Fès ou Fez (en arabe : , ; en amazighe standard marocain : , ) est une ville du Maroc septentrional, située à à l'est de Rabat, entre le massif du Rif et le Moyen Atlas. Faisant partie des villes impériales du Maroc, elle a été à plusieurs époques la capitale du pays et est considérée de nos jours comme sa capitale spirituelle..
Sa fondation remonte à la fin du , sous le règne du sultan Moulay Idriss . Son prestige passé en a fait l'un des foyers majeurs de la civilisation islamique relié à Baghdad, Damas, Tunis, Cordoue, Le Caire, Kairouan, Tlemcen, Grenade, Palerme, Ispahan et Samarcande, avec lesquels elle avait établi des échanges aussi bien économiques que sociaux et culturels...
Divers titres ont été attribués à la ville de Fès, dont lAthènes de l'Afrique, la reine du Maghreb et la Bagdad du Maghreb..
Elle s'étend sur trois secteurs: la ville ancienne (médina), classée au patrimoine mondial de l'UNESCOListe du Patrimoine Mondial (Maroc), l'enceinte royale et les quartiers nouveaux établis par les Français et qui s'étendent de nos jours dans la plaine environnante.
Sur le plan administratif, la ville est composée de la commune de Fès, qui est divisée en six arrondissements, et de la municipalité de Méchouar Fès Jdid, où se trouve le palais royal. Fès est la deuxième ville du Maroc avec une population de selon le recensement de 2015.
Toponymie L'origine du toponyme Fès est incertaine ; plusieurs étymologies existent, certaines issues de la légende populaire, d'autres de travaux d'historiens.
Connue depuis au moins le , l'étymologie classique de Fès, telle que rapportée par certains auteurs anciens (Abou Bakr ben Mohammed er-Razi et Ibn Abi Zar), explique le nom de Fès par la découverte, lors du creusement des fondations de la ville en construction, d'une pioche, en arabe (Fä's), qui donnera le nom de Madinat Fäs.. Une autre version, rapportée par El-Modaffari, décrit la pioche découverte comme très ancienne, de grande taille (quatre empans de long sur un de large) et pesant soixante livres..
Selon une autre étymologie issue de la légende populaire, Idris , fondateur de Fès, participa à la construction de la ville et aida au creusement des fondations au moyen d'une pioche d'or et d'argent, et c'est ainsi que la ville prit le nom arabe de la pioche (fès).
Une autre hypothèse étymologique lie l'origine du nom à une métathèse. Deux versions sont proposées. La première, rapportée par Ibn Abi Zar dans son Rawd al-Qirtas, parle d'un vieux moine chrétien qui aurait révélé à Idris l'existence, à l'emplacement où sera construite Fès, d'une ancienne ville nommée Saf ou Sèf, fondée par les Anciens et disparue mille à mille sept cents ans auparavant ; la métathèse Saf en Fès expliquerait le nom de la ville. Idris aurait lui-même décidé de la métathèse Sèf en Fès. Une autre version — avancée à l'origine par Larbi Mezzine, ancien doyen de la faculté de lettres à l'université de Kenitra et maître en toponymie berbère —, suggère une origine berbère au nom de la ville. Les cours d'eau étant nombreux autour de la ville (Wad Fäs, Wad Zhun, Wad Zitun, etc.), le nom de Fès serait une métathèse disaffen (pluriel dasif, « rivière » en berbère)
Une autre étymologie est que le nom de Fès provient du berbère afasi qui signifie « droite » en berbère, le noyau primitif de la ville étant situé sur la rive droite de la rivière.. Une variante berbère de afasi pour signifier « droite » est ayffas ou ayeffas.
Encore une autre proposition d'étymologie est que le nom de Fès provienne du berbère Fas ou Afas qui veut dire « sol » ou « terre » qui se compacte, la ville étant construite sur les marnes bleues d'âge Miocène supérieur, particulièrement lors des pluies alternant avec les périodes de sécheresse.
Ethnonymie Les habitants de Fès ont pour nom de gentilé, en arabe fasi (fassi) et au pluriel fwasa (fouassa). En français; diverses formes de gentilé existent ou ont pu exister pour désigner les habitants de Fès : Fassi, Fésien, Fassien, Fessois.
Dans le langage courant au Maroc, « Fassis » est aussi un ethnonyme souvent utilisé pour désigner spécifiquement les grandes familles de Fès, membres de l'aristocratie urbaine ou de la haute bourgeoisie marocaine. Fès a en effet hébergé d'anciennes familles souvent issues d'Andalousie, du Machrek, du monde arabo-musulman ou du monde juif et réputées comme ayant formé une élite citadine traditionnelle savante, intellectuelle, économique et marchande proche du pouvoir central étatique et/ou ayant bénéficié parfois de certains privilèges.
Histoire Fondation thumb|left|200px|Fès Madrasa Bouanania thumb|upright 2.5|Fès Médina Vue panoramique
Le noyau primitif de la ville de Fès serait antérieur à Idris et situé sur la rive droite (afasi en berbère).
La ville « Médina Fès » a été fondéeFondation de Fès par le chérif alide Idris en 789 à l'emplacement de l'actuel quartier des Andalous. En 808, le régent Rashid Ben Morshid fonde « al-Aliya » sur l'autre rive de l'oued Fès. se développe très vite et devient une véritable ville avec mosquée, palais et kissariya (« halle », « marché »).
Les sources d'eau vitales aux alentours de la ville de Fès, qui étaient connues et louées en chanson avant même sa fondation, ont sans aucun doute été un critère important lors du choix de l'emplacement pour la future métropole.
Les évolutions suivantes sont dues à deux vagues successives d'émigration : à partir de 817–818 s'installent dans la ville fondée par Idrîs près de andalouses expulsées par les Omeyyades des faubourgs de Cordoue. Peu de temps après, environ de Kairouan en Ifriqiya s'installent sur la rive d'al-Aliya. La mosquée universitaire Quaraouiyine fondée par l'aristocrate kairouanaise Fatima al-Fihriya (800-880) au devient l'un des centres spirituels et culturels les plus importants de l'époque et participe à l'âge d'or intellectuel de la civilisation islamique. Son influence se fait ressentir jusque dans les écoles d'Al-Andalus, et au-delà vers l'Europe d'où elle attire un grand nombre de savants et de mystiques. Les nouveaux arrivants apportent avec eux aussi bien un savoir-faire technique et artisanal qu'une longue expérience de la vie citadine. Sous leur impulsion, Fès devient un centre culturel important.
Fès se trouve à un emplacement particulièrement avantageux, au croisement de routes commerciales importantes, au cœur d'une région naturellement généreuse avec des matières premières précieuses pour l'artisanat (pierre, bois, argile). Ceci lui permet de développer une riche culture esthétique issue de la grande tradition de l'art arabo-andalou. Fès se trouve sur la route des caravanes allant de la mer Méditerranée à l'Afrique subsaharienne en passant par la grande cité commerciale de Sijilmassa (disparue au ) dans la région de Tafilalet, ce qui augmente également son attrait économique.
Moyen Âge Aux , la ville de Fès est prise par les Maghraoua. Elle sera le théâtre de bataille entre les tribus Zénètes Maghraoua et Banou Ifren faisant successivement allégeance au califat de Cordoue ou aux FatimidesIbn Khaldoun, Histoire des Berbères. C'est dans cette période qu'advint un massacre contre la communauté juive faisant dans ce qu'on appela le Massacre de Fès de 1033. Sous le règne des Almoravides puis sous celui des Almohades la ville abrite une communauté chrétienne mozarabe originaire d'Al-Andalus.. Des traditions rapportées par Ibn Khaldoun et par le Rawd al-Qirtas font mention de l'existence d'un temple du feu en un lieu nommé Chibouba, à l'emplacement de Madinat Fas, ce qui attesterait de la présence théorique d'adeptes du zoroastrismeMouna Hachim, Chroniques insolites de notre Histoire, pages 89-90.. vignette|Mellah de Fès où vivaient les Juifs de la ville.
Les deux parties de la ville s'unissent en 1069, détruisant le mur qui les séparait. Fès perd son rôle de capitale à la fondation de Marrakech et la prise de Tlemcen par la dynastie des Almoravides au , mais le reprend en 1250 grâce à la dynastie mérinide. Sous son règne, la nouvelle ville, El Medinet El-Beida (« la ville blanche »), est fondée en 1276 ; elle est équipée de remparts, de palais et de jardins. Elle est rapidement connue sous le nom de Fès Jedid (« la nouvelle Fès ») en opposition à Fès el-Bali (« la vieille ville »). La population juive qui se trouvait aux alentours du palais est forcée de partir et le Mellah (« quartier juif ») se forme dans l'ancien quartier de la garnison des archers syriens.
Au début du , apogée de l'art hispano-mauresque, la ville connaît une forte croissance. Grâce aux caravanes allant jusqu'au port de Badis dans le Rif, Fès est en permanence liée au royaume de Grenade et à l'ensemble du monde méditerranéen. Lors de la révolte marocaine de 1465, la communauté juive locale est de nouveau décimée. En 1471, la ville tombe aux mains de la dynastie Beni Ouattas, qui ne règne que sur le royaume de Fès dans la portion nord du Maroc actuel. Après la prise de Grenade par les rois catholiques d'Espagne en 1492, Boabdil, le dernier sultan de la dynastie des Nasrides, se réfugie à Fès avec toute sa suite. Il y décède vers 1533 et serait inhumé possiblement au mausolée dit de Msalla al Soltane...
Conquête musulmane du Maghreb (647-709), Hilaliens, aabisation du Maghreb Grande révolte berbère (739-743) Idrissides (789-985) Fatimides (909-1171) Massacre de Fès (1033) Almoravides (1040-1147) Almohades (1121/1147-1269) Averroès (1126-1198) Moïse Maïmonide (1138-1204) Sultanat mérinide (1244-1465), Prise de Fès (1411) Révolte des chérifs de Fès (1465) Mohammed ibn Ali Amrani-Joutey, restauration idrisside Wattassides (1472-1554) Expulsion des morisques d'Espagne (1502)
thumb|upright|Fès, mosquée Al Qarawiyyĭn En 1522, Fès souffre d'un séisme qui détruit la ville en partie. Dans les années qui suivent, de nombreux bâtiments sont reconstruits, restaurés ou remplacés. La dynastie chérifienne des Saadiens prend en 1554 la ville qu'elle dispute à la régence d'Alger, qui s'en empare une nouvelle fois en 1576 grâce à une armée de dont sous les ordres de Ramdan Pacha.; mais les souverains saadiens choisissent Marrakech comme capitale. Le sultan ottoman Mourad III, qui avait aidé le prétendant saadien Moulay Abdelmalik Saadi à conquérir le trône marocain, espérait incorporer la partie du Maroc correspondant au royaume de Fès à l'Empire ottoman, mais son stratagème sera déjoué par Ahmed al-Mansour après la bataille des Trois Rois remportée contre les Portugais en 1578 (voir Conflits maroco-ottomans).. Al-Mansour fait nommer à Fès un khalifa représentant du sultan de Marrakech, et fait édifier des bordjs en vue de protéger la ville d'une éventuelle nouvelle menace ottomane. À la suite du déclin de la dynastie saadienne, Fès tombe sous la domination de la zaouïa de Dila au milieu du .