Antoine Perrenot de Granvelle , né le à Besançon et mort le à Madrid, est un prélat bourguignon, évêque d'Arras puis archevêque de Malines et cardinal, un diplomate et un homme d'État au service de Charles Quint, puis de son fils, Philippe II.

Membre du Conseil d'État des Pays-Bas, il est un des principaux conseillers de Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas, de 1559 à 1564, puis vice-roi de Naples et président du conseil suprême d'Italie et de Castille.

De par l'ensemble de ces fonctions, et donc par le pouvoir qu'il accumule ainsi que par des relations avec des personnages puissants qu'il crée et entretient, Antoine de Granvelle peut être considéré comme comptant « parmi la dizaine de personnages les plus puissants sur l'échiquier politique européen ». de son temps.

Biographie Origines familiales et formation Il est le fils de Nicolas Perrenot de Granvelle (1486-1550), proche conseiller de l'empereur Charles QuintCharles Quint (1500-1558) est souverain des Pays-Bas (duc de Brabant, comte de Flandre, comte de Hollande, etc.) en 1515, en tant que descendant de Charles le Téméraire ; roi de Castille et roi d'Aragon en 1516 en tant que descendant des Rois Catholiques ; chef de la maison de Habsbourg en 1519, en tant que descendant de Maximilien d'Autriche, et élu empereur en 1519 sous le nom retenu par l'histoire : Charles V (Carolus Quintus, Charles Quint)., puis garde des Sceaux du Saint-Empire romain germaniqueDont font partie les Pays-Bas et le comté de Bourgogne, réunis dans le cercle impérial de Bourgogne., et de Nicole Bonvalot, fille de Jacques Bonvalot, seigneur de Champagney, gouverneur de la ville de Besançon, chevalier de l'Éperon d'or, et de Marguerite Merceret.

Enfant, Antoine de Granvelle a comme précepteur le philologue Hugues Babet.. Il étudie ensuite le droit à l'université de Padoue, puis la théologie à l'université de Louvain.

Carrière dans l'Église (1529-1560) Chanoine et protonotaire apostolique de Besançon en 1529, alors qu'il n'a que , il devient archidiacre de Gray en 1531, à l'âge de , puis doyen d'Arbois, l'année suivante. Il est nommé en 1534 premier secrétaire de l'empereur et en 1535, prévôt d'Utrecht, abbé de Balerne en 1537 et coadjuteur du prieuré de Mouthier-Haute-Pierre en 1538 avant de devenir chanoine à Gand.

Au mois de , âgé seulement de vingt-trois ans, il est nommé évêque d’Arras grâce à une dispense. Il est fait chanoine de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège le . En qualité d'évêque d'Arras, il participe au Concile de Trente, où il s'exprime le ..

Carrière politique sous Charles Quint (1547-1555) Grâce à l'influence de son père, il se vit confier plusieurs missions politiques, qui lui permirent de développer des compétences diplomatiques, tout en le familiarisant avec les grands courants de la politique européenne. Il prend part aux négociations de paix qui suivirent la défaite des princes protestants de la Ligue de Smalkalde (bataille de Muehlberg en 1547).

En 1550, il succéda à son père en tant que secrétaire d'État ; à ce poste, il conseilla Charles Quint au cours de la guerre contre Maurice de Saxe, il l'accompagna lors de la fuite d'Innsbruck, et il réussit à obtenir la paix de Passau ().

L'année suivante, il arrangea les détails du mariage de Marie I d'Angleterre et de Philippe II d'EspagnePhilippe reçoit les Pays-Bas en octobre 1555, puis les couronnes d'Espagne en janvier 1556 sous le nom de Philippe II. En revanche, c'est le frère de Charles, Ferdinand, qui devient chef de la maison de Habsbourg et qui est élu empereur., à qui il offrit ses services en 1555, l'année de l'abdication de l'empereur.

Carrière sous Philippe II aux Pays-Bas (1556-1564) Conseiller de Philippe II (1557-1559) À la fin de la onzième guerre d'Italie, après la victoire de Saint-Quentin (1557), Philippe II fait de Granvelle un des émissaires chargés de négocier avec la France les traités du Cateau-Cambrésis, signés en .

Principal conseiller de la gouvernante Marguerite de Parme Lorsque, quelques mois plus tard, Philippe quitte les Pays-Bas, où il ne reviendra jamais, Granvelle est nommé principal conseiller de la « gouvernante et régente » (gouverneur général) Marguerite de Parme, demi-sœur du roi, qui remplace Emmanuel-Philibert de Savoie. Granvelle est assisté par deux fidèles de Philippe II, Viglius van Aytta et Charles de Berlaymont, originaires, respectivement de Frise et du Hainaut.

Ils sont notamment chargés d'appliquer et de faire appliquer la politique religieuse de Philippe II, radicalement hostile au protestantisme. Ils vont de ce fait se heurter, dans le cadre du Conseil d'État à trois nobles de haut rang qui ont servi dans les armées de Charles puis de Philippe, mais qui, bien que catholiques, sont tolérants en matière religieuse : le prince Guillaume d'Orange et les comtes Lamoral d'Egmont et Philippe de MontmorencyIl s'agit d'une branche néerlandaise de la famille de Montmorency., comte de Hornes, qui tous trois veulent aussi préserver les libertés provinciales et urbaines, mises à mal par la politique de centralisation menée depuis les années 1520.

Cardinal et archevêque de Malines (1561) Une étape importante de cette centralisation est la réforme des diocèses, instituée par la bulle Super Universas (1559) : aux six diocèses traditionnels (suffragants de Cologne ou de Reims) sont substitués dix-huit diocèses correspondant plus ou moins aux dix-sept provinces, dont trois archidiocèses : Malines (siège primatial), Cambrai et Utrecht. Cette réforme, bien que favorable à l'idée d'un État spécifique, n'est pas très bien vue, parce qu'elle signifie un renforcement du contrôle de l'orthodoxie religieuse (chaque diocèse étant doté d'un tribunal d'inquisition).

Granvelle profite personnellement de cette réforme, puisqu'il devient archevêque de Malines le Le , donne p. 11 la date du 28 mai 1560. ; vers la même époqueLe Supplément au Nobiliaire des Pays-Bas et du comté de Bourgogne donne p. 11 la date du 26 février 1561 par Pie IV, il est fait cardinal (avec le titre cardinalice de San Silvestro in Capite).

Les tensions politiques et la chute de Granvelle (1562-1564) Les années 1562-1563 sont marquées par l'aggravation des tensions au sein du Conseil d'État, où les trois nobles de l'opposition finissent par menacer de démissionner, ce qui amènerait certainement des troubles dans le pays. Ils bénéficient d'un certain soutien de la gouvernante qui se rend compte que la répression à outrance du protestantisme (comme en Espagne) n'est pas la meilleure solution aux Pays-Bas.

En , Philippe II fait une concession importante : Granvelle est révoqué de ses fonctions politiques aux Pays-Bas et doit se retirer dans son pays d'origine, le comté de Bourgogne. Il conserve malgré cela la fonction d'archevêque de Malines.

Carrière de 1564 à 1586 Semi-retraite (1564-1570) Il impose à son frère Charles, abbé commendataire de l'abbaye Notre-Dame de Faverney (actuelle Haute-Saône), les décisions du concile de Trente visant à une amélioration du fonctionnement de l'Église catholique, l'obligeant à résider effectivement dans son abbaye et répondant négativement aux demandes qu'il lui adresse à Baudoncourt, les 29 et , pour résigner son titre abbatial au profit de leur neveu Antoine d'AcheyBullet, Manuscrit ; Dom Grappin, Mémoires ; Dom Bebin, Manuscrit.

Il effectue une visite personnelle à Rome en 1565.

Malgré son départ des Pays-Bas espagnols, les troubles de nobles hollandais s'opposant à l'autorité espagnole se poursuivent. Ainsi, Antoine de Granvelle soutient la répression menée par Ferdinand Alvere de Toldède, duc d'Albe, entre 1567 et 1568. L'ecclésiastique change de discours en 1572, appelant, aux côtés de Marguerite de Parme, Philippe II d'Espagne à réduire sa fermeté vis-à-vis des Flamands.

Retour au service de Philippe II En 1570, Granvelle est chargé d'une mission diplomatique à Rome : négocier une alliance entre les États pontificaux, la république de Venise et la couronne d'Espagne contre l'Empire ottoman, alliance conclue le créant la Sainte-Ligue, se prolongeant par la victoire navale de Lépante ().

La même année, il est nommé vice-roi de Naples, poste difficile et dangereux, qu'il occupe pendant cinq ans avec habileté.

Philippe II le rappelle en 1575 à Madrid, pour qu'il préside le conseil des affaires d'Italie.

En 1580, il conduit les négociations en vue de l'union des couronnes d'Espagne et de Portugal, et en 1584, celles du mariage de l'infante Catherine avec Charles-Emmanuel de Savoie, un échec pour la France.

Ces succès lui valent d'être nommé archevêque de Besançon en . Mais, frappé de paralysie, il ne peut pas être intronisé. Trois ans auparavant, il achète la tour de Montmartin, à côté de l'hôpital Saint-Jacques. Il fait entamer des travaux pour transformer le lieu en hôtel, mais décèdera avant d'avoir vu l'aboutissement des travaux de l'hôtel de Montmartin.

Mort et inhumation thumb|Le monument commémoratif d'Antoine Perrenot de Granvelle dans la cathédrale Saint-Rombaut de Malines.

Il meurt à Madrid le .

Son corps est transporté à Besançon et inhumé, comme celui de son père Nicolas Perrenot de Granvelle, dans le caveau de la chapelle familiale de l'église des Carmes, voisine du palais Granvelle.

Descendance Il laisse trois enfants naturels, deux filles et puis un garçon. :

Catherine, épouse de Jean Cools qui fut secrétaire du Conseil de Brabant. Ceux-ci furent les parents de Jean Antoine Cools, secrétaire du même Conseil et poète mort en 1629. Catherine mourut à Bruxelles le . Son petit-fils Jean Cools fut admis aux Lignages de Bruxelles, au Coudenbergh, et fut échevin, bourgmestre de Bruxelles, trésorier de la ville et doyen de la gilde drapière. Marie, morte le , épouse de Jean van Eesbeke dit Vander Haeghen, châtelain de Tervueren, et mort le . Jean-Gilbert de GranvelleRevue historique, 1876 (1)., docteur en les deux droits, qui fut légitimé en , devint gentilhomme de la maison de l'archiduc Albert. Il avait épousé Catherine Gramaye, la demi-sœur de l'historiographe Jean-Baptiste Gramaye. Cette dernière mourut le et son épitaphe subsistait toujours en 1950 à l'église Notre-Dame au Sablon. D'après Jules ChiffletCité par ., de ce mariage serait né N*** de Granvelle, demeurant en Brabant, où il procréa deux filles mariées à de petites gens. Jean-Gilbert aurait également eu comme fils bâtard un certain François Philippe de Granvelle, qui sera plus tard le secrétaire du grand stratège militaire Jean t'Serclaes de Tilly.

La mère des deux filles serait Marguerite de Tassis, qui pourrait être née à Malines vers 1520, morte à Bruxelles le , fille légitime de Jean-Baptiste de Tassis, seigneur d'Hemixem du chef de sa femme, maître des postes impériales, mort à Ratisbonne en 1541, et de Christine de Wachtendonck, morte à Bruxelles en 1561. Marguerite de Tassis épousa très jeune Charles Boisot, J. U. D., conseiller au Grand Conseil (1531), conseiller aux Conseils d'Etat et privé (1538), né à Bruxelles en 1502, mort à Ratisbonne en 1546, fils de Didier, trésorier de Marguerite d'Autriche, et de Jehanne Salomon.

La mère du garçon serait la bella Simona, Anne Cymon ou Simoen, héritière de Diepenstein, que Louis de Nassau, dans une lettre à Guillaume de Hesse (vers 1562-1564), représente comme l'amie de Granvelle à la fin de son séjour aux Pays-Bas. Anne Cymon ou Simoen, serait née à Anvers vers 1540, morte à Malines en 1614, était la fille de Dominique Cymon ou Simoen et de Claire d'Almaras. Elle épousa à Malines en 1568, soit quatre ans après le départ de Granvelle, Philippe van der Linden, seigneur de Marneffe, grand forestier de Brabant, mort en 1570, et en secondes noces Jean van der Laen, communemaître de Malines, mort en 1633.

Le mécène et le collectionneur