Les élections législatives françaises de 1973 ont lieu les et pour pourvoir les mandats de la législature de la Cinquième République.
Alors que l’Assemblée nationale sortante était largement dominée par les gaullistes après la crise de Mai 68, la majorité présidentielle de droite conserve sa majorité mais dans des proportions moindres.
Ces élections sont également l’occasion d’une bipolarisation accrue : les deux blocs opposés – UDR et FNRI formant la majorité présidentielle à droite, tandis que l’Union de la gauche rassemble le PCF et le PS – réunissent alors à eux seuls plus de 80 % des suffrages exprimés au premier tour, où s’exprime pourtant traditionnellement une pluralité de courants.
Mode de scrutin Le scrutin uninominal majoritaire à deux tours reste en vigueur avec les mêmes modalités que pour les élections législatives de 1968. Nul ne peut être candidat dans plusieurs circonscriptions. Un candidat est élu au premier tour s'il a reçu la majorité absolue des suffrages exprimés et un nombre de suffrages égal au quart des électeurs inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit. Sont admissibles au second tour les candidats du premier tour qui ont obtenu un nombre de suffrages au moins égal à 10 % du nombre des électeurs inscrits. Résultats + Résultats des élections législatives françaises de 1973 en métropolePartiPremier tourSecond tourSiègesIncluant les départements et territoires d'Outre-Mer.Voix%Voix% 24,19 33,26 184 7,16 7,95 54 5,08 1,60 19 3,85 4,22 23Union des républicains de progrès 40,28 47,02 311 21,41 20,61 73 19,10 22,17 89 1,95 0,28 1 1,72 2,58 12 0,41 0,54 0Union de la gauche 44,60 46,19 177 13,26 6,78 31 (, et ) 1,24 0 0,62 0
Composition de l'Assemblée nationale + Groupe parlementaire Députés Membres Apparentés TotalUDR puis RPRDevient en décembre 1976 le Groupe du Rassemblement pour la République (RPR).Union des démocrates pour la République puis Rassemblement pour la République16221183PSRG Parti socialiste et des radicaux de gauche1002102COM Communiste73073FNRI Républicains indépendants51455RDS puis RCDSFusionnent en juillet 1974 pour former le Groupe des Réformateurs, des Centristes et des Démocrates Sociaux (RCDS). Réformateurs démocrates sociaux puis Réformateurs, centristes et démocrates sociaux30434UC puis RCDS Union centriste puis Réformateurs, centristes et démocrates sociaux30030 Total de députés membre de groupes 477 Députés non-inscrits 13 Total des sièges pourvus 490
Analyse Depuis les élections de 1968, l'échiquier politique a fortement évolué en faveur de l'opposition, et ce depuis 1972. La coalition formée par l'UDR, la FNRI et le CDP remporte la majorité absolue. L'UDR, qui n'a plus à elle seule la majorité absolue, doit s'allier à ces deux partis pour gouverner.
Premier tour Quatre observations peuvent être formulées à l'issue du premier tour de ces élections législatives :
Affaiblissement de la majorité présidentielle Contrairement à ce que les derniers sondages pouvaient laisser prévoir, les formations de l'Union des républicains de progrès obtiennent près de 38 % des suffrages exprimés contre 43,65 % en 1968, une baisse prononcée qui les rapproche du point bas de 37,73 % en 1967. Mais, si la majorité présidentielle conserve une forte implantation dans les départements conservateurs que sont le Cantal (55,23 %), la Haute Loire (57,33 %), la Mayenne (51,91 %) ou la Vendée (63,09 %), elle observe un recul dans certains de ses fiefs historiques comme l'Alsace-Lorraine ou la Bretagne-Normandie, conséquence sans doute de la faible personnalisation du scrutin et de la disparition de la figure du général de Gaulle qui permettait d'attirer un électorat populaire. Cette perte d'influence affecte plus l'UDR que la Fédération nationale des républicains indépendants ou les centristes duhaméliens.
Poussée de l'Union de la gauche L'union des principales formations de la gauche autour du programme commun signé en 1972 porte ses fruits et leur permet de rebondir après les lourds échecs des législatives de 1968 et de la présidentielle de 1969 à l'occasion desquelles la gauche ne pût se qualifier au second tour. Ce rebond profite plus aux socialistes qu'aux communistes qui conservent tout de même leur place de premier parti de la gauche : 21 % pour le PCF, 20,5 % pour les listes d’Union de la gauche démocratique et socialiste (UGDS)Richard, Gilles. « Les élections législatives de mars 1973 : victoire à la Pyrrhus des gaullistes et renforcement de la bipolarisation politique ». Les partis à l’épreuve de 68, édité par Gilles Richard et Jacqueline Sainclivier, Presses universitaires de Rennes, 2012, Chiffres sur le site du ministère l'intérieur .
Les communistes progressent d'un point et demi par rapport au scrutin de 1968. Mais ils subissent une perte de leur influence à Paris (18,86 %) au profit des socialistes. Le rééquilibrage des forces de gauche commence à s'opérer.
Les socialistes consolident leurs positions dans leurs bastions traditionnels du Nord (26,7 %) et du Pas de Calais (28,2 %), du Sud-Ouest (42,46 % dans l'Ariège) et du pourtour méditerranéen de l'Aude (35,8 %) aux Bouches-du-Rhône (27,19 %). Leur progression est surtout dans l'Ouest (22,10 % en Loire Atlantique et 19,87 % dans le Finistère), dans la région Rhône-Alpes, ou encore dans la Dordogne et dans le Territoire de Belfort (36,7 %), sous l'impulsion de Jean-Pierre Chevènement.
Contre-performance du centrisme d'opposition Le Mouvement réformateur ne parvient pas à atteindre l'audience espérée. Avec 12,5 %, il atteint un niveau similaire à celui du Centre démocrate aux élections législatives de 1967, preuve que le ralliement des radicaux valoisiens n'a eu qu'un effet de faible ampleur. Cependant, le centrisme d'opposition est en situation d'arbitrer des duels entre majorité présidentielle et gauche dans de nombreuses régions dont la Normandie, l'Est ou les Alpes-Maritimes. L'attitude du candidat réformateur en position de se maintenir sera donc déterminante dans l'élection ou non de candidats de l'UDR.
Le PSU perd la moitié de ses voix de 1968 Le Parti socialiste unifié, avec 1,95 %, est en recul sur sa performance de 1968 (3,89%), année où il avait bénéficié de la perte de crédibilité du PS, qui vient au contraire d'être relancé par le programme commun de la gauche. Ses leaders Michel Rocard (24,3 % à la Celle Saint Cloud), Yves Le Foll (26,4 % à Saint Brieuc) et Roger Prat (11,3 % à Morlaix) arrivent, du fait de leur bonne implantation, à atteindre un score honorable. Marginalisation des extrêmes L'extrême gauche trotskiste derrière Lutte ouvrière et la Ligue communiste révolutionnaire obtient un résultat particulièrement faible (1,25 %), qui s'explique sans doute par la non-participation et l'abstentionnisme qui caractérise son électorat potentiel, plutôt jeune, ces formations ayant appelé à s'abstenir aux législatives précédentes.
L'extrême droite, avec 0,52 %, des suffrages exprimés, est laminée. Le Front national s'était constitué pour l'occasion de ces élections législatives à partir notamment d'Ordre nouveau n'obtient que 1,33 % des suffrages exprimés mais seul son président, Jean-Marie Le Pen franchit le seuil des 5 % à Paris. Le retour à la politique de l'ancien président du Conseil Georges Bidault se solde par un cinglant échec, avec seulement 3,51 % à Paris. Les candidats du FN à ces élections sont à 56,7 % des patrons d'industrie et du commerce, des cadres ou professions libérales, et 2,7 % d'entre eux sont des ouvriers..
Second tour Conformément à la logique du scrutin majoritaire uninominal à deux tours, les résultats du premier tour se voient amplifiés au second.
En Polynésie française (circonscription électorale unique), le second tour a lieu le , en conformité avec le décret de convocation des collèges électorauxDécret du 15 janvier 1973 portant convocation des collèges électoraux représentant les territoires de la Polynésie française et des îles Wallis et Futuna.
Dans la deuxième circonscription de La Réunion, le second tour (prévu le ) a lieu le à la suite d'une décision du préfetDécision /741 AN du 27 juin 1973, en raison des conditions météorologiques liées au cyclone tropical LydieSystème LydieReporter une élection est impossible sans une loi, sauf à La Réunion en 1973.
Majorité présidentielle toujours majoritaire Les formations gouvernementales bien qu'affaiblies conservent la majorité bien qu'elles enregistrent des pertes dans le Nord, l'Est, l'Ouest et le Languedoc Roussillon. Plus précisément, la position de l'UDR au sein de l'Assemblée nationale est réévaluée. Les gaullistes ( contre 273 en 1968) devront compter, plus que jamais, sur leurs alliés de la FNRI () et centristes (). Le retrait de candidats réformateurs a permis de limiter les pertes. La sauvegarde de la majorité par l'Union des républicains de progrès éclipse mal les défaites souvent surprenantes de certains de ses leaders. Ainsi Marc Jacquet (UDR) à Melun, Alexandre Sanguinetti (UDR) à Toulouse et Alain Griotteray (RI) à Alfortville sont battus. Les ministres René Pleven à Dinan et Maurice Schumann à Tourcoing, paient leur insistance à ne pas avoir repris leur ancien suppléant qui a fait campagne contre eux.
Progression de la gauche unie La représentation parlementaire de la gauche se renforce avec contre 91 en 1968, même si elle n'égale pas le niveau de 1967. Les désistements se sont bien effectués. Toutefois, cette avancée réelle aurait pu être plus importante. L'attitude des centristes d'opposition durant l'entre-deux tours a fait perdre aux socialistes une vingtaine de sièges. Majoritaire en voix, la gauche reste néanmoins minoritaire en sièges.
La progression de l'opposition profite surtout aux socialistes qui reconquièrent les positions perdues en 1968 en Languedoc Roussillon (Georges Frêche est élu à Montpellier) et dans le Puy-de-Dôme, et gagne de nombreux sièges dans ses terres de mission de Bretagne (Charles Josselin bat dans les Côtes-du-Nord le ministre René Pleven), en Aquitaine, dans les Pyrénées et le Territoire de Belfort où est élu Jean-Pierre Chevènement. C'est l'avènement de socialistes et de radicaux de gauche dynamiques tels que Pierre Joxe, Jean-Pierre Cot, Georges Fillioud, Louis Mermaz ou Michel Crépeau promis à une belle carrière.
Les communistes gagnent 39 élus constitués pour partie d'anciens des députés de 1967 battus l'année suivante comme Louis Maisonnat à Vizille, Marcel Rigout à Saint Junien, Paul Laurent à Paris, Pierre Juquin à Savigny-sur-Orge ou César Depietri à Moyeuvre-Grande. Le PCF rencontre un franc succès dans le nord de la région Midi-Pyrénées (Lucien Dutard élu à Sarlat), dans le pourtour méditerranéen avec la prise du siège de Nîmes ou d'Arles aux socialistes et dans le Nord de la France (Daniel Le Meur à Saint-Quentin, Roland Renard à Chauny, Jean Bardol à Boulogne-sur-Mer, Joseph Legrand à Carvin, Jean-Jacques Barthe à Calais ou Albert Maton à Maubeuge) malgré la perte du siège de Saint-Amand-les-Eaux. Toutefois, il connaît un recul prononcé en Corrèze, dans le Gard et dans le Pas de Calais.
Le PSU, conséquence de son faible score du premier tour, ne conquiert que le siège de Saint Brieuc. Son leader, Michel Rocard, est battu dans les Yvelines. Son influence idéologique ne trouve aucune traduction réelle dans les urnes.
Sursaut du centrisme d'opposition Bien que les résultats du premier tour n'aient pas été à la hauteur de ses espérances, le Mouvement réformateur de Jean Lecanuet et Jean-Jacques Servan-Schreiber remporte un succès inattendu et double sa représentation parlementaire, passant de , ce qui lui permet de former un groupe parlementaire autonome. Les gains des sièges de Villeurbanne, de Mulhouse, de Rouen ou de Saint-Amand-les-Eaux sont, à cet égard, symboliques. Cependant, le gaulliste de gauche Jean-Marcel Jeanneney échoue à conquérir le fief familial de Vesoul.
Sondages Pour le premier tour