vignette|Les grands carnivores (loups, lynx et grizzly) ainsi que les animaux lents ( tortues et salamandres) sont particulièrement victimes de la mortalité routière. vignette|Les amphibiens comptent parmi les espèces les plus touchées par la mortalité routière (jusqu'à plus d'une centaine d'individus par nuit et par point de passage, là où leurs itinéraires de migration printanière entre les zones d'hivernage et les zones de ponte croisent nos voies de circulation). Les écoducs destinés à leur permettre de traverser à moindre risque sont dits batrachoducs ou crapauducs.

La mortalité animale sur les routes est le terme utilisé en anglais et parfois employé en français. est la conséquence de collisions de la faune avec des véhicules. Elle concerne de nombreuses espèces : grands et petits mammifères, oiseaux, amphibiens, insectes

Contexte Les animaux sont souvent tués sur les routes pendant qu'ils s'alimentent ou se déplacent.. C'est une menace importante pour la biodiversité R. Van der Ree, D.J. Smith et C. Grilo, The ecological effects of linear infrastructure and traffic, Handbook of road ecology, éd. R. van der Ree, D. J. Smith and C. Grilo), , Wiley, Chichester..

En 1920, alors que les véhicules en circulation étaient moins nombreux et plus lents, Joseph Grinnell écrivait aux États-Unis : La situation s'est depuis aggravée dans la plupart des régions du monde, en raison de l'augmentation conjointe de l'extension du réseau routier, du nombre de véhicules motorisés, de la vitesse moyenne des véhicules et du kilométrage parcouru par chaque conducteur.

C'est l'une des formes de fragmentation des habitats naturels par les réseaux de transport et l'une des principales causes du déclin de certaines espèces, carnivores y compris A. Ceia-Hasse, Borda-de-Agua, C. Grilo et H.M. Pereira, « Global exposure of carnivores to roads », 26 janvier 2017, ..

Chaque année en Europe, plus de 220 millions d'animaux sont tués sur les routes, ce qui provoque notamment des dizaines de millions d'euros de préjudice pour les propriétaires des véhicules accidentésL’hécatombe des animaux sauvages sur les routes, La Dépêche, 21 mars 2021..

Impacts économiques et sur la sécurité routière

Les collisions accidentelles de véhicules avec la faune ont des conséquences sur la biodiversité, sur l’économie et sur la sécurité routière. Dans les pays pauvres, où les bovins, ovins et équidés, ainsi que de nombreux chiens et chats se déplacent le long de routes parfois très encombrées, nombre de ces animaux domestiques sont aussi blessés ou tués par des véhicules. Des accidents peuvent arriver à n’importe quel conducteur, même expérimenté et prudent. Au Canada, environ 1,6 % du total des collisions (cette proportion étant considérablement plus élevée sur certaines routes à trafic important traversant des zones boisées, comme dans certains parcs et réserves naturelles). Le réseau routier rural a été amélioré depuis les années 1970, permettant de circuler avec une sécurité accrue mais parfois plus vite, ce qui augmente le risque de collisions avec les grands animaux. L’obstacle qu’ils représentent surgissant d’une façon imprévue, la vitesse moyenne plus élevée rend leur évitement difficile et le choc plus dommageable.

Animaux impliqués vignette|Les crapauds sont protégés de la plupart des prédateurs par la toxicité de leur mucus, aussi ne craignent-ils pas les espaces découverts, dont les routes, ni les voitures. Ils sont, de plus, desservis par leur lenteur. Sur leurs axes de migrations, les crapauds meurent par dizaines à centaines (ici Bufo valliceps, d'Amérique centrale). La quasi-totalité des espèces animales est concernée par la mortalité routière, mais la typologie varie selon les régions. Les espèces les plus vulnérables sont les animaux : lents ou peu capables d'éviter les véhicules ; protégés (ou se croyant protégés) par : des piquants (porcs-épics, hérissons), une carapace (tatous, tortues terrestres Boarman, W. I., M. Sazaki et W. B. Jennings. 1997. The effects of roads, barrier fences, and culverts on Desert Tortoise populations in California, USA. Proceedings: Conservation, Restoration, and Management of Tortoises and Turtles – An international conference, pages 54-58.Jean-François Desroches et Isabelle Picard, Évaluation de l'incidence des routes sur les populations de tortues en Outaouais, au Québec , rapport, Études et recherche en Transport, réalisé par la Société d'histoire naturelle de la vallée du Saint-Laurent, Québec, 2007, 140 pages (consulté le 29 août 2009)., sauriens), la toxicité de leur organisme (crapauds, salamandres), une capacité à injecter du venin ou à inspirer de la crainte à d'autres espèces (serpents) F. S. Bernardino Jr et G. H. Dalrymple, , 1992, . X. Bonnet, G. Naulleau et R. Shine, , Biological Conservation, , 1999, . ; les grands herbivores, qui doivent pâturer sur de vastes étendues et qui, pour certaines espèces de zone tempérée, migraient autrefois du nord vers le sud chaque hiver ( rennes, élans) ; plus près des pôles, ces migrations saisonnières restent vitales pour ces espèces ; les grands et moyens carnivores (loups, ours, lynx, gloutons, pumas, ocelots, chat sauvage d'Europe) ont généralement de vastes territoires de chasse à parcourir, et ils doivent parfois migrer avec leurs proies ; les petits carnivores (renards, loutres, fouines, belettes, putois) qui prospectent de vastes territoires ; les animaux à vaste territoire dont l'habitat régresse fortement. Exemple : la population relique d'ours des Pyrénées en France, confinée sur moins de 0,1 % de son ancien territoire ; ainsi l'ourse Franska, achetée en Slovénie, a-t-elle été tuée sur la RN21 le , un an après son introduction dans les PyrénéesLa mort de Franska, « ours à problèmes », Le Monde.. Cet accident a eu lieu en pleine polémique entre les habitants de la région et les défenseurs de la réintroduction d'ours en France, quant au comportement particulier de l'ourse qui tendait à descendre dans les plaines et à s'attaquer à des moutons d'élevage (« ours à problèmes »)L'ours et le bien être animal.Battues à Franska en Barousse - Ours brun.. En Slovénie, vingt ours sont percutés chaque année sur des routes, comme en France les sangliers et les cervidés« L'ourse a traversé la route et c'est interdit », Libération, 10 août 2007.. vignette|Les chiens ou, ici, les chats, sont de fréquentes victimes aux abords des zones habitées. le grizzly confiné sur moins de 2 % de son territoire aux États-Unis ; et tous les animaux qui doivent traverser beaucoup de routes, en particulier ceux qui longent les cours d'eau.

Des animaux semi-domestiques sont également régulièrement écrasés ou blessés (dont les chats et les chiens).

Collisions avec les insectes

vignette|redresse|gauche|Un casque de moto constellé d'insectes, après un trajet fait à l'été 2008. Il n'existe que très peu d'informations sur la mortalité des insectes due aux chocs avec les automobiles ou les blessures que les turbulences des véhicules rapides peuvent induire sur ces espèces.

Les insectes morts ou agonisants les plus facilement retrouvés sur les bords de route sont les papillons et, dans les zones humides, les libellules, car ils sont de plus grande taille, colorés et facilement visibles. Ils sont aussi plus « lourds » (ce qui les fait retomber sur la chaussée ou le bas-côté), mais un nombre bien plus grand de petits insectes restent collés aux véhicules ou sont emportés par le vent et les turbulences sur les bas-côtés R. Shyama Prasad Rao et M. K. Saptha Girish, , Current Science, volume 92, , 25 mars 2007 : étude sur l'impact des collisions sur les insectes.. vignette|De nombreux insectes meurent aussi non pas du choc, mais de la violence de l'effet de souffle, ailes ou tendons désarticulés.

En France, une évaluation réalisée à partir de comptages faits dans la région de Fontainebleau en 1990 a donné les résultats suivants : 60 billions () d'insectes meurent dans un choc contre un véhicule chaque année en France et il y aurait plus de de cadavres d'insectes (plus gros que ceux qui restent collés sur les véhicules) le long de nos routes.

On ne sait pas quelle est la part de ces insectes par rapport à la masse totale d'insectes qui circulent sur et au-dessus des routes (soit sur 1,2 % du territoire environ), ni quel est l'impact sur l'écologie des populations de ces insectes et de celles qui dépendent de ceux-ci pour leur survie…

Jean-Pierre Chambon, auteur de cette étude, a aussi montré qu'en été, la période de la journée au cours de laquelle les insectes sont les plus vulnérables se situe dans la tranche horaire 13-18 h. Il en est également ressorti que la mortalité est plus élevée en zone boisée qu'en zone cultivée ou urbaine.

Cette étude n'a pas été mise à jour depuis 1990. Or le nombre de routes et le flux de véhicules ont fortement augmenté depuis cette date. Beaucoup de populations d'insectes, papillons diurnes notamment, ont fortement régressé. En théorie, les études d'impacts devraient mieux étudier ces questions, y compris pour des trains de type TGV ; pour produire des mesures compensatoires et pour mieux tenir compte de la diversité des situations (environnement biogéographique, nature et couleur des routes, nature des accotements et leur gestion, nombre, vitesse et type de véhicules), mais ce problème a été peu traité.

Les données de 1990/1991 ont permis les évaluations suivantes : compte tenu de l'évolution du réseau routier et du parc automobile : plus de d'insectes peuvent être tués chaque année par collision directe avec les voitures en France, à ce chiffre il faut ajouter environ par an d'insectes tués et projetés sur les bas-côtés, ce chiffre, compte tenu de la disparition et du renouvellement des cadavres, peut être multiplié par quatre ou cinq pour l'année ce qui représente 120 à de matière animale déposée.

Jean-Pierre Chambon rappelle qu'on ne sait pas ce que ces chiffres représentent par rapport au nombre et à la masse des insectes vivants et que la surface des routes où s'opère cette destruction () ne représente qu'environ 1,2 % de l'ensemble du territoire français (), inscrits dans 8 % du territoire artificialisé ou urbanisé.

vignette|Bien qu'il ne s'agisse stricto sensu de mortalité routière, les trains peuvent tuer des insectes et autres animaux qui tentent de traverser les voies.

La mortalité varie selon le trafic, l'heure du jour ou de la nuit, la densité des populations d'insectes (et donc le contexte agro-écologique, l'altitude, les microclimats), le niveau d'activité des insectes (variant selon la saison, le climat, le lieu, la pollution lumineuse, la lune), et l'état physiologique des insectes. On a montré dans certaines zones un nombre fortement accru de libellules et papillons tués le dimanche, en raison d'un afflux supplémentaire de visiteurs sur les routes traversant ou bordant les milieux naturels.

Entre 1989 et 2013, la quantité d'insectes tués par les véhicules routiers a diminué de 80 % en Allemagne, à la suite de la diminution globale du nombre d'insecte due à l'usage de pesticides. Les oiseaux qui s'en nourrissent ont ainsi perdu les quatre cinquièmes de leur alimentation. La cause de cette chute est incertaine, les néonicotinoïdes n'en expliquant qu'une partMarie Merdrignac, Pourquoi de moins en moins d'insectes s'écrasent sur les parebrises, Ouest France, citant ..

Collision avec les amphibiens vignette|gauche|Les salamandres sont protégées de leurs prédateurs par des glandes à toxines et des couleurs d'alerte (jaune et noir, comme chez les abeilles et guêpes)… qui ne leur sont d'aucune utilité face aux véhicules.