vignette|Lame mince de granite au microscope en lumière polarisée analysée.

Le granite est une roche plutonique à texture grenue, riche en quartz, qui comporte plus de feldspath alcalin que de plagioclase. Il est caractérisé par sa constitution en minéraux : quartz, feldspaths potassiques (orthoses) et plagioclases, micas (biotite ou muscovite). Le granite et ses roches associées forment l'essentiel de la croûte continentale de la planèteFrançois Michel, Roches et paysages, reflets de l’histoire de la Terre, Paris, Belin, Orléans, BRGM éditions, 2005 , et 64.. C'est un matériau résistant très utilisé en construction, dallage, décoration, sculpture, sous l'appellation granit.

Le granite est le résultat du refroidissement lent, en profondeur, de grandes masses de magma intrusif qui formeront le plus souvent des plutons, ces derniers affleurant finalement par le jeu de l'érosion qui décape les roches sus-jacentes. Ces magmas acides (c'est-à-dire relativement riches en silice) sont essentiellement le résultat de la fusion partielle de la croûte terrestre continentale. Certains granites (plagiogranites) rencontrés en petits plutons dans la croûte océanique sont, quant à eux, le résultat de la différenciation ultime de magmas basiques. Ses minéraux constitutifs sont principalement du quartz, des micas (biotite ou muscovite), des feldspaths potassiques (orthoses) et des plagioclases. Ils peuvent contenir également de la hornblende, de la magnétite, du grenat, du zircon et de l'apatite. Il existe plus de 500 couleurs de granite différentes..

Les roches volcaniques correspondantes sont les rhyolites.

La composition chimique moyenne du granite est : 74,5 % de , 14 % de , 9,5 % de (, ), 2 % d'autres oxydes (Fe, Mn, Mg, Ca).

Le granite est une roche acide (riche en silice) et dense (densité moyenne : 2,7)François Michel, Roches et paysages, reflets de l’histoire de la Terre, Paris, Belin, Orléans, BRGM éditions, 2005 , . et a une dureté d'environ 6 Mohs..

Les plus gros monolithes granitiques du monde se trouvent dans le parc national de Yosemite, en Californie.

En réalité, le terme granite est souvent pris dans le sens plus large des granitoïdes, roches plutoniques avec plus de 20 % de quartz, indépendamment de la nature du ou des feldspaths qu'on y trouve. La granitisation désigne ainsi l'ensemble des phénomènes géologiques conduisant à la formation d'un granitoïde.

Étymologie vignette|Roche granitique. Dans l'Antiquité, la plupart des roches granitiques au sens large étaient dénommées ., mais ce terme est aujourd'hui réservé à une roche plutonique apparentée au granite mais dépourvue de quartz (la syénite).

Les mots granite et granit sont transcrits de l'italien granito (mêmes sens)., construit sur le latin granum (« grain ») en référence à la texture granuleuse (phanéritique) des granites et plus généralement des granits.. Ce terme apparaît pour la première fois dans le Dictionnaire de la Crusca ; il est ensuite repris par Andrea Cesalpino dans son ouvrage en 1596, puis par Joseph Pitton de Tournefort dans sa Relation d'un voyage du Levant fait par ordre du roy en 1717.

En français moderne, il ne faut pas confondre « granite » et « granit », le premier terme désignant une roche spécifique, tandis que le second est un terme commercial utilisé dans l'industrie extractive, indépendamment de sa lithologie. Le granit est alors un type de roche non poreuse, imperméable, grenue (constituée de grains visibles à l'œil nu) et cohérente. Des roches très variées peuvent ainsi être commercialisées sous l'appellation « granit » : granite, calcaire, gneiss. La graphie granit pour désigner le granite des géologues est toutefois admise par de nombreux dictionnairesParmi lesquels le dictionnaire Flammarion de la langue française éd. 1999, le Petit Larousse compact 1997, le dictionnaire usuel illustré Quillet-Flammarion éd. 1981, le dictionnaire d'Émile Littré de 1877. ainsi que par l'Académie française..

Occurrences Ensembles granitiques à l'échelle mondiale Les granites au sens large représentent un élément important de la croûte continentale terrestre. Dans certaines régions du monde (Afrique du Sud, Nord-Est du Brésil, Nord-Ouest de l’Australie), ils constituent jusqu’à 75 % de la surface des roches exposées. Par exemple, la collision de plaques continentales a pour effets essentiels la formation de grandes zones de déformation, mais aussi la production de granites. C'est un des moyens les plus efficaces d’évacuer l’énergie de la collision, soit thermiquement (fusion de la croûte), soit mécaniquement (cisaillements verticaux ou horizontaux).

Les granites représentent le mode principal de transfert des éléments, en particulier ceux producteurs de chaleur (Th, U), de la croûte inférieure à la croûte supérieure. Ils conduisent donc à une différenciation chimique de la croûte. De plus, ils sont souvent à l’origine de minéralisations dont l’intérêt économique est évident.

Granites extraterrestres Dans les roches extraterrestres connues, les granites sont beaucoup moins fréquents que les roches basaltiques. Ce sont pour leur grande majorité des granites ferrifères de type A, caractérisées par des teneurs élevées à très élevées en et moyennes en CaO, les variétés sodiques étant extrêmement rares. Leur texture et notamment les intercroissances de quartz et de feldspath alcalin suggèrent qu'ils sont d'origine ignée et qu'ils se sont cristallisés rapidement à partir d'un liquide.. Sur la Lune, des fragments de granite âgés de correspondent à au moins 8 événements intrusifs différents. Les dômes à flancs abrupts identifiés par télédétection peuvent représenter des formations felsiques intrusives ou extrusives. Sur Mars, des couches rythmiques noires et blanches observées sur le dôme de Tharsis le long des flancs des escarpements périphériques des volcans géants de Tharsis Montes suggèrent la possible éruption de pyroclastites felsiques. Bien qu'aucun véritable granite n'ait été trouvé jusqu'à présent dans les météorites martiennes, des verres felsiques et des mésostases ont été identifiés et une composante proche de la croûte continentale terrestre (granitique) est déduite de la systématique des éléments traces et des isotopes. Vénus a subi un important resurfaçage volcanique, tandis que les zones plissées et faillées ressemblent à des continents terrestres. Près des grands volcans boucliers, principalement de composition basaltique, les dômes à parois abruptes ont été interprétés comme des extrusions siliciques non dégazées. On trouve fréquemment des clastes et des mésostases granitiques dans les météorites astéroïdales. Des textures porphyriques, avec des cristaux de feldspath alcalin pouvant atteindre plusieurs centimètres, ont été observées dans des enclaves de silicate au sein de météorites de fer. Dans les chondrites, les brèches polymictes peuvent contenir des clastes granitiques, dont la provenance est débattue. Un claste de la chondrite est daté par la méthode Pb-Pb à , ce qui en fait le plus ancien granite connu du Système solaire.

Genèse des granites alt= Vue d'un immense rocher en granite|vignette|Half Dome, le plus gros monolithe granitique du monde au parc de Yosemite, en Californie (États-Unis). Les granites sont d'origine plutonique (par opposition aux roches effusives, d'origine volcanique, comme le basalte). Ils se forment en profondeur par refroidissement très lent du magma, mélangé à d'autres roches. Les minéraux cristallisent alors dans un certain ordre : d'abord les micas, puis les feldspaths, enfin les quartz. Certains granites naissent de la fusion de la croûte continentale lors d'une collision entre deux plaques tectoniques.

Deux modèles principaux de processus pétrogénétique responsable de la formation des granites sont proposés : fusion crustale de roches à différents niveaux de composition variable (ces roches de la croûte continentale ou océanique donnant directement par fusion un liquide granitique) ; fusion mantellique de roches ultramafiques qui donnent des basaltes ou des andésites/diorites, évoluant ensuite par le processus de différenciation en une série magmatique plus ou moins complète, qui s'étend du magma basique primaire au granite.

Ces modèles (origine mantellique et crustale) sont insuffisants pour expliquer la variété des granites dont la formation résulte le plus souvent d'une contamination et d'un enrichissement du magma basique par la silice et les alcalins (Na et K) qui diffusent de la croûte continentale, ou d'un mélange entre des magmas basiques d'origine mantellique et des magmas granitique d'origine crustale (granite mixte).. Si l'immense majorité des granites peut avoir deux origines différentes (mantellique et crustale), mais non incompatibles, tous les intermédiaires possibles existent..

La formation des granites résulte de mécanismes qui diffèrent selon l'environnement géodynamique au moment de leur mise en place. Les géologues distinguent les granites anorogéniques (dans une région non soumise à un cycle orogénique) et les granites orogéniques dont la formation est liée à l'orogenèse et peut se faire au cours celle-ci (granites syntectoniques plus ou moins orthogneissifiés formant des granites circonscrits à bords nets, des granites d'anatexie à bords diffus, ou des granites mixtes) ou à la fin (granites syn- à post-tectoniques formant des petits massifs circonscrits ou des grands batholites tardifs)..

Évolution Les bases de données géochimiques montrent, après filtrage, l'existence de trois intervalles de temps caractérisés par une composition différente des granitoïdes, d'étendue mondiale : (Archéen), (Mésoprotérozoïque) et (Néoprotérozoïque-Phanérozoïque) : concentrations en éléments incompatibles faibles dans le premier intervalle, élevées dans le deuxième et intermédiaires dans le troisième. La première période de transition () peut refléter une diminution de la profondeur de génération des magmas et de l'épaisseur de la croûte (en réponse à la propagation d'une subduction soutenue autour du globe) et la seconde () un refroidissement continu du manteau, l'augmentation de la résistance mécanique de la lithosphère et peut-être la subduction de lithosphère continentale.

Classification et typologie vignette|Composition minéralogique des roches magmatiques. vignette|Carrière de granite dans les Vosges. vignette|Aiguille du Midi (Alpes). De nombreux auteurs ont établi des classifications, parfois génétiques, souvent binaires : leucogranites et granodiorites de J. Didier & J. Lameyre (1969)Didier, J., Lameyre, J., « Les granites du Massif Central Francais. Etude comparee des leucogranites et granodiorites », Contributions to Mineralogy and Petrology, 24, 1969, 219-238., granites II pour « Ignés », c'est-à-dire ortho-dérivés (issus de la fusion de roches magmatiques. et granites SS pour « Sédimentaires », c'est-à-dire para-dérivés (issus de la fusion de roches sédimentaires. de B.W. Chappell & A.J.R. White (1974) Chappell, B.J. & White, A.J.R., « Two Contrasting Granite Types », Pac. Geol., vol 8, 1974, p.173-174., série à ilménite et série à magnétite de S. Ishihara (1977) Ishihara, S., « The magnetite-series and ilmenite-series granitic rocks », Mining Geology, vol 27, 1977, p. 293–305., granites crustaux C et granites mantelliques ou mixtes M de J. Didier et al. (1982) Didier J., Duthou J.L. & Lameyre J., « Mantle and crustal granites : genetic classification of orogenie granites and the nature of their enclaves », J. Vole. Geotherm. Res., vol 14, 1982, p. 125-132., etc. Ces classifications binaires ne rendent pas compte totalement de l'hétérogénéité des granites et de la complexité des phénomènes naturels.