thumb|300px|Position géographique des fermes de Chebaa.

Les fermes de Chebaa, est une bande de territoire occupé par Israël à la frontière entre le Liban et le territoire syrien du plateau du Golan. Elle s'étend sur .

Le territoire, occupé par l'armée israélienne depuis la guerre des Six Jours en 1967, est considéré comme libanais par la Syrie et le Liban, mais comme syrien par Israël et l'ONU. En 2000, avec la fin de l'occupation israélienne du Sud-Liban, l’ONU s’aligne sur les frontières du mandat français en Syrie et au Liban et considère ainsi les fermes du Chebaa comme syriennes..

Les fermes sont situées au sud du village libanais de Chebaa, sur les pentes ouest du mont Hermon, à proximité du point de triple frontière entre Syrie, Liban et Israël. Son altitude atteint jusqu'à , ce qui lui ajoute une valeur stratégique.

La dispute de souveraineté résulte de l'échec de l'administration du mandat français, puis des gouvernements libanais et syriens, à démarquer la frontière.. La région est représentée par le mandat français comme un territoire syrien, sur des cartes de 1933 jusqu'à 1945. En 1946, à la fin du mandat, le territoire est administré par la Syrie et représenté comme tel sur les cartes. En 1964, le Liban et la Syrie ne parviennent pas à démarquer une frontière commune et le territoire continue d'être représenté comme étant en Syrie Kaufman, Asher (Autumn 2002). "Who owns the Shebaa Farms? Chronicle of a territorial dispute". Middle East Journal. Middle East Institute. 56 (4): 576–596..

Depuis 1967 et la guerre des Six Jours, Israël occupe cette région, prise à la Syrie.

En 2000, Israël se retire du Sud-Liban en accord avec la résolution 425 du Conseil de sécurité des Nations unies mais maintient l'occupation des fermes de Chebaa.. Israël accuse le Hezbollah d'utiliser cette revendication territoriale pour continuer ses attaques.

Conflit des fermes de Chebaa de 2000 à 2006 vignette|La région en conflit, avec un champ de mines à l'avant-plan et le mont Hermon à l'arrière plan.

Le Hezbollah considère qu’Israël doit évacuer les fermes de Chebaa, et pour ce faire, il lance des attaques contre l'armée israélienne.

Déroulement des événements : Le , la branche armée du Hezbollah lance une attaque contre l'armée israélienne et tue trois soldats puis capture leurs corps. Le , une bombe explose, tuant un soldat et en blessant deux. Le , six obus de mortier détruisent un poste militaire sans faire de blessés. Le , un missile antichar est tiré sur un convoi militaire, tuant un soldat et en blessant trois. Le , un missile antichar contre un char de combat tue un soldat. Le , des tirs de mortiers et un missile antichar contre un poste militaire blessent deux soldats. Le , Israël bombarde une station radio syrienne au Liban et le Hezbollah bombarde les positions israéliennes. Le , un soldat est tué et deux sont blessés à la suite d'une attaque à la roquette. En , Israël bombarde des cibles stratégiques au Liban et le Hezbollah bombarde Kiryat Shmona, tuant deux civils. Le , le Hezbollah attaque les fermes de Chebaa avec des mortiers, des roquettes et des tirs d'arme légère, tuant un soldat et en blessant cinq. Le , des tireurs d'élite abattent deux soldats israéliens, l'armée riposte et tue un combattant du Hezbollah, des avions survolent Beyrouth. Le , un tir antiaérien tue deux civils du village de Shlomi. Le , le Hezbollah bombarde les fermes de Chebaa. Le , une adolescente est tuée et quatre civils sont blessés par un missile. Le , un soldat est tué à l'arme à feu, des tirs de missiles ne font pas de blessés. Le , deux soldats sont tués en enlevant des explosifs le long de la frontière par des tirs. Le , le Hezbollah tue un soldat et en blesse deux, suivi par une riposte israélienne et des bombardements du Hezbollah.. Le , deux soldats sont tués par un tireur d'élite, Israël riposte par des tirs d'hélicoptères, tuant un combattant du Hezbollah. Le , un soldat est tué par une bombe le long de la frontière. Le , après qu'un soldat est tué et quatre blessés, Israël cible les positions du Hezbollah.. Le , le Hezbollah attaque les fermes de Chebaa et blesse 6 soldats, Israël riposte et tue un combattant du Hezbollah.. Le , cinq combattants du Hezbollah s'infiltrent et sont abattus, le Hezbollah blesse neuf soldats et deux civils par des tirs de missiles.. Le , à la suite d'un accrochage, le Hezbollah tire des roquettes de manière intensive, Israël riposte et deux combattants du Hezbollah sont tués..

Dispute territoriale Point de vue des habitants Selon L'Orient-Le Jour, un des principaux journaux libanais, les habitants soutiennent le Hezbollah et réclament le retour du territoire au Liban.. Selon le politologue Matthieu Cimino, la question de l’identification réelle des habitants de Chebaa reste ouverte..

Position d'Israël Israël s'est emparé de cette région pendant la guerre israélo-arabe de 1967 à laquelle le Liban n'a pas participé. Israël considère les fermes comme faisant partie intégrante du plateau du Golan, territoire syrien occupé depuis cette date. L'État hébreu affirme de ce fait que le territoire n'est donc pas couvert par la résolution 425 du Conseil de sécurité des Nations unies qui a exigé son retrait du Liban du Sud en 1978. En 1967, le territoire était une zone occupée par les forces syriennes. La position d'Israël est basée sur la ligne de démarcation franco-anglaise de 1923 et sur la ligne d'armistice de 1949 qui désignent la région comme territoire syrien.

Israël annexe unilatéralement la zone en même temps que le Golan en 1981.

Position du Liban Pour sa part, le gouvernement libanais considère que les fermes de Chebaa sont partie intégrante du Liban. L'application par Israël des résolutions 425 et 426 du Conseil de sécurité suppose donc pour lui la restitution des fermes de Chebaa.

Le gouvernement libanais a adressé à Kofi Annan des documents attestant que ces terres sont la propriété de Libanais, des relevés cadastraux et des copies d'un accord conclu entre le Liban et la Syrie dans les années 1960 à leur sujet. Le président du Parlement, Nabih Berri, affirme par ailleurs être en possession d'une carte officielle américaine confirmant la « libanité » de ces terres. Les officiels libanais et syriens ont mis en exergue le fait que la Syrie a donné officiellement le territoire au Liban en 1951. Un certain nombre de résidents de la région possèdent d'ailleurs des certificats fonciers libellés par le gouvernement libanais. Cependant, les cartes militaires libanaises publiées en 1961 et 1966 nomment plusieurs fermes de la région, en particulier Zebdine, Fachkoul, Mougr Chebaa et Ramta ; elles sont toutes indiquées comme étant syriennes. De plus les cartes établies par le ministère du tourisme libanais indiquent également une frontière libano-syrienne courant à l'ouest des fermes de Chebaa.

Dans son plan global de règlement du conflit libano-israélien, présenté à la communauté internationale le , le Premier ministre libanais proposait que ce secteur soit mis . La résolution du Conseil de sécurité de l' de cessation des hostilités (), prenant note des propositions de concernant ce secteur, prie en liaison avec les parties intéressées de présenter dans les trente jours des propositions pour délimiter les frontières, en particulier dans les zones contestées, y compris celle des Fermes de Chebaa. Après le départ des troupes syriennes du Liban en 2005, Beyrouth avait réclamé que Damas reconnaisse officiellement la « libanité » de cette zone en se pliant à un tracé de frontières certifié par l'. Mais les autorités syriennes jugeaient impossible un tel tracé des frontières tant que les Fermes de Chebaa restent occupées par Israël.

Le Hezbollah défend une position analogue à celle du gouvernement libanais et justifie la poursuite de ses activités contre Israël par le litige sur cette zone, notamment dans le contexte du conflit ouvert à la mi-2006.

Position de la Syrie La Syrie considère que le territoire doit être évacué par Israël et le reconnait comme libanais. Cependant, la Syrie n'a pas donné suite à certaines demandes du secrétariat de l'Organisation des Nations unies d'entériner par écrit sa position sur un statut libanais du territoire. Le président syrien a réaffirmé néanmoins lors de l'entretien avec Kofi Annan la libanité des fermes de Chebaa.

Position de l'Organisation des Nations unies

L'Organisation des Nations unies (ONU) considérant les fermes comme syriennes a estimé que cette région faisait partie des territoires occupés à évacuer par Israël en vertu des résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité (qui exigent le retrait d'Israël des territoires occupés en 1967) et non pas de la résolution 425 (laquelle exige le retrait israélien du Liban-Sud)Cimino, M. (2009) . La « paix verte » au Proche-Orient est-elle cultivée dans les fermes de Cheba'a ? Confluences Méditerranée, N°70(3), 105-112. https://doi.org/10.3917/come.070.0105.. L'Organisation des Nations unies juge également que les prétentions libanaises dans le cadre de la sur les fermes de Chebaa sont illégitimes puisque, selon son point de vue, ce sont les frontières de 1923 qui sont à prendre en considération. Le Conseil de sécurité a en effet accepté un rapport du secrétaire général, Kofi Annan, confirmant le respect par Israël de la .

Toutefois le , l'AFP a fait savoir qu'un responsable israélien lui avait indiqué que l' avait demandé à Israël d'évacuer les fermes de Chebaa. Au cours des semaines précédentes, les Nations unies auraient fait parvenir des messages à Israël concernant les conclusions d'un de ses cartographes selon lequel les fermes de Chebaa seraient libanaises. C'est la première fois que l' estime que ce territoire n'est pas syrienSource : ..

Position de la France En , le gouvernement français a réclamé l'évacuation du territoire, mais sans se prononcer officiellement sur la souveraineté de cette zone (libanaise ou syrienne)Réunion du groupe de contact sur la crise israélo-libanaise, intervention du ministre des Affaires étrangères, .. Une carte de l'état-major français, ancienne puissance mandataire sur le Liban et la Syrie, considère ce territoire comme libanais. Ce sont les Français qui, exerçant leur mandat sur les deux États, ont tracé d'autorité leurs contours. Sur leurs cartes, les fermes de Chebaa se retrouvent rattachées à la Syrie.

Mais dans sa publication de 1988, M. Braver Braver, Moshe (1988). Israel's Borders – Past, Present and Future, pp. 189–190. mentionne deux cartes françaises contradictoires : (1) Carte du Liban, bureau topographique des troupes françaises du Levant, Beyrouth 1932, les attribuant au Liban ; (2) Carte du Levant, service géographique de FFL, Institut géographique national, Paris 1946, les attribuant à la Syrie. Cette dernière carte confirmait celle établie en 1942 par l'armée britannique et le Service topographique des Forces françaises libres« Probablement la meilleure carte disponible à l'époque, elle situait clairement Wadi al-Assal en territoire syrien, et par conséquent les fermes de Chebaa et le village de Nkhelieh en Syrie » (Asher Kaufman, op. cité ci-après, p. 583)..