Le Kurdistan ( « pays des Kurdes ». ; en kurde : Kurdewarî ou plus couramment Kurdistan), anciennement transcrit Gordyène ou Kardouchi, est une région géographique et culturelle transfrontalière d'Asie occidentale, majoritairement peuplée par les Kurdes. Cette région s'étend dans le sud-est de la Turquie, dans le nord-est de l'Irak, dans le nord-ouest de l'Iran et sur deux petites régions dans le nord-est et dans le nord-ouest de la Syrie. Sur ces quatre pays, seuls deux reconnaissent officiellement une région sous la dénomination de Kurdistan : l'Iran avec sa province du Kurdistan et l'Irak avec sa région autonome du Kurdistan.

Le Kurdistan est ainsi divisé entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Au , les Kurdes sont persécutés par les États dans lesquels se trouvent les principales populations. La partition de l'Empire ottoman après la Première Guerre mondiale a provoqué la division du Kurdistan ottoman entre l'Irak, la Syrie et la Turquie. La création de ces États-nations impliquait l'assimilation culturelle forcée et l'assimilation linguistique des Kurdes dans les cultures et les langues des Arabes, des Turcs ou des Persans.. Outre ces trois groupes, les Kurdes sont le peuple le plus nombreux du Moyen-Orient.

Dans certaines villes kurdes, les établissements urbains peuvent remonter à la préhistoire, notamment à Piranshahr.. ( d’habitat urbain) et à Erbil. ( d’habitation urbaine).

Les devises utilisées dans les régions du Kurdistan varient en fonction des États qui les gouvernent : au Kurdistan iranien, le rial iranien est utilisé (souvent désigné sous le nom de toman dans les transactions quotidiennes) ; au Kurdistan irakien, le dinar irakien sert de monnaie officielle ; au Kurdistan turc, la livre turque est en circulation ; et au Kurdistan syrien, la livre syrienne constitue la principale monnaie en usage.

Au Kurdistan, l’arabe, le persan, le kurde et le turc seraient reconnus comme langues officielles. Dans le territoire plus large du Kurdistan, la langue officielle correspond à celle du pays dans chaque région : l’arabe en Irak, le persan en Iran et le turc en Turquie. En Irak, le kurde est également désigné comme langue officielle aux côtés de l’arabe, bénéficiant d’un statut juridique dans les domaines gouvernemental, éducatif et administratif.

Étymologie Le Kurdistan est connu par plusieurs termes apparentés au mot Kurde au cours de l'Antiquité. Les Sumériens l'appelaient Kur-a, Tritium ou encore le pays de Karda ; les Élamites : Kurdasu ; les Akkadiens : Kurtei ; les Assyriens : Kurti ; les Babyloniens : Qardu ; les Grecs : / ; les Romains : Corduene.

La terminaison en -stan dans le mot Kurdistan est un suffixe utilisé par les langues iraniennes signifiant « pays de ». Le terme kurde le plus adéquat pour désigner la notion de région kurde serait le terme Kurdewarî.

Une des premières apparitions du terme Kurdistan dans l'histoire est due au Sultan Sanjar. Ce roi seldjoukide crée en 1150 une province appelée Kurdistan Kendal Nezan, « La genèse du nationalisme kurde », Institut Kurde de Paris, 2000. Cette province était située entre l'Azerbaïdjan et le Lorestan ; elle comprenait les régions de Hamedan, Dinavar, Kermanchah et Sinneh sur le flanc est des Zagros et s'étendait jusqu'à Kirkouk et à Khuftiyan, sur le Petit Zab , Encyclopaedia of Islam..

Histoire

Antiquité thumb|260px|Carte où apparaissent la Corduène et la Sophène vers 60 av. J.-C. Mèdes (royaume médique).|thumb|250px

Le Kurdistan s'étend sur le territoire du Zarzien, une culture du Paléolithique final. La région montagneuse au sud et au sud-est du lac de Van, entre Perse et Mésopotamie, était en possession des Kurdes avant l'époque de Xénophon, et était connue sous le nom de « pays des Carduchi » par les Grecs (en grec Καρδούχοι), Cardyène ou Cordyène George Rawlinson, The Seven Great Monarchs of the Ancient World, ch. 6 lire en ligne.

Au maximum de leur avancée au Proche-Orient, les Romains dominèrent des régions habitées par des Kurdes, particulièrement à l'ouest et au nord de ce qui deviendra le Kurdistan. Le royaume de Corduène était par exemple vassal de l'Empire romain entre 66 av. J.-C. et 384.

Certains des territoires correspondant au Kurdistan actuel et leurs noms modernes sont listés ci-après J. Bell, A System of Geography. Popular and Scientific (A Physical, Political, and Statistical Account of the World and Its Various Divisions), , Vol.IV, Fullarton & Co., Glasgow, 1832. : Gordyène (ou Corduène : Siirt, Bitlis et Şırnak) Sophène (Amed ou Diyarbakır) Zabdicène ou Bezabde (Gozarto d'Qardu ou Jazirat Ibn Umar ou Cizre) Basenia (Doğubayazıt (Bazîd, Daruynk)), province d'Ağrı Moxoène (Muş) Nephercerta (Miyafarkin) Artemita (Van) Adiabène (Arbèles, Erbil) Atropatène

Provinces transtigritanes

Période médiévale thumb|L'Europe, l'Afrique du Nord et l'Asie occidentale aux s.

Dans la seconde moitié du , le Kurdistan était divisé en quatre grandes principautés kurdes. Dans le nord, les Chaddadites, (951-1174), à l'est, les Hasanwayhides (959-1015) et les Banû Annaz (990-1116) et à l'ouest les Marwanides (990-1096) de Diyarbakir. Ces principautés sont annexées par les peuples d'Asie centrale au cours de leurs conquêtes, et intégrées aux territoires contrôlés par les seldjoukides. Le sultan Sandjar, dernier grand souverain seldjoukide, crée en 1150 une province appelée Kurdistan, dont la capitale est Bahār, près de Hamadan. Cette province est située plutôt au sud du Kurdistan puisqu'elle englobe les territoires de Sindjar et Chehrizor à l'ouest des Zagros et d'Hamadan, Dinavar et Kermanchah à l'est de cette chaîne montagneuse.

Quelques années après la fondation de cette province, en 1171, Saladin, issu de la dynastie des Ayyoubides, d'origine kurde, renverse les califes fatimides et prend le pouvoir avec le titre de Sultan. Le Kurdistan est alors intégré au califat avec l'Égypte, la Syrie et le Yémen.

Après les invasions turco-mongoles, le Kurdistan retrouve une partie de son autonomie, mais n'est cependant pas un territoire uni. Le territoire habité par les kurdes est morcelé en une série de petits États appelés émirats. Une histoire de ces États, de leurs relations entre eux et avec leurs voisins persans et turcs est donnée dans le Sharafnāma du prince Charaf ad-Din Bitlisi, qui est considéré comme un travail historique de référence sur les Kurdes Sharafnamah, Sharaf al-Din Bitlisi, a parallel english-persian text, Tr. Mehrdad Izady, 250 p. ..

Les émirats étaient les suivants (liste non exhaustive) : Baban, Soran, Badinan et Garmiyan dans ce qui est maintenant l'Irak ; Bakran, Botan (ou Bokhtan) et Bitlis en Turquie, et Mukriyan et Ardalan en Iran.

Période ottomane thumb|250px|Principautés kurdes en 1835.

La bataille de Tchaldiran (ou Tchaldoran ou Çaldıran), dans la première des , eut lieu le à Tchaldoran (province d'Azerbaïdjan occidental, Iran) et se termina par une victoire de l’Empire ottoman sur l'Empire perse (Séfévides). En conséquence, les Ottomans s'emparèrent de la moitié orientale de l’Anatolie et Kurdistan de l'Empire perse (Séfévides).

Histoire contemporaine 1920-1940 thumb|Le Kurdistan (en blanc, sous influence britannique) tel que prévoyait le traité de Sèvres de 1920, non respecté par la Turquie de Mustafa Kemal. En 1920, le traité de Sèvres prévoyait la création d’un État kurde sur les restes de l’Empire ottoman détruit, comme pour les autres peuples de la région. Mais par le traité de Lausanne de 1923, le Moyen-Orient est divisé en plusieurs pays qui ne prennent pas en compte le droit des Kurdes à disposer de leurs terres. En effet, d’une grande importance géopolitique dans la région, le Kurdistan est également riche en pétrole et en eau.

Le Royaume-Uni et la France se voient confier des mandats sur les nouveaux États : sur l’Irak pour le premier, la Syrie et le Liban pour la seconde. Les populations, notamment kurdes, ne tarderont pas à se révolter contre la nouvelle domination européenne.

En Turquie, la transformation kémaliste du pays se fait à partir de 1923 sur la base du déni de l'existence d'une très forte minorité kurde en son territoire. Les Kurdes n'avaient dès lors aucun droit, ils sont sommés d'oublier leur culture et de se fondre dans la société. Ils furent maintes fois réprimés par les forces turquesGérard Chaliand, Atlas du nouvel ordre mondial, Robert Laffont, Paris, 2003 .. Ainsi en 1921, des tribus kurdes alévis se révoltent contre les autorités turques dans la région du Koçgiri (Erzincan, Sivas) et demandent la création d'un Kurdistan indépendant ; cette révolte de Koçgiri est violemment répriméeThe Repression of the Koçgiri Rebellion, 1920-1921 sur www.sciencespo.fr : « l'un des nombreux massacres perpétrés par les régimes des Jeunes Turcs puis kémaliste (Arméniens 1915, Pontus 1921, Ararat 1930, Dersim 1937-38, etc.) ».

Churchill, secrétaire à la Guerre au Royaume-Uni, fait raser par la Royal Air Force différentes villes et villages kurdes. En 1925, une arme chimique, l’ypérite, est utilisée sur la ville kurde de Souleimaniye. Les deux tiers de la population sont atteints par les effets du gazVoir sur inter-socialiste.over-blog.com.Voir sur suite101.fr..

1945-2000 thumb|right|Zone de peuplement kurde établie en 1986. Juste après la Seconde Guerre mondiale, les Kurdes d’Iran proclament une république kurde indépendante à Mahabad (Iran nord-occidental) entre 1946 et 1947.

Le , Saddam Hussein accorde une autonomie relative au Kurdistan, avec la « Loi pour l’autonomie dans l’aire du Kurdistan » qui dispose notamment que « la langue kurde doit être la langue officielle pour l’éducation des Kurdes ». Cette loi permet aussi l’élection d'un conseil législatif autonome qui contrôle son propre budget. Cependant 72 des élus de ce conseil de la première session d'octobre 1974 ont été sélectionnés par Bagdad. En octobre 1977, la totalité du conseil est choisie par le régime.

Les relations avec les Kurdes d’Irak se dégradent considérablement par la suite. Le , Saddam Hussein lance un raid à l’arme chimique sur la vallée du Balisan. Au cours de l’opération Anfal, périssent dans des bombardements chimiques.. En décembre 2005, une cour de La Haye a qualifié cette campagne de « génocide ». Le 24 juin 2007, le tribunal pénal irakien a condamné Ali Hassan al Madjid, surnommé « Ali le chimique », et deux autres anciens hauts dignitaires du régime de Saddam Hussein, à la peine de mort par pendaison pour le génocide commis contre les Kurdes au cours de cette opération Anfal.

Au printemps 1991, à l’issue de la première guerre du Golfe, Saddam Hussein réprime sévèrement les populations kurdes (ainsi que les chiites).

Le Kurdistan est devenu une zone de conflit intense impliquant les différents pays limitrophes, mais aussi les États-Unis depuis le début du conflit avec l’Irak en 1991. Cette situation a entraîné un accroissement de l’émigration kurde vers les pays de la région ou vers l’Europe. Entre avril et juillet 1991, la France met en place l’opération « Libage », une mission humanitaire de l'armée française destinée à porter secours aux populations kurdes irakiennes qui se dirigeaient vers la Turquie. Pour sa part, la Centrale sanitaire suisse apporte une aide médicale à ces populations en détresse.

Débutée en 2011, la guerre civile syrienne bouleverse les régions kurdes tant syriennes qu'irakiennes. Les Kurdes de Syrie ont profité des désordres de la guerre civile pour prendre le contrôle d'un vaste territoire, le « Kurdistan syrien »Kurds Take Control As Regime Retreats From Northern Syria, Al Monitor, 25 juillet 2012. Depuis le 12 novembre 2013, ce dernier dispose d'une administration autonome, qui gère les questions « politiques, militaires, économiques et de sécurité dans la région et en Syrie »..