Un théâtre romain antique, à l'origine montage provisoire en bois durant les premiers siècles de la République romaine, est construit en pierre à partir du milieu du Son architecture est la suite de l’évolution des théâtres grecs antérieurs opérée en Italie du Sud. Les premiers exemplaires, le théâtre de Pompée et le théâtre de Marcellus à Rome, établissent une nouvelle forme, différente du modèle grec ouvert : le théâtre romain est un monument fermé sur lui-même, dans lequel l’étagement de gradins hémicirculaires rejoint un bâtiment de scène, luxueusement décoré. La technique de construction, l’emploi de murs et de voûtes rayonnantes pour soutenir les gradins permet de bâtir sur terrain plat et exonère de s’appuyer sur une colline à la mode grecque.
L’empereur Auguste donne une impulsion décisive à l’édification de théâtres dans les colonies romaines, qui s'étend à toutes les cités de l’Empire au cours du , tandis que le type de théâtre grec demeure dans la partie la plus hellénisée, en Grèce et en Asie.
Origines Les théâtres provisoires Durant l'époque républicaine, et jusqu’à l’époque de Vitruve, dans les années , les Romains ne construisirent que des bâtiments provisoires pour accueillir les représentations théâtrales liées à la célébration des jeux à caractère religieux () organisés par les édiles. La scène et les gradins en bois () étaient montés chaque année pour l’occasion, ce qui n’empêchait pas les organisateurs des jeux de déployer de plus en plus un luxe ostentatoire dans les théâtres avec des placages en matières précieuses, des colonnades, des tableaux et des statues.
En , le censeur Caius Cassius Longinus entreprend de construire à Rome un théâtre en pierre, mais le consul Scipion Nasica, chef de file des conservateurs le fait détruire au nom de l’ordre moralPeriochae de Tite-Live, 48, 25. Il faut attendre pour une nouvelle tentative, concrétisée par le théâtre de Pompée, le premier .
Adaptation des modèles italiens vignette|Théâtre de Pietrabbondante, avec un mur de scène. Quoique selon PlutarquePlutarque, Vie de Pompée, 42, 9, Pompée se soit intéressé au théâtre grec de Mytilène à Lesbos, et en ait fait dresser un plan et une maquette, les architectes romains ont plus certainement tiré parti des expériences italiennes pour leur construction.
Depuis le , plusieurs cités d'Italie du sud ont fait évoluer les formes de l’architecture du théâtre grec en pierre, adossant à une colline des gradins arrondis en fer à cheval, face un orchestre circulaire et une scène isolée, haute et souvent trapézoïdale. Ainsi le théâtre de Pietrabbondante dans le Samnium est doté d’un mur de scène avec des demi-colonnes. Le théâtre de Pompéi, créé selon un plan classiquement grec, est transformé au par la diminution de hauteur de la scène et sa jonction aux gradins. À Teanum Sidicinum en Campanie apparaît le plus ancien exemple connu de gradins entièrement construits sur des substructions voûtées. Plus près de Rome, de grands complexes cultuels comme le sanctuaire d’Hercule Victor à Tibur ou le Sanctuaire de la Fortuna Primigenia à Praeneste comportent des gradins en hémicycle menant à l’esplanade du temple. vignette|Complexe pompéien du champ de Mars sur la maquette de Paul Bigot, vue aérienne. Contournant l'ancienne interdiction de Scipion Nasica, Pompée présente son théâtre comme un temple dédié à Vénus Victrix, mais inverse radicalement les proportions des sanctuaires de Tibur et Praeneste en plaçant un petit temple au sommet de gradins immenses, d'un diamètre d'environ , pour faire culminer le temple à . Il prolonge cet hémicycle d'un quadriportique meublé de jardins, de bassins et de statues, formant un ensemble monumental de de long.
Le modèle romain vignette|Façade de la cavea du théâtre de Marcellus. Le théâtre de Pompée bâti en 55 av. J.-C. est suivi une génération plus tard par le théâtre de Marcellus, commencé par Jules César sur le site du où se dressaient les édifices en bois des jeux apollinaires et terminé par Auguste. Plus petit que le théâtre de Pompée ( de diamètre extérieur, environ de hauteur), il est inauguré en 13 ou Il définit le modèle canonique du théâtre romain avec sa appuyée sur des voûtes radiales, ses trois étages de gradins, ses galeries intérieures de circulation, son mur de scène flanqué de deux grandes salles et sa façade d'arcades en grand appareil décorées de colonnes engagées.
Un troisième théâtre plus petit que les précédents, le théâtre de Balbus, est inauguré en . Avec ces trois édifices, le modèle architectural romain est établi, et se diffuse ensuite dans la partie occidentale de l'Empire, tandis que le modèle grec persiste ou est transformé dans les zones hellénistiques de Grèce et d'Asie mineure.
Architecture du théâtre romain
Plan général vignette|upright=1.4|Les différentes parties du théâtre romain de Bosra en Syrie : 1) Scaenae frons 2) Columnatio 3) Proscaenium 4) Pulpitum 5) Orchestra 6) Cavea 7) Aditus maximus 8) Vomitoria 9) Praecinctio 10) Tribunal 11) Basilica À la différence du théâtre grec antique, le théâtre romain est un édifice fermé : tandis que le théâtre grec offre aux spectateurs une vue sur le paysage environnant derrière la scène, un mur de scène ferme le théâtre romain et s'élève à la même hauteur que la . D'autre part, l'hémicycle des gradins vient se souder à la scène et au mur de scène, tronquant l' à une forme en demi-cercle. De surcroit, les théâtres les plus petits, appelés odéons, disposent d'une portion de toiture qui les ferme partiellement., d'où l'appellation latine de (« théâtre couvert »), constatée dans la dédicace de l'odéon de PompéiInscription ..
L'accès aux gradins est assuré par différents passages et des escaliers intérieurs (). Dans la plupart des théâtres, le mur de scène (), souvent très imposant, est la partie spectaculaire du bâtiment, objet d'une décoration composée de plusieurs rangées superposées de colonnes et de niches, et doté d'une riche statuaire. Enfin, l'organisation et la décoration des théâtres varient suivant la localisation du théâtre dans les différentes provinces du territoire romain..
Les termes employés pour décrire les différentes parties d'un théâtre nous sont issus des auteurs romains de l'époque ou diverses inscriptions retrouvées dans le monde romain. Vitruve est l'auteur romain qui a défini la majorité des termes techniques et des préconisations de conception d'un théâtre dans le de son . Cependant, il peut parfois arriver qu'il y ait des incohérences de terminologie entre les désignations antiques et celles des auteurs modernes. Par exemple, le mot « théâtre » désigne pour les modernes le bâtiment dans son ensemble, tandis que le latin est parfois restreint à la partie occupée par les spectateurs, l'ensemble étant alors nommé .
Choix du site et aménagements vignette|Voûte concrète du vomitorium du théâtre de Saragosse.
Vitruve ne donne que quelques directives générales sur le choix de l'emplacement, qui doit être salubre et exempt de défauts acoustiques, et l'orientation à donner, proscrivant l'exposition au vent du sud qui rendrait le théâtre étouffantVitruve, De architectura, V, 3 et 8.
Les théâtres romains sont de préférence construits sur terrains plats et dûment stabilisés. Ainsi, les premiers théâtres sont implantés sur le Champ de Mars, malgré l'existence de collines à Rome. En Italie et dans les provinces, les théâtres romains sont parfois adossés à une colline quand on ne peut l'éviter, mais à la différence des théâtres grecs dépourvus de sous-structures, cette colline est le plus souvent munie d'une ossature de murs ou de voûtes rayonnant en éventail et creusée d'un réseau de galeries de circulation et de desserte des gradins.
La , (le « creux », en latin) est la partie où s'installent les spectateurs. Avec ses gradins en demi-cercles concentriques, elle peut se représenter géométriquement comme un cône tronqué et coupé verticalement en deux. Cette forme est selon Vitruve propice à la diffusion horizontale et verticale de la voix en ondes sonores concentriques.
Horizontalement, les gradins sont séparés en deux ou trois séries par un palier de circulation, la præcinctio ; pour une bonne acoustique, Vitruve préconise que la pente des gradins reste régulière, et que le décrochement ne soit pas plus haut que la largeur de la , afin de ne pas réverbérer le son. Les diverses séries de gradins sont nommées ou pour les gradins inférieurs, ou pour les gradins supérieurs, et pour les gradins intermédiaires, s'il y a trois étages de gradins. Les auteurs modernes emploient aussi le terme (« balcons ») pour designer les niveaux de gradins.
La pente des gradins est conçue pour éviter que la vue de chaque spectateur soit gênée par les voisins qui sont devant lui. Elle est en moyenne de l'ordre de , ce qui est supérieur à celle des théâtres grecs, et peut s'accentuer pour les balcons du haut. La la plus raide connue est celle du Théâtre antique de Bosra, allant de à . Chaque gradin mesure en moyenne de haut et de profondeur.
Verticalement, les gradins sont divisés par des escaliers en secteurs rayonnants nommés (« coins »), au nombre de 4, 5 ou 6 selon l'importance du pourtour des gradins, tandis que dans le modèle grec, la , limitée à deux niveaux (theatron et epitheatron) et excèdant le demi-cercle, se divise en 5, 7 ou 9 .
Dans de nombreux théâtres, le sommet de la est couronné par un portique, le .
Les accès aux gradins se font par-dessous, en utilisant le réseau de galeries couvertes en voûte d'arêtes concrète appelé vomitoire (vomitorium), qui cantonne chaque spectateur dans la zone correspondant au prix d'entrée qu'il a payé.
Orchestre et tribunal
L’orchestra grecque circulaire, contenant le chœur, devient dans le théâtre romain une orchestra semi-circulaire partiellement occupée par des sièges mobiles, les , sur quelques gradins bas, les places d'honneur. Un muret de moins d'un mètre entoure ces gradins, le (littéralement la « ceinture »), et un couloir de circulation en fait le tour au pied de la .
La surface de l'orchestre qui reste libre est fréquemment revêtue de marbre, et l'existence de dallage en opus sectile polychrome semble débuter à l'époque d'Auguste, avec des exemples à Pompéi, à Spolète, à Fiesole. Cette mode se généralise au cours des dans les provinces, avec de beaux exemples en Gaule au théâtre de Lyon, à celui de Vienne ou d'Arles, en Espagne à Caesaraugusta, au Théâtre de Dionysos d'Athènes.
L'accès principal à l'orchestre se fait par deux passages latéraux couverts traversant le mur reliant la et le bâti encadrant la scène. Ces couloirs sont à ciel ouvert dans le théâtre grec et sont nommés parodos (au pluriel parodoi), tandis que leur désignation technique latine n'est pas assurée : les auteurs modernes emploient (« très grandes entrées »), alors que Vitruve utilise le terme peu spécialisé (« passage ») et une inscription au théâtre de Theveste annonce platement (« entrée du théâtre »).
Au-dessus de l' est aménagée une loge d'honneur, le (au pluriel ), réservé au magistrat qui préside les jeux, généralement le préteur à Rome. Placé ainsi, il domine la scène tout en étant visible de tous les spectateurs. La loge placée symétriquement au-dessus de l'autre est destinée à Rome aux très respectées vestales.
Mur de scène