vignette|droite|redresse|Plan du centre de Milet, le marché et ses alentours vers 200 av. J.-C.

En Grèce antique, la polis (en grec ancien , « cité » ; dans l'étymologie latine ) est une cité-État, c’est-à-dire une communauté de citoyens libres et autonomesLe mot grec polis a donné le mot politique (politics en langue anglaise) : dans la Grèce antique, les politai (citoyens) étaient les acteurs de la vie politique., le corps social lui-même, l'expression de la conscience collective des Grecs. Dans la pensée grecque antique, la cité représente avant tout une structure humaine et sociale, et non une organisation administrative : il n’y a pas d’État indépendamment d’une communauté humaine concrète.. C’est la raison pour laquelle les cités sont désignées, dans la langue grecque, par le nom de leur peuple : la cité d'Athènes n'existe pas en tant que telle, on parle de la « cité des Athéniens », tout comme Sparte est la cité des Lacédémoniens.

La notion de polis peut ainsi recouvrir trois réalités superposables et peut apparaître comme : une donnée sociale, comprise comme une communauté d'ayants droit, libres et autonomes, fortement structurée : le corps des citoyens. La polis est alors comprise comme une entité politique et même comme le cadre de l'émergence du politique ; une donnée spatiale, un site qui noue de manière insécable une ville à son territoire et un écosystème. La polis est alors comprise comme une entité physique ; un État souverain, doté de pouvoirs régaliens, qui joue un rôle sur la scène internationale.

Il existe au moins 750 cités situés sur la rive nord de la mer Méditerranée et de la mer Noire, divisées entre : Les anciennes cités concentrées sur le Péloponnèse et l'Asie Mineure ; Les colonies fondées à partir du par des marchands et des marins grecs.

Durant l'époque hellénistique de nombreuses fondations sont réalisées en Asie, jusqu'en Asie centrale. L'époque romaine voit également la fondation de nouvelles cités grecques. Le modèle civique vu en effet très dynamique jusqu'à l'Antiquité tardive.

La cité est donc un élément cardinal de la civilisation grecque antique et occupe une grande place dans les mentalités et les réflexions. Selon la formule d’Aristote dans le Politique, la cité est une communauté () « d'animaux politiques » réunis par le choix () non pas seulement de vivre ensemble mais de , , en vue d’une vie parfaite et autarciquePolitique, Livre I, chap. II, 1252-1254 ; Livre III, chap. IX, 1280 b 29-35.. Cette vie commune et parfaite est assurée d’abord et surtout par Politique, Livre I, chap. II, 1253 a 37., (), et consolidée par la référence à un même passé mythique, à des héros communs, à des rites et des lois intégrées et partagées.

La formation de la cité grecque thumb|Localisation des principales régions et cités de la Grèce archaïque.

Le processus de formation des cités grecques, qui a lieu durant la première partie de l'époque archaïque (), reste mal connu car mal documenté, ses modalités sont très débattues. Cette forme politique est surtout connue par ses formes abouties, réunissant ses traits caractéristiques, à compter du . Au sens large, cette évolution est couramment envisagée comme une (re)formation de l’État en Grèce, entendu comme un État archaïque ou « primitif » (donc différent d'un État moderne) D'autres approches existent, mettant notamment en avant le fait que la cité soit prioritairement définie comme une communauté d'individus, les citoyens, se réunissant autour de valeurs communes, le développement d'une administration étant un phénomène plus tardif (sous les tyrannies et à l'époque classique).

Il est difficile de s'accorder sur le moment où serait franchi le seuil permettant de considérer qu'on est bien en présence d'une entité étatique avec des aspects urbains, le processus étant graduel, suivant des rythmes différents selon les lieux et accouchant sur des formes politiques relativement diverses. Les colonies grecques fondées à cette période ne sont pas à proprement parler des « exportations » du modèle de la polis, puisque celui-ci n'a pas achevé de se constituer au moment des premières fondations. Au contraire, elles participent au phénomène de formation de la cité, qui s'enrichit conjointement des réflexions et expériences des Grecs de Grèce et des Grecs de ces nouveaux mondes. Il ne faut pas non plus forcément chercher à faire coïncider le phénomène d'urbanisation avec celui de formation des États en Grèce, vu que les cités-États grecques n'ont pas systématiquement un centre urbain, a fortiori durant l'époque archaïque.

Cela étant dit, en l'état actuel des choses le constat du développement de la cité-État repose sur un faisceau d'indices, qui consiste avant tout en l'identification de traits urbains sur des sites archéologiques, faute de mieux. Ils sont surtout perceptibles à partir du , et poursuivant leur formation sur le suivant : il y a à long terme un processus d'urbanisation du monde grec, les agglomérations connaissent une croissance, mais d'une manière générale il reste très difficile d'estimer la population ou ne serait-ce que l'extension d'un site de cette période et le peuplement d'un territoire ; les agglomérations se dotent progressivement de constructions publiques révélant une organisation collective de plus en plus poussée (murailles, temples, agoras), une forme d'organisation planifiée se repérant même dans la fondation coloniale Mégara Hyblaea ; plus largement les aspects « urbains » des sites, reflétant la constitution d'une entité politique, sont de plus en plus prononcés au fil du temps, qu'ils soient sociaux (stratification sociale), économiques (développement des échanges, de l'artisanat, de la spécialisation des métiers), culturels (développement de l'écriture, notamment pour des usages publics) ou religieux (développement des sanctuaires civiques, symbolisant la communauté et servant parfois à marquer son emprise sur son territoire, notamment sur ses marges), même s'ils ne sont vraiment réunis que plus tardivement ; des aspects annonciateurs de l'organisation civique pourraient se repérer chez Homère (assemblées, notions de « peuple » laos et demos) ; les premiers textes législatifs émis par des institutions civiques apparaissent dans le courant du , le plus ancien texte de loi connu provenant de Dréros en Crète, daté d'environ 650, mentionnant des magistrats (les cosmes), alors que les traditions postérieures préservent le souvenir de législateurs semi-légendaires dans plusieurs cités (Zaleucos de Locres, Dracon d'Athènes, Lycurgue de Sparte, Charondas de Catane) ; d'autres éléments potentiellement révélateurs de l'émergence d'une idéologie citoyenne ont pu être scrutés, comme la guerre (avec l'apparition des « citoyens-soldats », les hoplites) et les pratiques funéraires (des possibles droits à une sépulture plus ou moins larges ou des lois somptuaires révéleraient l'existence de droits politiques restreints à une élite ou au contraire élargis à un groupe plus important).

Quant aux explications du phénomène, elles sont également indéterminées, une fois mises en avant les évolutions générales de la période (développement démographique et économique, expansion hors de Grèce). Il est peu probable que les cités-États grecques se développent en s'inspirant d'un modèle extérieur (alors que la Phénicie est également un pays de cités-États), et le cas grec diverge des autres exemples bien identifiés de formation de l’État (comme la Mésopotamie) par le fait que l'urbanisation et la différenciation sociale y restent moins affirmées, ce qui rend difficile l'application de modèles explicatifs venus d'ailleurs. Les élites grecques jouent le rôle principal dans les scénarios proposés. Les liens et continuités entre les aristoi des cités archaïques et les basileis de la période antérieure sont discutés (le second titre disparaissant quasiment partout, sauf à Sparte). Certains postulent qu'une nouvelle élite remplace l'ancienne, notamment des hommes venus de la couche moyenne de la paysannerie, donc une mobilité sociale, là où d'autres à l'inverse estiment que l'ancienne élite se réforme de l'intérieur pour préserver sa position. La place de la guerre peut être mise en avant, notamment parce qu'elle occupe une place importante chez Homère et semble être un phénomène récurrent dès la haute époque archaïque, également parce que la supposée « révolution hoplitique » intervient souvent dans les scénarios visant à expliquer les évolutions sociales dans les premières cités..

Par exemple, pour P. Rose, il pourrait y avoir eu mise en place d'une nouvelle élite à base terrienne avec une conscience de classe, organisant un partage du pouvoir en son sein par le biais des magistratures annuelles et en liant citoyenneté et propriété du sol.. Pour I. Morris, la croissance de la population joue un rôle déclencheur en rompant les équilibres passés. La spécificité de la Grèce réside selon lui dans une solution politique reposant sur l'« égalitarisme masculin » et une solidarité collective face aux potentiels monarques, là où les autres régions du monde méditerranéen voient au contraire un renforcement du pouvoir des souverains. Cette originalité serait le résultat des conflits et de négociations au sein de l'élite et entre l'élite et le reste des hommes libres, conduisant à de nouvelles solutions pour que le groupe dominant préserve le pouvoir. Cela aboutit, sous des formes diverses, à des régimes dirigés par des conseils aristocratiques élisant des magistrats annuels et à un élargissement du groupe impliqué dans la prise de décision politique..

Organisation des cités

Lois et institutions

vignette|gauche|Passage de l'inscription du « code de Gortyne ». Première moitié du

Le processus de formation des cités grecques s'accompagne du développement de lois (nomoi), couchées par écrit à partir du Souvent, elles sont attribuées postérieurement à des figures enveloppées d'une aura légendaire, tels Zaleucos à Locres Épizéphyrienne, Dracon et Solon à Athènes et Lycurgue à Sparte. Elles sont présentées comme l'expression de la volonté collective du corps citoyen, ce qui leur confère leur légitimité, et leur inscription sur pierre (elles sont souvent connues par ce biais, par exemple le « code de Gortyne »), métal ou bois les rend obligatoires. Elles concernent potentiellement tous les domaines de la vie privée et publique. En pratique la décision des lois prend différentes modalités : par l'assemblée de citoyens, par les personnes exerçant de façon collégiale la magistrature de juge. Ceux-ci siègent dans un tribunal civique, rendent leur verdict après des débats qui ont donné lieu à Athènes à l'apparition de personnes spécialisées dans la rédaction de plaidoyers, les logographesAlfredo Maffi (trad. Michel Humbert), « Loi (Grèce) », dans ..

vignette|Le bouleutérion, salle du conseil, de la cité de Priène,

Les lois régissent suivant des modalités diverses le fonctionnement des institutions civiques permettant au citoyens de se répartir la gestion des affaires de la cité. Elles ont des prérogatives diverses suivant la cité, dès l'époque classique au moins un socle commun se retrouve d'une cité à l'autre, quel que soit son système politique : une assemblée de citoyens qui intervient généralement en dernier lieu dans la prise de décision (sur les lois, la guerre, et toute décision de premier ordre, notamment judiciaire) ; un conseil plus restreint préparant les lois (probouleusis ; cette institution est peut-être absente des cités où le corps de citoyens est très restreint) ; un conseil des Anciens, qui peut avoir des fonctions législatives et judiciaires ;