thumb|upright=0.8|Une borne romaine indiquant une distance de (environ ) de Teurnia. Le système des unités de mesure de la Rome antique est influencé par le . Il utilise largement la division par 12. Il se répand dans toute la méditerranée au fil des conquêtes de Rome. Des étalons conservés au capitole assurent l'uniformité du système, qui périclite cependant sous le Bas-Empire.
Mesures de longueur Généralités Les noms des plus petites mesures de longueur de l'Antiquité romaine correspondent à des parties du corps humain. La pensée commune voit dans la notion de "pied" une mesure issue du corps humain, mais le métrologiste J. C. Hocquet explique que le pied est à comprendre comme le point d'appui d'une société, le socle qui va soutenir l'équilibre de la société. Beaucoup d'entre elles ont un équivalent grec, par exemple le degré (), correspond au pas simple des Grecs, et le pas () correspond au pas double des Grecs (le est surtout utilisé en trigonométrie et géodésie.).
L'unité de référence est le pied (), nommé , pied monétal, par Hygin le Gromatique, p.152 : « [...] pes eorum, qui Ptolemeicus appellatur, habet monetalem pedem et semunciam. [...] Item dicitur in Germanis in Tungris pes Drusianus, qui habet monetalem pedem et sescunciam. » — [...] le pied de ceux qu'on appelle Ptolémaïques a un pied monétaire et une semuncia. [...] De même, les Tongres d'Allemagne appellent aussi le pied drusien, qui a un pied monétaire et une sescuncia.Il s'agit des uniques occurrences du pes monetalis, comme nous le confirme son Index.. Nicolas Rigault (sans justification apparente p.821 cite l'interprétation de Rigault sans nommé le livre dont il l'a tire ni les preuves la soutenant.Dans son Observationes et Notæ de Wilelmi Goesii Index in Rei Agrariæ Scriptores Antiquos p.275 - Monetalem pedem, Rigault dit : « Pedis modulus in æde Monetæ adservatus, ad quem mensurarum publicarum fides exigebatur. Sic apud Julium Capitolinum mensura Capitolina, — quam ne violare liceret, sacravere jovi tarpejo in monte Quirites, ait Priscianus. Et apud Cassiod. v. Var. Libra Cubiculi. » — Mesure du pied conservé dans le temple Moneta, à laquelle était exigée la fidélité des mesures publiques. Ainsi, dans les écrits de Julius Capitolinus, la mesure capitoline (cf. Écrivains de l'histoire auguste. Tome troisième. Julius Capitolinus : Vies des deux Maximin, IV.), — qu'il n'était pas autorisé à violer, devait être consacrée par les romains (cf. Quirites) à Jupiter sur le mont Tarpéien, dit Priscien. Et dans les écrits de Cassiode. v. Var. Libra Cubiculi. De même, (p.175 de la trad. du traité de géographie de Claude Ptolémée) cite la mention de Julius Capitolinus dans "la vie des deux Maximins", d'une amphore capitoline. Cependant, Ideler retranscrit une citation de Rigault légèrement différente : « Pedis modulus in æde Junonis (génitif, de Junon) monetæ adservatus, ad quem mensurarum publicarum fides exigebatur. ») et Friedrich Hultsch § 14, 1. note 6. interprètent cette appellation comme une preuve de l'existence d'un mètre étalon conservé dans le temple de Junon Moneta (« celle qui avertit », parce que Junon avait averti les Romains de l’imminence d’un tremblement de terreCicero, De divinatione, livre I., XLV.). Cependant, ce-dernier justifie cette interprétation par l'inscription du Farnèse Congius (en), qui désigne un étalon de poids au Capitole, et par une mention de Priscien. Or, Priscien mentionne un cube étalon d'un pied de côté consacré à Jupiter et conservé sur le mont Tarpéien pour lui éviter toutes détériorations : « » — Il nous reste un autre sujet à traiter, c'est-à-dire les mesures de capacité pour les liquides, ou pour les grains, si tu l'aimes mieux. J'en décrirai le principe et la base. Trace un pied en longueur, en largeur et en hauteur, de manière que les angles formés par ces trois lignes soient égaux, et que les quatre côtés enferment carrément l'espace vide au milieu : tu auras l'amphore qui sert de cubature; pour la défendre de toute altération, les Romains (cf. Quirites) l'ont consacrée à Jupiter sur le mont Tarpéien..
Sa valeur classique est de 29,57 cm, souvent arrondi à 29,6 : il s'agit aussi de la moyenne arithmétique du pied romain spécifiée par le chercheur italien à partir des valeurs déterminées par différents spécialistes de la métrologie antique. Chouquer et Favory ne nomment pas ces spécialistes. ou 29,5 cm. Il s'agit d'une valeur théorique déterminée par comparaison entre plusieurs valeurs pratiques, déterminées également à partir d'instruments de mesure antiques réels que l'on a retrouvés, de pieds étalons représentés en grandeur nature sur des monuments, et de plusieurs valeurs calculées à partir de proportions d'objets manufacturés et de structures citent notamment les travaux de ; ; ; et les leurs .
Par leur fabrication artisanale, toutes ces valeurs pratiques ne sont jamais exactement identiques, avec des variations pouvant atteindre 4 mm, et pouvant occasionner des différences non négligeables sur de grandes distances : un mille romain d'un pied monétal équivaut à 1478,50 m, et celui d'un pied de 29,97 cm à 1498,50 m, soit une différence de 20 m. Plusieurs instruments de mesure gradués en subdivisions du pied ont été retrouvés avec des matières (bronze, fer, os, corne) et des formes différentes (règle pliante, à une ou deux articulations, rigide et tige d'interprétation plus discutable) citent les travaux de , , l'inventaires de 29 règles pliantes du pied romain par , la description de règles d'un demi-pied par , de deux pieds par , et l'unique mention d'un , un pied multiple, par (190, 6 La/153, 8 Th/88-89 Be et note 80) §11 citent l'inventaire de des découvertes d'une cinquantaine de règles dans les provinces occidentales.
+ Liste d'instruments de mesure antique découverts Type Valeur de mesure et graduations Datation Lieux de découverte et de conservation Sources Tige longue de 148 mm mesure d'un demi- de 29,57 cm, avec traits transversaux marquant des graduations sur la face supérieur en digitus (1 doigt) et en (1/2 once) issue d'un contexte des années -120/-40 fouilles du parking de la mairie de Besançon (Doubs) §§13,14 citent les études de et (également cités par note 39) Tige longue de 148,5 mm avec une extrémité coudée zoomorphique et en (1 once) très probablement découvert lors de dragages en Saône à Chalon, et conservé au musée Denon
Cependant, plusieurs spécialistes ayant calculé la valeur du pied romain à partir des proportions de structures archéologiques constatent une légère diminution de celle-ci, évoluant de pendant la République à à la fin de l'Empire citent les travaux de , , et .
Le système traditionnel de mesure de longueur romaine est décrit dans le tableau suivant. On y trouve des relations liées à la fois à la base 2, 10, 12 et 16, dont la plus petite unité, le doigt ().
+ Mesures de longueur et équivalences en système métrique (pour un pied de ). Les équivalents dans le système métrique, repris de cette référence, sont calculés pour un pied de , avec quelques arrondis. L'auteur précise bien que d'autres valeurs (autour de ) sont possibles . Les traductions proposées sont reprises de , sauf quand une autre référence est indiquée. Unité romaine Traduction usuelle Relations Équivalence doigt 1/16 pied ~ doigt et demi (1,5 doigt) ~ paume, palme 1/4 pied (4 doigts) ~ puis aussi (fin du ) demi-pied 1/2 pied ~ pied (4 palmes) ~ palmipes 5/4 pieds ( et 1 palme) ~ coudée 3/2 pieds ~ grade, degré (correspond à une enjambée) 5/2 pieds ~ aune, brasse ~ pas (correspond à deux enjambées) ~ () perche ~ actusmot intraduisible suivant ., acte (12 perches) ~ stade (125 pas) ~ (ou ), mille ( pas) ~ La précision des équivalents dans le système métrique du tableau ci-dessus ne doit pas faire illusion : on trouve d'autres valeurs (voisines) suivant les auteurs, par exemple pour le mille ., , Charles Mugler selon ., , …
La perche est généralement de dix pieds, mais, selon le recueil des (utilisateurs de la groma), les arpenteurs utilisent deux types de perche, la (littéralement « dix pieds »), perche de de 16 doigts, et la perche de douze pieds de 18 doigts.
Autour du , les Romains introduisent une division du pied calquée sur leur système monétaire dont le vocabulaire est repris, qui coexiste avec le système traditionnel. Le pied est pris comme équivalent de l'as, et se voit divisé comme celui-ci en 12 onces (, ~), ce qui permet d'introduire des unités de mesure que l'on n'obtient pas par le système précédent, comme le tiers (, 4 onces, 1/3 de pied), la (1/2 once, 1/24 pieds) et la sescuncia (1 once et demi, 1/8 pieds). Chacun des onze multiples de l'once inférieur au pied porte un nom, comme le de 9 onces (3/4 pied, environ ) souvent traduit par empan.
L'once est parfois assimilée au doigt, ce qui produit des confusions avec d'une part, un pied de 16 doigts et d'autre part, un pied de 12 doigts, confusions qui perdurent au Moyen Âge.
Dans son Histoire naturelle, Pline l'Ancien utilise une unité d'un quart de doigt, la sicilique (), mais avec un doigt en fait d'une once (1/12 pied).
D'autres mesures d'origine autochtone sont utilisées dans les provinces de l'Empire comme la lieue ( ou ) en Gaule et en Germanie (voir #La lieue gauloise). Hygin le Gromatique appelle le pied officiel romain afin de le différencier du , le pied de Drusus, utilisé en Germanie chez les Tongres, et du ou , le pied ptolémaïque, utilisé dans la province de Cyrénaïque : le pied de Drusus équivaut alors à « un pied monétal augmenté d'une sescuncia » (1/8 pied), donc à 33,27 cm ; et le pied ptolémaïque à « un pied monétal augmenté d'une semuncia » (1/24 pied), donc à 30,80 cm. Ce rapport entre le pied monétal et drusien a été confirmé par la découverte à Enns en Autriche de 3 extrémités métalliques de perches d'arpenteurs (10 pieds), dont deux sont graduées en onces (1/12 pied) de pied drusien (tous les 2,77 cm) et en semuncia (1/2 once, 1/24 pieds) de pied monétal (tous les 1,23 cm).