pascal Froissart, 2003..

Rumeurs

Les rumeurs, dont l'origine et l'authenticité sont sujettes à caution, sont souvent utilisées pour tromper l'opinion et l'amener à justifier des actions ou des décisions politiques. Un des exemples les plus célèbres concerne le régime nazi, qui utilisera des fausses rumeurs pour lancer la « nuit des Longs Couteaux », inventant d'abord une tentative de coup d'État pour justifier l'opération contre les SA, puis une affaire de haute trahison.

Plus récemment, à la suite d'une vraisemblable erreur de traduction de l'agence d'information officielle iranienne, certains médias occidentaux et responsables politiques ont continué à propager une rumeur selon laquelle le président iranien Mahmoud Ahmadinejad aurait déclaré lors d'un discours le à Téhéran qu'il fallait « rayer Israël de la carte »...