vignette|Le président François Mitterrand en 1984.

La première présidence de François Mitterrand dure du au .

Le , François Mitterrand, candidat du Parti socialiste, est élu président de la République à la suite de l'Élection présidentielle française de 1981 . Après un premier tour où il est deuxième (25,85 %) contre Valéry Giscard d'Estaing (28,32 %). Il bat le président sortant (51,76 % / 48,24 %)  et devient le premier président de gauche de la .

Le , le septennat du nouveau président s'ouvre par une cérémonie au Panthéon durant laquelle François Mitterrand rend hommage, par un dépôt de roses rouges à Jean Jaurès, Jean Moulin et Victor Schœlcher. Il nomme par la suite son premier gouvernement, dirigé par Pierre Mauroy.

Le lendemain, il dissout l'Assemblée nationale. Les élections qui suivent, les 14 et , lui donnent la majorité absolue au Parlement. Un deuxième gouvernement de Pierre Mauroy fait entrer quatre ministres communistes. Le quotidien du Parti communiste, L'Humanité, s'affiche comme journal officiel de la nouvelle majorité. L'une des premières décisions du gouvernement est d'octroyer la nationalité française aux écrivains Julio Cortázar et Milan Kundera Guy Scarpetta, Cortázar, le magicien, Le Monde diplomatique, août 2008..

Investiture

Les étapes du septennat Avant une approche chronologique du premier mandat de Mitterrand, il est nécessaire d'en rappeler les principales étapes. Trois moments se distinguent tout au long du premier mandat de Mitterrand : tout d’abord, le premier ministre, Pierre Mauroy, souhaite établir le « socle du changement » en appliquant le Programme commun de la gauche. Mais face à la détérioration de la situation économique, le gouvernement opère rapidement le tournant de la rigueur en 1983. Finalement, la défaite de la majorité aux législatives de 1986 ouvre la voie de la première cohabitation.

1981-1983 : Le socle du changement

Afin de bénéficier de la fenêtre politique permise par l'élection du président, l’essentiel du programme de gouvernement est accompli au cours de la première année : réformes économiques et sociales (nationalisations, création d’un impôt sur la fortune, augmentation du SMIC et des allocations, retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés, semaine de 39 heures, lois Auroux sur le droit du travail), réformes concernant la justice (abolition de la peine de mort, abolition de la Cour de sûreté de l’État et des tribunaux militaires, dépénalisation de certaines pratiques homosexuelles), décentralisation, libéralisation de l’audiovisuel, régularisation des étrangers en situation irrégulière. Les difficultés économiques poussent le gouvernement à décréter plusieurs dévaluations du franc.

1983-1986 : La rigueur

L’application du programme commun creuse les déficits et la détérioration de la situation économique oblige le gouvernement à faire un choix : poursuivre la politique économique engagée en 1981 (qui exige alors de nouvelles dévaluations) ou adopter un plan de rigueur afin que la France puisse se maintenir dans le Système Monétaire Européen, position défendue par le ministre des Finances, Jacques Delors. Mitterrand décide alors de prendre le tournant de la rigueur en Serge Bernstein et Pierre Milza, Histoire du XXe siècle, tome 3: Vers la mondialisation et le début du XXIe siècle, de 1973 à nos jours, Paris, Hatier, 2005, p 244, ce qui provoque une grande déception parmi l’électorat de gauche et des divisions dans le gouvernement : Chevènement, alors ministre de la Recherche et de l'Industrie démissionne dès et les ministres communistes renoncent à être reconduits dans le gouvernement Fabius (1984). Les difficultés économiques et le tournant de la rigueur détournent les électeurs de la gauche, qui recule à toutes les élections intermédiaires : municipales de 1983, européennes de 1984, cantonales de 1985 et régionales et législatives de 1986.

1986-1988 : La cohabitation

L’union de la droite (UDF et RPR) obtient une courte majorité à l’Assemblée nationale, après les élections législatives de , bien que le Parti socialiste reste le premier parti dans le pays et malgré l’entrée du Front national au Parlement. Mitterrand se voit alors forcé de nommer un Premier ministre issu de la nouvelle majorité: il choisit Jacques Chirac, principal chef de file de la droite à l’époque.

Gouvernements Mauroy (mai 1981-juillet 1984) vignette|100px|Pierre Mauroy.

1981

Politique intérieure

Augmentation du SMIC de 10 %, des allocations familiales et logement de 25 %, de l'allocation handicapés de 20 %. Suppression de la Cour de sûreté de l'État et abolition de la peine de mort. Abrogation de la loi dite « anti-casseurs », qui établissait notamment le principe d'une responsabilité pénale collective. Autorisation des radios locales privées. Première fête de la musique. Lancement du TGV sur la ligne Paris-Lyon. Régularisation de la situation de tous les étrangers en situation irrégulière qui exercent un métier et peuvent le prouver. Création de l'impôt sur les grandes fortunes (supprimé en 1987, rétabli en 1988 sous le nom d'ISF, Impôt de solidarité sur la fortune). Le budget 1982 double les crédits du ministère de la Culture, augmente de 512 % ceux du ministère de la Recherche, de 112 % ceux du ministère du Travail et de 37 % ceux du ministère du Logement. Robert Badinter promet de doubler le rythme annuel de la construction de places en prison pour lutter contre la surpopulation carcérale ( détenus, ). Premier blocage des prix pendant six mois à partir d'. Emprunt d'État : dix milliards de francs à 16,2 % pour financer les réformes annoncées par le gouvernement. Première des quatre dévaluations du franc (les autres suivront en 1982, 1983 et 1986) À la mi-1981, la France compte 1,5 million de demandeurs d'emplois.

Politique internationale Discours dit « de Cancún » — François Mitterrand in Discours à l'UNESCO, Paris, 18 juin 1994, sur le site diplomatie.gouv.fr, : Les États-Unis sont critiqués pour leur embargo contre CubaL'exorde de Mitterrand : « Salut, Aux prêtres brutalisés, aux syndicalistes emprisonnés, aux chômeurs qui vendent leur sang pour survivre, aux indiens pourchassés dans leurs forêts, aux travailleurs sans droits, aux paysans sans terres, aux résistants sans armes. » Déclaration franco-mexicaine selon laquelle le Front de libération Farabundo Marti au Salvador est une force représentative. Boycott du Festival du cinéma américain de Deauville par le ministre de la culture Jack Lang. Le dialogue politique est rompu avec l'URSS en raison de la présence de troupes soviétiques en Afghanistan. : état de siège en Pologne décrété par le général Jaruzelski. Déclaration de Claude Cheysson : .

1982

Politique intérieure

Loi de nationalisation du 13 février 1982 : Nationalisation de banques (les 36 premières banques de dépôt, ainsi que Paribas et Suez) et de grands groupes industriels (CGE, PUK, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain, Thomson). Semaine de 39 heures (durée légale du travail). de congés payés. Ordonnances sur le cumul emploi-retraite, le travail à temps partiel, et l'insertion professionnelle des jeunes de 16 à 18 ans. De 1982 à 1985, cette dernière ordonnance concerne , dont en BTS ou CAP et embauchés. Retraite à 60 ans. Lois Auroux sur le droit du travail : extension des droits d'expression du personnel, des institutions représentatives (comité d'entreprise), négociation, renforcement de la prévention des risques du travail, extension des compétences des comités d'hygiène et de sécurité. Loi Quilliot sur les droits et les devoirs des bailleurs et locataires. Lois Defferre sur la décentralisation. Plusieurs autres textes législatifs précisent par la suite les compétences et l'organisation des collectivités territoriales. Création des zones d'éducation prioritaire (ZEP). Loi Lang sur le prix unique du livre. Adoption de grands projets culturels : festivals de danse de Marseille, de la sculpture à Montpellier, de la bande dessinée à Angoulême, de la photographie à Arles, ouvertures du Zénith à la Villette, de l'Opéra à la Bastille. Création de la Haute autorité pour la communication audiovisuelle, ancêtre de la CNCL et du CSA. Durcissement du contrôle des changes. Blocage des prix et des salaires à partir du mois de juin. La lutte contre l'inflation est privilégiée ; le gouvernement met ainsi fin à l'indexation des salaires sur les prix et laisse flotter le franc. Le Parti communiste, par la voix de Georges Marchais, condamne la mesure. Nouvel emprunt d'État de 10 milliards de francs. Taxe sur l'importation des magnétoscopes. Abrogation du délit d'homosexualité (instauré par le régime de Vichy) et des tribunaux permanents des forces armées (TPFA). Création de la cellule antiterroriste de l'Élysée, à la suite des attentats sanglants du premier semestre. De 1983 à 1986, cette cellule abusa du droit légalement conféré de pratiquer des écoutes téléphoniques : c'est le début de l'affaire dite des écoutes téléphoniques. Création du Centre mondial informatique et ressources humaines, dont la direction est confiée à Jean-Jacques Servan-Schreiber.

Politique étrangère et européenne

Début : signature avec l'URSS d'un contrat sur le gazoduc eurosibérien, malgré la rupture du dialogue politique. Première visite d'un chef d'État français en Israël. Discours de la Knesset dans lequel François Mitterrand déclare que appartient à Israël et appelle au respect des droits des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. Il se prononce pour un dialogue entre les deux parties. (Voir Wikiquote.) Mars : vente d'armes au Nicaragua gouverné par les Sandinistes. Première visite d'un chef d'État français au Japon. Avril-, Guerre des Malouines : François Mitterrand affiche immédiatement son soutien à la Grande-Bretagne contre l'Argentine. du G7 à Versailles où François Mitterrand tente en vain d'obtenir des grands pays industrialisés une relance concertée Il y présente un long rapport (Technologie, emploi et croissance) sur les conséquences du développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC). : envoi de troupes françaises aux côtés des États-Unis et de l'Italie au Liban (avant l'assassinat de Béchir Gemayel, , et le massacre de Sabra et Chatila, 17-) ; départ anticipé (), sans avoir « assuré la sécurité physique des autres habitants de la région de Beyrouth » et « la restauration de la souveraineté du gouvernement », qui étaient les objectifs 2 et 3 de leur missionLa lettre du 18 août 1982 du ministre libanais des Affaires étrangères aux ambassadeurs des trois pays participants, France, États-Unis et Italie, en définit les objectifs : 1) « assurer la sécurité physique des combattants palestiniens en instance de départ de Beyrouth et la dignité de leur départ ». 2) « Assurer la sécurité physique des autres habitants de la région de Beyrouth ». 3) « Favoriser la restauration de la souveraineté du gouvernement libanais sur ladite région ».. : accueil à Paris de Maurice Bishop, chef d'État marxisant de la Grenade. : en URSS, mort de Léonid Brejnev, remplacé par Iouri Andropov. Seul Pierre Mauroy se rendra aux obsèques, sans être reçu par son successeur. Valéry Giscard d'Estaing juge à cet égard la politique étrangère de François Mitterrand « trop antisoviétique ». Jacques Chirac estime la politique à l'égard de l'URSS de refus de dialogue et d'ouverture économique dangereusement « incohérente ».

1983

Politique intérieure Troisième gouvernement de Pierre Mauroy. Première démission de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Industrie, qui refuse le plan de rigueur proposé par le gouvernement. Entrée au ministère de l'Environnement (secrétariat d'État) d'Huguette Bouchardeau, secrétaire nationale du PSU, jusque-là en situation de « soutien critique ». Mars : de rigueur, dit « plan Delors », visant à réduire l'inflation. La Sécurité sociale redevient excédentaire, jusqu'en 1986.