Les élections législatives des et , marquée par la plus forte participation de l'histoire de la Cinquième République, ont pourvu les mandats de sa législature.
La très courte victoire de la droite au second tour, par seulement , est encore plus serrée qu'à l'élection présidentielle de 1974, gagnée par Valéry Giscard d'Estaing pour seulement . Ce dernier avait pour cette raison préféré ne pas dissoudre l'Assemblée nationale.
Dès 1977, les sondages donnent la majorité sortante largement battue. Forte de la signature du programme commun de 1972, la gauche a multiplié les victoires, aux élections cantonales de 1976 puis aux élections municipales de 1977, mais ne présente toujours pas de candidats communs dans les circonscriptions, comme en 1973, à l'exception de 4 PSU et gaullistes de gauche soutenus par le Parti communiste français. Ce dernier a profité moins que le PS, en voix comme en sièges, des victoires de 1976 et 1977, et réclame une réactualisation du programme commun sans l'obtenir, après des mois de discussions âpres, qui ont causé la rupture de l'union de la gauche (en ). La gauche obtient 48,6% au soir du 1er tour, devant les 46,5% pour la majorité sortante, indique le journal de 20 heures . La gauche a progressé fortement, mais il y a aussi une montée des petits partis, non inclus dans ces 48,6%.
La droite est divisée aussi, depuis la démission de Jacques Chirac de son poste de Premier ministre au cours de l'été 1976. Il critique le Plan Barre, lancé en septembre par son successeur Raymond Barre, qui peine à combattre le fort taux d'inflation et aboutit à une croissance molleLa croissance du PIB, s'après l'INSEE, est de 6,3 % en 1973. Elle est nettement inférieure en 1974 (4,3 %). Après une récession en 1975 (-1 %), elle s'établit à 4,3 % en 1976 puis 3,5 % en 1977., causant une hausse régulière et ininterrompue du chômageD'après l'INSEE, le taux de chômage s'établit à 1,9 % en mars 1973. À la fin de l'année, 1977, il est de 4,3 %..
L'abstention est la plus faible de l'histoire de la Vème république, battant le précédent record, datant des législatives précédentes Statista . Elle diminue encore au second tour, à 15,2% contre 17,8% au 1er : les circonscriptions de 4 millions d'inscrits ont été pourvues dès le 1er tour et le suspense est plus important dans celles où il y a traditionnellement un second tour. La gauche est finalement battue de justesse et devra attendre l'élection suivante, en 1981, pour accéder au pouvoir. En sièges, le PCF et le PS obtiennent leur plus hauts scores depuis 1958, avec respectivement 86 et 104 députés. Au scrutin précédent, avec respectivement 73 et 89 députés, le PS était déjà devant mais il avait alors recueilli 2,31% de moins que le PCF. Mode de scrutin et candidatures communes Le scrutin uninominal majoritaire à deux tours reste en vigueur. La loi n°76-665 du 19 juillet 1976 rehausse les conditions d'accès au second tourLoi n°76-665 du 19 juillet 1976. Peuvent désormais s'y présenter les candidats du premier tour qui ont obtenu un nombre de suffrages au moins égal à 12,5 % du nombre des électeurs inscrits, contre 10 % aux élections précédentes. Nul ne peut être candidat dans plusieurs circonscriptions. Un candidat est élu au premier tour s'il a reçu la majorité absolue des suffrages exprimés et un nombre de suffrages égal au quart des électeurs inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit.
Le programme commun de la gauche échoue à entrainer des candidatures communes pour l'élection des députés, qui se faisait encore à la proportionnelle jusqu'en 1958. Aux législatives de 1973, le Parti communiste a présenté des candidats dans chacune des 473 circonscriptions législatives de la France métropolitaine. Le 12 mars 1978 il a présenté des candidats dans 470 des 474"Les candidats communistes aux élections législatives de 1973 et 1978", par Philippe Broyer, Didier Cassan,et Olivier Da Lage, dans la Revue française de science politique en 1979 . Dès le premier tour, il a soutenu des gaullistes de gauche et des candidats du PSU dans les quatre autres circonscriptions.
Contexte et enjeux Deux blocs au lieu de trois En 1978, le choix des électeurs est simple : la droite (alliance RPR-UDF) ou la gauche ((PCF-PS-MRG, les trois anciens partenaires du programme commun), contre trois blocs en 1973: gauche unie, majorité sortante (UDR-RI) élargie à une partie des centristes (le Centre démocratie et progrès de Jacques Duhamel), le troisième bloc étant le Mouvement réformateur (regroupant principalement le Parti radical et le centrisme d’opposition autour du Centre démocrate), jugé cependant proche de la majorité.
Depuis 1973 s'est produit le rassemblement des familles de la droite non-gaulliste au sein de l’Union pour la démocratie française (UDF) en , qui soutient le président de la République. La création de cette UDF regroupant les partis de la droite non gaullisteL’UDF est une confédération faisant cohabiter principalement la droite libérale (Parti républicain (PR) de Jean-Pierre Soisson qui a succédé aux Républicains indépendants en mai 1977) et le courant centriste (Centre des démocrates sociaux de Jean Lecanuet fondé en mai 1976, fusionnant ainsi le CD et le CDP). À ce couple fondamental, s’ajoutent trois petites formations : le Parti radical « valoisien » de Jean-Jacques Servan-Schreiber, les Clubs Perspectives et Réalité (fondés en 1966) et le Mouvement démocrate socialiste de France autour d’Émile Müller, candidat à l’élection présidentielle de 1974. créé e de vives tensions avec le RPR de Jacques Chirac. En effet, cette nouvelle situation remet en question les accords électoraux conclus en 1977 entre le RPR et d’une part le PR et d’autre part le CDS : le RPR présente alors des candidats dans des circonscriptions où il avait auparavant accepté de soutenir celles du PR ou du CDS. Jean Lecanuet résume l'esprit qui a présidé à la création de l'UDF : « les élections législatives de 1978 approchent. Nous [les futurs composantes de l'UDF] sommes alors en plein effort de rééquilibrage de la majorité face au RPR. […] Un jour que je recevais au CDS, des amis viennent me dire : « Vous avez vu comment on nous appelle, les non RPR, les non-gaullistes, nous n'avons pas de nom ! » Je suis moi aussi choqué de cette appellation négative. Nous étions loin de faire reposer la majorité qui soutenait le gouvernement sur deux piliers à peu près égaux, et nous étions de plus les non nommés, les sans nom, les sans familleInterview de Jean Lecanuet, in Marianne - Le magazine de l'Union, octobre 1991, .. » Scénario de probable cohabitation Les succès des partis de gauche aux cantonales de mars 1976 et aux municipales de mars 1977, ainsi que les sondages très favorables, leur permettent d'envisager un probable victoire et une cohabitation avec le président de la République Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974. Son prédécesseur Georges Pompidou avait refusé de dire s'il démissionnerait en cas de la victoire de la gauche aux législatives de Conférence de presse du 9 janvier 1973. François Mitterrand est le premier à utiliser le terme de cohabitationDéclaration reprise dans Le Monde des 4 et 22 mars 1978. alors que le commentateur giscardien Olivier Duhamel parle plutôt de contradiction des majoritésOlivier Duhamel, « L’hypothèse de la contradiction des majorités », in Les Régimes semi-présidentiels.
Dès le , Valéry Giscard d'Estaing, lors de son discours dit du « bon choix », à Verdun-sur-le-Doubs explique qu'il cohabitera mais sans grands pouvoirs:
Cette déclaration illustre une lecture parlementariste de la constitution de 1958, ce dont le constitutionnaliste Georges Vedel convenait : Dimensions inégales des circonscriptions L'inégalité de peuplement des circonscriptions a été calculée"Les élections législatives de mars 1978 en métropole", par Nicolas Denis, dans la Revue française de science politique en 1978 . Dans celles qui ont élu un candidat de la majorité, il y avait en moyenne 70222 inscrits par circonscription, soit 10% environ de moins que dans celles qui ont élu un député communiste (il y avait alors en moyenne 77531 inscrits). Accords électoraux Le nombre de duels progresse par rapport au second tour des élections législatives de 1973, car depuis centre et majorité son alliés"Mémoires de nos années sombres", par La Blanche Hermine · 2020 aux Editions Librinova . Il y a des duels dans 99% des seconds tours contre un cinquième en 1958, année où un quart des seconds tours étaient des quadrangulaires"Gaullisme électoral et Ve République. Les élections en France depuis 1958 et la mutation du système politique", par Robert Ponceyri, en 1985 aux Presses de l'Institut d'études politiques de Toulouse , puis 60% en 1962, 80% en 1967, 85% en 1968 et 84% en 1973 "La nostalgie de l'impuissance" par Maurice Duverger en 1988 aux Editions Albin Michel . Le PCF avait profité de pour accroitre son implantation locale et se doter d un réseau de solides notables qui contribueront à sa résistance dans les décennies suivantes"L’union sans unité Le programme commun de la gauche, 1963-1968", sous la direction de Danielle Tartakowsky et Alain Bergounioux, en 2019 aux Presses universitaires de Rennes .
Un accord électoral de la gauche pour le second tour est conclu dans la soirée du 12 mars, jour du premier tour, peu après 21 heures, Georges Marchais ayant accepté de reporter la relance de la réactualisation du programme commun, notamment sur les nationalisations davantage de pouvoir aux syndicats au sein des entreprises nationalisées"Les élections législatives de 1978. Les années Giscard d'Estaing", Politique.net , à l’issue des élections, les reports de voix seront cependant meilleurs à droiteAccord électoral de la gauche pour le second tour des élections. Archives INA, lancement de Roger Gicquel, présentateur du 20 heures, texte de contextualisation de Judith Bonnin .. Roger Gicquel, présentateur du 20 heures, précise que le "bon accord" présenté par Georges Marchais n’est "plus du tout de même nature que le bon accord qu’il exigeait encore la semaine dernière" et que la participation des communistes au Gouvernement se fera ou au "prorata des voix, ou au prorata des sièges, on ne le dit pas".
L'électorat socialiste et l'électorat communiste étaient jugés différents, beaucoup plus que les électeurs de droite UDF et RPR. Un sondage SOFRES de l'époque a estimé que dans le cas d'un duel Parti Communiste/UDF, sur 100 électeurs socialistes, 65 avaient voté pour le candidat communiste et 23 pour celui de l'UDF.
Le politologue Jean-Luc Parodi avait montré que lors des scrutins précédents, l'affrontement gauche-droite du deuxième tour tendait le plus souvent être plus proche de 50-50 que celui du premier tour: aux cantonales de mars 1976 cette règle s'était vérifiée 8 fois sur 10"Note sur une règle peu connue du deuxième tour en régime majoritaire bipolaire", par Jean-Luc Parodi, dans la Revue française de science politique en 1978 .
Campagne électorale La campagne débute réellement dès les lendemains des élections municipales de , gagnées par la gauche et son programme commun, qui « aura été, pendant six ans, à la fois la carte d’identité de la gauche, un engagement passé avec le peuple, un slogan et une promesse de changement démocratique », selon Pierre MauroyTémoignage de Pierre Mauroy extrait du Colloque « L’union sans l’unité. Le Programme commun de la gauche, 1963-1978 », Pantin, 19-20 mai 2010..