Édouard René Lefebvre de Laboulaye, communément appelé Édouard Laboulaye, né le Archives en ligne de Paris, état civil reconstitué, cote 5Mil 157, vues 8,9,10/50 à Paris où il est mort le , est un juriste, un homme politique et un écrivain français.
Il est député, puis sénateur inamovible de la IIIe République et écrit des romans et contes pour la jeunesse. Il est l'un des principaux inspirateurs de l'École libre des sciences politiques (Institut d'études politiques de Paris).
C'est lui qui, dès 1865, a l'idée originale de la statue de la Liberté, cadeau de la France aux États-Unis d'Amérique.
Biographie
Jeunesse et études
Édouard Lefebvre de Laboulaye est le fils de Auguste Lefebvre de Laboulaye (1779-1824), régisseur de l'octroi de Paris, capitaine de la Garde nationale, chevalier de la Légion d'honneur. Il est le petit-fils de Jean-Baptiste Le Febvre de La Boulaye (1743-1820), écuyer, conseiller-secrétaire du Roi, Maison, couronne de France et des finances. Édouard étudia le droit et obtint une licence de droit.
Il épouse en premières noces, en 1832, Augusta Virginie Paradis. De cette union est né l'année suivante un fils, Paul, futur ambassadeur de France à Madrid et à Saint-PétersbourgLes Parlementaires de la Seine sous la Troisième République, vol. 1, Jean-Marie Mayeur, Arlette Schweitz, Paris, éd. Publications de la Sorbonne, 2001.. Devenu veuf en 1841, il épousaLe mariage eut lieu le 4 juin 1844 à Paris . en secondes noces Louise Alexandrine Valérie Michelin-Tronsson du Coudray. André Lefebvre de La Boulaye est son petit-fils.
Parcours professionnel Il exerce pendant quelque temps la profession de fondeur en caractères au côté son frère CharlesCharles Pierre de Laboulaye (1813-1886). polytechnicien, fabricant de caractères d'imprimerie et président du Cercle de la librairie. C'est cette profession qui figure sur la couverture de son premier ouvrage Histoire du droit de propriété foncière en OccidentCouverture de l'édition de 1839.. Cet ouvrage, issu d'un mémoire, avait été primé au concours de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
En 1842, il se fit inscrire au barreau de Paris. Il s'attacha d'une façon toute particulière à l'étude des historiens et des philosophes de l'Allemagne, dont il acquit une connaissance approfondie : ainsi fut-il un des rares Français à accuser réception du droit naturel krausiste. Ses premiers ouvrages attirèrent l'attention des lettrés et contribuèrent, dans une certaine mesure, à régénérer l'étude de l'histoire du droit. À l'érudition nécessaire, il sut joindre une exposition claire et un style élégant, qualités qui se retrouvent dans tous ses ouvrages, s'affirmant encore avec le temps. Ces travaux lui permirent d'être nommé membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1845, et, quatre ans plus tard, de devenir professeur de législation comparée au Collège de France puis administrateur du Collège de France de 1873 à 1883. Il fut le premier président de la société de législation comparée lors de sa fondation par Alexandre Ribot et Paul Jozon.
Il participe à un débat d'ordre pédagogique et épistémologique avec le professeur de droit Oudot sous la monarchie de Juillet. Il se montre en faveur d'un enseignement du droit expérimental et inductif, opposé à la position doctrinale des facultés de l'époque qui enseigne le droit positif de manière purement exégétique. Il se montre en faveur de la création d'un institut de sciences politiques, et inspire à ce titre Émile Boutmy qui crée l'École libre des sciences politiques en 1871 et soutient les mêmes positions que ce dernier lors de sa controverse avec Claude Bufnoir sur l'enseignement du droit.
Sous l'Empire, tenant d'idées libérales« Un publiciste libéral contempteur de Rousseau : Édouard Laboulaye (1811-1883) », in A. Dufour, V. Monnier (dir.), Rousseau, le droit et l’histoire des institutions, Actes du colloque international pour le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), organisé à Genève, les 12, 13 et 14 septembre 2012, Genève, Schulthess, 2013, p. 319-341., lecteur de Tocqueville et de John Stuart Mill, il fut d'abord mêlé aux hommes qui essayaient de réveiller l'esprit public en France. Il fonda la Revue historique de droit français et étrangerNotice de collection ou de série « Revue historique de droit français et étranger », dans le catalogue général de la Bibliothèque nationale de France. en 1855, et combattit la politique autoritaire du Second Empire. Son ouvrage, Le Parti libéral, fut en partie traduit en japonais en 1883 et inspira le démocrate Chōmin Nakae. Il voyage beaucoup dans les années 1840, 1850 et 1860 et il entretient une correspondance immense avec des juristes et des savants du monde entier.
Les États-Unis vignette|La Liberté éclairant le monde.
Observateur attentif de la vie politique des États-Unis, et admirateur de la constitution de ce pays, il contribua à faire connaître et aimer ces institutions, soit par ses cours extrêmement suivis, soit par ses ouvrages, soit, enfin, en faisant partie de comités d'organisation démocratique. On le voit présider une réunion publique en faveur des esclaves affranchis d'Amérique, à Paris en Lettres à Julie-Victoire Daubié, Raymonde Albertine Buger, New York, ed. Peter Lang, 1992..
Pendant la guerre de Sécession, il fut du côté des États de l'Union, notamment en raison de l'action diplomatique du nouveau consul américain à Paris, John Bigelow, qui lui rendit de nombreuses visites à partir d' à son domicile de la rue Taitbout Vive L’Union par Don H. Doyle dans The New York Times du 16 octobre 2011., et à la fin de cette guerre.
Dès 1875, président du Comité de l'union franco-américaine, il lance une souscription pour l'érection de la statue de la Liberté pour le centième anniversaire du Jour de l'Indépendance..
Il ne put voir l'entreprise à son terme : il mourut un an avant l'élévation de la statue de Bartholdi à New York.
La politique vignette|Portrait d'Édouard Laboulayeparu dans Le Trombinoscopede Touchatout en 1873. En 1863, il se présenta comme candidat à la députation de Paris, mais il échoua. Il ne fut pas plus heureux dans le Bas-Rhin en 1866, et dans le département de Seine-et-Oise en 1869. En 1870, lorsque eut lieu le vote du plébiscite sur les réformes apportées à la constitution, il écrivit le une lettre, rendue publique, dans laquelle il donnait son adhésion à cet appel au peuple, déclarait qu'il voterait pour le plébiscite et affirmait que :
Cette lettre fit scandale dans les milieux d'opposition qu'il fréquentait jusque-là. Accusé de renier son passé et de se rallier à l'Empire, il perdit en un instant la popularité dont il jouissait. Le , il dut suspendre son cours au Collège de France, pour mettre un terme aux scènes tumultueuses qui s'y passaient et dont il était l'objet aux cris de : Rendez l'encrier !Assemblée Nationale, base de données des députés français., faisant référence à un magnifique encrier offert par les étudiants strasbourgeois en 1866 pour le consoler de son échec et lui prouver leur admiration.
350px|right|thumb|La commission des Trente présidée par Batbie, en , réunie dans une des salles du Musée de Versailles, d'après un dessin de G. Janet et un croquis de Pelcoq gravure Amédée Daudenarde. Lors des élections du , le comité Dufaure le porta candidat à Paris pour l'Assemblée nationale. Il subit un nouvel échec ; mais il fut plus heureux lors des élections complémentaires du suivant, où, soutenu, par l'Union de la presse parisienne, il devint député de Paris. Il alla siéger alors au centre gauche et ne cessa d'appuyer de ses votes la politique de Thiers. Lorsque, en , Auguste Casimir-Perier provoqua une scission dans le centre gauche et créa la réunion dite de la République conservatrice, il fit partie des membres qui constituèrent cette nouvelle portion de l'Assemblée. Il fut nommé président de la commission chargée de réorganiser l'enseignement supérieur, et prit maintes fois la parole devant l'Assemblée. Dans le discours qu'il prononça, le , lors de la discussion sur le projet de loi présenté par la commission des Trente, il déclara que la forme du gouvernement lui était indifférente, pourvu que le gouvernement ne soit pas despotique. Le , il fut nommé administrateur du Collège de France.
Il fut élu sénateur inamovible en 1875. Il fut le rapporteur de la loi du , qui instaura la liberté de l'enseignement supérieurhttp://www.legifrance.gouv.fr : Loi du 12 juillet 1875 relative à la liberté de l'enseignement supérieur *Loi Laboulaye*.
Hommage La ville de Laboulaye, dans la province de Córdoba en Argentine porte son nom. Une place de Versailles le porte également.
Distinctions
Commandeur de l’ordre impérial de la Rose. Chevalier de l'ordre royal de Charles III d’Espagne Membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et président en 1878. Président de l'Institut de France (1878) Docteur honoris causa de plusieurs universités, notamment de Havard en 1864.
Publications
Essai sur la vie et les ouvrages de Savigny (Paris, 1840) , ouvrage remarqué et couronné par l'Académie des sciences morales et politiques , également couronné (3 vol.)
Les Tables de bronze de Malaga et de Salpensa (Paris, 1856)
Introduction au droit français, de Claude Fleury (Paris, 1858, 2 vol.), en collaboration avec Dareste Abdallah ou le trèfle à quatre feuilles, conte arabe (1859) Les États-Unis et la France (1862) L'État et ses limites, suivi d'Essais politiques sur M. de Tocqueville (1863) Paris en Amérique (1863, in-8°), sous le nom de Docteur René Lefebvre, ingénieux roman satirique qui eut de nombreuses éditions Contes bleus (1863) Le Parti libéral, son programme, etc. (1864) Nouveaux contes bleus (1866) Le Prince Caniche (1868), conte satirique qui obtint un très grand succès et fit beaucoup de bruit Discours populaires (1869) La République constitutionnelle (1871)
Propriété littéraire 1858 - 1859 -
Traductions L'Histoire de la procédure chez les Romains, de Walter (1841) ; Œuvres sociales de Channing avec un Essai sur sa vie et ses doctrines (1854) L'Esclavage, par le même, avec une Étude sur l'esclavage aux États-Unis (1855) Petits traités religieux, également de Channing (1857)
Éditions d'ouvrages Le Coutumier de Charles VI (Paris, 1846) Les Institutes coutumières de Loisel, avec notes (Paris, 1848, 2 vol.) Les Mémoires et la correspondance de Franklin Les Essais de morale et d'économie politique, du même (1867)
Collaborations Il collabora pendant longtemps au Journal des débats, publia de nombreux articles dans la Revue de législation et de jurisprudence et prit part à la rédaction de la Revue historique du droit français et étranger, à la Revue germanique, à la Revue nationale. Il a été mis en musique par Eugénie Mathieu (1840-1885), épouse de Yan' Dargent pour un extrait des "Nouveaux Contes bleus"; la partition se nomme "Violette abandonnée", et la couverture est illustrée par Yan' Dargent.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
en ligne sur Gallica BNF Édouard Laboulaye : conférence faite à la Société du travail, Frédéric Passy, Paris, éd. Guillaumin, 1884. Un portrait d’Édouard Laboulaye (1811-1883), Marc Kirsch, La lettre du Collège de France, , , en ligne : https://lettre-cdf.revues.org/183 Walter Dennis Gray, Interpreting American democracy in France : the career of Édouard Laboulaye, 1811-1883, Newark: University of Delaware Press, 1994. (Biographie d'Édouard Laboulaye) Magda Moiola, Il pensiero politico di Édouard Laboulaye, Università degli Studi di Pavia - Facoltà di Lettere e Filosofia, 1998, Yasmin Sabina Khan, Enlightening the world: the creation of the Statue of Liberty, Cornell University Press, 2010,