Pascendi Dominici gregis (Paître le troupeau du Seigneur) est une encyclique du pape Pie X, parue le et qui constitue une réaction disciplinaire et doctrinale des autorités vaticanes à l'encontre du modernisme dans l'Église catholique, considéré comme .
Sous-titrée Lettre encyclique du pape Pie X sur les erreurs du modernisme, elle adopte donc dès le début le terme « modernisme », porté par des .
Contexte Dès le début de l'encyclique, le pape affirme qu'il doit parler sans délai :
L'encyclique s'inscrit donc dans le contexte de ce que l'on a appelé couramment la crise moderniste : depuis la fin du un courant informel d'intellectuels catholiques s'est engagé dans des travaux qui ont en commun de rechercher la mise à niveau de l'intelligence catholique dans une époque où les progrès scientifiques se sont accélérés.. Ils occupent des sujets d'étude aussi variés que l'histoire ecclésiastique, l'histoire des dogmes ou la philosophie, qui amènent certains à envisager la nécessité de réformes intellectuelles et ecclésiales, voire les poussent à un engagement sociopolitique, principalement en Italie. Ceci venant en opposition avec la doctrine fondamentale de l'Eglise catholique, à savoir que Dieu et son enseignement est immuable et par conséquent que le dogme recueilli et proclamé par les apôtres peut être éclairci au fil du temps par des connaissances nouvelles, voire des révélations privées, mais qu'en aucun ce dogme ne peut être modifié; le dépôt de la foi s'achevant à la mort du dernier apôtre.
Réaction thumb|Alfred Loisy Parallèlement, les autorités romaines et diocésaines exercent un contrôle dogmatique et disciplinaire de plus en plus pressant à partir des dernières années du et l'affaire Alfred Loisy déclenche une vague de débat dans la presse, les universités et les séminaires catholiques. Une Commission biblique encadre strictement les travaux exégétiques des universités catholiques et pas moins de vingt-quatre mises à l’Index sont prononcées jusqu'à 1907.
Après la parution du décret apostolique Lamentabili Sane Exitu en 1907, principalement dirigé contre Alfred Loisy, Édouard Le Roy et George Tyrrell en condamnant les « 65 erreurs » du modernisme, Pascendi s'attache à synthétiser l'approche du Magistère : le modernisme est porté par des philosophes, des croyants, des théologiens, des historiens, des critiques, des apologistes et des réformateurs marqués par l'agnosticisme, l'immanentisme et l'évolutionnisme.
Effets Les décisions consécutives à Pascendi sont multiples et concourent à une vigoureuse reprise en main qui entend extirper le mal à la racine, dans une réaction qui s'apparente parfois, selon Maurilio Guasco, : la philosophie scolastique thomiste doit servir de base à l'édifice théologique ; les professeurs ou recteurs suspectés de modernisme sont écartés des séminaires et universités catholiques ; les évêques doivent empêcher la publication des livres soupçonnés de modernisme même s'ils ont reçu précédemment l’Imprimatur peut-être trop bienveillante ; un conseil de vigilance est mis en place dans chaque diocèse pour veiller au respect des normes édictées par Rome. Les évêques doivent faire rapport à Rome sur l'application de ce qui a été ordonné un an après la parution de l'encyclique, puis tous les trois ans.
En outre, en , un « serment antimoderniste », qui rappelle les principaux dogmes catholiques, surtout ceux mis en doute par les modernistes, est institué. Il doit être juré et signé, en théorie, chaque année par les enseignants, les supérieurs religieux, les prêtres chargés de la pastorale et les clercs accédant aux ordres majeurs ; en pratique, il est signé par tout le clergé, et ce jusqu'en 1967. Enfin, en 1909, sous la houlette de Umberto Benigni, un réseau de renseignement surnommé La Sapinière est mis en place, qui sert à alimenter les polémiques antimodernistes.
Concernant les personnalités, Tyrrell est privé de sacrements en 1907, Loisy est excommunié en 1908, Romolo Murri en 1909, tandis que l'on dénombre dans ces années soixante-cinq mises à l’Index, dont l’Histoire ancienne de l'Église de Louis Duchesne. Si Benoît XV appelle à l’apaisement et que la révélation de l'existence de La Sapinière discrédite quelque peu le courant antimoderniste, celui-ci reste l'inspirateur de la régulation doctrinale pendant plusieurs décennies et dès sa première encyclique , Pie XI dénonce en 1926 le tandis qu'Ernesto Buonaiuti est excommunié la même année. Les travaux de chercheurs et théologiens seront encore condamnés, censurés ou contraints aux publications clandestines jusque dans les années 1960, à l'instar de ceux de Pierre Teilhard de Chardin, Marie-Dominique Chenu, Yves Congar, Henri de Lubac ou Jean Daniélou. Le concile Vatican II et l’aggiornamento dont il est porteur abandonnent l'antimodernisme, qui est repris depuis par la contestation traditionaliste et intégriste aux marges ou à l'extérieur de l'Église romaine.
Notes et références
Bibliographie . . .
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Liens externes .
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