Les autochtones d'Amérique constituent les peuples qui habitent originairement les Amériques, avant la colonisation européenne, ainsi que leur descendance. Amérindiens, Indiens d'Amérique et Indiens sont toujours les termes utilisés pour nommer ces peuples dans toute la francophonie, cependant, ces appellations sont aujourd’hui considérées comme désuètes au Canada, où l’on privilégie plutôt Premières Nations.
La présence humaine dans cette partie du monde remonte au Paléolithique. En 1492, ces peuples occupent la totalité des Amériques : Amérique du Nord, Amérique centrale, Amérique du Sud, ainsi que les Caraïbes.
La colonisation européenne a été un événement central et dramatique pour tous les peuples autochtones. Souvent réduits au rang d'inférieurs par les classifications et appellations racistes, réduits en servitude ou en esclavage, chassés de leurs territoires, victimes d'épidémies apportées par les colons, ces peuples furent aussi confrontés à la disparition de leur organisation sociale et de leur mode de vie propre et à la transformation par les colons des paysages, de l'occupation des sols, de l'architecture urbaine ou rurale autochtone. Leurs effectifs diminuèrent à partir du , et de nombreux peuples disparurent avec leurs langues et leurs cultures.
Depuis les années 1960, ces peuples revendiquent leur identité (politique, culturelle, linguistique…) et interviennent de plus en plus souvent pour défendre l'environnement des petits territoires qui leur ont été laissés au terme de la conquête. Ils deviennent même peu à peu le symbole privilégié de regroupements écologiques.
Terminologie
Du grec ancien , composé de , « soi-même » et de , « terre », un autochtone est une personne née dans le lieu où elle vit, dont les ancêtres ont vécu dans le paysVoir dictionnaire en ligne du CNTRL..
L'expression « peuples précolombiens » est employée pour les peuples occupant les territoires américains de l'Empire colonial espagnol, qui incluent la Mésoamérique et la cordillère des Andes. En anglais, au Canada comme aux États-Unis, on utilise les expressions « Native Americans » (« Natifs américains »), « American Indians », « Native peoples » (« peuples natifs »), « First Nations », « First Peoples », « Aboriginal Peoples ». Toutefois, les intéressés préfèrent être appelés en fonction des noms originels de leurs peuples.
Au Québec, le terme « autochtone » est de loin le plus courant, à côté de « Premiers peuples » et « Premières Nations » quand cela concerne des revendications territoriales ou spécifiques à la loi sur les indiens.
En Guyane, qui regroupent en Guyane.
En Amérique ibérique, tant hispanophone que lusophone, on utilise le terme d’indígena (« indigène ») et non celui d'indio/índio (« indien »), prêtant à confusion avec les citoyens de l'Inde et parfois ressenti comme insultant.
Au Canada
Le terme « amérindien » est une contraction de American Indian, créé en 1899 par le géographe américain John Wesley Powell. Amérindien est donc un emprunt de l’anglais AmerindianVoir l'Anthropologie de 1899 disponible sur Gallica.. Au sens large, il désigne les autochtones de toute l'Amérique, y compris les Inuits — cependant la Base de données lexicographiques panfrancophone présente ce sens comme « vieilli »Base de données lexicographiques panfrancophone, .
Au sens étroit, qui exclut les Inuits et les Métis, l'expression Amérindiens du Canada fait référence aux peuples autochtones du Canada qui selon les lois canadiennes ont des réserves indiennes et qui sont inscrits au Registre des Indiens, c'est-à-dire aux Premières Nations, l’un des trois groupes de peuples autochtones au Canada, les deux autres étant les Métis et les Inuits.
La Banque de données terminologiques précise qu'au Canada le terme « amérindien » fait référence à une , et au Québec, le .
Terme obsolète Au Canada, le terme « peaux-rouges » est considéré comme péjoratif voire comme une insulte raciale. L'évolution du terme anglais équivalent (redskin) conduit notamment l'équipe des Redskins de Washington à abandonner ce nom en 2020 pour les Commanders de Washington.
Abya Yala Déjà utilisé antérieurement par des personnalités tel le sociologue Xavier Albó, le terme est adopté lors du Sommet continental des peuples et nations indigènes d'Abya Yala, tenu à Quito en 2004, pour désigner le continent américain, au lieu de le nommer ainsi d'après Amerigo Vespucci comme on le fait depuis 1507 en suivant le cosmologiste Martin Waldseemüller. L'expression vient de la langue des Kunas, qui utilisent cette expression pour nommer les territoires qu'ils occupent et leurs alentours : originaires du bassin du rio Atrato en Colombie, les Kunas se sont déplacés entre le et le autour du golfe d'Urabá puis dans la région du Darién, sous l'effet de la colonisation espagnole. Les mots Abya Yala signifient « terre dans sa pleine maturité », ou « terre généreuse ». Le leader indigène aymara Takir Mamani, aussi connu sous le nom de Constantino Lima Chavez, a proposé que tous les peuples indigènes des Amériques nomment ainsi leurs terres d'origine, et utilisent cette dénomination dans leurs documents et leurs déclarations orales.
Répartition géographique des groupes ethniques Amérique du Nord vignette|upright=2|Carte des comtés des États-Unis où l'ascendance maternelle (mesurée par l'ADN mitochondrial) est majoritairement amérindienne.
La concurrence nationaliste entre les pays d'Amérique du Nord, et plus particulièrement entre le Mexique et les États-Unis, qui se sont disputé la suprématie sur le continent américain jusqu'à la guerre américano-mexicaine, a suscité des traditions historiques différentes et une distinction devenue commune entre les groupes amérindiens établis en Mésoamérique (y compris parfois certains d'Oasisamérique et d'Aridamérique) avec les groupes établis plus au nord. Les recherches archéologiques, historiques et anthropologiques ont pourtant établi qu'il existait des échanges culturels entre ces différentes aires culturelles qui, de ce fait, s'influençaient mutuellement et partageaient certains traits culturels.
Mésoamérique
Au sud du Mexique (géopolitiquement parlant en Amérique du Nord) et en Amérique centrale, les Mésoaméricains ont développé de grandes civilisations, tant dans la construction des villes que par l'écriture ou la connaissance astronomique. Parmi les principales ethnies, on peut citer en particulier les Olmèques, les Mayas, les Purépechas, les Mixtèques, les Zapotèques, les Huaxtèques, les Totonaques et les Nahuas (dont les Aztèques).
Grandes et petites Antilles
Amérique du Sud
vignette|Une femme quechua et son enfant au Pérou. Les Chibchas (aux confins de l'Amérique centrale et du Sud), les nations quechuas, la nation aymara, les Mapuches, peuples d'Amazonie, peuples patagons. Les derniers Amérindiens contactés hors du bassin amazonien (en 2004 dans le Paraguay occidental) sont les Totobiegosodes (ou Ayoreo-Totobiegosode) dont le territoire forestier est illégalement et rapidement détruit par deux compagnies forestières brésiliennes (Yaguarete Porá SA et River Plate SA) au moins depuis selon Survival International qui a alerté l'opinion internationale sur ce fait en . Les Totobiegosodes avaient déjà perdu de leur forêt au profit des éleveurs de bétail en 2007Bulletin d'alerte de l'ONG Survival International..
Histoire
Peuplement originel Théories anciennes
Les spécialistes ont dans un premier temps penséRécit de la colonisation selon Sciences.ac.ca. que l’arrivée des premiers humains en Amérique remontait à environ. Mais certaines données archéologiques indiquent que le premier peuplement de l'Amérique aurait pu avoir lieu pendant le dernier maximum glaciaire (autour de avant le présent), à l'occasion de l'abaissement des niveaux marins. Venant de Sibérie, ils auraient traversé le détroit de Béring, alors au-dessus de la ligne de rivage maritime en période glaciaire (voir Béringie). Après une période d'habitation en Béringie, et après la disparition des masses glaciaires d’Amérique du Nord, ils auraient pu continuer le peuplement du nouveau continent..
D’autres théories parlent de peuples océaniens qui auraient traversé l'océan Pacifique (théorie avancée par Paul Rivet), ou encore de peuples européens (hypothèse de l'archéologue Dennis Stanford). Une analyse ADN pourrait confirmer cette dernière hypothèse mtDNA haplogroup X: An ancient link between Europe/Western Asia and North America? M D Brown, S H Hosseini, A Torroni, H J Bandelt, J C Allen, T G Schurr, R Scozzari, F Cruciani, and D C Wallace. Center for Molecular Medicine, Emory University School of Medicine, Atlanta, GA, États-Unis.. On estime en effet qu'une peuplade pourrait être venue d'Europe il y a à ; elle correspondrait aujourd'hui à un groupe très restreint d'autochtones : les Ojibwés, les Nuu-Chah-Nulth, les Sioux et les Yakamas. Des études génétiques plus récentes contredisent cependant cette thèse George Diepenbrock, Genetic data does not support ancient trans-Atlantic migration, phys.org, 15 janvier 2016.
Les Amérindiens, s'appuyant sur leur tradition orale, soutiennent que leurs ancêtres ont toujours habité làVoir par exemple cette description des traditions orales chez les Saskatchewan.. Quoi qu'il en soit, la diversité des milieux naturels du continent a engendré des cultures très différentes.
Découvertes et hypothèses plus récentes vignette|Diversité des peuples d'Amérique du Nord (illustration publiée en 1914).
On notera cependant des découvertes qui remettent en cause le schéma général de la colonisation de l'Amérique par les Amérindiens. Certains spécialistes pensent que le peuplement du continent américain n'a pas une seule origine : les ossements de la femme de Peñón (environ ), découverts près de Mexico présentent aussi des caractéristiques europoïdes ; des momies furent exhumées sous plusieurs mètres de dépôts de guano dans la caverne de Lovelock en 1911 par des exploitants-récolteurs. Elles étaient du type europoïde. Elles furent datées d'environ par l'analyse au radiocarbone 14. D'autres furent découvertes en 1931 de même type non loin de la caverne de Lovelock ; 250 crânes et squelettes du site de Cerca grande, sont âgés de .
L'autre question problématique est celle de la date du peuplement. Là encore, le travail des archéologues semble repousser l'origine du peuplement à des époques plus anciennes qu'on ne l'a longtemps cru : en 2005, dans une ancienne carrière située près du volcan Cerro Toluquilla (Puebla au Mexique), des traces humaines vieilles de ont été découvertes par une équipe britannique sur une couche de cendres fossilisées ; en 2020, des chercheurs français et sud-américains datent de certains artefacts de la grotte de Chiquihuite ;
Les Algonquins seraient apparus il y a . Des traces de maisons en rondins iroquoises sont attestées pour le En 2019, des charbons de bois et des ossements de grands mammifères accompagnés de lames de pierre et de pointes de lance, provenant du site de Cooper's Ferry (sur les rives d'une rivière de l'ouest de l'Idaho), sont datés à environ , plus d'un millénaire avant que la fonte des glaciers n'ait ouvert un corridor sans glace à travers le Canada il y a environ . Les premiers Paléoaméricains ont donc dû venir par voie maritime, en parcourant rapidement la côte du Pacifique et en remontant les rivières...
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